PARTIE 37 – Pour détruire Northstar sans perdre ses preuves, Natalie devait retirer à sa propre famille le pouvoir qu’elle venait seulement d’hériter

La première chose que Claire fit fut de couper toute connexion extérieure non indispensable.

Guardian était terminé.

Ses clés avaient été révoquées, ses cellules dissoutes ou transférées, ses mandats suspendus. Mais personne dans la pièce n’avait oublié que chaque système secret découvert depuis la veille avait contenu une porte cachée, une autorisation oubliée ou quelqu’un persuadé d’être l’exception nécessaire.

Northstar ne serait pas démonté de la même manière.

Natalie était allongée dans son lit d’hôpital, un moniteur obstétrical à côté d’elle. Dr Leroux avait accepté qu’elle participe à distance tant qu’elle restait physiquement tranquille.

Andrew apparaissait sur un autre écran depuis sa chambre, le bras immobilisé.

Marianne se tenait près de la fenêtre.

Richard Hale avait demandé à rester debout au fond.

Julian était assis à côté de Natalie.

Son demi-frère.

Le mot lui semblait toujours étrange, mais moins menaçant qu’au début.

Olivia participait depuis le mausolée, désormais vide de policiers, accompagnée de Richard Harrington et Michael.

Eleanor avait choisi de rester dans la voiture.

Natalie respecta ce choix.

Claire ouvrit la page principale.

NORTHSTAR FOUNDATIONAL RESTRUCTURE.

Trois autorisations exigées.

FOUNDER: MARIANNE HALE.

PRINCIPAL: NATALIE ELIZABETH HALE.

COUNTERWEIGHT: ANDREW JAMES HARRINGTON.

Andrew regarda son nom.

« J’ai toujours rêvé d’être un contrepoids. »

Natalie répondit :

« Ça te correspond. »

« Je ne sais pas si c’est gentil. »

« Ça ne l’est pas. »

Quelques sourires passèrent.

Ils avaient besoin de cette respiration.

Claire poursuivit.

« Le système propose quatre voies. Conservation intégrale. Transfert à une nouvelle entité. Fragmentation entre plusieurs fiduciaires. Ou dissolution. »

Natalie répondit immédiatement :

« Dissolution. »

Richard Hale bougea.

Elle le vit.

« Tu voulais dire quelque chose. »

Il soupira.

« Oui. »

« Dis-le. »

« Dissoudre Northstar peut avoir des conséquences fiscales, juridiques et financières gigantesques. »

Natalie acquiesça.

« Je sais. »

« Certaines participations financent des pensions, des sociétés, des projets légitimes. »

« Je sais. »

« Certaines preuves ne peuvent pas être publiées sans exposer des innocents. »

« Je sais aussi. »

Richard Hale regarda sa fille.

« Alors je ne vais pas te dire de ne pas le faire. »

Natalie fut presque plus surprise par cette phrase que par toutes celles de la veille.

« Bien. »

Claire intervint.

« Dissolution ne signifie pas forcément destruction des actifs. Il faut définir ce qui disparaît. »

Natalie regarda l’écran.

« Les fonctions de contrôle familial. »

Andrew acquiesça.

« Les successions biologiques. »

Marianne ajouta :

« Les accès secrets aux données médicales. »

Julian :

« Les capacités de surveillance sans ordonnance. »

Olivia, depuis l’autre écran :

« Les clauses qui permettent de déclarer quelqu’un incapable sans procédure contradictoire. »

Michael :

« Les réseaux de comptes invisibles. »

Richard Harrington resta silencieux.

Natalie le regarda.

« Richard ? »

Il sembla surpris qu’elle lui demande.

« Les signatures déléguées à l’insu des gens. »

Andrew eut un sourire amer.

« Oui. Celle-là. »

Eleanor parla depuis le téléphone d’Olivia.

« Les faux accès temporaires devenus permanents. »

Rebecca, depuis une chambre sécurisée voisine, avait demandé à participer seulement par audio.

Sa voix arriva dans le haut-parleur.

« Les identités de couverture utilisées pour manipuler plutôt que protéger. »

Daniel ajouta :

« Et toute fonction opérationnelle qui permettrait à Northstar d’agir sur une personne plutôt que seulement conserver des informations. »

Claire prit des notes.

Natalie regarda Marianne.

« Et toi ? »

Marianne réfléchit.

« Le pouvoir d’un fondateur de revenir après des années et modifier ce que les autres ont décidé. »

Natalie resta silencieuse.

C’était exactement le genre de réponse qu’elle espérait sans savoir si sa mère pouvait encore la donner.

« D’accord. »

Claire entra les paramètres.

Le système calcula.

Puis afficha :

DISSOLUTION PARTIELLE POSSIBLE.

ARCHIVES À TRANSFÉRER.

ACTIFS À RESTRUCTURER.

FONCTIONS BIOLOGIQUES À SUPPRIMER.

AUTHORITY LOSS: IRREVERSIBLE.

Natalie regarda le dernier mot.

Irréversible.

Elle pensa à toutes les personnes qui avaient construit des systèmes parce qu’elles redoutaient précisément l’irréversible.

La mort.

La trahison.

La perte d’argent.

Le départ d’un enfant.

Le refus d’un héritier.

Ils avaient voulu remplacer l’incertitude humaine par des mécanismes.

Et avaient seulement donné aux erreurs une durée plus longue.

« On continue. »

Claire sélectionna.

Le premier volet concernait Halcyon.

Actifs financiers estimés à plusieurs centaines de millions.

Richard Hale s’approcha.

« Il faut séparer l’origine licite des fonds douteux. »

Julian acquiesça.

« Une partie sera gelée jusqu’aux enquêtes. »

Daniel précisa :

« Les actifs directement liés aux opérations Guardian, aux rachats forcés ou aux détournements seront placés sous contrôle judiciaire. »

Natalie demanda :

« Et le reste ? »

Richard Hale répondit :

« Structures ordinaires. Conseils indépendants. Aucun contrôle familial automatique. »

Andrew demanda :

« Natalie hérite quand même ? »

Tout le monde regarda l’écran.

Natalie répondit avant Claire.

« Je ne veux pas de droit spécial. »

Richard Hale fronça légèrement les sourcils.

« Ça ne veut pas dire renoncer à tout ce qui t’appartient légitimement. »

« Je sais. Je parle du contrôle. »

Elle regarda Andrew.

« Je peux posséder quelque chose sans que ma fille soit programmée pour le diriger après moi. »

Andrew acquiesça.

« Oui. »

Claire sélectionna :

REMOVE HEREDITARY GOVERNANCE.

Le système demanda une confirmation.

Natalie valida.

Une deuxième demande apparut.

BIOLOGICAL SUCCESSION KEY — DELETE?

Natalie fixa la phrase.

Tout ce qui avait transformé son bébé en cible était contenu là.

Andrew parla doucement.

« Oui. »

Natalie regarda Marianne.

Sa mère acquiesça.

Pas comme fondatrice.

Comme témoin.

Natalie appuya.

DELETE.

Une alerte rouge.

THIS ACTION CANNOT BE REVERSED.

Natalie confirma.

BIOLOGICAL SUCCESSION KEY DESTROYED.

Elle posa inconsciemment une main sur son ventre.

Quelque chose venait de disparaître qui n’aurait jamais dû exister.

Sa fille redevenait simplement un enfant à naître.

Pas une clé.

Pas une héritière fonctionnelle.

Pas un mécanisme de continuité.

Andrew sourit.

« Meilleur message de la journée. »

Natalie sentit ses yeux se remplir.

« Oui. »

Claire passa aux archives.

Le Registre original, les documents Guardian, les fichiers sur Martha, Thomas, Bell, CROWN, Arthur, Victor et Evelyn.

Des millions de pages et de métadonnées.

« On ne peut pas tout rendre public », dit Julian.

Natalie acquiesça.

« Ni tout détruire. »

Marianne regarda sa fille.

« Qu’est-ce que tu veux ? »

Natalie réfléchit longtemps.

« Trois niveaux. »

Claire ouvrit une nouvelle structure.

« Je vous écoute. »

« Niveau un : preuves criminelles validées. Autorités judiciaires, avocats des victimes, commissions d’enquête. »

Julian acquiesça.

« Correct. »

« Niveau deux : données non vérifiées, protégées par ordonnance. Personne n’y accède seul. »

Daniel :

« Double autorisation judiciaire et indépendante. »

« Oui. »

Natalie poursuivit.

« Niveau trois : informations privées qui ne concernent aucun crime. Famille, paternité, santé, relations. Elles retournent aux personnes concernées ou sont détruites si elles le demandent. »

Marianne la regarda.

« Y compris Orion ? »

Natalie acquiesça.

« Surtout Orion. »

Julian baissa les yeux.

Leur filiation n’était pas une preuve publique.

Elle n’appartenait pas à un tribunal sauf nécessité.

Elle leur appartenait.

Claire configurerait plus tard les procédures.

Puis Northstar demanda :

FOUNDER ARCHIVE.

Marianne se figea.

Natalie regarda sa mère.

« C’est quoi ? »

Marianne secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Claire ouvrit.

Une immense série de journaux personnels.

Messages.

Notes.

Enregistrements.

Décisions de Marianne sur vingt ans.

Certaines anciennes.

D’autres ajoutées depuis sa disparition.

Natalie sentit la colère remonter légèrement.

« Tu as documenté tout ça. »

« Oui. »

« Moi aussi ? »

Marianne baissa les yeux.

« Parfois. »

Natalie regarda Claire.

« Je ne veux pas les lire maintenant. »

« D’accord. »

« Je veux qu’on sépare ce qui concerne des crimes de ce qui concerne ma vie privée. Ensuite je déciderai. »

Marianne acquiesça.

« Oui. »

Claire entra cette instruction.

Northstar demanda :

FOUNDER RETAINS ACCESS AFTER RESTRUCTURE?

Natalie regarda Marianne.

Marianne répondit elle-même.

« Non. »

Claire sélectionna NON.

Un autre message.

FOUNDER ACCESS WILL BE PERMANENTLY REVOKED.

Marianne regarda l’écran.

Onze années durant lesquelles cet accès avait probablement été l’une des choses qui lui permettaient de croire qu’elle protégeait encore Natalie.

Elle valida.

FOUNDER ACCESS REVOKED.

Marianne ferma les yeux.

Natalie observa son visage.

« Ça va ? »

Marianne eut un sourire triste.

« Ça ressemble à perdre une partie de ma vie. »

Natalie répondit :

« Peut-être une partie qu’il fallait perdre. »

« Oui. »

Le volet Andrew apparut ensuite.

COUNTERWEIGHT AUTHORITY.

Andrew regarda.

« Supprimez. »

Claire demanda :

« Entièrement ? »

« Entièrement. Je ne veux aucun pouvoir spécial sur Natalie, sur le bébé, sur Halcyon, sur Northstar ou sur un ficus familial caché quelque part. »

Natalie rit.

« Le ficus peut rester. »

Andrew sourit.

Puis redevint sérieux.

« Supprimez tout. »

Claire le fit.

COUNTERWEIGHT ROLE TERMINATED.

Andrew regarda Natalie.

« On reste mariés quand même ? »

« Je vais vérifier les petites lignes. »

Le médecin entra brièvement, vérifia le moniteur, puis ressortit satisfait.

Cette normalité fit presque pleurer Natalie.

Ils continuèrent.

Les accès de Richard Hale furent révoqués.

Ceux de Richard Harrington.

Eleanor.

Michael.

Rebecca.

Tous acceptèrent.

Parfois avec silence.

Parfois avec une remarque.

Jamais avec résistance réelle.

Puis Claire arriva à une dernière catégorie.

EMERGENCY HUMAN OVERRIDE.

Natalie fronça les sourcils.

« Ça sert à quoi ? »

Marianne répondit :

« À empêcher la destruction totale si le système détecte une attaque. »

« Qui peut l’utiliser ? »

Claire ouvrit.

Trois noms encore actifs.

MARIANNE HALE.

NATALIE HALE.

EVELYN MORROW.

Tout le monde se figea.

Natalie regarda l’écran.

« Evelyn est morte. »

Marianne acquiesça.

Claire vérifia.

« Son certificat n’a jamais été révoqué. »

Michael murmura :

« Voilà pourquoi CROWN continuait peut-être à communiquer avec les vieux systèmes. »

Natalie demanda :

« On peut le supprimer ? »

Claire sélectionna Evelyn.

Erreur.

CERTIFICATE CURRENTLY ACTIVE.

Marianne se leva.

« Impossible. »

Claire recommença.

Même résultat.

ACTIVE SESSION DETECTED.

Natalie sentit le froid revenir.

« Quelqu’un utilise la clé de ma grand-mère. »

Claire chercha la source.

Session récente.

Activée vingt minutes plus tôt.

Depuis une connexion extérieure.

Richard Hale se rapprocha.

« CROWN. »

Marianne devint blanche.

« Quelqu’un a conservé son identité après sa mort. »

Natalie ferma les yeux.

Ils venaient de terminer Guardian.

Et une autre personne utilisait encore l’ombre d’Evelyn Morrow.

Claire ouvrit la session.

Une seule commande avait été envoyée.

BLOCK NORTHSTAR DISSOLUTION.

Andrew fixa l’écran.

« Qui peut faire ça ? »

Claire répondit :

« Avec le certificat d’Evelyn, quelqu’un peut forcer une suspension de vingt-quatre heures. »

Natalie regarda l’heure.

« Donc on ne peut pas finir aujourd’hui. »

Marianne secoua la tête.

« Sauf si on trouve l’origine de la session. »

Claire la traça.

Une adresse physique approximative apparut.

Natalie la reconnut.

Pas elle.

Marianne.

« Non. »

Natalie regarda sa mère.

« Où ? »

Marianne murmura :

« La maison de ma mère. »

La maison de la grand-mère de Natalie.

L’endroit où ils avaient trouvé Orion.

L’endroit où Evelyn avait vécu.

Claire ouvrit les détails.

Connexion câblée.

Pas à distance.

Quelqu’un se trouvait probablement sur place.

Natalie sentit l’ancien réflexe : se lever, y aller, courir vers la réponse.

Puis Dr Leroux réapparut dans son esprit.

Pas d’entrepôts.

Pas de maisons piégées.

Elle regarda Daniel sur l’écran.

« Envoyez une équipe. »

Marianne sembla surprise.

Natalie la regarda.

« J’apprends aussi. »

Daniel sourit légèrement.

« Bonne décision. »

Une demi-heure plus tard, les agents entrèrent dans la maison d’Evelyn Morrow.

Personne au rez-de-chaussée.

Sous-sol vide.

Mais derrière l’ancienne étagère où Natalie avait trouvé la boîte de Marianne, une seconde pièce cachée apparut.

Claire suivait le flux caméra.

À l’intérieur, un ordinateur ancien fonctionnait.

Branché à Northstar.

Une chaise.

Une tasse encore chaude.

Quelqu’un venait de partir.

Sur le bureau, une photographie.

Evelyn Morrow avec Marianne enfant.

À côté, une enveloppe.

Adressée à Natalie.

Les agents l’ouvrirent sous caméra.

Une lettre courte.

NATALIE,

SI TU ES ARRIVÉE JUSQU’ICI, ALORS MARIANNE A PROBABLEMENT CHOISI DE DÉTRUIRE CE QUE NOUS AVONS CONSTRUIT.

AVANT DE LE FAIRE, TU DOIS SAVOIR QU’ELLE N’EST PAS LA SEULE FONDATRICE DE NORTHSTAR.

Natalie sentit son estomac se nouer.

La lettre continuait.

JE L’AI AIDÉE.

ET JE N’ÉTAIS PAS LA DERNIÈRE.

Une signature au bas.

Pas Evelyn.

Un nom que personne n’avait encore prononcé depuis le début de cette histoire.

CLAIRE BENTON.

Natalie tourna lentement la tête.

Claire se tenait près de son lit.

Son visage avait perdu toute couleur.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 38 : Le nom de Claire figurait sous le dernier verrou de Northstar, et son véritable rôle obligea Natalie à reconsidérer chaque aide reçue depuis le dîner

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