PARTIE 21 – Le dernier message de Marianne ne concernait pas Richard Hale comme Natalie le croyait, et son vrai sens menaçait toute son identité

L’ambulance roulait depuis moins de trois minutes lorsque Natalie lança l’enregistrement.

Andrew protesta d’abord.

« Tu devrais attendre. »

Elle avait déjà passé assez de temps à attendre que d’autres décident du moment où elle pouvait connaître sa propre histoire.

« Non. »

L’ambulancier, assis près des portes arrière, leva les yeux vers eux puis retourna à son matériel. Andrew, le bras immobilisé, abandonna la discussion.

Natalie appuya sur lecture.

Il n’y eut d’abord qu’un souffle.

Puis la voix de Marianne.

Plus calme que dans les autres enregistrements.

Plus intime.

« Natalie, si tu entends ceci, alors tu as déjà découvert que je t’ai menti sur ton père. »

Natalie sentit Andrew tourner légèrement la tête vers elle.

Marianne poursuivit.

« Je dois commencer par ce que ce mensonge n’est pas. Richard Hale t’a élevée. Il t’a aimée à sa manière. Il a aussi essayé de te posséder à sa manière. Ces deux choses peuvent être vraies en même temps. »

Natalie fixa le petit haut-parleur du téléphone.

Sa main se posa automatiquement sur son ventre.

« Il est ton père dans presque tous les sens qui ont structuré ton enfance. Mais il n’est pas ton père biologique. »

Natalie ne bougea plus.

Le bruit de la route disparut.

Même la douleur sourde de ses contractions sembla s’éloigner.

Andrew murmura :

« Natalie… »

Elle leva une main.

Marianne continuait.

« Je sais ce que cette phrase te fera. Je sais qu’elle reclassera des souvenirs qui n’avaient jamais demandé à l’être. Je suis désolée de t’imposer ce poids alors que je ne suis plus là pour répondre immédiatement. »

Natalie regarda le plafond blanc de l’ambulance.

Elle ne pleurait pas.

Pas encore.

Son esprit refusait simplement d’avancer.

Richard Hale n’était pas son père biologique.

La phrase semblait trop simple pour bouleverser autant de choses.

Marianne poursuivit :

« Richard connaissait la vérité avant ta naissance. Il a choisi de rester. Plus tard, quand notre mariage s’est détérioré, cette connaissance est devenue une arme entre nous. Je l’ai utilisée. Lui aussi. Tu n’aurais jamais dû payer pour cela. »

Andrew serra la main de Natalie.

Cette fois, elle ne la retira pas.

« Ton père biologique n’est pas un inconnu. Son nom apparaît déjà dans Northstar. C’est pourquoi je t’ai laissé cette information seulement après activation complète. S’il est vivant lorsque tu entends ceci, ne le confronte pas avant d’avoir retrouvé le dossier nommé ORION. »

L’enregistrement s’arrêta.

Natalie resta figée.

« C’est tout ? » demanda Andrew.

Elle vérifia.

Oui.

Quatre minutes quarante-deux.

Fin.

L’ambulancier regarda l’écran médical.

« Madame, votre fréquence cardiaque augmente. Respirez lentement. »

Natalie tourna la tête vers Andrew.

« Orion. »

Il acquiesça.

« On demandera à Claire. »

Natalie regarda son téléphone.

« Elle a dit que son nom apparaît déjà dans Northstar. »

Andrew comprit.

« Donc quelqu’un qu’on connaît. »

Elle ferma les yeux.

Richard Harrington.

Michael.

Thomas Vale.

Aaron Bell.

Arthur Harrington.

Les hommes de cette histoire formaient soudain une liste insupportable.

Andrew vit probablement les noms traverser son visage.

« Ne devine pas. »

Natalie eut un rire sec.

« Tu crois que je peux empêcher mon cerveau de le faire ? »

« Non. Mais ne choisis pas une vérité parce qu’elle est la plus douloureuse. »

Elle le regarda.

C’était exactement le genre de phrase que Marianne avait probablement aimé chez lui.

Cette pensée provoqua chez Natalie une colère presque absurde.

« Ma mère avait préparé un dossier sur toi avant que je te rencontre, un système pour nos vies et maintenant un message expliquant que mon père n’est pas mon père. J’aimerais cinq minutes sans qu’elle ait prévu ma réaction. »

Andrew baissa les yeux.

« D’accord. »

L’ambulance entra dans l’aire d’urgence quelques minutes plus tard.

Natalie fut conduite en obstétrique pendant qu’Andrew partait vers la traumatologie.

Avant qu’on les sépare, il attrapa doucement ses doigts.

« Je suis là. »

Elle répondit :

« Je sais. »

C’était peut-être la seule certitude dont elle disposait encore.

Deux heures plus tard, les médecins confirmèrent que le bébé allait bien.

Les contractions semblaient liées au stress et à la déshydratation. Aucune modification préoccupante du col. Repos, surveillance, liquides.

Natalie aurait presque ri en entendant le mot repos.

À 8 h 14, Claire entra dans la chambre.

Elle portait encore les mêmes vêtements du dépôt. Ses cheveux étaient attachés rapidement, son visage marqué par la fatigue.

« Andrew va bien. La balle n’a touché ni artère importante ni articulation. Ils parlent d’une chirurgie mineure pour nettoyer la plaie. »

Natalie expira.

« Rebecca ? »

« Épaule. Plus sérieux, mais stable. »

« Roake ? »

« En garde à vue. Daniel aussi est ici, quelques points de suture seulement. »

Natalie regarda la porte.

« Richard Hale ? »

Claire hésita.

« Dans le couloir. »

« Depuis combien de temps ? »

« Presque une heure. »

Natalie fixa la fenêtre.

« Il sait ? »

« À propos du message ? Non. »

« Faites-le entrer. »

Claire la regarda.

« Vous êtes sûre ? »

Natalie eut un sourire sans humour.

« Je commence à détester cette question. »

Claire ouvrit la porte.

Richard Hale entra.

Il avait nettoyé le sang de son visage, mais une coupure restait visible près de sa tempe.

Il s’arrêta à distance du lit.

« Le bébé ? »

« Va bien. »

Il acquiesça.

Ses épaules se relâchèrent légèrement.

Natalie l’observa.

L’homme qui avait élevé Natalie.

L’homme qu’elle avait appelé papa avant même de comprendre ce que ce mot signifiait.

Elle chercha une ressemblance entre eux et détesta immédiatement ce réflexe.

« Maman m’a laissé un message. »

Richard Hale se raidit.

« Quel message ? »

« Différé. Déclenché après Northstar. »

Richard ne demanda pas le contenu.

Natalie comprit immédiatement.

« Tu sais. »

Il baissa les yeux.

« Oui. »

La douleur apparut enfin.

Pas spectaculaire.

Un vide sous les côtes.

« Depuis toujours ? »

« Depuis avant ta naissance. »

« Et tu as décidé de ne jamais me le dire. »

« Marianne et moi l’avons décidé ensemble au début. »

« Puis elle est morte. »

« Oui. »

« Et tu as continué. »

Richard regarda ses mains.

« Oui. »

Natalie inspira lentement.

« Qui est mon père biologique ? »

Richard Hale releva les yeux.

« Marianne t’a donné son nom ? »

« Elle m’a dit de trouver Orion. »

Le visage de Richard changea.

À peine.

Mais Claire le vit aussi.

« Vous connaissez Orion », dit-elle.

Richard ne répondit pas.

Natalie sentit son cœur accélérer.

« Qui ? »

« Je ne devrais pas te le dire sans le dossier. »

Natalie eut un rire bref.

« Tu plaisantes ? »

« Non. »

« Tu vas encore décider ce que je peux savoir ? »

« Je vais essayer, pour une fois, de respecter exactement ce que Marianne a demandé. »

« Tu as ignoré presque toutes ses autres demandes. »

Il encaissa.

« Celle-ci avait une raison différente. »

« Laquelle ? »

Richard regarda Claire.

Puis Natalie.

« Parce que ton père biologique ne sait peut-être pas que tu es sa fille. »

Cette réponse la fit taire.

Claire demanda :

« Orion se trouve dans les archives scellées ? »

Richard acquiesça.

« Probablement dans la portion non validée du Registre. »

Natalie regarda le plafond.

Les archives avaient été placées sous contrôle. Accès judiciaire ou consentement principal.

Son consentement.

« Je peux l’ouvrir. »

Claire secoua la tête.

« Techniquement, oui. Mais si Orion fait partie de la portion scellée, l’accès sera journalisé et peut déclencher des obligations de conservation. »

Natalie la regarda.

« Et alors ? »

« Alors toute personne mentionnée peut finir dans une procédure officielle. Même si le dossier concerne seulement une affaire personnelle. »

Richard Hale intervint.

« C’est exactement pourquoi Marianne voulait que tu retrouves Orion avant de confronter qui que ce soit. »

Natalie réfléchit.

« Donc elle savait que Northstar finirait par rendre l’accès possible. »

Richard acquiesça.

Claire ouvrit son ordinateur.

« On peut demander au système l’existence du dossier sans l’ouvrir. »

Natalie hocha la tête.

Claire se connecta via l’interface sécurisée.

Elle tapa ORION.

Un résultat.

ORION / PRIVATE LINEAGE FILE.

Statut : scellé.

Créatrice : MARIANNE HALE.

Dernière modification : 48 heures avant décès.

Accès requis : NATALIE HALE + UN TÉMOIN NORTHSTAR.

Natalie fronça les sourcils.

« Un témoin ? »

Claire ouvrit les options.

Trois noms apparaissaient.

REBECCA SHAW.
ELEANOR PIERCE-HARRINGTON.
MICHAEL HARRINGTON.

Natalie fixa l’écran.

« Pourquoi pas Richard ? »

Richard Hale répondit :

« Parce qu’elle ne me faisait pas confiance sur ça. »

« Et toi, tu sais qui c’est. »

« Oui. »

« Mais tu ne peux pas être témoin. »

« Non. »

Claire regarda Natalie.

« Rebecca est en chirurgie. Eleanor est avec Andrew. Michael a été retenu par les enquêteurs. »

Natalie pensa immédiatement à Eleanor.

Le choix lui déplaisait.

Mais elle avait déjà suffisamment perdu de temps.

« Faites venir Eleanor. »

Richard Hale secoua la tête.

« Natalie. »

« Quoi ? »

« Si tu ouvres Orion, tu ne pourras pas revenir en arrière. »

Elle le regarda.

« C’est précisément le principe de connaître la vérité. »

Eleanor arriva vingt minutes plus tard.

Son visage s’était débarrassé de la dureté qu’il portait au dîner de la veille.

Elle semblait simplement épuisée.

Elle s’arrêta en voyant Richard Hale.

« Lui aussi ? »

Natalie répondit :

« Oui. Mais il n’a pas accès au dossier. »

Eleanor regarda l’écran.

Puis le nom ORION.

Son expression changea.

Natalie le vit immédiatement.

« Vous savez. »

Eleanor s’assit lentement.

« Je connais l’existence du dossier. »

« Et son contenu ? »

« Pas complètement. »

Natalie eut un rire fatigué.

« Évidemment. »

Eleanor baissa les yeux.

« Marianne m’avait demandé d’être témoin si ce jour arrivait. Je pensais qu’il n’arriverait jamais. »

« Pourquoi vous ? »

« Parce que je connaissais les circonstances. »

Richard Hale détourna le regard.

Natalie sentit sa gorge se serrer.

« Alors ouvrez-le. »

Claire plaça la tablette devant Eleanor.

Elle valida son identité.

Puis Natalie la sienne.

Le dossier se déverrouilla.

Une photographie apparut d’abord.

Marianne, jeune.

À côté d’elle, un homme de profil.

Natalie reconnut immédiatement la posture.

Pas le visage.

La posture.

Andrew avait parfois exactement la même lorsqu’il lisait debout, une épaule légèrement plus basse que l’autre.

Natalie sentit son sang se glacer.

Claire ouvrit la photographie en plein écran.

L’homme se tourna partiellement vers l’objectif.

Richard Harrington.

Plus jeune d’une vingtaine d’années.

Eleanor ferma les yeux.

Richard Hale regarda le sol.

Natalie ne respira plus.

« Non. »

Personne ne répondit.

Elle regarda la photographie.

Puis Eleanor.

« Non. »

Eleanor murmura :

« Natalie… »

« Dites-moi que ce n’est pas ce que je crois. »

Eleanor avait les yeux humides.

« Je suis désolée. »

Natalie sentit le monde se réduire à un seul point.

Richard Harrington.

Le père d’Andrew.

Son beau-père.

Peut-être son père biologique.

Elle regarda Richard Hale.

« Est-ce vrai ? »

Il répondit enfin.

« Oui. »

Natalie ferma les yeux.

La première conséquence logique fut trop horrible pour être formulée.

Andrew.

Son mari.

Le père de son enfant.

Si Richard Harrington était vraiment son père biologique…

Alors Andrew était son demi-frère.

La machine près du lit accéléra brusquement.

Claire se leva.

« Natalie. »

Eleanor pâlit.

« Ce n’est pas ce que tu crois. »

Natalie ouvrit les yeux.

« Sortez. »

« Natalie— »

« Sortez tous. »

Richard Hale fit un pas.

« Écoute-moi. »

« SORTEZ. »

L’infirmière entra immédiatement.

Claire guida Eleanor vers la porte.

Richard Hale resta une seconde.

Natalie le regarda avec une haine pure.

« Si Andrew est mon frère et que tu m’as laissée l’épouser, je ne veux plus jamais te voir. »

Richard Hale répondit :

« Il ne l’est pas. »

Natalie se figea.

Il poursuivit :

« Richard Harrington est dans Orion parce que Marianne pensait qu’il pouvait être ton père. »

« Pensait ? »

« Il y avait deux possibilités. »

Natalie sentit sa poitrine se serrer.

« Qui est l’autre ? »

Richard Hale regarda le dossier encore ouvert.

Claire, depuis la porte, fit défiler.

Une deuxième photographie apparut.

Un homme beaucoup plus jeune que Natalie ne l’avait jamais vu.

Même regard intense.

Même mâchoire.

Le nom au-dessous :

MICHAEL ARTHUR HARRINGTON.

Natalie fixa l’écran.

Deux frères.

Richard et Michael.

L’un était son beau-père.

L’autre venait de saboter la voiture de sa mère.

Et Marianne, deux jours avant sa mort, n’avait toujours pas déterminé lequel des deux était le père biologique de Natalie.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 22 : Deux frères Harrington pouvaient être le père de Natalie, et un test conservé par Marianne mena à une vérité encore plus dangereuse

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