PARTIE 25 – La femme filmée avec Rebecca ressemblait à Marianne, mais une cicatrice oubliée permit à Natalie de savoir si sa mère était vraiment vivante

Natalie regarda l’image agrandie sur l’écran de Claire sans parvenir à accepter ce que Richard Hale venait de dire.

Marianne.

Sa mère.

La femme dont elle avait pleuré la mort pendant onze ans.

La femme dont elle venait d’écouter la voix sur des enregistrements laissés avant un accident, une clinique clandestine et une nuit que chacun racontait différemment.

La femme qui apparaissait maintenant dans un couloir d’hôpital, vieillie, masquée, avançant près de Rebecca Shaw.

« Non », murmura Natalie.

Richard Hale ne quittait pas l’écran.

« C’est elle. »

Andrew, toujours installé dans le fauteuil près du lit avec le bras immobilisé, regarda son beau-père.

« Vous êtes certain ? »

Richard ne répondit pas immédiatement.

Son visage n’exprimait pas le soulagement.

C’était autre chose.

Une peur profonde.

« Je reconnaîtrais sa façon de marcher n’importe où. »

Natalie regarda encore la silhouette.

Une démarche légèrement asymétrique.

L’épaule gauche plus basse.

Marianne avait toujours marché ainsi après une ancienne blessure au genou.

Mais onze années peuvent transformer une mémoire en certitude trompeuse.

« Une démarche ne suffit pas. »

Richard Hale acquiesça.

« Non. »

Claire agrandit les images suivantes.

La femme mystérieuse et Rebecca traversaient le couloir jusqu’à l’ascenseur de service.

Sur une image, le masque glissait légèrement.

On distinguait la joue droite.

Natalie se pencha.

« Arrêtez. »

Claire figea.

Natalie regarda la joue.

Elle se souvenait soudain d’un détail que personne n’avait jamais mentionné.

Lorsqu’elle avait sept ans, Marianne avait cassé une tasse dans la cuisine. Un fragment lui avait entaillé la joue près de l’oreille.

La cicatrice était minuscule.

Presque invisible.

Mais Natalie avait passé des années à la regarder lorsqu’elle s’endormait contre sa mère.

« Ici. »

Elle toucha l’écran.

« Elle avait une cicatrice. »

Richard Hale se rapprocha.

« Oui. »

Claire zooma davantage.

Une fine ligne pâle descendait depuis l’oreille droite.

Natalie sentit son estomac se contracter.

Andrew murmura :

« Mon Dieu. »

Elle regarda Claire.

« Ça peut être falsifié ? »

« Une image, oui. Mais les caméras sont celles de l’hôpital. Il faudrait une manipulation en direct ou une personne réellement présente qui ressemble beaucoup à Marianne. »

Richard Hale secoua la tête.

« C’est elle. »

Natalie se tourna vers lui.

« Si elle est vivante, alors tout ce que tu m’as raconté sur sa mort est faux. »

« Pas tout. »

« Tu as dit qu’elle était morte chez Bell. »

« Parce que je l’ai vue cesser de respirer. »

Le silence tomba.

Natalie fixa son père adoptif.

« Tu l’as vue mourir. »

« Oui. »

« Et maintenant tu dis qu’elle vient de sortir de cet hôpital. »

Richard Hale passa une main sur son visage.

« C’est précisément ce que je ne comprends pas. »

Claire reprit l’enregistrement.

Rebecca et la femme atteignirent l’ascenseur.

Puis disparurent.

Une autre caméra les retrouva au sous-sol.

Elles se dirigèrent vers un parking réservé au personnel.

Daniel reçut une information sur son téléphone.

« La voiture utilisée a été identifiée. Plaques volées. Véhicule retrouvé à quatre rues d’ici. Vide. »

Natalie ferma les yeux.

Encore une piste préparée.

Encore une disparition.

Julian Vale, resté à la maison du lac avec les dossiers de Thomas, entendait tout par appel.

« Mon père aurait su si Marianne était vivante. »

Richard Hale répondit :

« Pas forcément. »

Julian se raidit.

« Il l’aimait. Il enquêtait encore sur elle. »

« Justement. Si Marianne voulait réellement disparaître, Thomas était probablement la première personne dont elle aurait dû s’éloigner. »

Natalie regarda Richard Hale.

« Pourquoi voudrait-elle disparaître de tout le monde ? »

Il répondit sans détour.

« Parce que quelqu’un essayait de la tuer. »

Andrew intervint.

« Elle aurait pu se cacher temporairement. Pas laisser sa fille croire pendant onze ans qu’elle était morte. »

La phrase tomba comme une pierre.

Natalie détourna les yeux.

C’était la partie qu’elle ne pouvait pas encore toucher mentalement.

Si Marianne était vivante, tout ne devenait pas miraculeux.

Tout devenait pire d’une autre manière.

Onze anniversaires.

Onze Noëls.

Son mariage.

Sa grossesse.

La mort de Thomas.

Marianne aurait été quelque part.

Vivante.

Silencieuse.

Natalie regarda sa main.

« Je veux voir la vidéo de Bell. »

Claire fronça les sourcils.

« Celle du consentement ? »

« Non. Tout ce qui existe après. »

Richard Hale regarda Natalie.

« Il n’y a pas d’enregistrement de sa mort. »

« Tu as dit que tu l’avais vue cesser de respirer. »

« Oui. »

« Combien de temps après le médicament ? »

Richard réfléchit.

« Moins de deux heures. »

« Et qui était présent ? »

« Bell. Thomas. Moi. »

Julian, à travers l’appel, murmura :

« Mon père. »

Natalie poursuivit.

« Rebecca ? »

« Non. »

« Eleanor ? »

« Non. »

« Richard Harrington ? »

« Non. »

Natalie regarda Claire.

« Alors trois hommes savaient qu’elle était supposée morte. Bell est mort. Thomas est mort. Richard Hale a maintenu l’histoire. »

Claire comprit.

« Et si Bell avait falsifié le décès ? »

Richard Hale secoua la tête immédiatement.

« Non. »

« Pourquoi non ? »

« Parce que j’ai vérifié son pouls moi-même. »

Claire demanda :

« Pendant combien de temps ? »

Richard resta silencieux.

« Je ne sais pas. Peut-être quinze secondes. »

Daniel croisa les bras.

« Une absence de pouls périphérique ne suffit pas forcément. »

Richard se tourna vers lui.

« Elle ne respirait plus. »

« Pendant combien de temps ? »

Encore silence.

Natalie sentit la possibilité s’ouvrir.

« Bell pouvait avoir provoqué un état qui ressemblait à la mort. »

Claire regarda Richard Hale.

« Quel médicament exact a-t-il donné à Marianne ? »

Richard secoua la tête.

« Je ne sais pas. J’ai cru ce qu’il m’a dit. »

Natalie sentit la colère remonter.

« Tu as payé cet homme pour modifier un rapport sans même vérifier ce qu’il lui avait administré ? »

Richard baissa les yeux.

« Oui. »

Claire se connecta aux archives récupérées.

« Le fichier CONSENT mentionne un traitement, pas la molécule. »

Julian fouillait déjà les notes de Thomas.

« Attendez. »

Des feuilles bougèrent de son côté.

« Mon père avait une entrée sur Bell et Marianne. »

« Lisez », dit Natalie.

Julian trouva.

« “Bell disposait de médicaments utilisés en procédure anesthésique privée. Marianne aurait reçu deux injections distinctes. Première dose documentée. Deuxième non inscrite au rapport.” »

Claire leva les yeux.

« Deuxième injection. »

Richard Hale pâlit.

« Je n’en ai vu qu’une. »

Julian continua.

« “Thomas soupçonne que la seconde a été administrée après le départ de Hale.” »

Richard Hale se figea.

« Je ne suis pas parti. »

« Quand Thomas vous a-t-il quitté ? » demanda Claire.

Richard réfléchit.

« Après que Marianne a cessé de respirer, Thomas m’a demandé d’aller chercher certains documents dans la voiture. »

Natalie sentit immédiatement l’importance.

« Combien de temps ? »

« Dix minutes. Peut-être quinze. »

Julian murmura :

« Mon père était donc seul avec Bell et Marianne. »

Richard Hale acquiesça.

« Quand je suis revenu, Thomas m’a dit que c’était terminé. »

Natalie regarda Julian à l’écran.

« Votre père aurait pu savoir qu’elle était vivante. »

Julian secoua la tête.

« Il ne m’aurait pas caché ça. »

Puis il s’arrêta.

Son visage changea.

« Sauf si Marianne le lui avait demandé. »

Andrew regarda Natalie.

Personne n’eut besoin de rappeler à quel point Marianne savait obtenir des promesses.

Claire reprit les archives.

« Bell avait accès à quoi comme agents anesthésiques ? »

Elle trouva un inventaire ancien.

Plusieurs médicaments.

Un nom attira son attention.

« Il y a du propofol. Des sédatifs. Et… ça. »

Daniel s’approcha.

« Quoi ? »

« Un protocole expérimental de sédation profonde accompagné d’un agent qui réduisait fortement le rythme cardiaque. »

Richard Hale fixa l’écran.

« Ça aurait pu faire croire à un décès ? »

Claire répondit prudemment.

« Dans certaines conditions, à quelqu’un sans équipement, oui. Mais ce serait extrêmement risqué. »

Natalie pensa à Bell.

Un homme capable de tuer Martha.

Un homme lié à Guardian.

Un homme qui travaillait dans l’ombre depuis des années.

« S’il voulait faire disparaître Marianne, il avait les moyens. »

Daniel acquiesça.

« Et un rapport médical falsifié lui donnait la couverture. »

Richard Hale recula d’un pas.

« Alors pourquoi m’aurait-il laissé payer pour ça ? »

Andrew répondit :

« Parce que votre paiement vous rendait complice du faux décès sans vous dire qu’il était faux. »

Le visage de Richard se ferma.

Natalie regarda l’écran de la caméra.

« Rebecca savait. »

Claire tourna vers elle.

« Peut-être. »

« Elle était supposée morte elle-même. Elle savait comment disparaître administrativement. »

Julian ajouta :

« Et si Marianne avait survécu, Rebecca était probablement l’une des seules personnes capables de maintenir ce secret. »

Richard Hale secoua la tête.

« Rebecca nous a tous manipulés. »

Natalie pensa à chaque apparition de Rebecca depuis le dîner.

Ses hésitations.

Ses aveux progressifs.

Sa peur lorsque Eleanor avait écrit de ne pas lui faire confiance.

Sa prétendue surprise devant certains fichiers.

Elle avait peut-être joué un rôle depuis la première seconde.

« Pourquoi revenir maintenant ? » demanda Andrew.

Natalie regarda son ventre.

« Northstar. »

Claire acquiesça lentement.

« L’activation complète pouvait avoir envoyé une alerte spéciale. »

Elle retourna au système.

« Il existe peut-être une notification destinée à Marianne. »

Richard Hale secoua la tête.

« Elle était déclarée morte. »

« Techniquement, Northstar ne dépendait pas des registres publics. »

Claire chercha.

Un canal particulier apparut.

FOUNDER OVERRIDE.

Dernière activité : aujourd’hui, 05 h 01.

Tout le monde se figea.

Natalie regarda Claire.

« C’est avant le dépôt. »

« Oui. »

« Quelqu’un s’est connecté comme Marianne aujourd’hui. »

« Oui. »

Richard Hale s’assit.

Andrew murmura :

« Donc elle est vraiment vivante. »

Claire ouvrit l’entrée.

L’appareil source se trouvait sur un réseau mobile.

L’autorisation utilisée était biométrique.

Natalie sentit sa gorge se serrer.

« Pas seulement un mot de passe. »

Claire secoua la tête.

« Empreinte digitale ancienne, plus facteur vocal. Très difficile à imiter avec les outils disponibles lors de la création. »

Richard Hale ferma les yeux.

« Marianne. »

Natalie regarda la dernière commande effectuée.

FOUNDER OVERRIDE:
DELAY FULL ARCHIVE RELEASE.
AUTHORIZE NATALIE DECISION PATH.
PROTECT LINEAGE.

« Protect lineage », lut Andrew.

Natalie posa instinctivement une main sur son ventre.

Claire acquiesça.

« La fondatrice a retardé certaines actions automatiques quelques minutes avant notre arrivée au dépôt. »

Natalie sentit le sens.

« Elle m’a aidée. »

Richard Hale regarda l’écran.

« Sans venir te voir. »

Cette nuance effaça presque le soulagement.

Natalie regarda la fenêtre.

« Où peut-elle être ? »

Daniel répondit :

« Avec Rebecca, probablement. »

Julian intervint.

« Thomas avait plusieurs propriétés non déclarées dans ses carnets. Lieux sûrs. »

Claire demanda :

« Combien ? »

« Quatre. »

« Envoyez-les. »

Julian transmit les adresses.

Daniel mobilisa ses contacts.

Une propriété se trouvait trop loin.

Une autre avait été vendue.

La troisième était vide depuis des années.

La quatrième appartenait toujours à une fondation dormante.

Petite maison près d’un ancien verger.

À quarante minutes de l’hôpital.

Natalie retira la couverture sur ses jambes.

Andrew la regarda.

« Non. »

« Ne commence pas. »

« Tu es hospitalisée pour contractions. »

« Le médecin a dit que le bébé allait bien. »

« Il a aussi dit repos. »

Natalie le fixa.

« Ma mère est peut-être vivante. »

Andrew ferma les yeux.

Aucune réponse ne pouvait lutter contre ça.

Claire intervint.

« Vous ne pouvez pas sortir comme ça sans autorisation. »

Natalie regarda le bouton d’appel infirmier.

« Alors appelez le médecin. »

Une heure plus tard, elle obtenait une sortie contre recommandation de repos strict, avec instruction de revenir immédiatement au moindre symptôme.

Andrew, lui, devait rester.

Cette fois il ne protesta pas longtemps.

Il savait que sa blessure et l’anesthésie le rendaient inutile sur le terrain.

Avant le départ, il attrapa la main de Natalie.

« Si elle est vraiment là… »

Natalie attendit.

« Tu n’as pas besoin de décider aujourd’hui si tu lui pardonnes. »

Cette phrase la toucha plus qu’elle ne voulait l’admettre.

« Je sais. »

« Tu peux juste la voir. »

Natalie acquiesça.

Daniel conduisit.

Claire était à l’arrière.

Richard Hale voulut venir.

Natalie refusa.

« Pas cette fois. »

Il accepta.

La route vers le verger traversait une campagne silencieuse.

Plus ils approchaient, plus Natalie sentait une peur différente.

Et si ce n’était pas Marianne ?

Et si c’était elle ?

La seconde possibilité faisait plus peur.

La maison apparut derrière des arbres anciens.

Petite.

Basse.

Volets verts.

Aucune voiture visible.

Daniel se gara à distance.

« Restez derrière moi. »

Natalie avança malgré lui.

La porte n’était pas verrouillée.

À l’intérieur, une bouilloire était encore chaude.

Deux tasses sur la table.

Rebecca était passée ici.

Claire trouva une compresse ensanglantée dans une poubelle.

« Sa blessure. »

Natalie regarda autour d’elle.

Une veste grise reposait sur une chaise.

La même que portait la femme de l’hôpital.

Natalie la toucha.

Encore légèrement chaude.

« Elles viennent de partir. »

Daniel inspecta les pièces.

Dans la chambre du fond, un lit avait été utilisé.

Sur la table de chevet se trouvait une photographie.

Natalie enfant.

Huit ans.

Elle-même et Marianne sur une plage.

Natalie prit l’image.

Au dos, une date avait été écrite récemment.

Puis une phrase.

JE SUIS DÉSOLÉE D’AVOIR CHOISI TA SURVIE AU PRIX DE MON ABSENCE.

Les genoux de Natalie faillirent céder.

Claire posa une main près de son coude sans la toucher.

Natalie retourna encore l’image.

Une seconde phrase.

JE NE PEUX PAS TE DEMANDER DE ME CROIRE.
JE PEUX SEULEMENT TE MONTRER POURQUOI.

Sous le texte :

17 H 30.
ANCIENNE SERRE DE MERRICK.

Daniel regarda l’heure.

17 h 12.

Natalie prit la photographie.

« Elle veut me voir. »

Claire regarda Daniel.

« Ça peut être un piège. »

Natalie secoua la tête.

« Non. »

Daniel répondit :

« Vous n’en savez rien. »

Natalie regarda la phrase écrite au dos.

L’écriture de sa mère.

La même que dans Northstar.

« J’en sais assez pour y aller. »

Dix-huit minutes plus tard, ils atteignirent l’ancienne serre.

Les vitres étaient opaques de poussière.

La porte principale entrouverte.

Natalie entra.

Seule, cette fois.

Daniel resta à portée derrière.

Au milieu des plantes mortes et des structures rouillées, une femme se tenait debout.

Cheveux gris.

Visage amaigri.

Cicatrice sur la joue.

Elle retira lentement son masque.

Natalie cessa de respirer.

Onze ans disparurent sans disparaître.

Le visage était plus vieux.

Mais c’était celui qu’elle avait connu.

Les mêmes yeux.

La même manière de serrer les lèvres quand l’émotion devenait trop forte.

Marianne Hale regarda sa fille.

Puis son ventre.

Ses yeux se remplirent de larmes.

« Natalie. »

Natalie resta immobile.

Elle avait imaginé ce mot des milliers de fois après la mort de sa mère.

Dans ses rêves, elle courait toujours vers elle.

Cette fois, elle ne bougea pas.

« Ne me touche pas. »

Marianne s’arrêta immédiatement.

« D’accord. »

Natalie sentit les larmes lui brûler les yeux.

« Tu es vivante. »

« Oui. »

« Depuis onze ans. »

Marianne ferma les yeux.

« Oui. »

« Et tu savais où j’étais. »

Long silence.

« Oui. »

Natalie sentit quelque chose se casser en elle.

Pas l’amour.

Quelque chose de plus simple.

La possibilité d’une explication facile.

« Alors commence. »

Marianne ouvrit les yeux.

« Par quoi ? »

Natalie la regarda.

« Par la raison pour laquelle ma mère a décidé qu’il valait mieux que sa fille la croie morte pendant onze ans. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 26 : Marianne expliqua pourquoi elle avait simulé sa mort, mais Natalie découvrit que sa disparition protégeait aussi une personne qu’elle connaissait intimement

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