PARTIE 13 – Richard Harrington avait disparu avec Meridian, et le premier indice qu’il laissa conduisit Natalie vers le lieu exact où Marianne était morte

Andrew resta le téléphone contre l’oreille quelques secondes après la coupure, comme si le silence d’Olivia pouvait encore lui fournir une explication.

Puis il abaissa lentement la main.

« Il est parti. »

Personne dans le sous-sol ne demanda de qui il parlait.

Natalie regardait toujours le fichier affiché sur l’ordinateur de Claire.

LAST ADMINISTRATIVE OVERRIDE:
R. HARRINGTON.

Trois jours avant la mort de Marianne.

À côté, le compte à rebours de Northstar continuait de diminuer avec une indifférence mécanique.

03:26:41.

« Olivia est seule ? » demanda Natalie.

Andrew secoua la tête.

« Elle a verrouillé la maison. Daniel, on peut envoyer quelqu’un ? »

Daniel Mercer acquiesça aussitôt et passa un appel à voix basse.

Richard Hale, lui, ne quittait pas l’écran des yeux.

« S’il a pris le dossier Meridian, ce n’est pas pour fuir. »

Andrew se retourna brutalement.

« Tu sais où il va ? »

Richard Hale ne réagit pas à son ton.

« Je connais Richard depuis assez longtemps pour savoir qu’il fuit rarement. Il attend. Il retarde. Il cache. Mais quand il part avec des preuves, c’est qu’il veut contrôler le moment où elles seront révélées. »

Eleanor s’appuya contre la table.

« Il a laissé une note. Ça ne ressemble pas à quelqu’un qui veut cacher encore. »

Richard Hale lui lança un regard sans chaleur.

« Tu le connais mieux que moi. C’est ton mari. »

« Justement. »

Natalie observa Eleanor.

Pour la première fois depuis qu’ils l’avaient retrouvée à l’entrepôt, sa colère semblait céder la place à autre chose.

De la peur.

Pas la peur d’être exposée.

La peur de ce que Richard Harrington pourrait décider de faire seul.

Andrew prit son manteau.

« Je retourne à la maison. »

Natalie secoua la tête.

« Il n’y sera pas. »

« Olivia, si. »

« Daniel envoie quelqu’un. »

Andrew la regarda.

« C’est ma sœur. »

« Et c’est mon beau-père qui vient de partir avec une preuve liée à la mort de ma mère. »

Le conflit resta entre eux quelques secondes.

Andrew ferma les yeux, inspira puis demanda :

« Qu’est-ce que tu veux faire ? »

Natalie regarda la clé matérielle, le dossier, la cassette.

« Comprendre où il est allé. »

Julian Vale prit la note transmise par Olivia en photo et l’agrandit sur son téléphone.

« “Il est temps que quelqu’un sache ce qui s’est réellement passé la nuit où Marianne est morte.” »

Rebecca murmura :

« Il ne parle pas de l’accident. »

Tout le monde se tourna vers elle.

« Pourquoi ? » demanda Natalie.

Rebecca regarda Richard Hale.

« Parce qu’il sait que Marianne n’est pas morte là où la police a dit qu’elle était morte. »

Le visage de Natalie se vida.

« Quoi ? »

Richard Hale baissa les yeux.

Andrew fit un pas vers lui.

« Vous saviez ? »

Richard répondit sans le regarder.

« Oui. »

Natalie ne bougea plus.

Elle entendit la chaudière s’arrêter. L’absence du bruit rendit la pièce encore plus silencieuse.

« Où est-elle morte ? »

Richard releva les yeux vers sa fille.

« La voiture a été retrouvée sur la route de Mill Creek. C’est vrai. Mais Marianne est morte ailleurs. »

Natalie sentit sa gorge se serrer.

« Où ? »

Rebecca répondit :

« À Saint Agnes. »

Ce nom produisit en Natalie un souvenir flou.

Un ancien hôpital privé fermé depuis longtemps, à une trentaine de kilomètres au nord.

« Elle a été transportée à l’hôpital ? »

Richard Hale secoua la tête.

« Saint Agnes n’était plus officiellement un hôpital cette année-là. Une aile fonctionnait encore comme clinique privée. Sans dossiers publics. »

Andrew fixa Richard.

« Pourquoi emmener une femme blessée dans une clinique clandestine au lieu d’appeler une ambulance ? »

Richard Hale ne répondit pas.

Natalie sentit la réponse avant qu’elle soit dite.

« Parce que quelqu’un ne voulait pas que la police sache qu’elle était encore vivante après l’accident. »

Rebecca acquiesça.

Richard Hale ferma les yeux.

Eleanor murmura :

« Richard Harrington. »

Andrew se tourna vers sa mère.

« Pourquoi tu dis son nom ? »

« Parce qu’il connaissait Saint Agnes. »

« Comment ? »

Eleanor s’assit.

« Son père avait financé la clinique. »

Andrew regarda autour de lui comme si le sol venait de bouger.

« Toute ma famille connaissait cet endroit sauf moi ? »

Eleanor répondit :

« Oui. »

« Et vous trouvez encore le moyen d’être surpris quand je ne vous crois plus ? »

Natalie posa la main sur son bras.

Il ne la repoussa pas.

Julian regarda Rebecca.

« Mon père savait-il ? »

« Thomas a découvert Saint Agnes après la mort de Marianne. »

« Et ? »

« Il a essayé d’obtenir les registres. Ils avaient disparu. »

Julian devint livide.

« Disparu comment ? »

« Brûlés. »

Claire releva les yeux de l’ordinateur.

« Littéralement ? »

Rebecca acquiesça.

« Incendie dans l’aile administrative deux jours après l’accident. »

Natalie regarda Richard Hale.

« Tu savais tout ça et tu ne m’as rien dit. »

« Tu avais vingt ans. »

« J’avais le droit de savoir où ma mère était morte. »

Richard répondit d’une voix basse.

« Oui. »

Cette simple reconnaissance la désarma presque davantage qu’une justification.

Natalie détourna les yeux.

Claire, qui continuait de fouiller la clé matérielle, parla :

« J’ai trouvé une référence à Saint Agnes. »

Tout le monde s’approcha.

Un ancien chemin de fichier apparaissait dans les métadonnées.

MILL_CREEK / STAGNES / R.H. CUSTODY TRANSFER.

Andrew se figea.

« R.H. »

Eleanor murmura :

« Les deux Richard ont les mêmes initiales. »

Claire acquiesça.

« Impossible de savoir lequel avec ça. »

Rebecca regarda la date.

« Minuit quarante-sept. La nuit de l’accident. »

Natalie se pencha.

« Custody transfer. Transfert de garde. »

Daniel, qui venait de terminer son appel, revint près d’eux.

« Ce n’est pas un terme médical. »

« Non », répondit Claire. « Ça ressemble davantage à un journal d’accès physique. »

Richard Hale pâlit.

Natalie le vit.

« Tu connais ce terme. »

Il hésita.

« Oui. »

« Explique. »

« Meridian utilisait “custody transfer” quand une personne remettait un objet sensible à une autre. »

Rebecca comprit.

« Pas Marianne. Quelque chose qu’elle transportait. »

Richard Hale acquiesça.

« Probablement. »

Natalie sentit le puzzle changer encore une fois de forme.

« Qu’est-ce qu’elle avait avec elle ? »

Personne ne répondit.

Puis Eleanor murmura :

« Le Registre original. »

Rebecca la regarda.

« Tu ne peux pas savoir ça. »

« Si. »

Andrew tourna vers sa mère un visage fermé.

« Comment ? »

Eleanor prit une longue inspiration.

« Marianne m’avait appelée ce soir-là. »

Le silence revint.

Natalie sentit la colère monter avant même la suite.

« À quelle heure ? »

« Vers vingt-deux heures. »

« Avant l’accident ? »

« Oui. »

« Et qu’est-ce qu’elle vous a dit ? »

Eleanor regarda ses mains.

« Qu’elle avait décidé de retirer le Registre de Meridian. Qu’elle ne faisait plus confiance au système. »

Rebecca ferma les yeux.

« Elle ne m’a rien dit. »

« Parce qu’elle ne te faisait déjà plus confiance. »

Rebecca encaissa.

Natalie poursuivit.

« Et vous ? Elle vous faisait confiance ? »

Eleanor eut un rire triste.

« Pas vraiment. Mais elle savait que je détestais Richard Hale suffisamment pour ne pas lui remettre le Registre. »

Richard Hale sourit sans amusement.

« Charmant. »

Eleanor l’ignora.

« Marianne m’a demandé de préparer un lieu sûr. »

« Saint Agnes ? »

« Non. »

« Alors où ? »

Eleanor regarda Natalie.

« Elle n’a jamais eu le temps de me le dire. L’appel a été interrompu. »

Claire fit défiler les données.

« J’ai une seconde entrée. »

STAGNES / 01:12 / R.H. RECEIVED PACKAGE.

Andrew serra les poings.

« Donc l’un des Richard a récupéré quelque chose à une heure douze. »

Claire continua.

« Et ensuite… sortie enregistrée à une heure dix-neuf. »

Rebecca fronça les sourcils.

« Sept minutes. »

Daniel demanda :

« Où est allé le paquet ? »

« Aucun trajet enregistré. »

Natalie sentit une certitude étrange s’imposer.

« Richard Harrington sait. »

Eleanor acquiesça lentement.

« S’il a emporté Meridian, il peut peut-être récupérer le reste du journal. »

Andrew regarda le compteur.

« Et si c’est ce qu’il essaie de faire ? »

Julian demanda :

« Où irait-il pour accéder à des données vieilles de vingt ans ? »

Rebecca répondit sans hésitation.

« Au serveur physique original. »

Claire leva les yeux.

« Il existe encore ? »

Rebecca regarda Eleanor.

Eleanor regarda Richard Hale.

Et Richard Hale finit par dire :

« Saint Agnes. »

Natalie sentit son cœur accélérer.

« Vous avez laissé un serveur clandestin dans une clinique abandonnée pendant vingt ans ? »

Richard répondit :

« Pas moi. Marianne. »

Rebecca secoua la tête.

« Elle avait dit qu’il avait été détruit. »

Richard Hale eut un sourire froid.

« Marianne disait beaucoup de choses. »

Andrew prit ses clés.

« On y va. »

Daniel leva une main.

« Pas avant d’avoir sécurisé l’endroit. »

« Mon père est déjà en route ou déjà là. »

« Et ça ne justifie pas d’entrer aveuglément. »

Natalie regarda le compteur.

03:04:13.

« Nous n’avons pas trois heures pour débattre. »

Julian acquiesça.

« Le comité peut envoyer Mara et Samuel devant. »

Daniel secoua la tête.

« Non. On reste groupés. »

Richard Hale prit son manteau.

Andrew le fixa.

« Vous, vous ne venez pas. »

« Si. »

« Pourquoi ? »

Richard regarda Natalie.

« Parce que si Richard Harrington a retrouvé le journal complet de cette nuit-là, il contiendra aussi ce que j’ai fait. »

Natalie resta silencieuse.

« Et tu veux le détruire ? »

« Non. »

« Alors quoi ? »

« Je veux l’entendre en même temps que toi. »

Natalie ne sut pas si elle le croyait.

Ils quittèrent la maison de sa grand-mère à 1 h 52.

Daniel conduisait le premier véhicule. Natalie était assise à côté d’Andrew dans le second. Rebecca, Eleanor et Claire suivaient derrière.

La route vers Saint Agnes traversait une zone boisée.

Natalie regardait défiler les arbres dans la nuit.

Andrew gardait les deux mains sur le volant.

« Tu veux me dire quelque chose ? » demanda-t-elle.

Il resta silencieux quelques secondes.

« J’ai peur. »

C’était si simple qu’elle tourna la tête.

« De ton père ? »

« De ce qu’il a fait. »

Il avala difficilement.

« Et de la façon dont je vais le regarder après. »

Natalie posa sa main sur la sienne.

« Tu n’es pas responsable de ce qu’il a fait. »

Andrew répondit :

« Peut-être pas. Mais j’ai passé des années à défendre ses silences. À croire qu’il était seulement faible avec ma mère. »

Natalie regarda la route.

« Moi aussi, j’ai trouvé des excuses à mon père. »

Andrew serra légèrement ses doigts.

« Ça ne rend pas les choses plus faciles. »

« Non. »

Ils arrivèrent à Saint Agnes peu après deux heures vingt.

Le bâtiment principal était en ruine.

Une aile entière s’était effondrée. Les anciennes fenêtres de la clinique ressemblaient à des trous noirs dans les murs.

Une seule voiture était garée derrière.

Celle de Richard Harrington.

Andrew coupa le moteur.

Personne ne parla.

Daniel sortit le premier.

La porte latérale était ouverte.

À l’intérieur, une lampe brillait au bout d’un couloir.

Andrew cria :

« Papa ! »

Aucune réponse.

Ils avancèrent.

Sur les murs, les anciennes plaques des chambres étaient encore visibles sous la poussière.

109.

111.

115.

Puis une porte métallique.

SERVER ACCESS.

Claire approcha.

Le lecteur électronique était allumé.

« Quelqu’un vient de l’utiliser. »

Daniel ouvrit.

Derrière, un escalier descendait sous le bâtiment.

L’air devenait plus froid.

Au sous-sol, un vieux serveur fonctionnait encore dans un rack protégé.

Richard Harrington était assis devant.

Il n’avait pas l’air surpris.

Andrew s’arrêta.

« Papa. »

Richard se retourna lentement.

Ses yeux étaient rouges.

Sur l’écran, une vidéo était en pause.

Marianne.

Vivante.

Allongée sur une table médicale.

Natalie sentit ses jambes se dérober une seconde.

Andrew la rattrapa.

Richard Harrington regarda Natalie.

« Je voulais que tu voies ça avant que quelqu’un puisse encore modifier l’histoire. »

Natalie fixa l’écran.

Sa mère ouvrait les yeux sur l’image.

Vivante après l’accident.

« Lancez-la. »

Richard hésita.

« Natalie… »

« Lancez-la. »

Il appuya.

La vidéo reprit.

Marianne respirait difficilement.

Quelqu’un hors champ demanda :

« Où est le paquet ? »

Natalie reconnut la voix immédiatement.

Richard Hale.

Derrière elle, son père devint immobile.

Marianne répondit faiblement :

« Tu ne l’auras pas. »

Une seconde voix intervint.

Richard Harrington.

« Arrête, Hale. Elle a besoin d’un médecin. »

Puis un bruit.

Un choc.

La caméra trembla.

Richard Hale apparut à l’image, plus jeune, le visage déformé par la colère.

« Où est le Registre ? »

Marianne sourit malgré le sang au coin de sa bouche.

« Déjà hors de ta portée. »

Richard Hale se pencha vers elle.

« Natalie paiera pour ça. »

Andrew regarda l’homme debout derrière eux aujourd’hui.

Richard Hale ferma les yeux.

Sur la vidéo, Richard Harrington cria :

« Ne prononce pas son nom. »

Puis l’image se coupa.

Natalie resta immobile.

« Il y a la suite ? »

Richard Harrington acquiesça.

« Oui. »

« Alors montrez-la. »

Il regarda Richard Hale.

« Cette partie-là, tu ne la connais pas. »

Et pour la première fois depuis le début de la nuit, Richard Hale sembla réellement avoir peur.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 14 : La deuxième vidéo montra qui avait quitté Saint Agnes avec Marianne vivante et transforma la mort supposée en une décision impossible à pardonner

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