PARTIE 20 – Andrew tomba avant la dernière validation, et Natalie dut choisir entre poursuivre Northstar ou sauver l’homme que Marianne avait autrefois choisi

Le bruit du tir sembla durer plus longtemps que le coup lui-même.

Andrew recula d’un pas.

Puis un second.

Natalie vit d’abord son visage.

L’étonnement.

Ensuite seulement le sang.

« Andrew ! »

Elle le rattrapa avant qu’il tombe complètement.

Il s’affaissa contre elle et Daniel, qui arriva immédiatement.

« À couvert ! »

Daniel les entraîna derrière un bloc de béton.

Un autre tir frappa le métal au-dessus d’eux.

Richard Hale se jeta derrière une colonne.

Michael, toujours près du terminal, se baissa.

Eleanor cria le nom de son fils.

Richard Harrington la retint.

« Reste là ! »

Natalie posa ses mains sur Andrew.

« Où ? Où est-ce que tu es touché ? »

Il respirait vite.

« Épaule. »

Daniel écarta sa veste.

La balle avait traversé le haut de son bras et entamé l’épaule.

Beaucoup de sang.

Mais pas la poitrine.

Natalie sentit ses jambes faiblir de soulagement.

Andrew serra les dents.

« Je vais bien. »

« Arrête de dire ça. »

Même dans la panique, il eut presque un sourire.

« Tu le dis tout le temps. »

Daniel pressa un morceau de tissu contre la plaie.

« Il faut sortir. »

Claire cria depuis l’autre côté du quai :

« Quatre minutes ! »

Natalie regarda le terminal.

00:04:17.

Michael était à moins de trois mètres du lecteur maître.

Roake contrôlait la ligne de tir depuis le wagon.

Rebecca était au sol, Richard Harrington comprimant sa blessure.

Eleanor pleurait sans bruit.

Natalie regarda Andrew.

« On arrête. »

Il comprit immédiatement.

« Non. »

« Tu as été touché. »

« Natalie. »

« On s’en fiche du Registre. »

Andrew saisit son poignet de sa main valide.

« Non. »

Elle le fixa.

« Tu peux mourir. »

« Pas de ça. »

« Tu n’en sais rien. »

« Et toi, tu sais ce qui arrivera si on abandonne maintenant. »

Natalie secoua la tête.

« Je ne vais pas te sacrifier pour une archive. »

Andrew serra les doigts.

« Ce n’est pas pour l’archive. »

« Alors pour quoi ? »

« Pour nous empêcher de passer les vingt prochaines années à vivre avec exactement les mêmes mensonges qu’eux. »

Natalie sentit les larmes arriver.

Andrew poursuivit :

« Ta mère m’a mis là parce qu’elle pensait que je saurais dire non quand mon intérêt me dirait oui. »

« Ce n’est pas le moment de prouver quoi que ce soit à une femme morte. »

« Je ne le fais pas pour elle. »

Il la regarda.

« Je le fais pour toi. »

Natalie ferma les yeux une seconde.

Une contraction forte traversa son ventre.

Cette fois, elle dut s’appuyer contre le béton.

Andrew pâlit.

« Natalie ? »

« Ça passe. »

« Non. On sort. »

Elle eut presque envie de rire.

« Maintenant c’est toi ? »

« Oui. »

« Trop tard. »

Daniel regarda les deux.

« Je peux l’emmener vers la sortie nord. Mais il faut neutraliser Roake. »

Richard Hale cria depuis sa position :

« Roake ! »

Un silence.

Puis Roake répondit :

« Je vous conseille de rester où vous êtes, Hale. »

Richard Hale leva légèrement les mains.

« Tu travailles pour qui ? »

Roake eut un rire.

« Vous pensez encore que tout le monde travaille pour quelqu’un. »

Michael cria :

« Calvin, arrête. »

« Toi, ferme-la. »

« Tu étais censé surveiller Guardian, pas reprendre les vieilles méthodes d’Arthur. »

Roake répondit :

« Les vieilles méthodes fonctionnaient. »

Richard Harrington ferma les yeux.

Natalie comprit.

« Il ne travaille pas pour quelqu’un. Il travaille pour Guardian lui-même. »

Michael acquiesça depuis sa position.

« Guardian est devenu autonome après la mort d’Arthur. Un réseau de comptes, d’agents, d’intermédiaires. Roake veut conserver ce qui reste. »

Claire cria :

« Trois minutes ! »

Natalie regarda Michael.

« Pouvez-vous atteindre le lecteur ? »

« S’il tire sur moi, non. »

Daniel inspecta l’espace.

« Je peux le couvrir. »

Andrew tenta de se relever.

Natalie le repoussa.

« Tu restes. »

« J’ai encore un bras. »

« Andrew. »

Le ton suffit.

Il resta.

Richard Hale regarda Daniel.

« Donnez-moi votre arme. »

Daniel répondit :

« Non. »

« Il me tirera dessus s’il me voit. »

« C’est précisément pourquoi je ne vous donne pas une arme. »

Richard eut un sourire sombre.

« Je n’ai pas besoin de tirer. »

Avant que quelqu’un puisse l’arrêter, il se leva.

« Roake ! »

Calvin Roake apparut légèrement derrière le wagon.

Son arme se tourna vers Richard Hale.

« Asseyez-vous. »

Richard avança.

« Tu veux Northstar ? Prends-moi. »

Natalie le regarda.

« Papa ! »

Il ne se retourna pas.

« Je suis le trustee prévu. Tant que je suis vivant, tu as une voie de contrôle. »

Roake hésita.

Michael comprit.

« Il essaie de le distraire. »

Richard Hale continua d’avancer.

« Tu sais que si Natalie devient incapable, la succession passe par moi. »

Roake répondit :

« Pas si la publication se termine. »

« Alors tu dois empêcher la troisième validation. »

« Exact. »

« Et pendant que tu me regardes, tu ne regardes pas Michael. »

Roake tourna la tête.

Trop tard.

Michael courut.

Un coup partit.

La balle frappa le terminal, envoyant des éclats de plastique.

Michael se jeta sur le lecteur.

Il posa sa main.

Claire cria :

« Validation détectée ! »

Roake tira de nouveau.

Daniel sortit de sa couverture et le percuta latéralement.

Les deux hommes tombèrent derrière le wagon.

Un bruit de lutte.

Richard Hale se précipita vers eux.

Richard Harrington cria :

« Hale, non ! »

Mais il était déjà parti.

Claire regardait l’écran.

« Michael est validé ! »

Natalie sentit un choc de soulagement.

Puis Claire pâlit.

« Attendez. »

« Quoi ? »

« Le système réclame confirmation finale de Natalie. »

Andrew ferma les yeux.

« Bien sûr. »

Claire courut vers eux avec l’ordinateur.

« Une minute quarante. »

Natalie regarda l’écran.

Deux options.

PUBLICATION FILTRÉE — DOUBLE PREUVE UNIQUEMENT.

SUSPENSION — 30 JOURS.

Andrew murmura :

« Choisis. »

Elle regarda Rebecca, blessée.

Eleanor.

Richard Harrington.

Michael.

Son père qui luttait quelques mètres plus loin avec Daniel et Roake.

Puis le coffre.

Le Registre.

Vingt ans de secrets.

Elle pensa à sa mère.

Pas à Marianne la stratège.

Pas à la femme des systèmes et des clés.

À sa mère assise dans la cuisine, les cheveux attachés trop vite, lui apprenant un numéro de téléphone avec une suite absurde de chiffres.

Si tu es forcée de choisir entre préserver le système et préserver des innocents, choisis les innocents.

Natalie posa son doigt.

PUBLICATION FILTRÉE.

Un avertissement apparut.

LES DONNÉES NON DOUBLEMENT VALIDÉES NE SERONT PAS PUBLIÉES AUTOMATIQUEMENT.

ELLES RESTERONT CONSERVÉES POUR EXAMEN.

Natalie confirma.

Le système demanda :

ACCEPTEZ-VOUS QUE LES AUTORITÉS ET LES AUDITEURS DÉSIGNÉS REÇOIVENT LES ÉLÉMENTS VALIDÉS ?

Elle appuya.

OUI.

Le compteur atteignit zéro.

Pendant une seconde, rien ne se passa.

Puis les écrans s’illuminèrent.

TRANSFERT EN COURS.

Claire regarda les paquets partir.

« Ça fonctionne. »

Julian ouvrit son téléphone.

« Le comité reçoit les fichiers. »

Mara acquiesça.

« Les autorités désignées aussi. »

Michael ferma les yeux.

Eleanor s’assit contre un mur.

Richard Harrington continua de comprimer la plaie de Rebecca.

Natalie regarda Andrew.

Il sourit faiblement.

« Tu as choisi. »

« Oui. »

« Toi-même. »

Elle comprit ce qu’il voulait dire.

Cette fois, personne n’avait choisi pour elle.

Un bruit sourd retentit derrière le wagon.

Daniel reparut.

Il tenait Roake plaqué au sol.

Richard Hale se tenait à côté, le visage ensanglanté.

« Il est désarmé. »

Samuel et Julian vinrent aider.

Roake fut attaché avec des liens plastiques.

Michael s’approcha.

Roake le regarda.

« Tu viens de détruire ce qu’Arthur avait construit. »

Michael répondit :

« C’était l’idée. »

Natalie sentit une nouvelle contraction.

Plus forte.

Elle plia légèrement les genoux.

Andrew pâlit.

« Ça suffit. Hôpital. »

Cette fois, elle ne discuta pas.

Daniel appela les secours.

Le soleil commençait à entrer par les vitres cassées.

Une lumière pâle, presque douce, tombait sur le dépôt.

Natalie s’assit près d’Andrew.

Elle prit sa main valide.

« Tu as très mal ? »

« Moins que mon ego. »

Elle le regarda.

« Tu as reçu une balle. »

« Oui. Et tu vas me rappeler que j’ai essayé de jouer au héros pendant combien d’années ? »

« Toutes. »

Il sourit.

Puis son visage redevint sérieux.

« Natalie. »

« Quoi ? »

« Ce que ta mère a écrit sur moi… ça ne doit pas compter. »

Elle fronça les sourcils.

« Comment ça ? »

« Si elle m’a observé, si elle m’a choisi comme possibilité, si nos parents ont créé des circonstances où on pouvait se rencontrer… je ne veux pas que ça transforme notre mariage en expérience réussie de Marianne. »

Natalie sentit quelque chose se détendre en elle.

« Ça ne le transforme pas. »

« Tu es sûre ? »

« Je t’ai trouvé arrogant la première fois qu’on s’est parlé. »

Andrew sourit.

« Tu me l’avais caché. »

« Non. Je te l’ai dit le soir même. »

« C’est vrai. »

« Ma mère n’a pas choisi ça. »

Elle serra sa main.

« Nous, oui. »

Andrew ferma les yeux quelques secondes.

Au loin, les premières sirènes approchaient.

Richard Harrington vint s’asseoir près d’eux.

Il regarda son fils.

« Andrew… »

Andrew ouvrit les yeux.

Richard chercha ses mots.

« Je suis désolé. »

Andrew resta silencieux.

« Pour quoi ? » demanda-t-il finalement.

Richard baissa la tête.

« Il y a trop de choses pour répondre en une phrase. »

Andrew eut un sourire triste.

« Au moins, c’est vrai. »

Richard acquiesça.

« Je t’ai menti sur Michael. Sur Meridian. Sur Marianne. J’ai essayé de protéger ta mère, toi, Olivia, notre nom… et à chaque fois j’ai créé quelque chose de pire. »

Andrew regarda Natalie.

Puis son père.

« Je ne sais pas ce que je ferai de ça. »

Richard hocha la tête.

« Je comprends. »

« Non. »

Andrew répondit sans colère.

« Tu n’as pas besoin de comprendre tout de suite. Moi non plus. »

Richard baissa les yeux.

Eleanor s’approcha.

Elle s’arrêta à quelques mètres.

« Andrew ? »

Il ne la regarda pas immédiatement.

« Est-ce que tu as voulu tuer Marianne ? »

Eleanor devint blanche.

« Non. »

« Est-ce que tu as demandé à Bell de l’empêcher d’aller plus loin ? »

« Oui. »

« En sachant ce que Bell avait fait à Martha ? »

Un silence.

Eleanor murmura :

« Je soupçonnais. Je ne savais pas. »

Andrew ferma les yeux.

« Toujours la même phrase. »

Elle pleura enfin.

Pas théâtralement.

Silencieusement.

« Je suis désolée. »

Andrew regarda sa mère.

« Moi aussi. »

Natalie comprit que ce n’était pas un pardon.

Seulement une reconnaissance de la douleur.

Michael se tenait un peu plus loin.

Richard Harrington finit par le regarder.

« Pourquoi tu n’es jamais revenu ? »

Michael eut un rire sans chaleur.

« Pour quoi faire ? »

« Nous dire que tu étais vivant. »

« Vous aviez déjà décidé que mort était plus pratique. »

Richard serra les mâchoires.

« Ce n’est pas juste. »

« Non. »

Michael regarda le dépôt.

« Rien de tout ça ne l’est. »

Natalie lui demanda :

« Qu’allez-vous faire maintenant ? »

Michael regarda le coffre.

« Donner les originaux. »

Richard Hale leva les yeux.

« À qui ? »

Michael répondit :

« Pas à toi. »

Natalie eut presque un sourire.

Claire s’approcha.

« Le transfert filtré est terminé. »

Elle montra l’écran.

PUBLICATION COMPLETE.
ARCHIVE NON VALIDÉE SCELLÉE.
ACCÈS REQUIS : ORDRE JUDICIAIRE OU CONSENTEMENT PRINCIPAL.

Natalie souffla.

« Donc personne ne peut fouiller le reste sans contrôle. »

« Exactement. »

Richard Hale regarda sa fille.

« Tu viens de faire ce que Marianne n’avait jamais réussi à faire. »

Natalie le fixa.

« Quoi ? »

« Accepter de ne pas tout contrôler. »

Elle ne sut pas si c’était un compliment.

Peut-être que lui non plus.

Les secours entrèrent enfin dans le dépôt.

Les ambulanciers prirent Andrew en charge.

Puis Rebecca.

Quand ils approchèrent de Natalie, elle voulut dire qu’elle allait bien.

Andrew la regarda.

« N’ose pas. »

Elle soupira.

« D’accord. »

Un ambulancier vérifia rapidement son état.

« Avec les contractions et le stress, on vous emmène aussi. »

Natalie acquiesça.

Avant de monter dans l’ambulance, elle regarda une dernière fois le coffre contenant le Registre original.

Michael le confiait à Julian et Mara.

Daniel surveillait Roake.

Richard Harrington restait près de Rebecca.

Eleanor attendait seule.

Richard Hale, lui, se tenait à l’écart.

Natalie l’appela.

« Papa. »

Il se retourna.

Elle hésita.

Il y avait encore trop de questions.

Trop de colère.

Trop de choses qu’aucune publication automatique ne réparerait.

« Ne pars pas. »

Richard Hale la regarda longtemps.

Puis acquiesça.

« Je resterai. »

Natalie monta dans l’ambulance.

Andrew était déjà allongé sur une civière.

Elle s’assit près de lui.

Il chercha sa main.

Elle la lui donna.

À travers les portes ouvertes, le soleil se levait derrière les rails.

Pour la première fois depuis le dîner chez les Harrington, aucun compte à rebours n’était visible.

Mais Natalie savait que l’histoire n’était pas terminée.

Les fichiers publiés allaient déclencher des enquêtes.

Les preuves non validées allaient poser de nouvelles questions.

Michael avait encore vingt années à expliquer.

Eleanor devait répondre de Bell.

Richard Harrington devait affronter ce qu’il avait falsifié.

Richard Hale devait vivre avec toutes les promesses qu’il avait trahies.

Et quelque part dans les dossiers de Marianne restait encore une question que personne n’avait résolue :

Pourquoi avait-elle attendu si longtemps avant de confier Northstar à Natalie ?

L’ambulancier ferma les portes.

Andrew serra légèrement sa main.

« Tu penses à quoi ? »

Natalie regarda son ventre.

Puis lui.

« Que ma mère avait probablement encore une dernière chose à me dire. »

Au même instant, le téléphone de Claire vibra dans la poche du manteau qu’elle avait confié à Natalie avant leur départ.

Un message automatique venait d’arriver.

NORTHSTAR — MESSAGE DIFFÉRÉ DÉVERROUILLÉ.

DESTINATAIRE : NATALIE ELIZABETH HALE.

DATE D’ENREGISTREMENT : DEUX JOURS AVANT LA MORT DE MARIANNE.

Natalie sentit son cœur se serrer.

Andrew vit son visage.

« Quoi ? »

Elle tourna l’écran vers lui.

Au-dessous du titre apparaissait une seule phrase.

NATALIE, SI TU ENTENDS CECI, ALORS TU AS DÉJÀ DÉCOUVERT QUE JE T’AI MENTI SUR TON PÈRE.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 21 : Le dernier message de Marianne ne concernait pas Richard Hale comme Natalie le croyait, et son vrai sens menaçait toute son identité

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