PARTIE 24 – Margaret Vale semblait avoir repris Guardian, mais son appel à Natalie révéla que Thomas avait accusé la mauvaise personne avant de mourir

Julian appela sa mère à 16 h 06.

Elle ne répondit pas.

Deuxième appel.

Messagerie.

Troisième.

Toujours rien.

Natalie suivait depuis sa chambre d’hôpital, le téléphone posé sur un support pendant que Claire photographiait chaque page de la boîte de Thomas.

Andrew avait été autorisé à revenir près d’elle.

Il dormait à moitié dans un fauteuil, épuisé par l’intervention et les antalgiques.

Natalie enviait presque sa capacité à fermer les yeux.

Julian regarda Claire.

« Elle répond toujours. »

Daniel demanda :

« À quelle fréquence vous parlez ? »

« Une ou deux fois par semaine. »

« Dernier contact ? »

« Avant-hier. »

Natalie sentit l’évidence.

« Avant que Northstar s’active. »

Julian acquiesça.

« Oui. »

Claire inspecta le téléphone de Thomas retrouvé dans la boîte.

« Si Margaret contrôlait Guardian, elle savait probablement que Roake allait intervenir. »

Daniel répondit :

« Ou elle savait qu’il existait encore sans le contrôler. »

Natalie pensa à ce qu’ils avaient appris.

À chaque étape, quelqu’un paraissait être le centre.

Puis un autre niveau apparaissait.

Elle refusa cette fois de choisir trop vite.

« On ne conclut rien avant de lui parler. »

Julian regarda Natalie.

Un sourire triste passa sur son visage.

« Ça ressemble à mon père. »

La phrase lui fit mal d’une façon inattendue.

Natalie regarda l’écran.

« J’aurais aimé le connaître. »

Julian baissa les yeux.

« Lui aussi. »

À 16 h 22, le téléphone de Natalie sonna.

Numéro inconnu.

Claire vit l’écran.

« Attendez. »

Daniel se rapprocha.

Natalie décrocha en haut-parleur.

« Allô ? »

Une voix de femme âgée répondit.

« Natalie ? »

Julian devint pâle.

« Maman. »

Silence à l’autre bout.

Puis :

« Julian est avec toi. »

Natalie répondit :

« Oui. »

Margaret Vale soupira.

« Alors Thomas avait raison. Vous finiriez par ouvrir cette boîte ensemble. »

Julian s’approcha.

« Maman, où es-tu ? »

« En sécurité. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Que je ne suis pas chez moi. »

Daniel fit signe à Claire de tenter une localisation technique.

Claire secoua la tête après quelques secondes.

Appel relayé.

Natalie demanda :

« Est-ce que vous contrôlez Guardian ? »

Margaret eut un petit rire fatigué.

« Thomas croyait ça. »

« Ce n’est pas une réponse. »

« Non, je ne contrôle pas Guardian. »

Julian intervint.

« Papa a trouvé vos initiales sur les autorisations. »

« Il a trouvé M.V. »

« Margaret Vale. »

« C’est ce qu’il a décidé. »

Natalie sentit quelque chose.

« Ce n’était pas vous. »

Margaret répondit :

« Non. »

Daniel regarda Claire.

Claire haussa légèrement les épaules.

Impossible de savoir si elle disait vrai.

Julian demanda :

« Alors qui ? »

Margaret resta silencieuse.

« Maman. »

« Thomas avait un défaut », dit-elle. « Il cherchait les mensonges dans les familles parce qu’il connaissait les familles. Quand il voyait des initiales, il associait immédiatement un visage. »

Natalie pensa à Bell.

Vous cherchez dans les familles. C’est votre erreur.

La même idée.

« Qui est M.V. ? » demanda-t-elle.

Margaret répondit :

« Meridian Vector. »

Claire se figea.

« Quoi ? »

« Ce n’est pas une personne. C’est une société. »

Claire tapa immédiatement.

« Je ne trouve rien. »

Margaret répondit :

« Normal. Elle n’existe pas publiquement. C’était la structure de maintenance créée après la mort d’Arthur pour gérer les mandats automatiques de Guardian. »

Julian ferma les yeux.

« Papa pensait que c’était toi. »

« Oui. »

« Pourquoi tu ne lui as pas expliqué ? »

Long silence.

« Parce que j’étais coupable d’autre chose. »

Natalie regarda Julian.

« Quoi ? »

Margaret répondit :

« J’ai bien envoyé le signal à Guardian le soir de l’accident de Marianne. Cette partie de l’enregistrement est vraie. »

Julian serra les mâchoires.

« Et tu n’as jamais su que Bell interviendrait ? »

« Non. »

« Je ne sais pas si je te crois. »

« Moi non plus, parfois. »

Cette réponse surprit tout le monde.

Margaret poursuivit :

« J’étais jalouse. En colère. Thomas parlait de Marianne comme s’il existait une partie de lui que notre mariage n’atteindrait jamais. Quand j’ai compris que Natalie pouvait être sa fille, j’ai cru que Marianne utiliserait encore ça pour le garder près d’elle. »

Natalie ferma les yeux.

« Elle ne lui avait même pas dit que j’étais sa fille. »

« Je sais maintenant. »

« Et à l’époque ? »

« Je pensais autrement. »

Julian demanda :

« Tu as alerté Guardian pour qu’ils l’arrêtent. »

« Oui. »

« Et après l’accident ? »

« J’ai paniqué. »

« Tu as appelé Bell ? »

« Oui. Il m’a dit que Marianne était vivante. Qu’elle serait prise en charge. »

Natalie sentit une colère froide.

« Et vous n’avez rien dit à Thomas ? »

« Pas cette nuit-là. »

« Pourquoi ? »

« Parce que j’avais peur qu’il comprenne que j’avais déclenché l’intervention. »

Julian détourna le regard.

Margaret poursuivit :

« Thomas l’a découvert des années plus tard. Il ne m’a jamais vraiment pardonné. Il avait raison de ne pas le faire. »

Daniel demanda :

« Aaron Bell a-t-il tué Thomas Vale ? »

Un long silence.

Margaret répondit :

« Je pense que oui. »

Julian pâlit.

« Tu le savais ? »

« Je le soupçonnais. »

« Et tu n’as rien fait ? »

« Bell est mort avant que je puisse prouver quoi que ce soit. »

Julian eut un rire sans joie.

« Toujours trop tard. »

Margaret murmura :

« Oui. »

Natalie demanda :

« Si Meridian Vector contrôle Guardian, qui contrôle Meridian Vector ? »

Margaret inspira.

« C’est la bonne question. »

Claire se pencha vers le téléphone.

« Vous savez ? »

« Pas avec certitude. Mais Thomas avait tort sur mes initiales et raison sur une chose : quelqu’un avait modifié les mandats après la mort d’Arthur Harrington. »

Richard Harrington apparut alors à la porte de la chambre.

Il s’était fait autoriser à entrer après avoir parlé aux enquêteurs.

Lorsqu’il entendit la voix de Margaret, il s’arrêta.

« Margaret. »

Silence.

Puis la voix répondit :

« Richard. »

Il entra.

« Tu savais pour Meridian Vector ? »

« Oui. »

Richard ferma les yeux.

« Et tu ne m’as rien dit. »

Margaret eut un rire triste.

« Tu veux vraiment avoir cette conversation sur les secrets ? »

Richard ne répondit pas.

Natalie demanda :

« Qui pouvait modifier ces mandats ? »

Margaret répondit :

« À l’origine, trois administrateurs. Arthur Harrington. Thomas Vale. Et… »

Elle s’arrêta.

Richard Harrington pâlit.

« Non. »

Natalie sentit son cœur accélérer.

« Et qui ? »

Margaret répondit :

« Marianne. »

Personne ne parla.

Claire regarda l’écran.

« Marianne avait accès à Guardian ? »

« Oui. »

Rebecca, encore en soins, n’était pas là pour confirmer.

Richard Harrington s’assit.

« Pourquoi mon père aurait donné accès à Marianne ? »

Margaret répondit :

« Il ne l’a pas fait. Thomas l’a ajoutée après la mort d’Arthur. »

Julian demanda :

« Donc Thomas et Marianne pouvaient modifier les mandats. »

« Oui. »

Natalie réfléchit.

« Et après la mort de Marianne et de Thomas ? »

« Il devait rester un administrateur de succession. »

Claire demanda :

« Lequel ? »

Margaret répondit :

« C’est ce que je n’ai jamais pu identifier. »

Richard Harrington murmura :

« Moi. »

Tout le monde se tourna vers lui.

« Quoi ? »

Il regarda Natalie.

« Thomas m’avait demandé de signer des documents après la mort de Marianne. Je pensais qu’il s’agissait de conservation d’archives. »

Andrew ouvrit les yeux dans le fauteuil.

« Papa. »

Richard secoua la tête.

« Je ne savais pas que Meridian Vector existait sous ce nom. »

Claire demanda :

« Vous avez une copie des documents ? »

« Peut-être dans mes archives personnelles. »

Natalie le fixa.

« Si vous êtes administrateur, alors Guardian a pu agir sous votre autorité pendant vingt ans. »

Richard devint blanc.

« Sans que je le sache. »

Margaret intervint :

« Ce serait possible. Les mandats étaient conçus pour être automatiques. L’administrateur ne validait pas chaque opération. »

Daniel croisa les bras.

« Mais quelqu’un les a modifiés. »

Margaret répondit :

« Oui. »

Claire chercha dans les fichiers Northstar.

« Attendez. Meridian Vector apparaît dans les données récemment publiées. »

Elle ouvrit une structure.

MV — ADMINISTRATIVE SUCCESSION.

Historique.

Arthur Harrington : terminé.

Thomas Vale : terminé.

Marianne Hale : terminé.

Puis :

Richard Harrington : dormant.

Natalie fronça les sourcils.

« Dormant ? »

Claire descendit.

Une autre ligne.

ACTIVE CONTROLLER:
R. SHAW.

Tout le monde se figea.

Richard Harrington murmura :

« Rebecca. »

Natalie sentit le sang lui quitter le visage.

Rebecca Shaw.

La femme qui avait prétendu mourir.

La femme qui avait travaillé sur Northstar.

La femme qui avait vendu le nom de Natalie à Richard Hale.

La femme touchée au dépôt juste avant la troisième validation.

Claire ouvrit le détail.

« Rebecca a pris le contrôle administratif de Meridian Vector onze ans plus tôt. »

Julian demanda :

« Quand exactement ? »

Claire lut la date.

Trois semaines après la mort de Marianne.

Richard Harrington ferma les yeux.

« Non. »

Margaret, au téléphone, murmura :

« Voilà pourquoi Thomas n’a jamais trouvé. »

Natalie sentit les pièces anciennes se réorganiser.

Rebecca connaissait Guardian.

Rebecca connaissait Meridian.

Rebecca avait une fausse mort qui lui permettait de disparaître des radars.

Et surtout, Rebecca avait été celle qui avait affirmé que Marianne l’avait protégée après sa trahison.

« Elle a contrôlé Guardian pendant onze ans », dit Natalie.

Claire acquiesça.

« Au minimum. »

Daniel demanda :

« Cela signifie-t-il qu’elle a ordonné l’attaque de Roake ? »

Claire secoua la tête.

« Pas forcément. Elle pouvait avoir perdu le contrôle opérationnel. Mais administrativement, oui, elle détenait la structure. »

Natalie regarda la porte.

Rebecca était dans ce même hôpital.

Deux étages plus bas.

« Elle s’est fait tirer dessus. »

Daniel répondit :

« Ce qui peut être réel et compatible avec le fait qu’elle ait contrôlé Guardian. »

Margaret murmura au téléphone :

« Thomas soupçonnait quelqu’un proche de Marianne. Il pensait à moi parce qu’il avait besoin que ce soit moi. »

Julian ferma les yeux.

« Et c’était Rebecca. »

Natalie prit son téléphone.

« Où est sa chambre ? »

Claire secoua la tête.

« Vous n’y allez pas. »

« Pourquoi ? »

« Parce que si Rebecca a réellement administré Guardian, on ne sait pas ce qu’elle a encore préparé. »

Richard Harrington se leva.

« Daniel. »

Daniel avait déjà son téléphone en main.

Il appela la sécurité de l’hôpital.

Quelques secondes.

Puis son visage changea.

« Rebecca Shaw n’est plus dans sa chambre. »

Natalie se redressa.

« Quoi ? »

« Elle a quitté l’étage il y a vingt minutes. »

Claire ouvrit le système hospitalier.

« Impossible. Elle avait une blessure par balle. »

Daniel répondit :

« Apparemment stable, perfusion retirée, vêtements récupérés. Une femme l’a accompagnée. »

« Qui ? »

Daniel écouta.

Puis regarda Natalie.

« Elle a utilisé le nom de Marianne Hale. »

Le silence tomba.

Natalie sentit son cœur cogner.

« C’est impossible. »

Claire ouvrit les caméras internes accessibles à la sécurité.

Une image apparut.

Rebecca quittant le couloir.

À côté d’elle, une femme aux cheveux gris, plus âgée, mince, visage partiellement caché par un masque.

Richard Hale entra dans la chambre à cet instant.

Il vit l’écran.

Et s’arrêta net.

Natalie le regarda.

« Tu la connais. »

Richard Hale ne répondit pas.

« Qui est cette femme ? »

Il s’approcha de l’écran.

Ses mains tremblaient.

« Agrandis. »

Claire zooma.

La femme tourna légèrement le visage vers la caméra.

Richard Hale pâlit.

« Non. »

Natalie sentit le froid monter le long de son dos.

« Qui ? »

Richard fixa l’image.

Puis murmura :

« Marianne. »

Personne ne bougea.

Natalie regarda la femme sur l’écran.

Plus âgée.

Transformée.

Mais soudain certains détails apparurent.

La ligne du nez.

La manière de tenir la tête.

Les yeux.

Les mêmes yeux que sur les vidéos.

Natalie sentit son monde basculer une nouvelle fois.

Sa mère, morte depuis onze ans, venait peut-être de quitter l’hôpital aux côtés de Rebecca Shaw.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 25 : La femme filmée avec Rebecca ressemblait à Marianne, mais une cicatrice oubliée permit à Natalie de savoir si sa mère était vraiment vivante

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