PARTIE 9 – Trois inconnus encerclèrent l’entrepôt tandis que Natalie découvrit que son père n’était plus le seul à vouloir faire taire Northstar

Daniel éteignit la dernière lampe.

L’entrepôt plongea dans une obscurité presque totale, seulement coupée par la lumière grisâtre qui filtrait à travers les vitres cassées. Natalie sentit Andrew chercher sa main. Elle la lui donna sans quitter la porte des yeux.

Dehors, trois silhouettes avançaient entre les voitures.

Aucune ne ressemblait à Richard Hale.

La première était grande et large d’épaules. La deuxième, plus mince, portait quelque chose contre sa poitrine. La troisième restait légèrement en retrait, comme si elle surveillait la rue.

Daniel murmura : « Personne ne bouge. »

Eleanor, encore assise contre le mur, regarda la porte.

« Ce ne sont pas les hommes de Richard. »

Andrew se tourna vers elle.

« Comment tu peux le savoir ? »

« Parce qu’il ne travaille jamais avec trois personnes. Deux seulement. Toujours deux. »

Rebecca lui lança un regard.

« Tu sembles bien connaître ses habitudes. »

Eleanor ne répondit pas.

Un bruit métallique retentit.

Quelqu’un testait la poignée extérieure.

Claire ferma son ordinateur portable et le glissa dans son sac.

Daniel leva deux doigts, indiquant à Andrew de rester en retrait avec Natalie.

Puis une voix d’homme s’éleva derrière la porte.

« Mme Benton ? »

Claire se figea.

Tout le monde la regarda.

La voix reprit.

« Nous savons que vous êtes à l’intérieur. Nous n’avons aucun intérêt à faire du mal à qui que ce soit. »

Daniel murmura : « Vous les connaissez ? »

Claire secoua la tête.

« Non. »

La voix continua.

« Nous voulons uniquement récupérer les données concernant Northstar. »

Rebecca eut un souffle ironique.

« Très rassurant. »

Un second homme parla, plus près.

« Nous sommes mandatés par le comité de conservation. »

Daniel fronça les sourcils.

« Quel comité ? »

Eleanor répondit presque sans voix.

« Oh non. »

Natalie se tourna vers elle.

« Quoi ? »

Eleanor ferma les yeux.

« Le comité n’aurait jamais dû exister encore. »

Andrew se pencha vers sa mère.

« Quel comité ? »

Eleanor prit quelques secondes avant de répondre.

« Marianne avait prévu une dernière couche de sécurité autour du Registre. Pas technique. Humaine. »

Rebecca se redressa.

« Tu m’avais dit qu’elle avait abandonné cette idée. »

« Elle avait dit qu’elle l’abandonnerait. Ce n’est pas la même chose. »

Daniel regarda la porte.

« Combien de personnes ? »

« À l’origine, cinq. Avocats, auditeurs, administrateurs fiduciaires. Personne ne connaissait l’ensemble du système. Ils devaient seulement intervenir si Northstar déclenchait une exposition. »

Claire comprit.

« Donc la phase deux les a alertés. »

Eleanor acquiesça.

« Probablement. »

Natalie regarda la silhouette derrière la vitre.

« S’ils veulent protéger le Registre, pourquoi réclament-ils les données ? »

Rebecca répondit : « Parce qu’un comité créé il y a vingt ans peut aussi être infiltré. »

Un coup sec frappa la porte.

« Mme Hale », appela la voix extérieure. « Nous savons que vous êtes là aussi. »

Natalie sentit Andrew se tendre.

« Ils connaissent ton nom. »

« Tout le monde le connaît, apparemment. »

Malgré elle, sa voix fut plus sèche qu’elle ne l’aurait voulu.

La voix poursuivit.

« Votre mère nous a laissé des instructions. »

Natalie se figea.

Daniel leva la main pour l’empêcher d’approcher.

« Ne répondez pas. »

Mais Natalie avait entendu quelque chose.

Pas seulement les mots.

La formulation.

Votre mère nous a laissé des instructions.

Elle s’avança malgré Andrew.

« Quelles instructions ? »

Andrew murmura : « Natalie. »

Elle leva un doigt.

Silence.

L’homme dehors répondit :

« Que si la phase d’exposition commençait avant votre trente-cinquième anniversaire, nous devions vous retirer de la chaîne d’autorisation. »

Natalie sentit un froid lent se déposer dans sa poitrine.

« Pourquoi ? »

« Parce que Marianne Hale estimait que vous seriez probablement sous influence ou sous menace. »

Rebecca ferma les yeux.

« C’est vrai. »

Natalie se tourna vers elle.

« Vous le saviez ? »

« Je connaissais la clause, pas le comité. »

Eleanor murmura :

« Marianne ne faisait confiance à personne jusqu’au bout. »

Andrew regarda Natalie.

« Quel âge as-tu exactement ? »

Elle lui lança un regard.

« Trente-deux. »

« Donc ils peuvent réellement te retirer du système ? »

Claire rouvrit son ordinateur.

« S’ils possèdent la clé prévue par Marianne, peut-être. »

Daniel éleva la voix.

« Montrez une preuve d’autorisation. »

Un silence suivit.

Puis un téléphone vibra à l’intérieur de l’entrepôt.

Celui de Claire.

Elle regarda l’écran.

Un fichier venait d’arriver par proximité chiffrée.

Elle l’ouvrit.

« C’est un certificat Northstar. »

Rebecca s’approcha.

« Valide ? »

Claire resta plusieurs secondes sans répondre.

« Ancien, mais authentique. »

Daniel relâcha légèrement les épaules.

« Ça ne veut pas dire qu’on ouvre. »

Eleanor demanda :

« Quel nom est associé ? »

Claire fit défiler.

« Thomas Vale. »

Rebecca pâlit.

Natalie le remarqua.

« Vous le connaissez. »

Rebecca répondit :

« C’était l’avocat personnel de Marianne. »

« Était ? »

« Il est mort il y a huit ans. »

Tout le monde regarda de nouveau la porte.

Daniel demanda :

« Qui êtes-vous ? »

La voix répondit :

« Son fils. Julian Vale. »

Rebecca s’approcha de la porte.

« Comment s’appelait le chien de Thomas ? »

Andrew la regarda, surpris.

Dehors, silence.

Puis :

« Il n’avait pas de chien. Il détestait les animaux depuis qu’un berger allemand l’avait mordu à sept ans. »

Rebecca expira.

« C’est probablement lui. »

Daniel n’ouvrit toujours pas.

« Probablement n’est pas suffisant. »

Claire inspecta le certificat.

« Il contient un défi cryptographique. Je peux l’interroger. »

Elle tapa rapidement.

Quelques secondes plus tard, une réponse arriva.

« Clé privée authentique. »

Daniel regarda tout le monde.

« J’ouvre seulement la porte de vingt centimètres. »

Il déverrouilla.

Une chaîne de sécurité rouillée maintint le battant.

L’homme dehors s’approcha.

Il avait environ quarante ans, le visage fatigué, les cheveux sombres mouillés par la pluie. Ses mains étaient visibles.

« Julian Vale », dit-il.

Derrière lui, une femme en imperméable noir et un homme plus âgé attendaient.

« Qui sont-ils ? » demanda Daniel.

« Mara Chen, auditrice fiduciaire. Samuel Ortiz, ancien responsable de conformité bancaire. »

Eleanor murmura derrière eux :

« Deux noms du comité. »

Julian regarda au-delà de Daniel.

Ses yeux se posèrent sur Natalie.

« Vous ressemblez à Marianne. »

Natalie ne réagit pas.

« Vous avez dit pouvoir me retirer de Northstar. »

« Oui. »

« Pourquoi maintenant ? »

Julian sortit lentement une enveloppe de sa poche intérieure.

« Parce que la phase deux s’est déclenchée. Et parce que votre père vient d’essayer d’activer la clause de succession. »

Claire se rapprocha.

« Quelle clause ? »

Julian regarda Natalie.

« Celle qui permet à Richard Hale de prendre votre place si vous êtes déclarée juridiquement compromise. »

Andrew s’avança.

« Qu’est-ce que ça veut dire, compromise ? »

Julian répondit :

« Inapte, contrainte ou accusée d’avoir participé à une fraude visant Halcyon. »

Natalie regarda Claire.

« La fausse transaction. »

Claire acquiesça.

Eleanor ferma les yeux.

« Voilà pourquoi il avait besoin que tout remonte à elle. »

Julian poursuivit :

« Le transfert de quatre-vingt-douze millions n’était pas seulement destiné à déclencher Northstar. Il devait produire suffisamment de preuves artificielles pour que Natalie paraisse responsable. »

Daniel ouvrit davantage la porte, sans retirer la chaîne.

« Vous avez accès à la procédure de succession ? »

Julian hocha la tête.

« Et elle a été initiée il y a quarante-sept minutes. »

Andrew regarda Natalie.

« Par qui ? »

« Richard Hale. »

Rebecca murmura :

« Il avait donc prévu les deux issues. »

Natalie fixa Julian.

« S’il me remplace, il peut arrêter la publication du Registre ? »

« Oui. »

« Et s’il échoue ? »

« Le Registre sort automatiquement à six heures. »

Claire vérifia l’heure.

« Il reste cinq heures vingt. »

Julian acquiesça.

« Sauf qu’il existe un troisième scénario. »

Natalie sentit immédiatement qu’il allait être pire.

« Lequel ? »

Julian regarda Eleanor avant de répondre.

« Si les trois administrateurs historiques de Northstar sont déclarés compromis avant la fin du compte à rebours, le système détruit le Registre au lieu de le publier. »

Rebecca recula.

Eleanor pâlit.

Natalie regarda successivement les deux femmes.

« Trois administrateurs historiques. Marianne, Rebecca et Eleanor. »

Julian acquiesça.

« Marianne est morte. »

« Donc considérée inactive. »

« Oui. »

Andrew comprit.

« Il lui suffit de compromettre Rebecca et Eleanor. »

Daniel regarda les poignets marqués d’Eleanor.

« Il a déjà commencé. »

Rebecca murmura :

« Et moi, j’ai trahi Marianne il y a dix-sept ans. Il peut utiliser ça pour me faire déclarer compromise. »

Julian hocha la tête.

« Exactement. »

Un téléphone vibra.

Celui de Natalie.

Message inconnu.

Une photographie.

La maison de sa grand-mère.

Une lumière était allumée au sous-sol.

Sous l’image, une phrase :

TU AS CINQ HEURES POUR VENIR ME PARLER AVANT QUE LES MENSONGES DE TA MÈRE NE DEVIENNENT PUBLICS.

Andrew lut par-dessus son épaule.

« C’est lui. »

Julian regarda la photographie.

« Probablement prise il y a quelques minutes. »

Natalie sentit le bébé bouger.

Un mouvement lent, ferme.

Elle posa la main sur son ventre.

« Il veut que j’aille là-bas. »

Daniel répondit immédiatement :

« Non. »

Natalie leva les yeux.

« Et il sait que je viendrai. »

Andrew secoua la tête.

« Pas seule. »

« Je n’ai pas dit seule. »

Julian sortit une seconde feuille.

« Avant de décider quoi que ce soit, vous devez voir ça. »

Il lui tendit le document.

Un acte notarié.

Date : onze ans plus tôt.

Quelques semaines avant la mort de Marianne.

Natalie lut les deux premières lignes.

Puis s’arrêta.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Julian répondit doucement :

« Une modification du bénéficiaire final de Northstar. »

Natalie parcourut la page.

Son nom apparaissait.

Puis un second.

Elle crut d’abord avoir mal lu.

ANDREW JAMES HARRINGTON.

Elle releva brusquement la tête.

Andrew semblait aussi choqué qu’elle.

« Je n’ai jamais vu ça. »

Julian acquiesça.

« Marianne l’a signé bien avant votre rencontre. »

Le silence devint immense.

Natalie regarda Andrew.

Puis la date.

Onze ans plus tôt.

Elle n’avait jamais rencontré Andrew à cette époque.

« Comment ma mère pouvait-elle connaître son nom ? »

Julian referma l’enveloppe.

« C’est précisément la question que Thomas Vale essayait de résoudre quand il est mort. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Le nom d’Andrew figurait dans Northstar avant leur rencontre, et une vieille photographie révéla que leur mariage n’avait peut-être jamais été un hasard

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *