Andrew fit un pas vers Richard Hale.
Daniel se plaça immédiatement entre eux.
« Reculez. »
Andrew ne le regarda même pas.
« Il a payé le médecin qui a tué Marianne. »
Richard Hale resta près du serveur.
« Ce n’est pas ce qui s’est passé. »
Andrew éclata.
« Vous venez d’admettre qu’il lui a donné un anticoagulant alors qu’elle faisait une hémorragie. »
« Oui. »
« Et vous l’avez payé après. »
« Oui. »
« Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? »
Natalie ne bougeait pas.
Elle avait l’impression que tout son corps s’était concentré dans un seul point : le battement douloureux derrière ses côtes.
Elle regarda son père.
« Pourquoi ? »
Richard Hale répondit :
« Je t’ai dit pourquoi j’ai payé Bell. »
« Non. Tu m’as dit pourquoi tu as falsifié le rapport. Je demande pourquoi Bell lui a donné ce médicament. »
Richard regarda le sol.
Rebecca s’approcha.
« Réponds. »
« Parce qu’elle le lui a demandé. »
La phrase tomba brutalement.
Andrew secoua la tête.
« Non. »
Richard Hale leva les yeux vers Natalie.
« Marianne savait exactement ce que l’anticoagulant pouvait faire. »
Natalie sentit sa colère devenir glaciale.
« Tu veux me faire croire que ma mère a demandé qu’on la tue ? »
« Non. »
« Alors explique. »
Richard passa une main sur son visage.
« Ce n’était pas un anticoagulant ordinaire. C’était un traitement qu’elle prenait déjà depuis plusieurs mois. »
Rebecca fronça les sourcils.
« Marianne ne m’a jamais parlé de traitement. »
« Parce qu’elle ne voulait pas que vous sachiez. »
Eleanor murmura :
« Elle était malade ? »
Richard Hale acquiesça.
Natalie sentit sa poitrine se serrer.
« De quoi ? »
Son père hésita.
« Une anomalie de coagulation. Ironiquement, elle faisait des microthromboses. Le médicament réduisait le risque. »
Claire intervint.
« Si elle avait une hémorragie aiguë, on aurait dû l’arrêter immédiatement. »
Richard répondit :
« Oui. »
« Alors pourquoi le prendre après l’accident ? »
« Parce qu’elle avait aussi subi un traumatisme vasculaire. Bell pensait qu’un caillot pouvait atteindre ses poumons ou son cerveau. »
Daniel fronça les sourcils.
« Donc elle risquait de mourir dans les deux cas. »
Richard acquiesça.
« Oui. »
Natalie sentit sa certitude s’effriter.
« Et elle a choisi ? »
Richard Hale répondit :
« Elle a demandé le médicament en sachant qu’il pouvait aggraver l’hémorragie. »
Rebecca secoua la tête.
« Tu étais là. Tu pouvais l’en empêcher. »
Richard eut un rire vide.
« Tu crois que quelqu’un pouvait empêcher Marianne de décider pour elle-même ? »
Natalie ferma les yeux.
Cette phrase ressemblait douloureusement à la mère dont elle se souvenait.
Pas une femme suicidaire.
Une femme qui, confrontée à deux risques, choisissait elle-même celui qu’elle acceptait.
« Il existe une preuve ? »
Richard Hale regarda le serveur.
« Oui. »
Richard Harrington le fixa.
« Tu savais qu’elle avait enregistré ça ? »
« Non. Bell me l’a envoyé avant de mourir. »
Julian demanda :
« Bell est mort quand ? »
« Six ans après Marianne. Cancer. »
Claire ouvrit un autre répertoire.
« Vous connaissez le nom du fichier ? »
Richard Hale répondit :
« CONSENT. »
Elle chercha.
Un fichier audio apparut.
CONSENT_MH_0617.
Natalie se rapprocha.
« Lancez. »
La voix du Dr Bell sortit des haut-parleurs.
« Marianne, je dois enregistrer votre décision parce que vous êtes consciente mais gravement blessée. Vous comprenez que le médicament peut augmenter le saignement ? »
La voix de Marianne était faible.
Mais claire.
« Oui. »
Bell :
« Vous comprenez que ne pas le prendre augmente le risque d’accident thrombotique ? »
« Oui. »
« Quelle option choisissez-vous ? »
Un silence.
Puis Marianne :
« Donnez-le-moi. »
Bell demanda :
« Pourquoi ? »
Marianne eut un petit souffle qui ressemblait presque à un rire.
« Parce que si mon cerveau lâche, personne ne saura où j’ai mis ce qu’ils cherchent. »
Natalie porta une main à sa bouche.
La voix de Bell reprit :
« Marianne, ce n’est pas une bonne raison médicale. »
« C’est la mienne. »
Un autre silence.
Puis Richard Hale sur l’enregistrement.
« Tu peux encore changer d’avis. »
Marianne répondit :
« Toi aussi. »
« À propos de quoi ? »
« De toute ta vie, Richard. »
L’enregistrement se tut quelques secondes.
Natalie sentit les larmes lui monter aux yeux.
Marianne continua :
« Si je meurs, ne fais pas de Natalie une extension de notre guerre. »
Richard Hale répondit :
« Tu ne vas pas mourir. »
« Promets. »
Silence.
« Richard. »
« Je promets. »
Natalie regarda son père.
Il baissa les yeux.
Marianne poursuivit :
« Et ne touche pas à Northstar pendant un an. »
Richard Hale sur l’enregistrement soupira.
« Tu demandes trop. »
« Je demande le minimum. »
La voix de Bell intervint.
« Je dois administrer maintenant. »
Puis le fichier s’arrêta.
Personne ne parla.
Natalie essuya une larme d’un geste rapide.
« Donc elle a choisi. »
Richard Hale acquiesça.
« Oui. »
« Et tu as quand même touché à Northstar trois mois plus tard. »
« Oui. »
« Et tu as quand même passé des années à utiliser mon nom dans cette guerre. »
Richard Hale regarda sa fille.
« Oui. »
Cette fois, il ne chercha aucune excuse.
Natalie sentit une colère plus profonde que celle qu’elle aurait ressentie s’il avait continué à mentir.
« Alors peut-être que tu n’as pas tué maman. »
Richard ferma les yeux.
« Non. »
« Mais tu as trahi pratiquement tout ce qu’elle t’a demandé. »
Il ne répondit pas.
Claire regarda le compteur.
01:47:09.
« Le problème immédiat reste Northstar. »
Natalie inspira profondément.
« D’accord. »
Andrew la regarda.
« Tu es sûre ? »
« Non. Mais on continue. »
Elle se tourna vers Richard Harrington.
« Vous avez pris Meridian pour venir récupérer ces vidéos. »
« Oui. »
« Pourquoi ne pas nous avoir simplement amenés ici ? »
Richard regarda Andrew.
« Parce que je pensais qu’il ne viendrait pas si je lui disais que j’avais falsifié les validations. »
Andrew eut un rire amer.
« Donc tu as encore menti pour me protéger de ton propre mensonge. »
Richard baissa les yeux.
« Oui. »
Natalie regarda Claire.
« Les fichiers peuvent-ils nous dire qui a saboté la voiture ? »
« Peut-être pas directement. Mais maintenant qu’on connaît Bell, Guardian Services et la carte d’Eleanor, on peut reconstruire la chaîne. »
Julian ouvrit les archives Thomas Vale.
« Mon père avait peut-être enquêté sur Bell. »
Il trouva un dossier.
BELL / POST-MARIANNE.
À l’intérieur, plusieurs notes.
Une attirait immédiatement l’attention :
BELL AFFIRME N’AVOIR JAMAIS COMMANDÉ PIÈCE M7. CODE RAVEN-3 REÇU PAR TÉLÉPHONE. VOIX FÉMININE.
Tous regardèrent Eleanor.
Elle recula.
« Non. »
Rebecca regarda la note.
« Une voix féminine ne signifie pas Eleanor. »
Julian continua.
« Thomas écrit : “Bell pense reconnaître Rebecca.” »
Rebecca devint blanche.
Natalie la regarda.
« Vous. »
Rebecca secoua la tête.
« Je n’ai jamais appelé Bell pour ça. »
Julian ouvrit la page suivante.
THOMAS : VÉRIFIER ENREGISTREMENT STANDARD GUARDIAN.
Claire demanda :
« Guardian enregistrait les appels ? »
Richard Harrington acquiesça.
« Pour les ordres sensibles, oui. »
Claire se remit au serveur.
« S’il y a une copie… »
Elle trouva un dossier audio.
Plusieurs fichiers corrompus.
Un seul restaurable.
RAVEN3_ORDER.
Elle le lança.
Une voix féminine.
« Commande huit huit un quatre. Livraison privée. Même protocole que convenu. »
Bell répondit :
« Je veux l’autorisation complète. »
La femme :
« Raven-3 suffit. »
Natalie regarda Rebecca.
La voix lui ressemblait.
Mais quelque chose sonnait faux.
Claire ralentit.
« Attendez. »
Elle isolait les fréquences.
« L’audio a été modifié. »
Rebecca ferma les yeux.
« Un imitateur vocal. »
Claire acquiesça.
« Très primitif selon les standards actuels, mais suffisant au téléphone. »
Andrew regarda tout le monde.
« Qui avait accès à des enregistrements de Rebecca ? »
Eleanor répondit immédiatement :
« Tout Meridian. »
Claire chercha les métadonnées.
« Le fichier source utilisé pour générer la voix provient d’un serveur interne. »
Rebecca s’approcha.
« Quel utilisateur ? »
Claire ouvrit.
EP-HARRINGTON / AUDIT ACCESS.
Eleanor devint blanche.
« Encore mon identifiant. »
Claire continua.
« Mais l’accès physique n’est pas le vôtre. »
Eleanor releva la tête.
« Alors qui ? »
Claire consulta le journal.
Badge invité.
SPONSOR: R. HARRINGTON.
Andrew se tourna vers son père.
Richard Harrington fronça les sourcils.
« Je sponsorisais beaucoup de visiteurs. »
« Nom ? » demanda Natalie.
Claire ouvrit.
AARON BELL.
Tout le monde resta silencieux.
Richard Harrington murmura :
« Bell était venu à Meridian. »
« Quand ? »
« Deux semaines avant l’accident. »
Julian regarda les archives.
« Et mon père soupçonnait Bell après. »
Rebecca demanda :
« Pourquoi Bell saboterait-il la voiture de Marianne ? »
Richard Hale répondit :
« Il ne l’aurait pas fait seul. »
Natalie regarda son père.
« Tu sais qui le payait. »
« J’ai une idée. »
« Qui ? »
Richard Hale regarda Eleanor.
Puis Richard Harrington.
« Arthur Harrington avait laissé derrière lui un réseau d’obligations. Bell gérait ce qui restait. Mais quelqu’un avait repris le contrôle de certains comptes après sa mort. »
Eleanor murmura :
« Le fonds mémorial. »
Claire acquiesça.
« Le même compte qui a financé la commande. »
Natalie regarda Eleanor.
« Vous contrôliez ce fonds. »
« Oui, mais pas seule. »
« Qui d’autre ? »
Eleanor regarda Richard Harrington.
« Lui. »
Andrew se tourna lentement vers son père.
Richard Harrington secoua la tête.
« Je n’ai jamais payé Bell. »
Claire fouilla.
« Le paiement utilise la carte d’Eleanor. Mais l’ordre d’ouverture du sous-compte Guardian nécessite deux autorisations. »
Andrew murmura :
« Maman et papa. »
Eleanor secoua la tête.
« Je n’ai pas signé. »
Richard Harrington répondit :
« Moi non plus. »
Claire regarda les journaux.
« Les deux signatures sont numériques. Et elles ont été émises depuis le même terminal. »
Rebecca demanda :
« Où ? »
Claire consulta.
« Résidence Harrington. Bureau privé. »
Andrew devint livide.
« Chez nous ? »
Richard Harrington acquiesça lentement.
« À l’époque, oui. »
Natalie sentit une idée naître.
« Qui vivait dans cette maison ? »
Andrew répondit :
« Mes parents. Moi. Olivia était petite. »
Eleanor murmura :
« Et quelqu’un d’autre pendant quelques mois. »
Tous se tournèrent vers elle.
Andrew fronça les sourcils.
« Qui ? »
Eleanor regarda Richard Harrington.
« Ton oncle. »
Andrew resta silencieux.
« Quel oncle ? »
« Michael. »
Andrew secoua la tête.
« Papa m’a toujours dit qu’il était mort avant ma naissance. »
Richard Harrington ferma les yeux.
« Il n’est pas mort avant ta naissance. »
Andrew recula.
« Quoi ? »
« Il est mort après Marianne. »
Natalie sentit une nouvelle porte s’ouvrir.
« Qui était Michael Harrington ? »
Richard Harrington répondit :
« Mon frère aîné. »
Eleanor ajouta :
« Celui qu’Arthur Harrington préparait à reprendre tout son réseau. »
Claire chercha le nom.
MICHAEL HARRINGTON.
Elle trouva une alerte.
« Il avait accès à Guardian Services. »
Julian ouvrit les archives de Thomas.
« Mon père enquêtait sur lui. »
Rebecca murmura :
« Pourquoi nous a-t-on dit qu’il était mort avant ? »
Richard Harrington regarda Andrew.
« Parce qu’après la mort de Marianne, Michael a disparu. »
Andrew fixa son père.
« Et ensuite ? »
Richard répondit :
« Six mois plus tard, on a retrouvé sa voiture au fond d’un lac. »
« Son corps ? »
Richard secoua la tête.
« Jamais. »
Personne ne parla.
Claire regarda Northstar.
Le compteur continuait.
01:31:22.
Puis une notification nouvelle apparut.
SECONDARY IDENTITY DETECTED.
Claire se pencha.
« Qu’est-ce que… »
Elle ouvrit.
Un certificat venait d’être activé à distance.
Nom :
MICHAEL ARTHUR HARRINGTON.
STATUT : ACTIF.
Andrew devint blanc.
Richard Harrington resta sans voix.
Natalie regarda l’écran.
L’homme que toute la famille croyait mort depuis vingt ans venait de se connecter à Northstar.