PARTIE 27 – Richard Harrington atteignit le coffre d’Arthur avant Samuel, mais ce qu’il trouva prouva que Guardian avait été conçu pour sacrifier ses propres héritiers

La maison de campagne Harrington se trouvait au sommet d’une colline couverte de pins.

Andrew avait passé plusieurs étés là-bas enfant.

Natalie n’y était venue que deux fois.

Elle se souvenait d’un salon immense, de tapis anciens et d’Eleanor qui se plaignait sans cesse de l’humidité.

Quand Daniel prit le dernier virage, la grille était ouverte.

Une voiture stationnait près du garage.

Celle de Richard Harrington.

Aucune autre.

« Il est là », dit Natalie.

Marianne regarda autour d’elle.

« Samuel peut avoir laissé sa voiture plus loin. »

Daniel acquiesça.

Il coupa les phares avant d’atteindre la maison.

Natalie descendit.

Marianne aussi.

Daniel lui lança un regard.

« Vous restez derrière moi toutes les deux. »

Marianne répondit :

« Je connais Samuel. »

« Et moi je connais les gens qui pensent que connaître un homme suffit à éviter une balle. »

Marianne ne discuta pas.

La porte latérale était déverrouillée.

À l’intérieur, la maison sentait le bois froid.

Aucune lumière au rez-de-chaussée.

Natalie murmura :

« Richard ? »

Pas de réponse.

Ils avancèrent vers le bureau.

Une lampe brillait sous la porte.

Daniel entra en premier.

Richard Harrington était à genoux devant un ancien coffre mural.

Il se retourna brusquement.

« Natalie ? »

Puis il vit Marianne.

Son visage se vida.

Pendant plusieurs secondes, il sembla incapable de parler.

Marianne resta immobile.

« Bonjour, Richard. »

Il s’appuya contre le bureau pour se relever.

« Tu es vivante. »

« Oui. »

Richard regarda Natalie.

« Tu savais ? »

« Depuis aujourd’hui. »

Il reporta les yeux vers Marianne.

Un mélange de colère et de soulagement traversa son visage.

« Vingt ans de mensonges et tu réussis encore à faire mieux que nous tous. »

Marianne répondit :

« Je ne suis pas venue demander pardon. »

« Tant mieux. »

Natalie coupa.

« Samuel. »

Richard reprit immédiatement ses esprits.

« Il n’est pas encore venu. »

« Tu sais qu’il dirige Guardian ? »

Richard Harrington acquiesça.

« Je le soupçonnais depuis cette nuit. »

Natalie serra les mâchoires.

« Et tu n’as rien dit. »

« Je n’avais pas de preuve. »

« Cette phrase devrait être gravée sur le blason familial. »

Richard baissa les yeux.

« C’est juste. »

Le coffre était ouvert.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs dossiers et une boîte en acier.

Marianne s’approcha.

« Les mandats d’Arthur ? »

« Oui. »

Richard prit un dossier.

« Et quelque chose de pire. »

Daniel resta près de la porte.

« Quoi ? »

Richard posa plusieurs feuilles sur le bureau.

« Guardian n’était pas seulement conçu pour protéger les opérations d’Arthur. »

Natalie parcourut les premières lignes.

Des procédures.

Des codes.

Des scénarios.

RUPTURE D’HÉRITIER.
EXPOSITION FAMILIALE.
SUCCESSION HOSTILE.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Richard répondit :

« Arthur avait prévu que ses propres enfants pourraient devenir des risques. »

Marianne ferma les yeux.

« Martha. »

Richard acquiesça.

« Guardian avait un mandat spécifique pour elle. »

Natalie sentit un froid profond.

« Pour la tuer ? »

Richard lut.

« “Neutralisation permanente si divulgation imminente.” »

Personne ne parla.

L’ordre avait été écrit noir sur blanc.

Arthur Harrington avait construit un système capable de sacrifier sa propre fille pour préserver son empire.

Andrew n’était pas présent.

Mais Natalie pensa à lui.

À la façon dont ces secrets lui seraient encore remis.

Richard continua.

« Il existe aussi des mandats pour Michael. Pour moi. »

Marianne demanda :

« Eleanor ? »

« Oui. »

« Andrew ? »

Richard Harrington hésita.

Natalie sentit son cœur accélérer.

« Andrew aussi. »

Richard ouvrit une page.

A.J.H. — SECOND GENERATION CONTINGENCY.

Natalie prit le document.

« Il était adolescent. »

« Arthur avait déjà prévu les petits-enfants potentiels. »

Marianne murmura :

« Voilà pourquoi j’ai construit Northstar comme contrepoids. »

Natalie se tourna.

« Tu savais ? »

« Pas tous les détails. Mais je savais qu’Arthur avait créé des procédures contre sa famille. »

Richard regarda Marianne.

« Tu n’as jamais trouvé ce dossier. »

« Non. »

Natalie lut.

Andrew devait être surveillé s’il développait une relation avec des actifs Hale.

Si cette relation menaçait Guardian, plusieurs niveaux de neutralisation étaient prévus.

Financière.

Réputationnelle.

Juridique.

Puis médicale.

Natalie sentit ses mains devenir froides.

« Médicale ? »

Richard Harrington acquiesça.

« Ils pouvaient le faire déclarer inapte. »

Natalie pensa à Northstar.

La même logique.

Les systèmes des deux familles s’étaient développés comme des miroirs.

Chacun prétendait protéger.

Chacun prévoyait de priver les individus de leur propre pouvoir de décision.

Marianne regarda Natalie.

« C’est pour ça que j’avais choisi Andrew comme contrepoids. Pas seulement parce qu’il savait dire non. Parce qu’il était lui-même une cible possible de Guardian. »

Natalie comprit.

« Tu voulais relier deux personnes que les systèmes considéraient comme remplaçables. »

Marianne acquiesça.

« Oui. »

Richard Harrington eut un rire amer.

« Très romantique. »

Marianne le regarda.

« Je n’ai jamais prévu leur mariage. »

« Tu as seulement préparé les probabilités. »

« Oui. Et j’aurais dû faire moins. »

Natalie ne répondit pas.

Au fond, elle savait déjà qu’elle aurait un jour besoin de parler longuement avec sa mère de cette frontière.

Pas maintenant.

Daniel fouillait les mandats.

« Où est Samuel là-dedans ? »

Richard prit un autre dossier.

« Arthur avait créé une fonction de custodian. »

Nom initial :

SAMUEL ORTIZ.

Daniel siffla doucement.

« Donc il était là depuis le début. »

Richard acquiesça.

« Pas comme chef. Comme exécutant permanent. »

Marianne lut par-dessus son épaule.

« Et après la mort d’Arthur ? »

« Les mandats auraient dû revenir à Thomas et au conseil de transition. Mais Samuel a conservé certaines clés opérationnelles. »

Natalie pensa à Rebecca essayant de reprendre Meridian Vector.

« Rebecca contrôlait l’administration, Samuel l’exécution. »

« Exactement. »

Marianne ferma les yeux.

« Deux moitiés du même système. »

Richard poursuivit.

« Thomas avait compris. Il voulait fusionner les deux et tout fermer. »

Natalie sentit la suite.

« Samuel l’a empêché. »

« Probablement. »

Daniel demanda :

« Preuve ? »

Richard ouvrit la boîte en acier.

À l’intérieur, plusieurs cassettes miniatures et un carnet.

Sur la première page :

S.O. AUTHORIZED EXCEPTIONAL ACTION — T. VALE.

Julian n’était pas là.

Natalie sentit pour lui une douleur anticipée.

« Thomas. »

Richard acquiesça.

« Samuel a autorisé une action contre lui trois jours avant sa mort. »

Daniel demanda :

« Bell ? »

« Code opérationnel B-12. Ça correspond probablement à Bell. »

Marianne s’assit lentement.

« Donc Samuel a ordonné sa mort. »

Richard répondit :

« Oui. »

Natalie regarda sa mère.

Thomas.

Son père biologique.

Marianne avait perdu l’homme qu’elle aimait peut-être encore.

Et avait continué à se cacher.

« Tu savais ? »

Marianne secoua la tête.

« Je pensais que Bell avait agi seul ou sur un ancien mandat. »

Natalie regarda la page.

Samuel Ortiz venait de passer des heures parmi eux.

Il avait vu Julian.

Le fils de Thomas.

Il n’avait rien montré.

Un bruit résonna au rez-de-chaussée.

Tout le monde se figea.

Daniel éteignit la lampe.

Une porte venait de se fermer.

Marianne murmura :

« Samuel. »

Richard Harrington referma le coffre.

Daniel fit signe de ne pas parler.

Des pas montèrent lentement l’escalier.

Une voix connue retentit dans le couloir.

« Richard. »

Samuel Ortiz.

Calme.

Presque fatigué.

« Je sais que vous êtes là. »

Richard Harrington se dirigea vers la porte.

Daniel le retint.

Samuel continua.

« Vous auriez dû laisser ce coffre fermé. »

Natalie sentit sa respiration accélérer.

Marianne posa une main sur son bras.

Natalie se raidit.

Puis, après une seconde, ne la repoussa pas.

Samuel parla encore.

« Marianne, je sais aussi que tu es avec eux. »

Marianne pâlit.

Natalie murmura :

« Il savait que tu étais vivante. »

Marianne secoua la tête.

« Pas jusqu’à aujourd’hui. »

Samuel eut un petit rire dans le couloir.

« Rebecca a toujours été mauvaise pour disparaître proprement quand elle était blessée. »

Daniel se plaça derrière le mur.

« Samuel, reculez. »

Silence.

Puis :

« Mercer. Toujours du mauvais côté d’une porte. »

Daniel répondit :

« Les mains visibles et vous entrez lentement. »

Samuel ne bougea pas.

« Je ne suis pas venu me battre. »

Natalie pensa à Thomas.

« Vous avez fait tuer mon père. »

Le silence changea.

Samuel répondit :

« Thomas Vale a fait un choix dangereux. »

« Vous l’avez fait tuer. »

« J’ai protégé un système que des dizaines de familles avaient bâti leur survie autour. »

Natalie sentit sa colère se glacer.

« Voilà comment vous appelez un meurtre ? »

Samuel répondit :

« Je l’appelle une conséquence. »

Richard Harrington ferma les yeux.

Marianne murmura :

« Arthur parlait comme ça. »

Samuel l’entendit.

« Arthur comprenait qu’un empire ne survit pas aux scrupules personnels. »

Natalie regarda les documents sur Andrew.

« Même ses enfants étaient remplaçables. »

Samuel répondit :

« Tous les individus le sont. »

Cette phrase révéla tout.

Pas seulement un homme.

Une philosophie.

Northstar avait été construit pour empêcher cela.

La lettre de Marianne prenait un sens encore plus profond.

Choisis les innocents.

Choisis les personnes avant le système.

Daniel parla :

« Pourquoi venir maintenant ? »

Samuel répondit :

« Pour récupérer les mandats originaux. »

Richard Harrington serra le dossier.

« Non. »

« Richard, vous avez passé toute votre vie à choisir trop tard. Ne commencez pas à être courageux aujourd’hui. »

Andrew aurait détesté entendre cette phrase.

Natalie, elle, vit Richard se redresser.

« Peut-être qu’aujourd’hui est précisément le bon jour. »

Samuel soupira.

« Alors je vais devoir utiliser l’autre solution. »

Un bruit électronique retentit.

Daniel regarda son téléphone.

Plus de réseau.

Marianne se tourna vers la fenêtre.

« Brouilleur. »

Puis une odeur apparut.

Faible.

Chimique.

Daniel ouvrit les yeux.

« Sortez de la pièce. »

Natalie sentit sa gorge picoter.

Richard Harrington regarda la ventilation.

« Il injecte quelque chose. »

Samuel parlait toujours derrière la porte.

« Ce n’est pas mortel. À condition de ne pas rester trop longtemps. »

Natalie sentit une colère noire.

« Il veut nous forcer à sortir. »

Daniel ouvrit la fenêtre.

Deuxième étage.

Toit inférieur à trois mètres.

« On passe par là. »

Richard prit les dossiers.

Marianne aida Natalie.

Cette fois, Natalie accepta sa main.

Elles franchirent la fenêtre.

Daniel descendit le premier sur le toit.

Natalie suivit.

Une contraction la traversa.

Elle s’arrêta.

Marianne la soutint.

« Natalie ? »

« Continue. »

Richard passa les dossiers.

Puis sauta.

Ils descendirent par une gouttière vers un petit balcon.

Derrière eux, la porte du bureau s’ouvrit.

Samuel entra.

Sa silhouette apparut à la fenêtre.

Il regarda Natalie.

Puis Marianne.

Pas d’arme visible.

Il sourit simplement.

« Vous pouvez courir. »

Natalie le fixa.

Samuel continua :

« Mais Guardian n’est pas un homme que vous pouvez arrêter. »

Marianne répondit :

« Non. C’est un système. »

Natalie regarda sa mère.

Puis Samuel.

« Alors on fera ce qu’on aurait dû faire il y a vingt ans. »

Samuel fronça légèrement les sourcils.

Natalie serra les dossiers contre elle.

« On le rendra impossible à cacher. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 28 : Les mandats d’Arthur pouvaient enfin détruire Guardian, mais Marianne avoua que leur publication exposerait aussi le secret qui l’avait maintenue cachée onze ans

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