PARTIE 15 – La société-écran de Rebecca avait fourni la pièce sabotée, mais une facture oubliée prouva qu’elle servait à masquer un commanditaire beaucoup plus proche

Rebecca Shaw regardait l’écran comme si le nom qui y figurait appartenait à une autre personne.

VALE INDUSTRIAL COMPONENTS.
BENEFICIAL OWNER: REBECCA SHAW.

Claire fit défiler les informations.

« Société créée dix-huit mois avant l’accident. Dissoute six mois après. »

Julian s’approcha.

« Pourquoi elle porte le nom Vale ? »

Rebecca ne répondit pas.

Daniel croisa les bras.

« Rebecca. »

Elle posa les deux mains sur la table du serveur.

« Thomas l’avait créée. »

Julian se figea.

« Mon père ? »

« Oui. Pour acheter du matériel sans que Richard Hale puisse suivre les dépenses. »

Richard Hale eut un souffle méprisant.

« Élégant. »

Rebecca se tourna vers lui.

« C’était précisément parce que tu suivais tout. »

Natalie intervint.

« Cette société a fourni une pièce installée sur la voiture de ma mère. »

Rebecca ferma les yeux.

« Je sais ce que ça signifie. »

« Alors dites-nous ce que vous savez. »

« Nous achetions des composants informatiques, des lecteurs, des supports physiques. Pas des pièces automobiles. »

Claire tapota le fichier.

« Pourtant, cette facture existe. »

Rebecca regarda.

Commande 8814.
KIT HYDRAULIQUE — SÉRIE M7.
Livraison privée.

« Je n’ai jamais signé ça. »

Andrew eut un rire épuisé.

« Tout le monde a une signature falsifiée dans cette histoire. »

Claire zooma.

« Peut-être pas. La facture n’est pas signée électroniquement. Elle utilise un code d’achat interne. »

Rebecca pâlit.

« Quel code ? »

Claire lui montra.

RAVEN-3.

Rebecca recula.

« Ce n’est pas mon code. »

« À qui appartient-il ? »

Elle regarda Julian.

« Thomas. »

Julian resta silencieux.

Natalie sentit la tension se déplacer.

« Thomas Vale a commandé la pièce ? »

Rebecca secoua la tête.

« Pas forcément. Plusieurs personnes connaissaient les codes. »

« Qui ? »

« Marianne. Moi. Thomas. »

Elle hésita.

« Eleanor. »

Andrew se retourna vers sa mère.

Eleanor éclata presque.

« Je n’ai jamais entendu ce code. »

Rebecca la fixa.

« Tu étais présente quand on l’a créé. »

« J’étais présente à cinquante réunions. Ça ne veut pas dire que je mémorisais tout. »

Richard Harrington se passa une main sur le visage.

« Il y avait quelqu’un d’autre. »

Tout le monde le regarda.

« Qui ? » demanda Natalie.

Richard regarda Richard Hale.

« Lui. »

Richard Hale ne réagit presque pas.

« Tu inventes. »

Richard Harrington secoua la tête.

« Marianne avait découvert que tu avais copié plusieurs codes d’achat à partir d’un ancien terminal. »

Rebecca se tourna vers Richard Hale.

« Quand ? »

« Des années avant. »

« Donc il pouvait utiliser Raven-3. »

Richard Hale croisa les bras.

« Pouvait. Ça ne signifie pas que je l’ai fait. »

Natalie sentit l’épuisement se transformer en une lucidité étrange.

Tous avaient eu accès.

Tous avaient menti.

Tous pouvaient produire une explication plausible.

« Nous cherchons encore qui pouvait faire quoi », dit-elle. « Pas qui l’a réellement fait. »

Claire acquiesça.

« Il nous faut une trace de paiement. »

Julian regarda la facture.

« Vale Industrial avait un compte chez Columbia Trust. »

Samuel Ortiz, resté près de l’entrée du sous-sol, leva la tête.

« Je connais les anciennes archives de Columbia. »

Claire se tourna.

« Vous pouvez y accéder ? »

« Pas directement. Mais le comité possède certains relevés conservés par Thomas Vale. »

Julian ouvrit sa mallette.

« J’ai une copie chiffrée de ses archives. »

Richard Hale eut un sourire ironique.

« Évidemment. Tout le monde transportait des secrets dans une mallette. »

Natalie le regarda.

« Tu n’es pas obligé de rester. »

Il se tut.

Julian connecta une petite clé.

Plusieurs dossiers apparurent.

BANK / COLUMBIA / V.I.C.

Claire chercha le numéro de facture.

« Paiement reçu trois jours avant la commande. »

« Depuis quel compte ? » demanda Daniel.

Claire ouvrit.

Compte source masqué.

Mais une référence demeurait :

MEMORIAL FUND / A.H.

Andrew fronça les sourcils.

« A.H. ? »

Richard Harrington devint très pâle.

Eleanor le vit.

« Richard ? »

Il ne répondit pas.

Natalie demanda :

« Vous connaissez ce compte. »

Richard acquiesça lentement.

« C’était un fonds familial. »

Andrew regarda son père.

« Harrington ? »

« Oui. »

« A.H., c’est qui ? »

Richard ferma les yeux.

« Arthur Harrington. Mon père. »

Andrew resta immobile.

Natalie sentit une nouvelle pièce apparaître dans le puzzle.

« Votre père était impliqué ? »

Richard répondit :

« Il était mort depuis quatre ans à cette époque. »

Claire regarda l’écran.

« Donc quelqu’un utilisait encore un fonds à son nom. »

Eleanor murmura :

« Moi. »

Tout le monde se tourna vers elle.

Andrew la regarda avec une expression presque vide.

« Maman. »

Eleanor leva les mains.

« J’utilisais ce fonds pour certaines dépenses privées. Richard le savait. »

Richard Harrington secoua la tête.

« Pas toutes. »

« Ne commence pas. »

Natalie se rapprocha.

« Avez-vous payé cette facture ? »

« Non. »

« Mais vous contrôliez le compte. »

« Oui. »

Andrew détourna les yeux.

Eleanor poursuivit rapidement.

« Le compte était accessible aussi par Richard. »

Richard Harrington répondit :

« Avec ta validation. »

« À l’époque, oui. »

Claire examina les métadonnées bancaires.

« Le virement a été initié avec une carte de sécurité physique. »

Eleanor murmura :

« Il y en avait deux. »

« Qui les possédait ? »

« Richard et moi. »

Andrew eut un rire bref.

« Parfait. »

Natalie regarda Claire.

« Peut-on savoir laquelle ? »

Claire chercha.

« Numéro de série partiel : 04-771. »

Eleanor réfléchit.

Richard Harrington aussi.

Puis leurs regards se croisèrent.

Eleanor devint blanche.

Andrew le vit.

« Quoi ? »

Richard Harrington répondit :

« Celle de ta mère. »

Eleanor secoua la tête.

« Elle avait disparu. »

« Quand ? » demanda Natalie.

« Environ un mois avant l’accident. »

Rebecca la fixa.

« Tu ne l’as jamais signalé. »

Eleanor répondit :

« J’avais peur. »

« De quoi ? »

« Que Richard pense que j’avais recommencé à travailler avec Hale. »

Richard Harrington eut un rire amer.

« Tu avais recommencé. »

Eleanor se tourna vers lui.

« Pour obtenir des informations, pas pour l’aider. »

Natalie sentit la dispute ancienne revenir.

« Qui savait que cette carte avait disparu ? »

Eleanor réfléchit.

« Richard. »

Elle regarda Rebecca.

« Marianne. »

Rebecca acquiesça.

Puis Eleanor regarda Richard Hale.

« Et lui. »

Richard Hale fronça les sourcils.

« Comment l’aurais-je su ? »

« Parce que tu m’as appelée le lendemain. »

Richard ne répondit pas.

Natalie fixa son père.

« Tu l’as appelée ? »

« Peut-être. Je ne me souviens pas de chaque appel vieux de vingt ans. »

Eleanor éclata.

« Tu m’as dit : “Tu devrais mieux surveiller tes clés.” »

Le silence fut immédiat.

Richard Hale resta impassible.

Andrew murmura :

« Vous aviez la carte. »

Richard répondit :

« Non. »

« Mais vous saviez qu’elle avait disparu. »

« Oui. »

Natalie s’approcha.

« Comment ? »

Richard Hale regarda le sol.

« Marianne me l’avait dit. »

Rebecca secoua la tête.

« Pourquoi Marianne te l’aurait dit ? »

« Parce qu’elle cherchait la carte. »

« Et elle te soupçonnait. »

« Probablement. »

Natalie sentit qu’il choisissait soigneusement ses mots.

« Tu sais qui l’avait. »

Richard Hale leva les yeux.

« Je savais qui je pensais l’avoir prise. »

« Qui ? »

Il regarda Richard Harrington.

« Lui. »

Andrew ferma les yeux.

Richard Harrington secoua la tête.

« Tu mens. »

« Marianne m’a dit que tu avais accès au bureau d’Eleanor ce jour-là. »

« Parce qu’elle m’avait appelé. »

« Pour quoi ? »

Richard Harrington hésita.

Eleanor le regarda.

« Dis-le. »

Il soupira.

« Elle pensait qu’un dossier avait été déplacé. »

« Quel dossier ? » demanda Natalie.

Richard Harrington regarda Eleanor.

« Sur Andrew. »

Andrew releva brusquement la tête.

« Moi ? »

Richard acquiesça.

« Le profil Northstar. »

Andrew recula d’un pas.

« Donc quelqu’un est entré dans le bureau de maman pour prendre un dossier sur moi, et le même jour sa carte de sécurité a disparu. »

Claire acquiesça.

« Ça devient probablement le point de jonction. »

Julian fouilla dans les archives de son père.

« Thomas avait une note datée de ce jour-là. »

Il ouvrit.

Une phrase :

ELEANOR AFFIRME QUE LE DOSSIER A.J.H. A ÉTÉ CONSULTÉ. MARIANNE PENSE QUE LA FUITE VIENT DE L’INTÉRIEUR.

Natalie regarda la date.

Un mois avant l’accident.

« Donc quelqu’un a appris qu’Andrew était un bénéficiaire potentiel. »

Rebecca acquiesça.

« Et cette personne pouvait comprendre que si Marianne mourait, Northstar se réorganiserait autour de Natalie et Andrew. »

Andrew secoua la tête.

« J’étais encore un adolescent. »

« Justement », répondit Rebecca. « Facile à surveiller. Facile à influencer plus tard. »

Eleanor se couvrit le visage.

Natalie regarda Richard Hale.

« Est-ce pour ça que tu t’intéressais à Andrew ? »

Richard répondit :

« Après avoir appris qu’il existait dans Northstar, oui. »

Andrew devint livide.

« Vous l’avez su avant la mort de Marianne. »

Richard ne répondit pas.

Natalie sentit son sang se glacer.

« Donc tu avais accès au dossier volé. »

Richard Hale comprit trop tard.

Il détourna les yeux.

Natalie murmura :

« C’était toi. »

« Non. »

« Tu savais pour Andrew avant la mort de maman. Tu savais que la carte avait disparu. Tu connaissais Raven-3. Tu avais les moyens de commander la pièce. »

Richard Hale serra les mâchoires.

« Et pourtant je l’ai sauvée après l’accident. »

Rebecca intervint.

« Peut-être parce que tu ne voulais pas la tuer. »

Natalie se tourna.

Rebecca poursuivit :

« Saboter un frein ne signifie pas forcément vouloir provoquer sa mort. Peut-être que quelqu’un voulait seulement la retarder, lui faire peur, l’empêcher d’atteindre quelqu’un. »

Richard Hale répondit :

« Je ne l’ai pas fait. »

Claire leva la main.

« J’ai trouvé quelque chose. »

Elle avait suivi le paiement plus loin.

« Le virement depuis le fonds Arthur Harrington ne finance pas directement la pièce. Il passe d’abord par un sous-compte. »

Daniel demanda :

« Titulaire ? »

Claire lut.

« Guardian Services LLC. »

Rebecca fronça les sourcils.

« Je connais ce nom. »

Julian aussi.

« Mon père l’utilisait pour les agents de sécurité. »

Claire ouvrit les autorisations.

« Administrateur unique… »

Elle s’arrêta.

Andrew regarda l’écran.

« Qui ? »

Claire répondit :

« Thomas Vale. »

Julian devint blanc.

Cette fois, personne n’accusa immédiatement qui que ce soit.

Natalie regarda Julian.

Il secoua la tête.

« Mon père protégeait Marianne. »

Richard Hale eut un sourire sombre.

« Tout le monde se décrit comme protecteur ici. »

Julian serra les poings.

« Fermez-la. »

Claire continua.

« Attendez. Thomas n’a pas initié le paiement. Guardian Services avait un gestionnaire secondaire. »

Elle ouvrit l’ancienne fiche.

Un nom apparut.

AARON BELL.

Julian fixa l’écran.

« Le médecin. »

Natalie sentit un frisson.

Le même homme chez qui Marianne était morte.

Claire vérifia.

« Bell a transféré l’argent vers Vale Industrial. »

Rebecca murmura :

« Pourquoi un médecin commanderait-il une pièce de frein ? »

Richard Harrington regarda le sol.

Puis il dit :

« Parce qu’Aaron Bell n’était pas seulement médecin. »

Tout le monde se tourna vers lui.

« Qu’est-ce qu’il était ? » demanda Andrew.

Richard Harrington répondit :

« Il travaillait pour mon père. »

Eleanor pâlit.

« Tu ne m’as jamais dit ça. »

« Je ne l’ai découvert qu’après la mort de Marianne. »

Natalie sentit le puzzle se déplacer encore.

« Arthur Harrington était mort. »

« Oui. Mais Bell avait travaillé pour lui pendant quinze ans. Il gérait les problèmes que mon père ne voulait pas voir apparaître dans les livres. »

Daniel demanda :

« Quel genre de problèmes ? »

Richard répondit :

« Surveillance. Paiements. Pressions. Parfois pire. »

Andrew regarda son père.

« Et tu as laissé cet homme soigner Marianne ? »

Richard Harrington ferma les yeux.

« Je ne savais pas qu’elle allait chez lui. »

Natalie regarda Richard Hale.

« Mais toi, tu le savais. »

Richard Hale ne répondit pas.

Le silence donna la réponse.

Natalie sentit son ventre se contracter.

Cette fois plus fort.

Andrew le vit immédiatement.

« Natalie ? »

Elle inspira.

La contraction passa.

« Ça va. »

« Tu es sûre ? »

« Oui. »

Claire regarda son écran.

« Il y a une dernière transaction liée à Bell. »

Tout le monde se rapprocha.

Trois heures après l’heure estimée de la mort de Marianne.

Un paiement de deux cent cinquante mille dollars.

Vers un compte personnel.

Bénéficiaire :

DR AARON BELL.

Émetteur :

R. HALE PRIVATE HOLDINGS.

Natalie regarda son père.

Richard Hale resta immobile.

Andrew murmura :

« Vous l’avez payé après sa mort. »

Richard Hale répondit lentement :

« Oui. »

« Pour quoi ? »

Richard Hale fixa Natalie.

« Pour modifier le rapport médical. »

Natalie sentit le froid envahir la pièce.

« Donc tu as falsifié la cause de la mort de maman. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Richard Hale baissa les yeux.

« Parce que la vérité aurait révélé qu’elle avait survécu à l’accident. »

« Et ça aurait révélé quoi d’autre ? »

Richard ne répondit pas.

Natalie s’approcha.

« Qu’est-ce que Bell a fait entre l’accident et sa mort ? »

Richard Hale resta silencieux.

Rebecca murmura :

« Richard. »

Il ferma les yeux.

Puis répondit :

« Il lui a donné un médicament. »

Natalie sentit Andrew se tendre.

« Quel médicament ? »

Richard Hale répondit :

« Un anticoagulant. »

Richard Harrington devint livide.

« Elle avait une hémorragie interne. »

Richard Hale acquiesça.

Personne ne respira pendant une seconde.

Natalie regarda son père.

« Bell savait ? »

« Oui. »

Sa voix fut presque inaudible.

« Alors ce n’est pas l’accident qui a tué ma mère. »

Richard Hale ne répondit pas.

Natalie n’en avait plus besoin.

Le médecin que son père avait choisi avait administré à Marianne un produit qui pouvait aggraver son saignement.

Et trois heures plus tard, Richard Hale avait payé cet homme pour modifier le rapport.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 16 : Le paiement versé au médecin semblait condamner Richard Hale, jusqu’à ce qu’un enregistrement de Marianne révèle pourquoi elle avait elle-même demandé le médicament

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