PARTIE 7 – Eleanor exigea que Natalie vienne seule, tandis qu’un ancien enregistrement révélait que Rebecca avait elle aussi menti depuis le début

« Tu n’y vas pas. »

Andrew avait prononcé la phrase avant même que Natalie ait fini de relire le message.

Ils se trouvaient encore dans le salon des Harrington. La pluie battait les fenêtres, et l’horloge au-dessus de la cheminée indiquait presque minuit.

Natalie leva les yeux.

« Elle ne m’a pas donné le choix. »

« Si. Le choix, c’est de ne pas suivre les instructions d’une femme qui vient de t’utiliser pour ouvrir un système financier clandestin. »

Rebecca resta près du mur, silencieuse.

Daniel regarda l’adresse affichée.

« Ancien hôtel de fret près de la rivière. Fermé depuis six ans. »

Richard Harrington pâlit légèrement.

Natalie le remarqua.

« Vous connaissez l’endroit ? »

« C’était un entrepôt logistique avant. »

Rebecca demanda :

« À qui appartenait-il ? »

Richard ne répondit pas.

Andrew claqua la main sur la table.

« Sérieusement ? »

Richard soupira.

« Aux Hale. »

Natalie ferma les yeux une seconde.

Évidemment.

Daniel prit son téléphone.

« J’envoie quelqu’un vérifier les accès. »

Rebecca se tourna brusquement vers lui.

« Non. »

Tout le monde la regarda.

Elle poursuivit :

« Si Eleanor détecte une équipe autour du bâtiment, elle disparaîtra. »

Andrew la fixa.

« Pourquoi ça semble t’inquiéter autant ? »

Rebecca ne répondit pas.

Le message reçu par Natalie revenait dans tous les esprits.

NE FAIS PAS CONFIANCE À REBECCA.

Natalie observa la femme qui avait été déclarée morte pendant onze ans.

« Qu’est-ce qu’Eleanor sait sur vous ? »

Rebecca croisa les bras.

« Beaucoup de choses. »

« Ce n’est pas une réponse. »

« Je travaillais avec Marianne. Je connaissais Halcyon. Je connaissais Meridian. Il est évident qu’Eleanor sait des choses sur moi. »

« Pourquoi avait-elle besoin de me prévenir spécialement ? »

Rebecca détourna les yeux.

Andrew le remarqua.

« Il y a quelque chose. »

Rebecca soupira.

« Ce n’est pas le moment. »

Natalie eut un sourire sans joie.

« J’ai entendu cette phrase toute ma vie. C’est toujours le moment quand le mensonge concerne la personne qui pose la question. »

Rebecca resta silencieuse.

Daniel s’approcha d’elle.

« Rebecca. »

Elle ferma les yeux.

« Marianne et moi n’étions pas seulement collègues. »

Natalie attendit.

« Nous étions partenaires dans Northstar. »

Claire entra soudain depuis l’arrière de la maison, ordinateur sous le bras.

« Et elle n’était pas la seule. »

Rebecca se retourna.

Claire posa l’ordinateur sur la table.

« J’ai trouvé la structure complète. Northstar avait trois administrateurs initiaux. Marianne Hale, Rebecca Shaw et… »

Elle regarda Richard Harrington.

« Eleanor Pierce. »

Andrew resta bouche ouverte.

Olivia murmura :

« Maman ? »

Rebecca fixa l’écran.

« Ce fichier ne devrait plus exister. »

Claire répondit :

« Pourtant il existe. »

Natalie regarda les trois noms.

Marianne.

Rebecca.

Eleanor.

« Vous avez créé Northstar ensemble. »

Rebecca secoua la tête.

« Marianne l’a créé. Eleanor a participé au début. »

« Et vous ? »

« Je suis arrivée ensuite. »

Claire ouvrit une pièce jointe.

« Il y a un enregistrement audio lié au fichier. »

Rebecca fit un pas en avant.

« Ne le lance pas. »

Natalie leva les yeux vers elle.

« Lancez-le. »

Claire hésita à peine.

Une voix grésillante remplit le salon.

Marianne.

Natalie la reconnut immédiatement.

Plus jeune, mais indiscutablement la voix de sa mère.

« Si cet enregistrement est entendu, cela signifie que l’accord a échoué. »

Natalie ne bougea plus.

Sa poitrine se serra.

La voix continua.

« Northstar existe pour empêcher qu’une seule personne puisse contrôler les actifs Halcyon et les archives Meridian. Eleanor connaît la structure financière. Rebecca connaît l’architecture technique. Je conserve la troisième clé. »

Un léger bruit de papier.

Puis Marianne reprit :

« Si l’une de nous tente de contourner les deux autres, son accès doit être suspendu. Si deux d’entre nous agissent ensemble contre la troisième, le système doit transférer l’autorité à une personne extérieure. »

Andrew regarda Natalie.

La voix de Marianne continua :

« Cette personne sera ma fille, Natalie Elizabeth Hale, lorsqu’elle aura atteint l’âge légal. »

Natalie ferma les yeux.

Elle aurait voulu entendre sa mère prononcer son nom dans un autre contexte.

N’importe lequel.

La voix reprit.

« Elle ne doit pas être informée avant nécessité absolue. Richard Hale ne doit jamais savoir qu’elle est la solution de secours. »

Une pause.

Puis :

« Richard Harrington ne doit pas non plus le savoir. »

Tous se tournèrent vers lui.

Richard baissa la tête.

Marianne poursuivit :

« Il a aidé à créer Meridian, mais il a déjà démontré qu’il privilégie sa famille au détriment du système. Cela le rend vulnérable. »

Richard resta immobile.

Puis l’enregistrement changea.

Une seconde voix apparut.

Eleanor.

« Et si c’est toi qui trahis l’accord, Marianne ? »

Natalie sentit Andrew se raidir.

Marianne répondit :

« Alors vous deux devrez m’arrêter. »

Rebecca parla ensuite.

« Ce n’est pas suffisant. »

Sa voix était plus jeune, mais toujours reconnaissable.

« Si Richard Hale apprend l’existence de Natalie comme bénéficiaire de secours, il utilisera la fille contre la mère. »

Marianne resta silencieuse un instant.

« C’est pour ça que personne ne doit lui dire. »

Rebecca répondit :

« Et si quelqu’un parmi nous le lui dit ? »

Marianne dit :

« Alors cette personne perdra tout accès. »

L’enregistrement s’arrêta.

Claire regarda les logs.

« Il manque la fin. »

Rebecca avait les yeux fixés sur le sol.

Natalie s’approcha.

« Qui a parlé à mon père ? »

Rebecca ne répondit pas.

« Eleanor ? »

Silence.

« Vous ? »

Rebecca releva enfin la tête.

« Moi. »

Andrew murmura un juron.

Olivia recula d’un pas.

Natalie, elle, ne ressentit rien pendant une seconde.

« Quand ? »

« Il y a dix-sept ans. »

« J’avais dix ans. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Rebecca avala difficilement.

« Parce qu’il avait quelque chose que je voulais. »

« Quoi ? »

« Mon frère. »

Daniel la regarda, surpris.

Rebecca continua.

« Richard Hale l’avait impliqué dans une affaire financière. Il risquait la prison pour des opérations qu’il ne comprenait même pas. Votre père m’a proposé un accord. »

Natalie sentit sa gorge se serrer.

« Vous lui avez donné mon nom. »

« Je lui ai dit que Marianne avait prévu un bénéficiaire de secours. »

« Mon nom. »

« Oui. »

« Et en échange ? »

« Il a fait disparaître les charges contre mon frère. »

Natalie détourna la tête.

Elle regarda les fenêtres, la pluie, le reflet du salon.

« Voilà pourquoi ma mère a cessé de vous faire confiance. »

Rebecca ne répondit pas.

« Voilà pourquoi vous avez dû mourir. »

Cette fois, Rebecca acquiesça.

« Marianne a découvert ce que j’avais fait. Elle a coupé mon accès et m’a dit de disparaître avant que Richard Hale décide que je n’étais plus utile. »

« Et le certificat de décès ? »

« Marianne l’a organisé. »

Natalie se retourna brusquement.

« Elle vous a protégée après votre trahison ? »

Rebecca eut un sourire douloureux.

« Votre mère était capable d’être furieuse et loyale en même temps. C’était l’une de ses qualités les plus dangereuses. »

Andrew s’approcha de Natalie.

« On n’a plus aucune raison de croire Rebecca. »

Rebecca acquiesça.

« C’est juste. »

Daniel la regarda.

« Mais ce qu’elle dit peut encore être vérifié. »

Claire parcourut les fichiers.

« La suspension de Rebecca apparaît bien dix-sept ans plus tôt. »

Natalie fixa la table.

Tout s’emboîtait, mais chaque réponse ouvrait une blessure plus ancienne.

Son téléphone vibra.

Eleanor.

Un nouveau message.

TU SAIS MAINTENANT QU’ELLE A VENDU TON NOM À TON PÈRE.

Puis un autre.

MAIS TU NE SAIS PAS CE QU’ANDREW A SIGNÉ IL Y A SIX MOIS.

Natalie releva lentement les yeux vers son mari.

Andrew vit son expression.

« Quoi ? »

Elle lui tendit le téléphone.

Il lut.

Son visage changea.

Pas de surprise.

De reconnaissance.

Natalie sentit immédiatement la différence.

« Qu’est-ce que tu as signé ? »

Andrew posa le téléphone.

« Natalie… »

« Non. Réponds. »

Il passa une main sur ses cheveux.

« Mon père m’a demandé de signer des documents de restructuration familiale. »

Richard Harrington leva brusquement la tête.

« Andrew. »

« Tu savais ? » demanda Natalie.

Andrew secoua la tête.

« Pas ce que c’était réellement. »

« Quand ? »

« Il y a environ six mois. »

Claire s’approcha.

« Avez-vous une copie ? »

« Peut-être dans mes mails. »

Andrew ouvrit son téléphone.

Il chercha.

Puis son visage se vida de toute couleur.

« Je l’ai. »

Il transféra le document à Claire.

Elle l’ouvrit.

Au début, il semblait banal : procuration limitée, gestion d’actifs, autorisation de représentation.

Puis Claire s’arrêta sur l’annexe.

« Andrew. »

Il ne répondit pas.

« Vous avez signé une autorisation de seconde clé. »

Natalie sentit ses doigts devenir froids.

« Pour Halcyon ? »

Claire secoua la tête.

« Pour Northstar. »

Richard se leva.

« C’était censé rester inactif. »

Andrew se tourna vers son père.

« Tu savais exactement ce que tu me faisais signer. »

« Je croyais protéger la famille. »

Andrew s’avança.

« Contre qui ? »

Richard ouvrit la bouche.

Mais avant qu’il ne réponde, un bruit sourd retentit contre la porte d’entrée.

Daniel fit signe à tout le monde de rester derrière.

Il ouvrit prudemment.

Personne.

Seulement une enveloppe brune au sol.

À l’intérieur, une photographie.

Natalie enfant, debout entre Marianne et Richard Hale.

Au dos, une phrase écrite à la main :

IL N’A JAMAIS VOULU L’ARGENT.
IL VOULAIT QUE TU CHOISISSES ENTRE EUX.

Sous la phrase se trouvait l’adresse de l’ancien entrepôt.

Et une heure.

00 H 30.

Natalie regarda l’horloge.

Minuit douze.

Dix-huit minutes.

Andrew attrapa son manteau.

« On y va ensemble. »

Natalie regarda Rebecca.

Puis Richard.

Puis l’écran où la signature d’Andrew apparaissait sous une autorisation Northstar.

« Oui », dit-elle.

Elle prit son manteau à son tour.

« Mais cette fois, personne ne me cache rien pendant le trajet. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : Dans l’ancien entrepôt Hale, Natalie trouva Eleanor blessée et découvrit enfin qui avait lancé le transfert de quatre-vingt-douze millions

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