PARTIE 19 – Le sang prélevé sur Andrew contient la signature cryptographique de Thomas, mais l’enregistrement caché derrière cette clé accuse une personne encore insoupçonnée

Personne ne parla.

L’écran d’Orpheus continuait de clignoter.

ÉCHANTILLON BIOLOGIQUE : ANDREW HARRINGTON.

Je regardai Voss.

« Explique. »

Il approcha lentement de la console.

Daniel le surveillait.

Rebecca, elle, avait été désarmée.

Elle se tenait contre le mur, deux agents près d’elle.

Son calme avait disparu.

« Thomas travaillait avec une équipe universitaire sur des systèmes d’identification biométrique primitifs », dit Voss.

Andrew secoua la tête.

« En 1994 ? »

« Pas comme aujourd’hui. Il ne stockait pas l’ADN entier. Il utilisait certains marqueurs comme graine cryptographique. »

Adrian fronça les sourcils.

« Une clé dérivée de données génétiques. »

« Oui. »

Trent regarda Andrew.

« Thomas savait qu’il allait être père ? »

Eleanor lui avait dit.

Je me souvenais.

Elle était montée dans sa voiture.

Ils avaient parlé de partir ensemble.

« Oui », répondit Andrew.

Voss hocha la tête.

« Alors il a probablement conçu une clé que personne ne pouvait reproduire facilement sans accès à son enfant. »

Andrew pâlit.

« Moi. »

« Oui. »

« Et Trent a prélevé mon sang. »

Trent répondit immédiatement :

« Sur ordre. »

Andrew se tourna vers lui.

« De qui ? »

Trent regarda Rebecca.

Elle secoua la tête.

« Pas moi. »

« L’ordre venait d’une adresse Northstar sous le nom de William. »

Voss rit sans joie.

« Toujours le même masque. »

Je regardai l’écran.

« Le prélèvement du 3 novembre 1994 n’était donc pas un test de filiation. »

Trent répondit :

« C’est ce qu’on m’avait dit. »

Andrew serra les dents.

« Vous avez pris mon sang en pensant quoi ? »

« Vérifier Thomas. »

« Et ensuite ? »

« J’ai remis l’échantillon. »

« À qui ? »

Trent hésita.

Cette seconde d’hésitation suffit.

Daniel leva les yeux.

« À qui ? »

« Richard Harrington. »

Andrew recula.

« Mon père ? »

Trent reprit :

« Il m’a dit qu’il le remettrait à la personne qui protégeait Eleanor. »

« Qui ? »

« Je pensais Richard Hale. »

Le puzzle refusait de rester stable.

Andrew sortit son téléphone.

« Je l’appelle. »

Pas de réseau au sous-sol.

Daniel parla dans son oreillette.

« On fera ça dehors. D’abord, on voit ce qu’Orpheus contient. »

Voss s’approcha de la console.

« Il faut un échantillon actuel pour reconstruire la clé. »

Andrew le regarda.

« Vous voulez mon sang maintenant ? »

« Une goutte suffit probablement. »

« Probablement ? »

Adrian s’approcha.

« Si le système est celui que Thomas décrivait, oui. »

Andrew eut un sourire fatigué.

« Tout le monde connaît le système de mon père sauf moi. »

Je posai une main sur son bras.

« Tu peux refuser. »

Il me regarda.

Cette phrase comptait.

Refuser.

Après tout ce que nous avions vécu, je voulais qu’il entende clairement que personne n’avait le droit de prendre encore quelque chose de lui.

Il resta silencieux.

Puis :

« Non. Je veux savoir. »

Voss ouvrit un petit tiroir de maintenance.

À l’intérieur se trouvaient des lancettes stériles.

Scellées.

Étrangement ordinaires.

Andrew piqua son doigt.

Une goutte tomba sur une petite bande absorbante.

Le module émit un son.

ANALYSE.

Marianne arriva enfin au sous-sol, soutenue par Adrian.

Quand elle vit Rebecca, son visage se ferma.

« Toi. »

Rebecca la regarda.

« Marianne. »

« Thomas avait raison. »

Rebecca répondit :

« Pas entièrement. »

« Tu as utilisé son accès. »

« J’ai essayé de récupérer des documents. »

« Tu as fait modifier son ordre. »

« Non. »

Trent cria presque :

« Arrêtez de mentir. »

Rebecca le regarda.

« Je n’ai pas modifié l’ordre final. »

Orpheus émit un second son.

CLÉ BIOLOGIQUE ACCEPTÉE.

Andrew retira sa main.

L’écran changea.

ARCHIVE THOMAS VALE — ACCÈS AUTORISÉ.

Trois dossiers.

TV-1 : TRANSFERTS.

TV-2 : NORTHSTAR.

TV-3 : EN CAS DE MORT.

Andrew se figea.

Je murmurai :

« C’est à toi. »

Il regarda l’écran.

Puis choisit le troisième.

Une vidéo apparut.

Thomas Vale.

Je n’avais vu de lui que des photographies.

Maintenant, il était vivant devant nous.

Jeune.

Cheveux sombres.

Visage fatigué.

Les yeux d’Andrew.

La ressemblance était brutale.

Andrew ne bougea plus.

Thomas regardait directement la caméra.

« Si quelqu’un regarde ceci, alors j’ai probablement eu raison d’être prudent et tort d’espérer. »

Andrew inspira difficilement.

« Eleanor, si c’est toi, je suis désolé. »

Andrew ferma les yeux.

« Richard, si c’est toi, protège-les. Pas l’entreprise. Pas les comptes. Eux. »

Je regardai Andrew.

Son père adoptif avait donc peut-être reçu cette mission.

Thomas continua :

« Marianne, tu avais raison sur William. Mais tu te trompes sur la source. »

Ma mère se figea.

« La personne qui manipule les autorisations n’agit pas pour William. Elle l’utilise comme écran. »

Rebecca regarda le sol.

« Je l’ai découverte parce qu’elle a essayé de déplacer de l’argent vers un compte lié à Northstar sans utiliser le circuit normal. »

Thomas prit une feuille.

« Rebecca Whitmore est impliquée. Mais je ne pense pas qu’elle soit seule. »

Rebecca releva brusquement la tête.

« Voilà. »

Daniel regarda l’écran.

Thomas poursuivit :

« Elle reçoit des instructions de quelqu’un que Marianne considère comme sûr. Quelqu’un qui a accès aux archives Hale, aux systèmes juridiques et aux opérations Northstar. »

Marianne murmura :

« Qui ? »

La vidéo sauta.

Quelques parasites.

Puis Thomas revint.

« Je n’ai pas encore le nom. Mais j’ai une signature technique. »

Un code apparut.

EW-17.

Trent fronça les sourcils.

« Je connais ça. »

Tout le monde se tourna.

« Quoi ? »

« EW était un identifiant interne. »

Daniel demanda :

« Pour qui ? »

Trent pâlit.

« Pas une personne. Une équipe. »

« Quelle équipe ? »

« East Wing. »

Marianne se redressa.

« L’aile est de Hale Tower. »

Trent acquiesça.

« Les opérations spéciales juridiques travaillaient là. »

Daniel demanda :

« Qui dirigeait East Wing ? »

Silence.

Marianne répondit avant Trent.

« Rebecca Shaw. »

Rebecca éclata :

« Non. Pas en 1994. »

« Alors qui ? »

Elle nous regarda.

« Richard Hale. »

Je sentis mon ventre se serrer.

Encore mon père.

Mais Thomas continua.

« Je ne pense pas que R.H. sache ce qui se passe. Son équipe a été segmentée. Quelqu’un utilise son autorité sans lui montrer la chaîne complète. »

Je respirai.

Andrew regarda l’écran.

« Continue. »

Thomas baissa la voix.

« La personne que je cherche connaît Eleanor. Elle a demandé l’accès à un dossier médical sous prétexte de protéger l’enfant. Elle connaît Trent. Elle connaît Whitmore. Et elle a accès à Richard Harrington. »

Andrew se tourna lentement.

« Eleanor ? »

Marianne secoua la tête.

« Thomas vient de dire quelqu’un qui connaît Eleanor. Pas Eleanor elle-même. »

La vidéo continua.

« Si quelque chose m’arrive avant que je trouve le nom, la réponse est probablement dans le journal EW-17. Je vais le copier dans Orpheus. »

L’écran changea automatiquement.

RECHERCHE EW-17.

Un dossier apparut.

Daniel ouvrit.

Des milliers de lignes.

Accès.

Paiements.

Ordres internes.

Adrian commença à filtrer.

« Recherche du 48 heures avant la mort de Thomas. »

Les résultats diminuèrent.

Puis une ligne rouge.

EW-17 — MODIFICATION ORDRE TV-041.

Auteur : R.S.

Silence.

Rebecca Shaw.

Elle secoua la tête.

« Non. »

Daniel regarda.

« R.S. »

« Je n’utilisais pas Shaw à l’époque. »

C’était vrai.

Elle était Rebecca Whitmore.

« Alors R.S., c’est qui ? »

Marianne se pencha.

« Dans les années quatre-vingt-dix… »

Elle ferma les yeux.

« Rose Sinclair. »

Mon père avait déjà mentionné ce nom ?

Non.

Andrew demanda :

« Qui est Rose Sinclair ? »

Marianne ne répondit pas tout de suite.

Trent, lui, se mit à rire.

Pas de joie.

De stupéfaction.

« Bien sûr. »

Daniel se tourna.

« Vous la connaissez ? »

« Oui. Tout le monde la connaissait. »

« Qui ? »

Trent regarda Marianne.

« La secrétaire particulière de William Hale. »

Je fronçai les sourcils.

« Une secrétaire ? »

« Pas seulement. »

Marianne répondit enfin :

« Rose était avec William depuis avant ma rencontre avec Richard. Elle gérait ses rendez-vous, ses dossiers, ses accès privés. »

« Elle avait accès à Northstar ? »

« Officiellement, non. »

Trent eut un sourire amer.

« Officieusement, elle avait accès à tout ce que William oubliait de verrouiller. »

Rebecca murmura :

« C’est elle. »

Nous nous tournâmes.

« Quoi ? »

« C’est elle qui m’a recrutée. »

Marianne la fixa.

« Tu m’as toujours dit que William t’avait appelée directement. »

Rebecca secoua la tête.

« J’ai menti. »

Daniel soupira.

« Évidemment. »

Rebecca regarda l’écran.

« Rose m’a approchée. Elle m’a dit que William voulait me reconnaître discrètement, me donner une place. J’ai cru que travailler pour lui était une manière d’entrer dans la famille. »

« Et elle t’a utilisée. »

« Oui. »

« Pour quoi ? »

« Créer les structures juridiques. Déplacer des fonds. Masquer certains bénéficiaires. »

Voss s’approcha.

« Rose savait pour Thomas ? »

Rebecca acquiesça.

« Oui. »

« Et pour l’ordre ? »

« Oui. »

Trent ferma les yeux.

« Donc elle m’a envoyé la modification sous une autorisation copiée. »

« Probablement. »

Andrew regarda l’écran.

« Où est Rose Sinclair maintenant ? »

Silence.

Marianne répondit :

« Morte. »

« Quand ? »

« 2002. »

Daniel demanda :

« Corps identifié ? »

Marianne eut un rire sans joie.

« Après cette nuit, je refuse de répondre oui sur la base d’un simple dossier. »

Je regardai Andrew.

Nous pensions enfin atteindre un nom réel.

Et il était peut-être mort depuis vingt-quatre ans.

Orpheus émit un son.

Un autre fichier venait de s’ouvrir automatiquement.

EW-17 — AUTORITÉ SUPÉRIEURE.

Une seule ligne.

R.S. agit sous instruction de : E.S.

Trent se figea.

Rebecca aussi.

« E.S. ? »

Marianne murmura :

« Je ne sais pas. »

Voss regarda le code.

Puis l’écran.

« Moi, si. »

Adrian se tourna.

« Qui ? »

Voss avait pâli.

« Evelyn Sinclair. »

« Rose avait une sœur ? »

« Une fille. »

Daniel demanda :

« Qui est Evelyn Sinclair ? »

Voss regarda Andrew.

Puis moi.

« Vous la connaissez sous un autre nom. »

Je sentis un froid traverser ma colonne vertébrale.

« Lequel ? »

Voss répondit :

« Eleanor Harrington. »

Andrew ne bougea plus.

« Non. »

Voss continua :

« Eleanor n’est pas née Eleanor Grace Whitaker comme elle le prétend. Elle est née Evelyn Rose Sinclair. »

Andrew recula.

« Non. »

Rebecca porta une main à sa bouche.

Marianne ferma les yeux.

Je regardai les journaux.

E.S.

Eleanor.

La mère d’Andrew.

La femme qui avait commencé toute cette nuit en me jetant de l’eau glacée dessus.

Je pensais à son accès aux dossiers.

À Thomas.

À son sang.

À Trent.

À Richard.

À tous les mensonges.

Andrew murmura :

« Ma mère a dit qu’elle avait rencontré Thomas avant son mariage. »

Voss répondit :

« Oui. »

« Elle disait avoir vingt-deux ans. »

« Elle en avait vingt-six. »

« Pourquoi mentir sur son identité ? »

Voss regarda l’écran.

« Parce qu’elle n’était pas seulement la femme que Thomas aimait. »

Le fichier suivant s’ouvrit.

Une photographie ancienne.

Rose Sinclair.

À côté d’elle, une jeune femme.

Eleanor.

Au dos :

ROSE ET EVELYN — NORTHSTAR, 1992.

Andrew resta sans voix.

Puis il murmura :

« Ma mère travaillait pour Northstar avant de connaître Thomas. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 20 : Andrew confronte Eleanor sur son identité réelle, mais son aveu renverse l’histoire de Thomas et révèle qui a lancé le piège contre Natalie

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