PARTIE 15 – La septième archive révèle la faute que Marianne a cachée à ses deux enfants, tandis que Richard tente de détourner le protocole avant l’échéance

Le trajet vers Hale Archive Center dura trente-six minutes.

Je les comptai.

Pas parce que je regardais l’horloge.

Parce que chaque minute rapprochait le système d’une décision que personne ne contrôlait peut-être plus.

Marianne était dans une voiture avec Adrian.

Andrew et moi suivions Daniel.

Cette fois, plus personne ne faisait semblant de respecter l’exigence de Voss concernant Daniel.

Nous avions dépassé ce stade.

« Elle a dit quoi exactement ? » demanda Andrew.

Je regardais le message de mon père.

« La preuve de ce que j’ai fait après la mort de Thomas. »

« Elle a refusé d’expliquer ? »

« Adrian l’a interrompue. Il voulait partir immédiatement. »

Andrew resta silencieux.

Puis :

« Qu’est-ce que tu imagines ? »

« Rien. »

« Natalie. »

« J’en ai assez d’inventer la meilleure ou la pire version des gens avant d’avoir les faits. »

Il acquiesça.

« D’accord. »

Je le regardai.

« Et toi ? »

« J’imagine tout. »

« Tu veux dire concernant Thomas. »

« Oui. »

Il passa la langue sur ses lèvres.

« Elle dit qu’elle ne l’a pas fait tuer. Je veux la croire. Mais “ce que j’ai fait après sa mort” peut couvrir beaucoup de choses. »

Je pensais la même chose.

« On saura bientôt. »

Le centre d’archives ressemblait à un entrepôt municipal.

Béton gris.

Fenêtres étroites.

Portail électrique.

Aucune enseigne Hale.

Marianne arriva quelques minutes après nous.

Elle sortit difficilement.

Adrian lui prit le bras.

Cette fois, elle ne refusa pas.

Je la regardai respirer.

Court.

Prudent.

La maladie n’était plus une information abstraite.

Elle habitait ses gestes.

Daniel approcha du portail.

« Aucun signal d’effraction. »

Marianne répondit :

« Ce n’est pas rassurant. »

« Pourquoi ? »

« Parce que Richard connaît les accès. »

Je la regardai.

« Tu es certaine que c’est lui ? »

« Non. »

« Mais tu le penses. »

« Oui. »

« Parce qu’il a déjà modifié le système. »

« Oui. »

« Et parce qu’il veut empêcher l’ouverture de la septième archive. »

Elle ne répondit pas.

Je m’approchai.

« Tu vas me dire ce qu’elle contient avant qu’on entre. »

« Natalie— »

« Maintenant. »

Adrian regarda sa mère.

« Dis-lui. »

Marianne ferma les yeux.

« Après la mort de Thomas, j’ai découvert que Trent avait utilisé Northstar pour modifier l’ordre de protection. »

Andrew s’approcha.

« Et ? »

« J’ai trouvé Trent. »

« Quand ? »

« Quatre jours après l’accident. »

« Où ? »

« Dans une maison que Northstar utilisait comme site temporaire. »

« Qu’est-ce que vous lui avez fait ? »

La voix d’Andrew était devenue dure.

Marianne regarda ses mains.

« Je l’ai interrogé. »

« Comment ? »

Silence.

« Comment ? »

Elle inspira lentement.

« Avec des méthodes que je condamnerais aujourd’hui. »

Andrew eut un rire sans joie.

« Ça veut dire quoi ? »

« Je l’ai retenu contre sa volonté. »

« Combien de temps ? »

« Dix-neuf heures. »

« Vous l’avez frappé ? »

« Non. »

« Menacé ? »

« Oui. »

« Avec quoi ? »

Marianne leva les yeux.

« Sa famille. »

Un silence.

Je sentis quelque chose se fissurer.

« Tu as menacé sa famille. »

« Oui. »

« Comme il avait menacé Coyle. »

Elle ferma les yeux.

« Oui. »

Andrew se détourna.

Adrian regardait le sol.

Il connaissait manifestement cette confession.

« Qu’est-ce que Trent a dit ? » demandai-je.

« Qu’il avait reçu l’ordre modifié depuis une clé interne. Qu’il croyait qu’elle appartenait à William. »

« Tu l’as cru ? »

« Non. »

« Alors ? »

« Je lui ai demandé de me donner les journaux. »

« Il l’a fait ? »

« Une partie. »

« Et après ? »

Marianne prit une longue inspiration.

« Je l’ai laissé partir. »

Andrew se retourna.

« C’est tout ? »

« Non. »

Elle regarda vers le bâtiment.

« J’ai aussi détruit l’endroit. »

« Comment ? »

« Incendie. »

Je ne bougeai plus.

« Il y avait quelqu’un dedans ? »

« Non. »

« Tu en es sûre ? »

« Je le croyais. »

Le mot me glaça.

Andrew comprit aussi.

« Le croyiez. »

Marianne hocha lentement la tête.

« Deux jours plus tard, un corps a été retrouvé dans les décombres. »

« Qui ? »

« Un employé de maintenance. »

Je fermai les yeux.

« Il est mort à cause de toi. »

« Oui. »

Aucune excuse.

Aucune reformulation.

« Son nom ? »

« Samuel Ortiz. »

Je mémorisai.

Parce qu’il fallait.

Parce qu’il était trop facile, dans cette histoire, que les gens sans fortune ni nom deviennent seulement « un corps ».

« Et tu as caché ça. »

« Oui. »

« La septième archive contient la preuve. »

« Oui. Des vidéos, rapports et enregistrements. »

Andrew demanda :

« Pourquoi les avoir conservés ? »

« Parce que je savais qu’un jour quelqu’un devrait pouvoir me juger aussi. »

Je ris amèrement.

« Mais pas avant vingt-huit ans. »

« Non. »

« Très pratique. »

Elle baissa la tête.

« Oui. »

Daniel ouvrit le portail.

« Nous devons avancer. »

Nous entrâmes.

Le sous-sol nécessitait deux badges et un code que Marianne donna à Daniel.

Dans le couloir final, une lumière rouge clignotait.

PROCESSUS ACTIF.

TEMPS RESTANT : 00:41:17.

Adrian jura.

« Plus vite que prévu. »

« Pourquoi ? »

« Quelqu’un a accéléré la séquence. »

Marianne se tourna vers Daniel.

« Richard. »

« Ou Voss. »

« Charles ne ferait pas ça avant que Natalie soit prête. »

Andrew répondit :

« Votre confiance en Voss reste étonnante. »

Marianne ne répliqua pas.

La salle du module était derrière une porte blindée.

Quand elle s’ouvrit, je m’attendais à des rangées de serveurs.

Il n’y avait presque rien.

Une console.

Un boîtier métallique.

Un écran noir avec sept indicateurs.

Six étaient allumés.

Le septième clignotait.

Sur l’écran :

VALIDATION FINALE REQUISE.

Daniel inspecta la pièce.

« Vide. »

Adrian s’approcha de la console.

« Quelqu’un a été ici récemment. »

« Comment tu sais ? »

Il montra une légère poussière déplacée près d’un port de maintenance.

« Un module externe a été branché. »

Marianne pâlit.

« Richard. »

Mon téléphone sonna.

Mon père.

Je décrochai.

« Où es-tu ? »

« Natalie, écoute-moi. »

« Je t’écoute depuis trente-six ans. Cette fois réponds. »

Silence.

« Tu es au centre d’archives. »

« Oui. »

« Ne mets pas la clé. »

« Pourquoi ? »

« Parce que Marianne ne comprend pas ce qu’elle déclenche. »

Ma mère tendit la main.

Je mis le haut-parleur.

« Je comprends parfaitement, Richard. »

Le silence à l’autre bout fut saisissant.

« Marianne. »

« Bonjour, Richard. »

Vingt-huit ans dans deux mots.

Il respira.

« Tu n’aurais pas dû l’amener là. »

« Tu n’aurais pas dû modifier le protocole. »

« Je l’ai modifié parce que ta version aurait détruit des centaines d’innocents avec les coupables. »

« Faux. »

« Des dossiers médicaux, des identités protégées, des témoins, des comptes de familles qui n’ont rien à voir avec les crimes. Tu avais tout lié ensemble. »

Marianne fronça les sourcils.

« Ce n’était pas le cas dans la version originale. »

« Parce que Charles a ajouté ses propres archives. »

Adrian leva les yeux.

« Quoi ? »

Mon père poursuivit :

« Voss a utilisé le réseau pour stocker ses dossiers personnels. Thomas, Eleanor, Andrew, Adrian. Tout. »

Andrew jura.

« Donc si on ouvre, mes informations privées sortent aussi ? »

« Potentiellement. »

Je regardai Marianne.

Elle semblait réellement surprise.

« Tu savais ? »

« Non. »

Mon père répondit :

« Voilà pourquoi j’ai changé la destination. »

« Vers quoi ? »

Silence.

« Papa. Vers quoi ? »

« Un serveur intermédiaire. Pour trier les données avant diffusion. »

Daniel secoua la tête.

« Contrôlé par qui ? »

« Hale Legal Trust. »

Marianne éclata d’un rire sans joie.

« Donc par toi. »

« Par une équipe indépendante. »

« Que tu nommes. »

« Marianne— »

« Tu n’as pas changé, Richard. »

Sa voix trembla pour la première fois.

« Tu dis toujours que tu dois tenir le couteau parce que les autres pourraient se couper. »

Mon père se tut.

Je regardai l’horloge.

00:34:09.

« Quelles sont mes options ? »

Mon père répondit immédiatement.

« Ne fais rien. Laisse la route secondaire prendre le relais. »

Marianne :

« Non. »

« Évidemment. »

« Richard, ta route secondaire effacera les données que ton filtre déclarera juridiquement sensibles. »

« Certaines doivent l’être. »

« Et qui décide ? »

« Des avocats. »

« Tes avocats. »

« Pas seulement. »

Je levai la voix.

« Stop. »

Silence.

« Si j’utilise la clé maintenant ? »

Adrian répondit :

« Le système devrait montrer les routes disponibles avant validation biométrique. »

« Devrait ? »

« Oui. »

Daniel s’approcha.

« On peut insérer la clé sans confirmer ? »

Marianne hocha la tête.

« Oui. »

Mon père cria presque dans le téléphone :

« Natalie, non. »

Je pris la clé.

« Pourquoi ? »

Silence.

« Papa. Pourquoi tu ne veux même pas que je voie les options ? »

« Parce qu’une fois insérée, elle réactive la couche Sept. »

« Et ? »

« La preuve concernant Marianne sera copiée automatiquement. »

Je regardai ma mère.

Elle ne détourna pas les yeux.

« Et toi ? »

Mon père ne répondit pas.

Je compris.

« Il y a quelque chose sur toi aussi. »

Marianne murmura :

« Oui. »

Je tournai la tête.

« Quoi ? »

Elle regarda l’écran.

« La couche Sept ne contient pas seulement mon incendie. »

Mon père coupa :

« Marianne. »

« Elle contient aussi la décision prise après l’incendie. »

« Quelle décision ? »

Ma mère me regarda.

« Richard a découvert la mort de Samuel Ortiz. »

« Et ? »

« Il a payé sa famille. »

Mon père répondit :

« Marianne— »

« En échange de leur silence. »

Je fermai les yeux.

Encore.

Toujours.

Argent contre silence.

« Combien ? »

Mon père parla enfin.

« Deux millions. »

Andrew secoua la tête.

Je demandai :

« Et tu as fait disparaître l’enquête. »

« J’ai empêché qu’elle remonte jusqu’à Marianne. »

« Pourquoi ? »

Silence.

« Parce que tu l’aimais ? »

« Oui. »

La réponse était presque un souffle.

Ma mère ferma les yeux.

Je sentis quelque chose de triste traverser la pièce.

Deux personnes qui avaient détruit des morceaux d’eux-mêmes en prétendant protéger l’autre.

« Donc la septième archive vous incrimine tous les deux. »

« Oui », répondit Marianne.

Mon père resta silencieux.

L’horloge passa sous trente minutes.

Je glissai la clé dans le module.

Un clic.

Les sept indicateurs s’allumèrent.

Mon père jura à l’autre bout.

L’écran changea.

Trois choix apparurent.

ROUTE A — DIFFUSION INTÉGRALE.

ROUTE B — TRANSFERT HALE LEGAL TRUST.

ROUTE C — DÉPÔT SCELLÉ AUPRÈS D’UN TIERS JUDICIAIRE.

Je regardai Adrian.

« La route C existait ? »

Il pâlit.

« Non. »

Marianne s’approcha.

« Pas dans ma version. »

Daniel lut la ligne.

« Tiers judiciaire. Ça pourrait être la solution. »

Mon père parla brusquement :

« Ne choisissez pas C. »

Je regardai le téléphone.

« Pourquoi ? »

« Parce que je ne l’ai pas créée. »

Marianne non plus.

Adrian non plus.

Donc quelqu’un d’autre avait ajouté une troisième route.

Un nom apparut sous l’option C.

AUTORITÉ DE DÉPÔT : E. TRENT.

Andrew devint blanc.

« Elias Trent. »

Daniel recula d’un pas.

« Il a accès au système. »

Une alarme courte retentit.

L’écran afficha :

CONNEXION DISTANTE ACTIVE.

Puis :

ROUTE C PRÉSÉLECTIONNÉE.

Je touchai l’écran.

Aucune réaction.

Adrian jura.

« Quelqu’un verrouille la console. »

Marianne regarda la porte.

« Trent. »

Daniel saisit son arme.

À cet instant, toutes les lumières s’éteignirent.

Le téléphone de mon père coupa.

Dans l’obscurité, j’entendis un bruit métallique derrière nous.

Puis une voix d’homme.

Calme.

Proche.

« Personne ne touche à la clé. »

Les lumières de secours s’allumèrent.

Elias Trent se tenait dans l’encadrement.

Une arme pointée vers moi.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 16 : Trent prend le contrôle du centre d’archives, mais son récit sur Thomas révèle qu’un second commanditaire vivait depuis toujours au cœur des Hale

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