PARTIE 3 – Olivia possédait la clé de notre maison, pourtant les images de sécurité révélèrent une visiteuse que Natalie croyait morte depuis longtemps

Andrew appela sa sœur trois fois.

Elle ne répondit pas.

À la quatrième tentative, l’appel bascula directement sur la messagerie.

Il posa son téléphone sur la table.

« Olivia ne fait pas ça. »

Daniel demanda :

« Elle savait où vous étiez à Boston ? »

« Oui. Elle gardait la maison. »

« Seule ? »

« À ma connaissance. »

Mon père m’observa.

« Quand l’as-tu vue pour la dernière fois ? »

« Il y a vingt minutes. »

Je racontai ce qu’Olivia m’avait dit dans l’escalier des Harrington.

L’homme inconnu.

La phrase au sujet de la « fenêtre ».

La question : « Et Mercer ? »

Lorsque j’eus terminé, Daniel ne semblait plus seulement préoccupé.

Il semblait irrité contre lui-même.

« S’ils me surveillaient, ils connaissaient le retour de Londres. »

Rebecca demanda :

« Pourquoi laisser Olivia parler ? »

« Peut-être qu’elle ne sait pas qu’elle a parlé. »

Andrew releva la tête.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Daniel répondit sans détour :

« Que votre sœur peut être utilisée sans être complice. »

Je préférais cette possibilité.

Je n’arrivais pourtant pas à oublier qu’Olivia avait eu notre clé.

Mon père ordonna qu’on récupère les enregistrements de sécurité de notre maison.

Andrew eut un mouvement de recul.

« Vous pouvez faire ça ? »

« Natalie nous avait donné une autorisation d’urgence il y a des années. »

Il me regarda.

« Quoi ? »

« Avant qu’on se marie. »

« Et tu ne l’as jamais révoquée ? »

Je détestais chaque réponse que j’étais obligée de lui donner.

« Non. »

« Formidable. »

Il s’éloigna jusqu’à la vitre.

Je le laissai faire.

Nous avions besoin d’Olivia.

Nous avions aussi besoin de sauver un mariage que mes propres omissions étaient en train d’abîmer.

Les deux problèmes ne pouvaient pas être résolus en même temps.

L’analyste revint dix minutes plus tard.

« Nous avons les vidéos locales, mais il manque quatre heures. »

Daniel leva les yeux.

« Effacées ? »

« Pas exactement. »

Il posa l’ordinateur.

« La caméra principale a été placée en mode maintenance. »

« Par qui ? »

« Avec le code propriétaire. »

Andrew se retourna.

« Mon code ? »

« Celui de Mme Hale. »

Je sentis une chaleur désagréable monter dans ma poitrine.

« Je n’ai jamais utilisé ce mode. »

L’analyste ouvrit une fenêtre.

« Votre code a été entré à 13 h 17. La caméra a repris à 17 h 11. »

« Et les autres caméras ? »

« Le garage a continué à filmer. »

Daniel s’approcha.

L’image apparut.

Un SUV noir entra à 13 h 24.

Plaques illisibles sous l’angle.

Une femme descendit du siège passager.

Elle portait un foulard clair et de grandes lunettes.

Olivia ouvrit la porte du garage.

Je retins mon souffle.

Elles se connaissaient.

Pas de surprise.

Pas d’hésitation.

Olivia embrassa même la femme sur la joue.

« Agrandissez », dis-je.

L’analyste arrêta l’image.

La femme tourna légèrement le visage vers la caméra.

Quelque chose dans la ligne de sa mâchoire me frappa.

Je fis un pas en avant.

« Encore. »

L’image perdit en netteté.

Mais je n’avais plus besoin de netteté.

Mon père s’était figé.

Rebecca porta une main à sa bouche.

Daniel ne dit rien.

Andrew nous regarda tour à tour.

« Qui est-ce ? »

Je ne pouvais pas répondre.

Je connaissais cette femme.

Ou plutôt, j’avais connu son visage vingt-cinq ans plus tôt.

Elle apparaissait sur des photos de vacances, dans des vidéos tournées à la plage, parfois à côté de ma mère.

J’avais passé la moitié de mon adolescence à écouter qu’elle était morte.

« Natalie ? »

Ma voix sortit à peine.

« Marianne. »

Andrew fronça les sourcils.

« Ta mère s’appelait Marianne. »

« Oui. »

Il regarda l’écran.

Puis moi.

« Tu es en train de me dire que c’est ta mère ? »

Mon père parla enfin.

« Non. »

Je me tournai vers lui.

Son visage gris me terrifia.

« Alors qui ? »

Il ferma les yeux.

« Sa sœur. »

Le silence qui suivit fut presque physique.

« Ma mère n’avait pas de sœur. »

« Si. »

Je reculai d’un pas.

« Non. »

« Natalie— »

« Tu m’as montré l’arbre généalogique. Elle était fille unique. »

« C’est ce que nous t’avons dit. »

Je laissai échapper un rire incrédule.

Andrew me regardait maintenant avec une compassion douloureuse.

Pour une fois, le secret n’était pas le mien.

Mon père s’assit lentement.

« Elle s’appelle Rebecca Marianne Hale. »

Rebecca Shaw détourna les yeux.

Je me tournai vers elle.

« Vous saviez ? »

Elle acquiesça.

« Oui. »

« Daniel ? »

« Oui. »

J’eus l’impression que la pièce basculait.

« Tout le monde savait sauf moi. »

« Très peu de gens savaient », répondit mon père.

« Ça ne change pas la phrase. »

Je regardai l’écran.

La femme ressemblait assez à ma mère pour que mon cœur ait réagi avant ma raison.

« Pourquoi m’avoir menti ? »

Mon père posa ses mains à plat.

« Parce que Marianne et Rebecca ont cessé d’être des sœurs bien avant ta naissance. »

« Ce n’est pas une réponse. »

« Rebecca travaillait avec nous au début d’Halcyon. »

Je tournai la tête vers Rebecca Shaw.

Elle comprit ma confusion.

« Pas moi », dit-elle. « L’autre Rebecca. Ta tante. »

Deux Rebecca.

Je fermai les yeux.

« Continue. »

Mon père inspira.

« Halcyon devait isoler certains actifs pendant une enquête sur des détournements. Marianne avait découvert qu’un groupe interne utilisait Hale International pour déplacer de l’argent à travers des filiales fictives. »

« Et sa sœur ? »

« Elle était impliquée. »

« À quel niveau ? »

Daniel répondit :

« Suffisamment pour disparaître avant les premières arrestations. »

« Vous m’avez dit qu’elle était morte ? »

Mon père hocha lentement la tête.

« Nous pensions qu’elle l’était. »

« Pensiez ? »

« Sa voiture a été retrouvée incendiée dans le nord de l’État. Un corps se trouvait à l’intérieur. Les premières analyses ont conclu qu’il s’agissait d’elle. »

« Les premières ? »

« Trois ans plus tard, de nouvelles analyses ont montré que le corps était celui d’une autre femme. »

Je dus m’asseoir.

« Et vous ne m’avez rien dit. »

« Tu avais dix-sept ans. »

« Puis dix-huit. Puis vingt. Puis trente. »

Il ne trouva rien à répondre.

Andrew se rapprocha de moi.

Il ne me toucha pas.

Cette retenue me fit comprendre à quel point il était encore blessé.

Mais il resta à mes côtés.

« Pourquoi la tante de Natalie entre-t-elle dans notre maison avec ma sœur ? »

La question ramena tout le monde au présent.

Daniel demanda à l’analyste de poursuivre.

À 14 h 02, Olivia sortait seule du garage.

À 16 h 49, elle revenait.

À 17 h 03, le SUV repartait.

« Elle est restée presque quatre heures seule chez nous », dit Andrew.

« Trois heures quarante-cinq », corrigea Daniel.

Je regardai l’analyste.

« Les serrures intelligentes ? »

« Un accès intérieur à votre bureau à 14 h 11. »

Mon bureau.

Je compris avant les autres.

« Les dossiers de ma mère. »

Andrew secoua la tête.

« Quels dossiers ? »

Je fermai les yeux.

« J’ai une boîte. »

« Où ? »

« Dans le placard de mon bureau. »

« Depuis quand ? »

« Depuis la mort de ma mère. »

Son regard se vida.

« Bien sûr. »

Je me levai.

« Andrew— »

« Non. Pas maintenant. »

Il passa une main sur sa nuque.

« Je vais aider à retrouver Olivia. Après, nous parlerons de nous. Mais je ne peux pas apprendre un secret de plus toutes les cinq minutes et prétendre que ça ne change rien. »

Je hochai la tête.

« D’accord. »

Daniel fit apparaître le plan des fichiers consultés.

« La visiteuse n’a pas seulement ouvert vos archives locales. Elle a connecté un périphérique externe. »

« Elle a pris quoi ? »

« Nous devons comparer. »

Mon père fronça les sourcils.

« L’accès à Halcyon vient probablement de là. »

Je secouai la tête.

« Pas forcément. »

Tout le monde me regarda.

« Ma mère ne gardait pas seulement des documents sur Halcyon. »

Mon père parut surpris.

« Comment peux-tu le savoir ? »

« Parce qu’avant de mourir, elle m’a donné une enveloppe. »

Le visage de Daniel changea.

« Quelle enveloppe ? »

Je fouillai ma mémoire.

Une chambre d’hôpital.

Ma mère amaigrie.

Sa main autour de la mienne.

« Ne l’ouvre pas tant que ton père ne te demande pas de choisir. »

Je n’avais jamais compris.

Après sa mort, j’avais placé l’enveloppe dans la boîte avec ses effets.

« Tu l’as encore ? » demanda mon père.

« Oui. »

Il se leva trop vite.

« Nous allons chez toi. »

Daniel leva une main.

« Non. »

« Pourquoi ? »

« Si Rebecca Hale a passé quatre heures dans la maison, nous devons considérer qu’elle a pu laisser quelque chose. »

Andrew répondit :

« Je m’en fiche. Olivia est peut-être là-bas. »

Son téléphone sonna.

Tous les regards tombèrent dessus.

Numéro masqué.

Il décrocha immédiatement.

« Olivia ? »

Une respiration.

Puis la voix de sa sœur.

« Andrew ? »

Il activa le haut-parleur.

« Où es-tu ? »

« Je ne sais pas. »

Sa voix tremblait.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« J’ai conduit. Je crois. Je… je suis dans une chambre. »

« Quelle chambre ? »

« Un motel, peut-être. »

Daniel fit signe à l’analyste de lancer un traçage.

« Écoute-moi », dit Andrew. « Tu étais à la maison avec nous tout à l’heure. Tu te souviens ? »

« Oui. »

« Tu m’as parlé à table. »

« Oui. »

« Qui est venu chez Natalie il y a six semaines ? »

Un long silence.

« Chez Natalie ? »

« La femme que tu as laissée entrer. »

Olivia commença à pleurer.

« Je ne voulais pas. »

Andrew pâlit.

« Qu’est-ce que tu ne voulais pas ? »

« Elle m’a dit qu’elle était de la famille. »

Je me penchai vers le téléphone.

« Olivia, c’est Natalie. Comment s’appelait-elle ? »

« Marianne. »

Mon père ferma les yeux.

« Elle t’a dit quoi ? »

« Qu’elle était votre tante. Qu’elle était revenue pour vous protéger. »

« De qui ? »

Olivia inspira bruyamment.

« De ton père. »

Je regardai Richard Hale.

Il ne bougea pas.

« Qu’est-ce qu’elle t’a demandé ? »

« Seulement de lui ouvrir. Elle savait déjà où était le bureau. »

« Et ensuite ? »

« Elle m’a demandé de sortir acheter du café. Quand je suis revenue, elle avait fini. »

Andrew serra le téléphone.

« Pourquoi n’as-tu rien dit ? »

« Parce qu’elle avait des photos. »

« Quelles photos ? »

La respiration d’Olivia devint irrégulière.

« De maman. De papa. De toi. Des dossiers. Elle savait des choses sur le cabinet. Elle m’a dit qu’elle détruirait Richard si je parlais. »

Richard Harrington.

Pas mon père.

Le père d’Andrew.

Je compris alors que la cible n’était peut-être pas seulement les Hale.

« Olivia, où es-tu maintenant ? »

« Elle m’a appelée après votre départ. Elle a dit que maman avait tout gâché. »

« Quelle maman ? »

« La nôtre. Eleanor. »

Andrew regarda Daniel.

« Qu’a-t-elle dit d’autre ? »

Un bruit retentit au bout du fil.

Olivia chuchota :

« Elle est là. »

Andrew se redressa.

« Qui ? »

« Marianne. »

Puis la ligne coupa.

L’analyste jura.

« Nous avons la zone. »

« Où ? »

Il agrandit une carte.

Je lus l’adresse.

Mon sang se glaça.

Je connaissais cet endroit.

Ce n’était pas un motel.

C’était l’ancien centre de stockage d’Halcyon.

Celui que ma mère avait fermé trois semaines avant sa mort.

Daniel me regarda.

« Elle veut que vous veniez. »

Je pensai à Olivia.

Puis à l’enveloppe que ma mère m’avait laissée.

Et je compris soudain pourquoi ma tante avait peut-être fouillé ma maison sans réussir à obtenir ce qu’elle cherchait.

Elle ne savait pas où j’avais caché l’original.

Je me levai.

« Alors nous allons lui donner l’impression que je viens les mains vides. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Dans l’ancien centre d’Halcyon, Natalie découvre pourquoi sa mère avait caché un dernier choix et qui devait réellement recevoir les millions

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