PARTIE 11 – Une signature attribuée à Marianne bouleverse l’enquête, mais un détail médical prouve que quelqu’un a fabriqué deux morts avec la même méthode

Le document de Coyle n’était pas un original.

C’était une photocopie d’une photocopie, légèrement de travers, avec un coin noirci et plusieurs lignes presque illisibles.

Mais la signature apparaissait clairement.

M. HALE.

Je la regardai jusqu’à ce que les lettres cessent presque d’avoir un sens.

Andrew resta debout derrière moi.

Il ne disait rien.

Sa douleur était trop récente pour qu’il m’accuse, et trop profonde pour qu’il m’épargne.

Daniel prit la feuille.

« Une initiale et un nom ne prouvent rien. »

Coyle hocha la tête.

« Je sais. »

« Pourquoi l’avoir conservée ? »

« Parce que Thomas Vale était mort. Parce qu’on m’avait menacé. Et parce que trois semaines plus tard, une femme appelée Marianne Hale est venue me voir. »

Je levai brusquement les yeux.

« Ma mère ? »

« Oui. »

« Après la mort de Thomas ? »

« Oui. »

« Elle savait pour le rapport ? »

« Elle savait tout. »

Le vieil homme se leva avec difficulté.

Une infirmière entra pour l’aider, mais il lui fit signe que ça allait.

Il ouvrit un petit tiroir de sa bibliothèque personnelle.

« Elle m’a dit une phrase. »

Il sortit un carnet.

« Je l’ai écrite le soir même. »

Daniel prit le carnet.

Coyle récita de mémoire :

« “Si quelqu’un utilise mon nom pour tuer, cherchez celui qui contrôle les accès, pas celui dont le nom apparaît.” »

Je sentis un frisson.

« Elle savait que sa signature avait été utilisée. »

« Oui. »

Andrew demanda :

« Elle a dit qui ? »

« Non. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’elle n’avait pas encore la preuve. »

Daniel feuilleta le carnet.

« Elle est revenue ? »

« Une seule fois. »

« Quand ? »

Coyle regarda vers moi.

« Le 15 octobre 1998. »

La veille de sa mort officielle.

« Qu’est-ce qu’elle voulait ? »

« Mon exemplaire du rapport. »

« Vous le lui avez donné ? »

« L’original. J’ai gardé cette copie. »

Je repensai à la vidéo du 17.

Ma mère savait donc déjà que Thomas avait été assassiné.

Elle avait préparé sa disparition quelques heures plus tard.

Tout se rapprochait.

« Elle avait peur ? »

Coyle réfléchit.

« Pas pour elle-même. »

« Pour qui ? »

« Pour vous. »

Cette réponse me fit fermer les yeux.

La sensation devenait presque insupportable : chaque secret de ma mère semblait avoir été construit autour de moi, mais aucun ne m’avait permis de réellement la connaître.

Coyle se rassit.

« Elle m’a aussi demandé quelque chose d’étrange. »

« Quoi ? »

« Si j’avais encore les résultats toxicologiques de Thomas. »

Andrew se pencha.

« Pourquoi ? »

« Je lui ai donné une copie. »

Daniel demanda :

« Ils montraient quelque chose ? »

« Un sédatif. Très faible quantité. Rien de mortel. Mais assez pour ralentir ses réflexes. »

Andrew devint pâle.

« Donc on l’a drogué avant de couper ses freins. »

« Oui. »

Je sentis un souvenir me traverser.

Autopsie privée de ma mère.

Elias Trent.

Je regardai Daniel.

« Quels médicaments étaient dans le rapport de maman ? »

« Je ne sais pas. »

« Rebecca Shaw l’a peut-être. »

Il appela immédiatement.

Quelques minutes plus tard, l’ancienne juriste répondit depuis Meridian.

Sa voix résonna sur haut-parleur.

« J’ai retrouvé une copie partielle. »

« Toxicologie ? » demanda Daniel.

« Oui. Pourquoi ? »

« Lisez. »

Silence de papiers.

Puis :

« Traces de midazolam. Dose faible. »

Coyle leva la tête.

« Même molécule. »

Andrew me regarda.

« Ton père biologique et ma mère ont été drogués avec la même chose ? »

« Ma mère n’était pas morte à ce moment-là. »

« Justement. »

Rebecca Shaw continua :

« Il y a autre chose. Le prélèvement ayant servi à l’autopsie privée n’est pas compatible avec les résultats hospitaliers enregistrés la veille. »

Daniel se figea.

« Expliquez. »

« Groupe sanguin différent. »

La pièce devint silencieuse.

« Donc l’autopsie n’était pas celle de Marianne », dis-je.

« C’est ce que ça indique. »

Coyle ferma les yeux.

« Elias Trent. »

Je compris.

Le même homme.

La mort de Thomas.

La fausse autopsie de ma mère.

Deux événements séparés par quelques années.

Même sédatif.

Même médecin.

Même réseau.

Daniel demanda :

« Trent est vivant ? »

Rebecca Shaw répondit :

« À ma connaissance, oui. Il vit au Canada depuis 2004. »

« Trouvez l’adresse. »

Elle raccrocha.

Andrew regarda Coyle.

« Est-ce que Charles Voss savait pour le sédatif ? »

« Je ne sais pas. »

« Et Thomas ? Il savait que son frère était impliqué avec Northstar ? »

« Probablement pas. »

Je demandai :

« Pourquoi Marianne aurait-elle créé Northstar si elle avait ensuite peur de son propre système ? »

Coyle eut un sourire triste.

« Parce que les choses changent. Une structure créée pour protéger finit parfois par devenir une structure utilisée pour menacer. »

Encore une fois, l’histoire d’Halcyon.

Encore une fois, ma mère.

Elle avait créé des outils puissants puis tenté de les détruire lorsqu’ils devenaient incontrôlables.

Et chaque fois, Voss apparaissait à la frontière entre les deux.

Daniel nous fit quitter la maison de retraite avant que le jour se lève complètement.

Dans le véhicule, Andrew resta longtemps silencieux.

Puis il demanda :

« Est-ce que tu crois que ta mère a fait tuer Thomas ? »

Je répondis sans détour.

« Je ne sais pas. »

Il hocha la tête.

« Merci. »

« Pour quoi ? »

« De ne pas me dire automatiquement que c’est impossible. »

Je regardai la route.

« J’ai passé assez de temps à protéger les gens contre ce que je ne savais pas. »

Il posa sa main sur sa cuisse.

« Je ne veux pas croire qu’elle l’a fait. »

« Moi non plus. »

« Mais si elle l’a fait… »

« Alors je ne la défendrai pas parce qu’elle était ma mère. »

Il tourna la tête vers moi.

Quelque chose se détendit entre nous.

Pas la confiance retrouvée.

Mais peut-être le commencement d’une autre forme de confiance.

Une confiance qui ne demandait pas d’idéaliser les morts.

Daniel reçut un appel.

Il nous regarda dans le rétroviseur.

« Trent est introuvable. »

« Introuvable comment ? »

« Son adresse canadienne est vide depuis trois semaines. »

Andrew eut un rire sans humour.

« Quelle surprise. »

« Mais il a utilisé une carte bancaire hier. »

« Où ? »

Daniel resta silencieux.

Je compris avant qu’il réponde.

« Ici. »

« Oui. À trente kilomètres de la ville. »

« Donc Trent, Voss et peut-être mon père sont tous dans la même zone. »

« Probable. »

Je pensais au message de Richard Hale.

Détruis la carte.

Il savait peut-être que Trent était revenu.

Ou il savait autre chose.

« Je veux retrouver mon père. »

Daniel répondit :

« Nous essayons. »

« Non. Je veux utiliser ce qu’on a pour le faire sortir. »

Andrew se tourna.

« Comment ? »

« Il pense que j’ai la carte de ma mère. Il sait que je l’ai ouverte. »

Daniel comprit.

« Vous voulez lui faire croire que vous avez trouvé quelque chose qui l’oblige à venir. »

« Oui. »

« Risqué. »

« Tout ce qu’on fait l’est. »

Il réfléchit.

« Quel message ? »

Je sortis mon téléphone.

Écrire à mon père me parut soudain plus difficile que n’importe quelle confrontation.

Je tapai :

J’ai trouvé la signature Northstar sur l’ordre concernant Thomas Vale. M. HALE. Je veux t’entendre m’expliquer avant que je remette tout à la police.

Daniel relut.

« Bien. »

J’envoyai.

Nous attendîmes.

Une minute.

Deux.

Puis une réponse.

PAS AU TÉLÉPHONE.

Je tapai :

Alors où ?

La réponse arriva immédiatement.

HARBOR HOUSE. MIDI. SEULE.

Andrew secoua la tête.

« Bien sûr. »

Daniel demanda :

« Il sait que vous ne viendrez pas seule. »

« Peut-être. »

Une seconde réponse apparut.

ET DIS À ANDREW QUE THOMAS N’ÉTAIT PAS SA SEULE ERREUR.

Andrew prit mon téléphone.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Je n’en savais rien.

Un nouveau message.

DEMANDE À ELEANOR QUI ÉTAIT DANS LA VOITURE AVEC THOMAS LA NUIT DE SA MORT.

Andrew pâlit.

« Elle a dit qu’il était seul. »

Je relus.

Puis un quatrième message arriva.

ELLE MENT DEPUIS TRENTE-DEUX ANS.

Nous retournâmes immédiatement à l’hôpital.

Eleanor était toujours auprès de Richard Harrington.

Quand Andrew entra, elle se leva.

« Ça va ? »

« Qui était avec Thomas dans la voiture ? »

Elle se figea.

Richard Harrington tourna lentement la tête.

« Eleanor. »

Andrew montra le téléphone.

« On vient de me dire qu’il n’était pas seul. »

Elle s’assit.

Je vis la vérité avant qu’elle ne parle.

« Il y avait quelqu’un », murmura-t-elle.

Andrew ferma les yeux.

« Qui ? »

« Moi. »

Le mot nous frappa tous.

« Tu étais dans la voiture ? »

« Avant l’accident. »

« Explique. »

Sa voix tremblait.

« Thomas est venu me voir. Il disait qu’il devait quitter la ville. Il voulait que je parte avec lui. »

Richard Harrington regardait le plafond.

Il savait probablement déjà.

« J’ai refusé. »

« Pourquoi ? »

« Parce que j’étais enceinte. »

Andrew pâlit.

« De moi. »

« Oui. »

« Et Thomas savait ? »

« Oui. »

« Il voulait partir avec nous ? »

« Oui. »

Elle pleurait.

« Je suis montée dans sa voiture. On a roulé pendant presque une heure. Puis je lui ai dit que je ne pouvais pas. Que je ne voulais pas vivre en fuite. Il m’a ramenée. »

« Et ensuite ? »

« Il est reparti seul. »

« À quelle heure ? »

« Vers minuit. »

Daniel demanda :

« L’accident a été signalé à 1 h 17. »

Eleanor acquiesça.

« Oui. »

Andrew serra les poings.

« Pourquoi n’as-tu jamais dit à la police que tu étais avec lui ? »

Elle regarda Richard Harrington.

« Parce qu’on m’a menacée. »

« Qui ? »

« Elias Trent. »

Je cessai de respirer.

« Il est venu chez moi le lendemain. Il savait pour le bébé. Il savait que Thomas avait voulu partir avec moi. Il m’a dit que si je parlais, Andrew n’arriverait jamais jusqu’à sa naissance. »

Richard Harrington prit sa main.

« Elle m’a tout raconté quelques semaines plus tard. »

Andrew le regarda.

« Et vous n’avez rien fait ? »

Richard ferma les yeux.

« J’ai essayé. »

« Comment ? »

« J’ai appelé Richard Hale. »

Encore mon père.

« Pourquoi lui ? »

« Parce que Thomas avait laissé son nom dans mes notes d’urgence. Il m’avait dit : si quelque chose m’arrive, va voir Richard Hale. »

Je sentis mon cœur accélérer.

Thomas faisait donc confiance à mon père.

Au moins à un moment.

« Et qu’a dit mon père ? »

Richard Harrington répondit :

« Qu’il s’occuperait de Trent. »

« Et il l’a fait ? »

« Trent a disparu de la ville deux jours plus tard. »

Daniel murmura :

« Pas arrêté. Pas dénoncé. Juste déplacé. »

Richard baissa les yeux.

« Oui. »

Je compris la logique de mon père.

Encore.

Contrôler.

Éloigner.

Enterrer.

Jamais exposer.

Parce qu’exposer menaçait Hale.

Andrew demanda :

« Pourquoi le message dit-il que Thomas n’était pas la seule erreur ? »

Eleanor devint blanche.

« Je ne sais pas. »

Je la regardai.

« Cette fois, dites la vérité avant qu’elle nous rattrape. »

Elle secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Son téléphone vibra.

Daniel le prit avant elle.

Message inconnu.

Une image.

Eleanor jeune, devant une clinique.

Date imprimée :

3 NOVEMBRE 1994.

Andrew était déjà né depuis plusieurs mois.

À côté d’elle se tenait Elias Trent.

Sous la photographie :

DEMANDE-LUI POURQUOI TRENT A PRÉLEVÉ LE SANG D’ANDREW.

Andrew regarda sa mère.

« Qu’est-ce qu’il a fait ? »

Eleanor porta une main à sa bouche.

« Il a dit que c’était pour vérifier une maladie héréditaire. »

Rebecca Shaw, qui venait d’entrer, regarda la photo.

« Non. »

Tout le monde se tourna.

« Quoi ? »

Elle fixa la date.

« Trent travaillait à cette époque pour Northstar. »

Daniel comprit.

« Il testait la filiation. »

Andrew se raidit.

Rebecca Shaw acquiesça.

« Quelqu’un cherchait déjà à savoir qui était le père biologique d’Andrew. »

« Qui ? »

Elle regarda la photographie.

« Celui qui avait besoin de savoir si le fils de Thomas Vale avait survécu. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 12 : À Harbor House, Richard Hale révèle enfin pourquoi Thomas devait être protégé, mais Natalie découvre que sa mère a laissé derrière elle un héritier inattendu

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