PARTIE 4 – Dans l’ancien centre d’Halcyon, Natalie découvre pourquoi sa mère avait caché un dernier choix et qui devait réellement recevoir les millions

Le centre d’Halcyon se trouvait à quarante minutes de Meridian, au bout d’une route industrielle bordée d’entrepôts abandonnés.

Daniel refusa que nous approchions directement.

Nous nous arrêtâmes à trois rues de là dans un parking désert.

« Personne ne sort avant que mon équipe confirme la situation », dit-il.

Andrew ouvrit déjà sa portière.

Daniel verrouilla les portes.

« Sérieusement ? »

« Très. »

« Ma sœur est là-dedans. »

« Et si vous entrez sans savoir qui l’attend, elle pourrait être morte avant que vous franchissiez le deuxième couloir. »

Andrew serra les dents.

Il resta assis.

Je connaissais assez Daniel pour savoir qu’aucune colère ne le ferait accélérer.

Une camionnette arriva derrière nous.

Deux femmes et trois hommes en descendirent.

Andrew me regarda.

« Ce sont quoi, exactement, les gens de Mercer ? »

Je répondis :

« Avant, ils étaient spécialisés dans les enquêtes financières. »

« Et maintenant ? »

Daniel ouvrit enfin sa portière.

« Maintenant, ils font ce qui est nécessaire. »

Ce n’était pas rassurant.

Mon père et Rebecca Shaw étaient restés à Meridian pour tenter d’interrompre le transfert.

Avant mon départ, mon père m’avait prise à part.

« Natalie, si elle est vraiment revenue, ne crois rien de ce qu’elle te dira. »

« Pourquoi ? »

« Parce que Rebecca a toujours su prendre une vérité et l’utiliser pour fabriquer un mensonge. »

« Est-ce qu’elle a tué maman ? »

Il avait détourné les yeux.

Ce geste avait constitué une réponse suffisante.

Je n’avais pas insisté.

Pas encore.

Daniel reçut un message.

« Olivia est probablement au deuxième étage. »

Andrew se leva.

Cette fois, personne ne l’arrêta.

Le bâtiment semblait vide de l’extérieur.

À l’intérieur, une lumière brillait derrière les vitres opaques de l’ancien hall.

Le logo Halcyon avait disparu du mur, mais j’en distinguais encore les trous de fixation.

Sept cercles disposés autour d’un H.

Protocole Sept.

Ma mère détestait ce symbole.

Je l’entendais encore dire : « Une entreprise qui invente trop de symboles finit toujours par oublier les personnes. »

Daniel plaça une oreillette dans ma main.

« Vous restez derrière moi. »

« Je veux parler à Rebecca. »

« Si elle est ici. »

« Elle est ici. »

Je le savais.

Pas par intuition romantique.

Parce que cette femme avait organisé toute une chaîne pour me conduire précisément dans cet endroit.

Elle n’avait pas besoin de quatre-vingt-douze millions immédiatement.

Elle avait besoin de moi.

Nous entrâmes.

L’odeur de poussière me rappela des souvenirs que je croyais oubliés.

J’avais douze ans lorsque ma mère m’avait amenée ici une seule fois.

Elle m’avait laissée dans une salle avec des crayons pendant une réunion.

Un homme était entré et m’avait demandé mon nom.

Avant que je puisse répondre, Marianne était apparue.

« Elle n’a pas de nom ici. »

À l’époque, j’avais cru à une plaisanterie.

À présent, je comprenais.

Les couloirs étaient presque noirs.

L’équipe de Daniel se dispersa.

Un murmure arriva dans mon oreillette.

« Premier niveau vide. »

Puis :

« Escalier est. »

Andrew me suivait si près que je sentais sa présence derrière mon épaule.

Nous atteignîmes le second étage.

Une porte était ouverte.

De la lumière débordait sur le sol.

« Andrew ? »

La voix d’Olivia.

Il partit avant que Daniel puisse le retenir.

« Olivia ! »

Nous entrâmes.

Elle était assise sur une chaise au centre d’une grande salle.

Libre.

Pas attachée.

Pas blessée.

Elle se leva aussitôt et courut vers son frère.

Andrew la serra contre lui.

« Tu vas bien ? »

« Oui. »

« Elle t’a fait quoi ? »

« Rien. »

Daniel regarda autour de lui.

« Où est-elle ? »

Une voix répondit derrière nous.

« Ici. »

Je me retournai.

La femme des vidéos se tenait dans l’embrasure d’une seconde porte.

Sans lunettes.

Sans foulard.

Mon cœur manqua un battement.

Elle n’était pas ma mère.

Mais la ressemblance était plus forte encore en personne.

Même front.

Même yeux gris.

Même façon de tenir la tête légèrement inclinée avant de parler.

« Natalie. »

Je dus faire un effort pour ne pas reculer.

« Rebecca. »

Elle sourit.

« Ton père t’a donc finalement parlé de moi. »

Daniel se plaça légèrement devant moi.

« Restez où vous êtes. »

Elle lui accorda à peine un regard.

« Toujours fidèle, Daniel. Je suis presque émue. »

« Vous avez vingt secondes pour expliquer pourquoi Olivia Harrington est ici. »

Olivia recula derrière Andrew.

Rebecca haussa les épaules.

« Elle est venue volontairement. »

« Tu m’as menti », lança Olivia.

« J’ai omis certains détails. »

Andrew fit un pas.

« Approchez encore de ma sœur et— »

« Et quoi ? »

Rebecca le regarda avec curiosité.

« Vous ignorez toujours la moitié de ce qui se passe. »

Andrew ne répondit pas.

Elle sourit davantage.

« Ah. Natalie ne vous a donc pas tout raconté. »

Je coupai :

« Tu voulais me voir. Je suis là. »

Son attention revint sur moi.

« Tu lui ressembles beaucoup quand tu fais ça. »

« Ne parle pas de ma mère. »

« Pourquoi ? Parce que Richard t’a raconté que j’étais le monstre de son histoire ? »

« Tu as utilisé mon identité. »

« Non. »

« Le transfert vers Halcyon porte ma signature. »

« Une imitation. »

« Merci, je l’avais remarqué. »

« Mais pas réalisée par moi. »

Daniel observa son visage.

« Par qui ? »

Rebecca laissa passer un silence.

« Demandez à Eleanor Harrington. »

Andrew se raidit.

« Ma mère ? »

« Votre mère voulait sécuriser une partie de l’héritage potentiel de votre enfant. Elle a engagé quelqu’un pour enquêter sur Natalie. Cet enquêteur a trouvé Halcyon. »

« Qui ? »

« Un homme nommé Charles Voss. »

Daniel jura doucement.

Je connaissais ce nom.

« Voss travaillait avec maman. »

« Il travaillait avec tout le monde », répondit Rebecca.

« Et maintenant ? »

« Il travaille pour lui-même. »

Elle indiqua une table au fond.

Un ordinateur y était posé.

« Voss a découvert que l’ancienne structure Halcyon pouvait être réactivée. Eleanor lui a donné accès à l’infrastructure Harrington. Il lui a donné ce qu’elle voulait : des documents pour te faire signer. »

Andrew secoua la tête.

« Ma mère n’aurait jamais autorisé le vol de quatre-vingt-douze millions. »

« Non. »

Rebecca le regarda.

« Elle pensait déplacer quatre millions dans une fiducie familiale. »

Je compris.

« Voss a changé le montant. »

« Et le destinataire. »

« Halcyon. »

« Exactement. »

Daniel demanda :

« Pourquoi êtes-vous revenue ? »

Le sourire de Rebecca disparut.

« Parce que Halcyon m’appartient autant qu’à Marianne. »

« Halcyon a été dissoute. »

« Sur le papier. »

Elle regarda vers moi.

« Ta mère n’a jamais détruit le cœur de la structure. Elle l’a placé sous ton contrôle. »

Je sentis mon ventre se tendre.

« Je n’ai jamais contrôlé Halcyon. »

« Pas consciemment. »

« Arrête les énigmes. »

Elle avança d’un pas.

Daniel leva une main.

Elle s’immobilisa.

« L’enveloppe », dit-elle.

Je ne réagis pas.

« Marianne t’a laissé une enveloppe. »

« Tu as fouillé ma maison pour ça. »

« Oui. »

« Tu ne l’as pas trouvée. »

Son visage révéla enfin une frustration réelle.

« Non. »

« Pourquoi la veux-tu ? »

« Parce qu’elle contient l’autorité finale du Protocole Sept. »

Daniel tourna légèrement la tête vers moi.

Même lui ne le savait pas.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Rebecca répondit :

« Sept comptes. Sept entités. Sept détenteurs de clés. En cas de compromission, une personne devait pouvoir les réunir ou les détruire. »

« Ma mère ? »

« Au début. »

« Ensuite ? »

Elle me désigna.

« Toi. »

Je pensai à l’enveloppe.

Ne l’ouvre pas tant que ton père ne te demande pas de choisir.

« Choisir quoi ? »

Rebecca me regarda longuement.

« Qui tu crois. »

Je secouai la tête.

« C’est tout ? »

« Non. »

Elle s’approcha encore d’un demi-pas.

« Choisir qui mérite de garder ce que nous avons construit. »

Andrew murmura :

« Les quatre-vingt-douze millions ? »

Rebecca rit sans joie.

« Quatre-vingt-douze millions ne sont qu’une réserve. »

Mon ventre se serra de nouveau.

« Combien ? »

Elle ne répondit pas.

Daniel reçut soudain un message.

Son visage se durcit.

« Le transfert vient d’être modifié. »

« Comment ? »

Il me montra l’écran.

DESTINATAIRE FINAL MIS À JOUR.

Halcyon Strategic Holdings avait disparu.

À sa place figurait une nouvelle entité :

HALCYON STRATEGIC HOLDINGS — TRUST BÉNÉFICIAIRE NATALIE HALE.

Je regardai Rebecca.

« C’est toi ? »

« Non. »

Pour la première fois, elle sembla sincèrement alarmée.

Daniel appela Meridian.

« Richard, réponds. »

Aucune réponse.

Il rappela.

Toujours rien.

Rebecca traversa soudain la pièce.

Daniel lui barra le chemin.

« Laissez-moi voir. »

« Reculez. »

« Si le bénéficiaire a été modifié, Voss a trouvé la seconde couche. »

Je fixai l’écran.

Une ligne de validation apparut.

APPROBATION : R. HALE.

Mon père.

Je sentis ma gorge se serrer.

« Papa a approuvé ? »

Daniel secoua la tête.

« Pas volontairement. »

Un autre message arriva.

Puis un troisième.

Rebecca devint blanche.

« Non. »

« Quoi ? »

Elle me prit brutalement le téléphone des mains avant que Daniel l’arrête.

« Regardez la référence. »

Sous le transfert apparaissait une suite de caractères.

PS7-MH-1998.

Je connaissais MH.

Marianne Hale.

1998.

L’année de sa mort.

Rebecca me rendit lentement l’appareil.

« Ce n’est pas Voss. »

« Alors qui ? »

Elle me regarda.

« Marianne. »

Andrew fronça les sourcils.

« Sa mère est morte depuis vingt-huit ans. »

« Je sais. »

Rebecca recula jusqu’à la table.

« Elle avait préparé un transfert dormant. »

Daniel comprit.

« Un déclencheur. »

« Oui. Si quelqu’un réactivait Halcyon et utilisait l’identité de Natalie, le système suivait l’argent jusqu’au dernier bénéficiaire réel. »

Je regardai de nouveau l’écran.

Le bénéficiaire affiché était moi.

« Alors pourquoi mon nom ? »

Rebecca secoua la tête.

« Ce n’est pas le bénéficiaire réel. C’est un masque. »

Elle tapa rapidement sur le clavier.

Un écran sombre apparut.

CODE D’AUTHENTIFICATION REQUIS.

« L’enveloppe », murmura-t-elle.

Tout revenait à cette enveloppe.

« Elle est où ? » demanda Daniel.

Je regardai Andrew.

Puis Olivia.

Puis cette tante dont toute mon enfance avait été débarrassée comme on efface une ligne gênante d’un dossier.

« Pas chez moi. »

Rebecca se figea.

« Où ? »

« Dans un coffre à la banque. »

C’était vrai.

Après notre cambriolage deux ans plus tôt, j’avais déplacé la boîte la plus importante sans le dire à personne.

Même pas à Andrew.

Je vis sa réaction.

Encore un secret.

Mais cette fois il ne parla pas.

Daniel reçut enfin un appel.

La voix de Rebecca Shaw éclata dans son oreillette.

« Daniel, nous avons un problème. Richard a disparu. »

Je saisis son bras.

« Mon père ? »

« Sa voiture est encore au garage. Son téléphone est dans son bureau. »

Rebecca Hale ferma les yeux.

« Voss. »

Daniel demanda :

« Les caméras ? »

Une réponse étouffée.

Puis :

« Effacées sur neuf minutes. »

Je sentis mon sang se glacer.

« Il l’a pris ? »

Personne ne pouvait encore répondre.

L’ordinateur émit alors un signal.

Un document venait d’apparaître automatiquement.

Daniel le lut.

Il se pencha vers l’écran.

« Natalie. »

Je m’approchai.

Le document ressemblait à une confirmation de transaction.

Mais le transfert de quatre-vingt-douze millions avait disparu.

À la place :

MONTANT EN ATTENTE : 92 000 000 $.

STATUT : LEURRE CONFIRMÉ.

Une nouvelle ligne s’afficha.

EXPOSITION DU BÉNÉFICIAIRE RÉEL EN COURS.

Puis un nom.

CHARLES VOSS.

Andrew laissa échapper un souffle.

Mais immédiatement, une deuxième ligne apparut.

CO-BÉNÉFICIAIRE MASQUÉ.

Le système hésita plusieurs secondes.

Puis les lettres commencèrent à se former.

H.

A.

L.

E.

Je cessai de respirer.

Rebecca se pencha.

Le nom entier apparut.

RICHARD HALE.

Mon père.

Le silence devint total.

« Non », dis-je.

Daniel fixa l’écran.

« Ça peut être falsifié. »

Rebecca, elle, ne disait rien.

Je me tournai vers elle.

« Dis quelque chose. »

Son regard remonta vers moi.

Il n’y avait plus de défi dans ses yeux.

Seulement cette vieille peur que je venais déjà de voir sur le visage de mon père.

« Marianne avait raison », murmura-t-elle.

« À propos de quoi ? »

Elle regarda le nom affiché.

« Elle n’essayait pas de protéger Halcyon de moi. »

Mon cœur cogna une fois, violemment.

Rebecca poursuivit :

« Elle essayait de le protéger de Richard. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Le nom de Richard Hale apparaît au cœur du piège, et Natalie doit décider si elle peut encore croire son propre père

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