PARTIE 17 – Après l’arrêt brutal du transfert, Natalie découvre que son refus n’a pas détruit les archives mais réveillé une sauvegarde que personne ne connaissait

Pendant plusieurs secondes, le centre d’archives fut plongé dans une obscurité totale.

Je n’entendais plus que le souffle court de Marianne, le froissement des vêtements d’Andrew près de moi et un bourdonnement mécanique qui semblait venir de derrière les murs.

Puis les lumières de secours se rallumèrent.

Faibles.

Rouges.

La console resta noire.

Je tenais toujours la clé métallique dans ma main.

Elle était chaude.

Pas brûlante, mais suffisamment pour me faire comprendre que le module avait tiré une quantité inhabituelle de courant avant de s’éteindre.

Marianne fixait l’écran.

« Tu n’aurais pas dû faire ça. »

Je me tournai vers elle.

« Rebecca allait recevoir les archives. »

« Peut-être. »

« Pas peut-être. Trent venait de nous expliquer qui elle était. »

« Et maintenant, on ne sait même plus si les données existent. »

« Alors on vérifiera. »

« Comment ? »

« Sans me faire pointer une arme dessus et sans laisser quelqu’un d’autre choisir à ma place. »

Trent resta près de la console.

Son visage avait perdu toute arrogance.

« Elle a fait ce qu’il fallait. »

Marianne se tourna vers lui.

« Tu ne sais même pas ce qu’elle a interrompu. »

« Si. Une route compromise. »

« Et peut-être la seule copie encore intacte. »

Adrian s’approcha de sa mère.

« Maman. »

« Quoi ? »

« Arrête. »

Elle le regarda.

« Natalie n’est pas une technicienne. »

« Non. »

« Elle a agi sur une intuition. »

« Non. Elle a refusé de donner les archives à Rebecca. »

Andrew se plaça près de moi.

« Et je referais exactement la même chose. »

Marianne passa les mains sur son visage.

Sa fatigue devenait visible.

« Vous ne comprenez pas. Ces archives ne sont pas seulement des documents. Certaines clés sont liées à la séquence. Si la chaîne se casse au mauvais endroit, des pans entiers peuvent devenir illisibles. »

Daniel, qui vérifiait la porte verrouillée, répondit :

« Ça vaut mieux que de donner l’intégralité à la personne soupçonnée d’avoir fait tuer Thomas. »

Trent leva légèrement le menton.

« Soupçonnée ? »

Daniel le regarda.

« Tant que nous n’avons pas les journaux complets, oui. »

« Vous continuez à faire ça. »

« Quoi ? »

« Faire semblant que le doute professionnel est la même chose que l’absence de conclusion. »

Daniel ne répondit pas.

Je regardai Trent.

« Vous avez dit avoir découvert il y a six mois que Rebecca avait modifié l’ordre de Thomas. Quelle preuve ? »

Il resta silencieux.

« Vous voulez que je croie votre route C, votre version, votre repentance. Montrez-moi ce qui vous a convaincu. »

Trent regarda l’écran noir.

« Les journaux d’accès Northstar. »

« Où sont-ils ? »

« Dans la couche Sept. »

Je laissai échapper un rire bref.

« Évidemment. »

Adrian secoua la tête.

« Tout revient toujours à cette archive. »

« Parce que Marianne l’a construite pour contenir les choses que personne ne voulait voir », répondit Trent.

Ma mère le fixa.

« Je l’ai construite pour que personne, moi comprise, ne puisse effacer seul les preuves. »

« Et pourtant Richard a ajouté une seconde validation. »

« Oui. »

« Donc ton système parfait ne l’était pas. »

« Je n’ai jamais dit qu’il était parfait. »

Le bourdonnement mécanique changea de ton.

Daniel leva la tête.

« Vous entendez ? »

Adrian s’approcha du mur.

« Les unités secondaires. »

Marianne se redressa.

« Elles ne devraient pas être actives. »

Un petit panneau s’alluma à droite de la console principale.

Pas l’écran que nous regardions.

Un écran plus étroit, presque caché sous un rebord métallique.

Texte blanc.

MODE DE CONTINUITÉ D’URGENCE.

Adrian se pencha.

« Je n’ai jamais vu ça. »

Marianne non plus.

Je la regardai.

« Richard ? »

Elle secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Trent s’approcha.

« Ne touchez à rien. »

Cette fois, personne ne protesta.

L’écran déroula plusieurs lignes.

INTERRUPTION PHYSIQUE CONFIRMÉE.

ROUTE B INCOMPLÈTE.

INTÉGRITÉ PRIMAIRE : 81 %.

Je respirai.

Les archives existaient encore.

Puis une autre ligne apparut.

COPIE DE CONTINUITÉ LOCALISÉE.

Marianne fronça les sourcils.

« Quelle copie ? »

LOCALISATION : NODE M7.

STATUT : HORS RÉSEAU.

Adrian regarda sa mère.

« M7 ? »

Elle secoua la tête.

« Ce code n’est pas à moi. »

Trent murmura :

« Ni à Richard. »

Daniel se tourna vers lui.

« Comment vous le savez ? »

« Les codes Richard utilisaient RH. Marianne utilisait PS7. William utilisait WH. Voss utilisait CV. »

Andrew eut un sourire sans humour.

« Très discret. »

Trent ignora la remarque.

« M7 est autre chose. »

L’écran ajouta :

AUTORITÉ INITIALE : M.H.

Je sentis les regards se tourner vers Marianne.

Elle pâlit.

« Ce n’est pas moi. »

Je regardai les initiales.

M.H.

Marianne Hale.

« Ça dit pourtant— »

« Non. »

Elle s’approcha de l’écran.

« Je n’ai jamais créé de node M7. »

Daniel demanda :

« Qui pouvait utiliser vos initiales ? »

Marianne eut un regard vide.

« Trop de gens. »

Puis une date apparut.

CRÉATION : 21 OCTOBRE 1998.

Quatre jours après la vidéo où ma mère était encore vivante.

Trois jours après les transferts vers Richard Harrington.

Une semaine avant que la première phase d’Halcyon ne soit officiellement démantelée.

Je regardai Marianne.

« Tu étais où le 21 octobre ? »

« Dans une maison sécurisée à Albany. »

« Seule ? »

Elle hésita.

« Avec Voss. »

Andrew souffla.

« Bien sûr. »

Adrian demanda :

« Papa a créé ça ? »

Trent secoua la tête.

« Charles n’utilisait pas M.H. »

« Il aurait pu. »

« Il aurait préféré signer mon nom plutôt que le sien, mais il n’aurait pas utilisé celui de Marianne sans raison. »

Je regardai l’écran.

Le node M7 était hors réseau.

Donc inaccessible à distance.

Peut-être volontairement.

« Comment on trouve l’endroit ? »

Adrian fit défiler les informations.

Aucune adresse.

Seulement un identifiant matériel.

M7-ORPHEUS-01.

Marianne s’arrêta net.

Je le vis.

« Tu connais Orpheus. »

Elle ne répondit pas immédiatement.

« Maman. »

Adrian insista.

Elle ferma les yeux.

« Orpheus était un nom que Thomas utilisait. »

Andrew se tourna.

« Mon père ? »

« Oui. »

« Pour quoi ? »

« Un projet de sauvegarde hors ligne. »

Trent la fixa.

« Tu ne m’en as jamais parlé. »

« Parce que Thomas n’avait pas fini. »

Andrew fit un pas vers l’écran.

« Donc M7 pourrait venir de lui. »

Marianne secoua la tête.

« Thomas est mort avant le 21 octobre. »

« Mais il a pu préparer le système avant. »

« Oui. »

Adrian demanda :

« Qui l’a activé après sa mort ? »

Personne ne répondit.

La porte de sécurité émit un déclic.

Daniel se retourna.

Le verrou s’ouvrit.

Sans intervention.

« Quelqu’un vient de lever le confinement. »

Trent reprit instinctivement un pas vers son arme.

Daniel la pointa vers lui.

« Mauvaise idée. »

Trent leva les mains.

« Je pensais seulement que si quelqu’un ouvre la porte à distance, nous avons un problème. »

Andrew regarda le couloir.

« Ou un moyen de sortir. »

Daniel passa le premier.

Le couloir était vide.

Nous rejoignîmes l’escalier.

Aucune trace des hommes que Trent avait annoncés.

« Vos gens ? » demanda Daniel.

Trent sortit dans la cour.

Deux véhicules avaient disparu.

Il jura.

« Ils sont partis. »

« Pourquoi ? »

« Je ne sais pas. »

Son téléphone retrouva le réseau.

Vingt-sept appels manqués.

Adrian en avait douze.

Moi, neuf.

Marianne regarda son écran.

Un seul message.

Elle pâlit.

« Quoi ? »

Elle me montra.

CHARLES : NE FAITES CONFIANCE À PERSONNE QUI CONNAÎT ORPHEUS.

Andrew demanda :

« Ça inclut qui ? »

Marianne répondit :

« Moi. Richard. Charles. Thomas. »

« Thomas est mort. »

« Oui. »

Trent lut par-dessus son épaule.

« Et Rebecca ? »

Marianne se figea.

« Elle connaissait probablement le mot. »

Daniel reçut alors un appel.

Il s’éloigna de quelques mètres.

Son visage se ferma au fur et à mesure.

« Quand ? »

Silence.

« Qui était avec elle ? »

Il nous regarda.

« D’accord. Ne touchez à rien. »

Il raccrocha.

« Rebecca Shaw a quitté Meridian. »

Je ne fus même pas surprise.

« Comment ? »

« Elle a dit qu’elle se rendait dans une salle d’archives pour vérifier un ancien contrat. Elle n’est jamais revenue. »

Trent eut un rire sombre.

« Évidemment. »

Daniel poursuivit :

« Son badge a été retrouvé dans un ascenseur de service. »

« Téléphone ? »

« Dans son bureau. »

Marianne murmura :

« Elle sait qu’on sait. »

Andrew regarda Trent.

« Ou vous l’avez prévenue. »

Trent se tourna brusquement.

« Pourquoi je ferais ça ? »

« Vous avez travaillé avec elle avant. Avec tout le monde, apparemment. »

« Je n’ai pas parlé à Rebecca depuis douze ans. »

« Et on est censés vous croire ? »

Daniel leva une main.

« Pas maintenant. »

Mon téléphone vibra.

Message de mon père.

OÙ ÊTES-VOUS ?

Je tapai :

Centre d’archives. On a interrompu B.

Sa réponse arriva immédiatement.

DIEU MERCI.

Je fixai les mots.

Puis :

REBECCA A DISPARU.

Je répondis :

On sait. Tu connais M7 ?

Long silence.

Trois points apparurent.

Disparurent.

Revinrent.

Enfin :

QUI T’A PARLÉ DE M7 ?

Je regardai Marianne.

Elle lisait par-dessus mon épaule.

« Il connaît. »

Je tapai :

Le système. Node M7, Orpheus.

Cette fois, mon père appela.

Je décrochai.

« Natalie, ne cherche pas ce node. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’Orpheus n’était pas une sauvegarde ordinaire. »

Andrew se rapprocha.

« C’était quoi ? »

Mon père comprit qu’il était sur haut-parleur.

« Thomas avait conçu un mécanisme de révélation inversée. »

Trent fronça les sourcils.

« Explique. »

« Au lieu d’envoyer les archives, Orpheus enregistrait qui essayait d’y accéder, puis construisait une chaîne des personnes impliquées. »

Je regardai l’écran derrière nous.

« Un piège. »

« Oui. »

« Pour qui ? »

« Pour le commanditaire réel. »

Andrew murmura :

« De sa propre mort ? »

Mon père resta silencieux.

Puis :

« Thomas craignait d’être tué. »

La phrase sembla geler tout le monde.

« Il savait ? »

« Il savait qu’il était en danger. Il ne savait pas de qui. »

« Et Orpheus devait révéler celui qui viendrait chercher les preuves après sa mort. »

« Oui. »

Trent demanda :

« Pourquoi M7 ? »

Mon père répondit :

« Marianne Sept. »

Nous regardâmes ma mère.

Elle secoua la tête.

« Je n’ai jamais entendu ça. »

« Thomas appelait le protocole original Marianne Seven quand il travaillait seul. »

Andrew regarda l’écran.

« Donc M7 est peut-être son propre système. »

« Oui. »

Je demandai :

« Où ? »

Mon père resta silencieux.

« Papa. »

« Il existe un ancien site Northstar dans les Catskills. »

Marianne se redressa.

« Falcon Ridge. »

« Oui. »

Trent devint pâle.

« Il est fermé depuis 2003. »

« Officiellement. »

« Qui y a accès ? »

Mon père répondit :

« À l’époque, quatre personnes. Thomas. Marianne. William. Et… »

Silence.

« Et qui ? »

Il soupira.

« Rebecca Whitmore. »

Rebecca Shaw.

Andrew se tourna vers moi.

« Donc si elle vient de disparaître juste après qu’on a réveillé M7… »

Je terminai :

« Elle sait exactement où aller. »

Daniel ouvrit la portière de son véhicule.

« Alors on part. »

Marianne resta immobile.

« Non. »

Je la regardai.

« Quoi ? »

« Si Orpheus est intact, et si Rebecca comprend qu’il peut prouver ce qu’elle a fait, elle ne va pas seulement essayer de le détruire. »

« Elle fera quoi ? »

Ma mère regarda Trent.

Il comprit avant moi.

« Elle va chercher quelqu’un à qui faire porter toute la chaîne. »

Andrew murmura :

« Un bouc émissaire. »

Marianne hocha la tête.

« Et elle en a déjà un parfait. »

Tous les regards se tournèrent vers Trent.

Il resta silencieux.

Puis son téléphone vibra.

Un message inconnu.

Une photographie.

Charles Voss.

Attaché à une chaise.

Visage ensanglanté.

En dessous :

FALCON RIDGE. UNE HEURE.

VIENS SEUL, ELIAS.

OU CHARLES MEURT AVEC LA VÉRITÉ.

Trent leva les yeux.

« Elle veut moi. »

Je pris une inspiration.

« Non. »

Je regardai l’image de Voss.

« Elle veut que tout le monde croie que c’était vous. »


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