PARTIE 14 – Face à sa mère revenue d’entre les morts, Natalie obtient enfin une explication, mais découvre que Marianne a encore dissimulé une clé essentielle

Ma mère descendit la dernière marche sans venir vers moi.

Ce détail compta.

Elle ne tenta pas de m’embrasser.

Ne tendit pas les bras.

Ne prononça pas mon prénom une deuxième fois comme si l’émotion suffisait à combler vingt-huit années.

Elle resta à quelques mètres.

« Tu as le droit de me poser cette question. »

Je sentis ma gorge se serrer.

« J’ai le droit à beaucoup plus qu’une question. »

« Oui. »

Sa voix était plus faible que dans les vidéos.

Mais la manière de parler n’avait pas changé.

Chaque mot choisi.

Aucun gaspillage.

« Pourquoi tu ne m’as jamais choisie ? »

Elle baissa la tête.

« Parce que pendant longtemps, j’ai confondu te protéger avec décider à ta place. »

Je ris sans joie.

« Ça semble être une maladie familiale. »

Son regard passa brièvement sur Andrew.

Puis revint vers moi.

« Oui. »

Je ne savais pas quoi faire de sa présence.

Une part primitive de moi voulait franchir la distance.

Vérifier qu’elle était réelle.

Sentir sa peau.

Reconnaître son odeur.

Une autre part voulait partir avant qu’elle puisse réécrire mon passé avec une voix douce.

« Tu m’as regardée croire que tu étais morte. »

« Pas directement. »

« Tu savais. »

« Oui. »

« Tu savais que j’allais au cimetière. »

Elle ferma les yeux.

« Oui. »

Je sentis ma colère monter.

« Alors ne me parle pas de protection comme d’un concept abstrait. J’avais dix-neuf ans. Je pensais que ma mère était sous une pierre. »

Marianne pâlit.

Adrian fit un mouvement.

Elle leva une main.

« Non. Elle a besoin de dire ça. »

Je le regardai.

« Je n’ai pas besoin de ta permission. »

« Je sais. »

Ma mère s’approcha d’une chaise et s’assit.

Son mouvement était prudent.

Trop prudent.

Adrian lui posa presque une main dans le dos.

Elle le repoussa doucement.

Je compris alors qu’il avait dit vrai.

Elle était malade.

« Qu’est-ce que tu as ? »

Elle me regarda.

« Un cancer du pancréas. »

La phrase tomba calmement.

Andrew inspira derrière moi.

Je restai figée.

« Depuis quand ? »

« Diagnostiqué il y a huit mois. »

« Traitement ? »

« Oui. »

« Ça marche ? »

Marianne eut un léger sourire.

« Pas suffisamment. »

Je détestai immédiatement le chagrin qui surgit en moi.

Il me semblait injuste.

Elle venait de revenir.

Je n’avais pas encore décidé si je pouvais lui pardonner quoi que ce soit.

Et déjà le temps voulait reprendre ce qu’il m’avait rendu.

« Combien ? »

Elle comprit.

« Les médecins disent quelques mois. Peut-être davantage. »

Je détournai le regard.

Andrew posa sa main contre mon bras.

Cette fois, je la laissai.

« C’est pour ça que tu as lancé tout ça maintenant ? »

« En partie. »

« Le transfert ? »

« Charles. »

« Avec ton accord ? »

Silence.

« Marianne. »

« Oui. »

Andrew se raidit.

« Vous avez approuvé l’utilisation de ma signature ? »

Elle regarda Andrew.

« Non. J’ai approuvé le déclenchement du protocole. Charles a choisi les moyens. »

« C’est une distinction confortable. »

« Pas pour moi. »

« Vous saviez ce qu’il ferait ? »

« Je savais qu’il provoquerait une anomalie financière assez importante pour réveiller Halcyon. Je ne savais pas qu’il utiliserait votre identité. »

Andrew eut un rire bref.

« Donc vous avez confié une allumette à un homme dont vous savez qu’il aime les incendies et vous êtes surprise de voir de la fumée. »

Marianne encaissa.

« C’est juste. »

Je la regardai.

« Où est Voss ? »

« Je ne sais pas. »

Adrian confirma :

« Il a coupé le contact après avoir envoyé votre adresse. »

« Pourquoi ? »

Marianne répondit :

« Parce qu’il pense que quelqu’un suit ses communications. »

« Trent ? »

« Peut-être. »

« Mon grand-père est mort. Trent exécute. Qui reste ? »

Ma mère me regarda.

« C’est la question que j’essaie de résoudre depuis trente ans. »

Je soupirai.

« Tu veux sérieusement me dire qu’après tout ça, vous ne savez toujours pas qui contrôlait réellement Northstar ? »

« William contrôlait l’argent. Trent contrôlait certaines opérations. Charles avait accès aux systèmes. Richard pouvait autoriser des protections. Moi aussi. »

« Et Rebecca ? »

« Elle avait des accès limités. »

« Donc tout le monde pouvait presque tout faire et personne ne savait qui faisait quoi. »

« C’était précisément le problème. »

Je marchai jusqu’à la fenêtre.

La pluie ruisselait sur le verre.

« Thomas a été tué avec une autorisation copiée depuis le bureau de William. »

« Oui. »

« Tu crois qu’il l’a fait ? »

« Je l’ai cru longtemps. »

Je me retournai.

« Et maintenant ? »

« Maintenant je crois qu’il a couvert le meurtre après coup, mais qu’il ne l’a pas ordonné. »

Andrew releva la tête.

« Sur quoi vous basez ça ? »

Marianne croisa les mains.

« William était brutal. Mais Thomas lui était utile. Il essayait encore de récupérer certaines preuves. Sa mort a créé exactement le type de chaos que William détestait. »

« Alors qui ? »

« Quelqu’un qui avait besoin que Thomas disparaisse avant qu’il ne parle. »

Andrew répondit froidement :

« Ça réduit beaucoup moins la liste que vous semblez le penser. »

Marianne hocha la tête.

« Oui. »

Je revins vers elle.

« Pourquoi Adrian ? Pourquoi le cacher ? »

Son visage changea.

La femme qui parlait de systèmes disparut.

Il resta une mère.

« Quand j’ai appris que j’étais enceinte, j’étais déjà recherchée par au moins deux groupes. Richard pensait que j’étais morte. William commençait à soupçonner le contraire. Charles essayait de m’aider mais je ne lui faisais pas entièrement confiance. »

Adrian regarda le sol.

Il connaissait manifestement cette histoire.

« Tu ne savais pas qui était son père. »

« Non. »

« Richard ou Voss. »

« Oui. »

Je serrai la mâchoire.

« Quand as-tu su ? »

« Quand Adrian avait quatre ans. »

« Test ADN ? »

« Oui. »

« Et tu as dit à Charles ? »

« Non. »

Adrian leva les yeux.

« Elle ne lui a dit qu’à mes quinze ans. »

Je le regardai.

« Et lui ? »

« Il a disparu pendant deux jours. Puis il est revenu avec une pile de dossiers sur Thomas. »

« Pourquoi Thomas ? »

Adrian eut un rire amer.

« Parce qu’il m’a dit qu’avant de savoir que j’étais son fils, il me regardait comme une complication. Après, il a décidé que j’étais peut-être sa dernière chance de réparer ce qu’il n’avait pas réussi à réparer pour son frère. »

Andrew secoua la tête.

« Il a une manière très saine d’exprimer son affection. »

« Personne ici n’a l’air particulièrement qualifié sur le sujet. »

Andrew ne put s’empêcher de sourire.

Une seconde seulement.

Puis le poids de la pièce revint.

Je m’assis face à Marianne.

« Pourquoi empêcher Adrian de me contacter ? »

Elle ne chercha pas à nier.

« Parce que chaque fois qu’il essayait, quelqu’un détectait le mouvement. »

« Daniel ? »

« Daniel interceptait après ma demande. Mais avant ça, une tentative d’Adrian avait provoqué une surveillance autour de ton appartement. »

« Qui surveillait ? »

« Northstar ou ce qu’il en restait. »

« Et tu as décidé que la solution était de me laisser croire que vous étiez tous morts ou inexistants. »

« Oui. »

« C’était lâche. »

Elle prit la phrase.

« Oui. »

Je détestais qu’elle soit aussi prête à reconnaître ses fautes.

J’aurais préféré une défense plus facile à combattre.

« Est-ce que papa savait où tu étais ? »

« Par intermittence. »

« Ça veut dire quoi ? »

« Nous nous sommes revus quatre fois après ma disparition. »

Mon cœur se contracta.

« Quatre. »

« Oui. »

« La dernière fois quand ? »

« Il y a quinze ans. »

« Quand il a vu la photo d’Adrian. »

« Oui. »

« Il t’a vue aussi ? »

« Oui. »

Encore un mensonge de mon père.

Je fermai les yeux.

« Vous êtes incroyables. »

Marianne baissa la tête.

« Je sais. »

Andrew intervint.

« Pourquoi Richard n’a-t-il jamais révélé que vous étiez vivante ? »

« Parce que je lui ai montré ce qui arrivait chaque fois qu’une personne approchait trop près du système. »

« Thomas. »

« Entre autres. »

« Donc vous avez utilisé sa peur pour Natalie afin d’obtenir son silence. »

Marianne regarda Andrew.

« Oui. »

Je sentis presque Andrew hésiter entre colère et respect pour la franchise.

« Est-ce qu’il t’aime encore ? » demandai-je.

La question sortit avant que je puisse la retenir.

Marianne me regarda longtemps.

« Oui. »

« Et toi ? »

Elle répondit après un silence.

« Une partie de moi n’a jamais cessé. »

Adrian détourna le regard.

Je pensai à Voss.

« Et Charles ? »

« C’est différent. »

« Facile. »

« Non. »

Elle soupira.

« Charles a été mon ami avant d’être mon amant. Puis mon ennemi. Puis mon allié. Puis le père de mon fils. Il a passé sa vie à transformer ses blessures en missions. »

« Et toi ? »

« Moi, j’ai transformé ma peur en systèmes. »

Je regardai autour de nous.

« Et ça a mieux fonctionné ? »

« Non. »

Enfin une réponse simple.

Andrew demanda :

« Le Protocole Sept. Que se passe-t-il maintenant ? »

Marianne se redressa légèrement.

« Il est presque entièrement réveillé. »

« Presque ? »

« Six couches sur sept. »

« La septième ? »

Elle regarda ma main.

« La clé métallique. »

Je sentis ma poche.

Je l’avais apportée.

Daniel avait insisté pour qu’elle reste sur moi.

« Qu’est-ce qu’elle ouvre ? »

« Pas une porte. »

« Alors quoi ? »

« Un module matériel. »

« Où ? »

« Hale Archive Center. »

Je connaissais le nom.

Un ancien centre de conservation de documents fermé depuis des années.

« Et si on l’utilise ? »

« L’intégralité des archives se déverrouille. »

Andrew demanda :

« Et devient accessible à qui ? »

« À plusieurs destinataires prédéfinis. »

« Police ? »

« Autorités fédérales, journalistes, cabinets indépendants, plusieurs universités. »

« Donc tout sort. »

« Oui. »

Je fixai ma mère.

« Tout ? Même ce qui t’incrimine ? »

« Oui. »

« Papa ? »

« Oui. »

« Voss ? »

« Oui. »

« Rebecca ? »

« Oui. »

« Richard Harrington ? »

Elle hocha lentement la tête.

« S’il apparaît dans les archives, oui. »

Andrew ne bougea pas.

Je compris alors ce que cela signifiait.

Utiliser la clé pouvait détruire plusieurs personnes que nous aimions.

Pas seulement les coupables.

Des gens qui avaient couvert.

Accepté de l’argent.

Mentis.

Obéi.

« C’est ça, le choix. »

Marianne me regarda.

« Oui. »

La lettre.

Ne choisis pas un nom.

Choisis ce que tu peux prouver.

« Pourquoi moi ? »

« Parce que j’ai fini par comprendre que je n’étais plus capable de prendre cette décision proprement. »

« Et papa ? »

« Non plus. »

« Charles ? »

« Jamais. »

Adrian eut un sourire sec.

« Elle est très cohérente sur ce point. »

Je sortis la clé.

Petite.

Lourde.

Presque banale.

« Donc j’appuie sur un bouton et trente ans de secrets explosent. »

« Pas exactement. »

Marianne tendit la main.

Je ne lui donnai pas la clé.

Elle retira sa main.

« Le module exige aussi une confirmation biométrique. »

« De qui ? »

« Toi. »

Je fronçai les sourcils.

« Comment un système de 1998 utilise ma biométrie actuelle ? »

« Mise à jour secondaire. »

Je tournai la tête.

« Qui l’a mise à jour ? »

Silence.

Adrian regarda Marianne.

Elle ferma les yeux.

Je sentis immédiatement le problème.

« Qui ? »

« Richard. »

« Mon père a accès au module ? »

« Il en avait. »

« Tu m’as dit que la décision finale était à moi. »

« Elle l’est. »

« Alors pourquoi papa a-t-il mis à jour ma biométrie ? »

Marianne répondit plus bas :

« Parce qu’il a remplacé une partie du système il y a neuf ans. »

Je me levai.

« Sans ton accord ? »

« Oui. »

« Donc il peut avoir modifié autre chose. »

« C’est possible. »

« Et tu me laisses marcher vers un module dont tu ne contrôles plus entièrement le fonctionnement ? »

« C’est pour ça que je voulais te voir avant. »

Andrew demanda :

« Qu’est-ce que Richard aurait pu changer ? »

Marianne regarda la clé.

« La destination des archives. »

Un silence lourd.

« Il pourrait les effacer ? »

« Peut-être. »

« Ou les rediriger ? »

« Oui. »

« Vers lui ? »

« Oui. »

Adrian se leva.

« C’est ce qu’on essaie de vérifier depuis huit mois. »

Je regardai ma mère.

« Et c’est pour ça que tu as besoin de moi. »

« Oui. »

La blessure revint.

« Pas seulement parce que tu vas mourir. »

Elle ne répondit pas.

« Tu m’as fait venir parce que tu as besoin de mon empreinte, de mon visage ou de je ne sais quelle validation. »

« Natalie— »

« Est-ce que tu serais venue me voir si tu n’avais pas besoin de moi pour ouvrir ce système ? »

Le silence dura trop longtemps.

Voilà.

Ma gorge se serra.

Andrew fit un pas vers moi.

Je levai une main.

« Non. »

Marianne se leva aussi.

« La réponse est oui. »

« Tu as hésité. »

« Parce que la réponse honnête est que je ne sais pas quand j’aurais trouvé le courage. »

« Voilà enfin quelque chose que je crois. »

Elle encaissa.

Un téléphone sonna.

Pas le mien.

Celui d’Adrian.

Il regarda l’écran.

« Charles. »

Andrew se rapprocha.

« Répondez. »

Adrian décrocha.

« Oui. »

Il écouta.

Son visage changea.

« Où ? »

Puis :

« Non. Ne touche à rien. »

Il raccrocha.

Marianne se leva brusquement.

« Quoi ? »

Adrian nous regarda.

« Le module a été activé. »

Je sortis la clé de ma poche.

« Impossible. Elle est ici. »

« La clé physique, oui. »

« Alors comment ? »

« Quelqu’un a lancé le processus à distance. »

Marianne pâlit.

« Richard. »

Je pensai à mon père.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Adrian regarda sa montre.

« Que nous avons quatre-vingt-dix minutes avant que le système choisisse automatiquement sa route secondaire. »

« Et cette route va où ? »

Il regarda Marianne.

Elle répondit :

« On ne sait plus. »

Mon téléphone vibra.

Un message de mon père.

N’UTILISE PAS LA CLÉ.

Je le montrai à Marianne.

Un second arriva.

TA MÈRE NE T’A PAS DIT CE QU’ELLE A MIS DANS LA SEPTIÈME ARCHIVE.

Je levai les yeux.

Marianne ne bougea pas.

« Qu’est-ce qu’il y a dans la septième archive ? »

Elle resta silencieuse.

« Maman. »

Son visage se vida.

« La preuve de ce que j’ai fait après la mort de Thomas. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : La septième archive révèle la faute que Marianne a cachée à ses deux enfants, tandis que Richard tente de détourner le protocole avant l’échéance

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *