PARTIE 8 – Eleanor avoue pourquoi elle a cherché le passé de Natalie, mais une ancienne photographie révèle le véritable lien entre les deux familles

Richard Harrington ne fut pas touché au poumon.

La balle avait traversé le haut de son épaule.

Daniel insista pourtant pour que l’ambulance l’emporte sous protection.

Andrew monta avec lui.

Avant que les portes se ferment, il me regarda.

« Tu viens ? »

J’hésitai.

Daniel venait de recevoir un appel.

Quelque chose dans son expression me dit que nous n’avions pas fini.

« Je vous rejoins. »

Andrew comprit.

Il hocha la tête.

L’ambulance partit.

Je restai devant le hangar avec Daniel.

Les gyrophares découpaient les murs en rouge et blanc.

« Quoi ? »

Il me montra son téléphone.

Un véhicule correspondant au SUV avait été retrouvé brûlé à huit kilomètres.

Vide.

« Plaques ? »

« Volées. »

« Donc rien. »

« Pas rien. »

Il agrandit une photo.

Sur le siège arrière calciné, les agents avaient trouvé un objet métallique.

Un insigne.

Le logo Hale International.

Ancien modèle.

« Ça peut avoir été placé volontairement. »

« Oui. »

« Tu penses à Voss ? »

« Oui. »

« Et Rebecca ? »

« Aussi. »

Je soupirai.

« Très utile. »

Daniel rangea son téléphone.

« Dans les enquêtes sérieuses, on évite de choisir un suspect parce qu’il simplifie l’histoire. »

Je pensais à ma mère.

Choisis ce que tu peux prouver.

« Eleanor savait qu’on venait ici. »

« Richard dit qu’il lui a parlé avant de partir. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’ils sont mariés depuis trente-sept ans. »

« Ça n’a pas empêché beaucoup de secrets. »

« Non. »

Je regardai le hangar.

« Je veux lui parler. »

« À Eleanor ? »

« Maintenant. »

« Andrew ne sera pas content. »

« Andrew n’est pas obligé de l’être. »

Daniel me regarda un instant.

« Vous commencez à ressembler à votre mère. »

Je n’aimai pas la phrase.

« Ne dis pas ça comme si tu savais qui elle était. »

Il acquiesça.

« Juste. »

Nous repartîmes vers la maison Harrington.

Eleanor n’avait pas quitté le salon.

Quand j’entrai, elle était debout près de la cheminée, encore vêtue de la robe qu’elle portait au dîner.

Le seau avait disparu.

La trace d’eau sur le parquet, elle, restait visible.

Elle regarda derrière moi.

« Où est Andrew ? »

« À l’hôpital avec Richard. »

Son visage se vida.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« On lui a tiré dessus. »

Elle porta une main à sa bouche.

« Non. »

« Il est vivant. »

Ses jambes semblèrent lâcher.

Elle s’assit.

Pendant quelques secondes, je vis autre chose que la femme qui m’avait humiliée devant une table entière.

Je vis une épouse terrifiée.

Puis Daniel entra.

Eleanor releva la tête.

« Vous. »

« Mme Harrington. »

« Sortez de ma maison. »

« Pas avant que vous répondiez à quelques questions. »

Elle se tourna vers moi.

« Tu as amené cet homme ici après ce qui est arrivé à Richard ? »

Je m’approchai.

« Richard a dit que vous étiez la seule personne à savoir qu’il allait au hangar. »

Son visage changea.

« Je n’ai parlé à personne. »

« Vous avez engagé Charles Voss. »

Silence.

« Je ne connais personne de ce nom. »

Je sortis le dossier humide du dîner, maintenant placé dans une pochette transparente.

« Ce document a été préparé par quelqu’un qui avait accès à Halcyon. »

« Je ne sais pas ce que c’est. »

« Vous avez demandé à Olivia de me faire signer avant que la fenêtre se referme. »

« Je n’ai jamais demandé à Olivia— »

« Elle vous a entendue. »

Eleanor s’arrêta.

Je poursuivis :

« Vous avez engagé quelqu’un pour enquêter sur moi. »

Ses yeux devinrent plus froids.

« Oui. »

Au moins, cela.

« Pourquoi ? »

« Parce que mon fils allait avoir un enfant avec une femme dont personne ne savait rien. »

« Andrew savait ce que je lui avais dit. »

« Justement. »

Je serrai les dents.

« Continuez. »

Eleanor se leva.

« Tu apparais dans notre vie. Élégante, polie, sans véritable passé professionnel vérifiable avant vingt-cinq ans. Ton père prétend être un consultant presque retraité. Tes comptes sont privés. Tes biens passent par des structures obscures. »

« Donc vous avez fouillé. »

« Oui. »

« Et vous avez trouvé Halcyon. »

« L’enquêteur a trouvé un nom. Pas plus. »

Daniel demanda :

« Comment s’appelait cet enquêteur ? »

Eleanor hésita.

« Charles Voss. »

Je la fixai.

« Vous venez de dire que vous ne le connaissiez pas. »

« Je ne connaissais pas son vrai nom. »

« Quel nom vous a-t-il donné ? »

« Victor Shaw. »

Daniel et moi échangeâmes un regard.

Shaw.

Le nom de Rebecca Shaw.

« Comment l’avez-vous trouvé ? »

« Une recommandation. »

« De qui ? »

Elle se tut.

« Eleanor. »

« D’un ancien associé de Richard. »

« Nom ? »

« Peter Lang. »

Daniel sortit son téléphone.

« Peter Lang est mort en 2021. »

Eleanor pâlit.

« Je sais. La recommandation datait d’avant. »

« Vous aviez gardé son contact ? »

« Oui. »

Daniel demanda :

« Et Voss vous a appelée quand ? »

« Il y a presque un an. »

Andrew avait reçu sa clé numérique quatorze mois plus tôt.

Je sentis le puzzle se refermer.

« Avant que vous commenciez à me pousser à signer des documents. »

« Il m’avait dit que vous aviez accès à des fonds qui pourraient un jour être réclamés au nom du bébé. »

« Faux. »

« Je le sais maintenant. »

« Mais vous lui avez donné accès au Family Office. »

Elle regarda le sol.

« Oui. »

« Aux dossiers d’Andrew. »

« Seulement pour vérifier ses protections juridiques. »

« Sa voix ? »

Elle blêmit davantage.

« Nous enregistrons certains appels professionnels. »

Daniel se tourna vers moi.

« Voilà l’échantillon biométrique. »

Je fermai les yeux.

Eleanor avait ouvert la porte.

Voss avait fait le reste.

« Et l’adresse IP utilisée pour ma fausse signature ? »

Elle murmura :

« Il travaillait parfois depuis un bureau secondaire de la société. »

« Vous lui avez donc donné tout ce dont il avait besoin. »

« Je ne savais pas. »

Je la regardai.

« Vous m’avez jeté de l’eau glacée dessus parce que je refusais de signer quelque chose construit par un homme que vous aviez laissé entrer dans vos systèmes. »

Elle encaissa.

« Oui. »

Aucune excuse.

Pas encore.

Daniel demanda :

« À qui avez-vous dit que Richard allait au hangar ? »

« À personne. »

« Téléphone. »

« Pardon ? »

« Donnez-moi votre téléphone. »

« Certainement pas. »

Je tendis la main.

« Eleanor. »

Elle me regarda.

Je ne retirai pas ma main.

Finalement, elle posa l’appareil dedans.

Daniel l’inspecta.

« Un message supprimé à 22 h 41. »

Eleanor fronça les sourcils.

« J’ai supprimé plusieurs choses. »

« Celui-ci a été supprimé à distance. »

Il ouvrit un journal technique.

« Destinataire masqué. »

Eleanor se rapprocha.

« Je n’ai envoyé aucun message. »

Daniel regarda l’heure.

« Richard vous avait déjà dit où il allait ? »

« Oui. »

« Vous l’avez dit à voix haute ? »

« Nous étions seuls. »

« Votre téléphone était dans la pièce ? »

Elle fixa l’appareil.

« Oui. »

Daniel hocha la tête.

« Compromis. »

Elle s’assit.

Pour la première fois, je vis sa certitude s’effondrer.

« Donc quelqu’un nous écoute depuis quand ? »

« Peut-être des mois. »

Elle me regarda.

« Natalie… »

« Ne vous excusez pas maintenant. »

Elle se tut.

« Aidez-nous plutôt. »

« Comment ? »

« Tout ce que Voss vous a donné. Messages, contrats, notes, numéros. Tout. »

« Il existe un coffre dans le bureau de Richard. »

Daniel leva les yeux.

« Pourquoi là ? »

« Parce que Richard refusait que je garde des documents liés à Natalie dans le Family Office. »

Je fronçai les sourcils.

« Il savait ? »

« Pas tout. Mais il savait que j’enquêtais. »

« Il ne vous a pas arrêtée ? »

« Il m’a dit de laisser le passé Hale tranquille. »

« Pourquoi avez-vous continué ? »

Elle me regarda avec une honnêteté désagréable.

« Parce que je croyais qu’il vous protégeait. »

« Moi ? »

« Ou votre père. Je ne savais pas. Mais Richard avait peur dès que je prononçais le nom Hale. »

Nous montâmes dans le bureau.

Le coffre était dissimulé derrière une bibliothèque.

Eleanor entra le code.

À l’intérieur : dossiers, passeports anciens, deux montres.

Puis une enveloppe portant mon nom.

Je la regardai.

« C’est quoi ? »

Eleanor secoua la tête.

« Je ne l’ai jamais vue. »

Daniel la prit avec des gants.

Aucune fermeture de sécurité.

Il me la tendit.

À l’intérieur, une photographie.

Vieille.

Un dîner.

Cinq personnes autour d’une table.

Ma mère.

Mon père.

Rebecca.

Richard Harrington.

Et Eleanor.

Je levai les yeux.

« Vous la connaissiez. »

Eleanor resta figée.

« Non. »

« Vous êtes sur la photo. »

Elle prit l’image.

Sa main se mit à trembler.

« Je… »

Elle s’assit.

« Où est-ce que ça a été pris ? »

« Vous me le dites. »

Elle approcha la photo de la lampe.

« Je ne me souvenais pas de cette soirée. »

Daniel demanda :

« Date ? »

Au dos, une inscription.

MAI 1997 — HARBOR HOUSE.

Eleanor ferma les yeux.

« Harbor House. »

« Qu’est-ce que c’était ? »

« Une propriété que Richard utilisait pour des réunions privées. »

« Vous connaissiez Marianne Hale. »

« Pas sous ce nom. »

Je sentis mon cœur accélérer.

« Sous quel nom ? »

Elle regarda la photo.

« Mary Hall. »

Andrew m’avait raconté une fois que sa mère évoquait rarement les années avant la naissance d’Olivia.

« Qu’est-ce qu’elle faisait là ? »

« Elle travaillait avec Richard sur un projet financier. Je l’ai vue deux ou trois fois. »

« Et Rebecca ? »

Eleanor désigna ma tante.

« Elle se présentait comme Rachel. »

Daniel expira.

« Elles utilisaient des identités de couverture. »

Je regardai mon père sur la photographie.

« Et Richard Hale ? »

« David Martin. »

Tout le monde utilisait de faux noms.

Tout le monde sauf Richard Harrington.

« Pourquoi votre mari était-il le seul avec son vrai nom ? »

Eleanor resta silencieuse.

Puis :

« Parce que Harbor House lui appartenait. »

Daniel retourna la photographie.

Un second papier glissa de l’enveloppe.

Une copie d’acte de naissance.

Je le pris.

Nom de l’enfant :

ANDREW JAMES HARRINGTON.

Mère :

ELEANOR GRACE HARRINGTON.

Père :

case masquée par un morceau de ruban noir.

Andrew avait toujours connu Richard Harrington comme son père.

Je regardai Eleanor.

Elle était devenue blanche.

« Enlevez ça. »

Elle secoua la tête.

« Natalie. »

« Enlevez-le. »

« Ce document n’a rien à voir avec Halcyon. »

Daniel murmura :

« J’en doute. »

Je retirai lentement le ruban.

Sous la bande apparaissait un nom tapé à la machine.

RICHARD MICHAEL HALE.

Je crus d’abord avoir mal lu.

Puis je relus.

Encore.

Eleanor se leva brusquement.

« C’est faux. »

Je la regardai.

« Mon père ? »

« C’est faux. »

Sa voix montait.

« Andrew est le fils de Richard Harrington. »

Daniel prit la feuille.

« Le document peut être falsifié. »

Je sentis mon estomac se contracter.

Si la feuille disait vrai, Andrew et moi…

Non.

Impossible.

Je calculai les dates.

Andrew avait trente et un ans.

Moi trente-six.

Mon père aurait pu—

Je m’agrippai au bureau.

« Natalie ? »

Daniel s’approcha.

« Ça va. »

Ce n’était pas vrai.

Mon téléphone sonna.

Andrew.

Je décrochai trop vite.

« Comment va ton père ? »

« Stable. Ils le gardent cette nuit. »

Sa voix se fit plus basse.

« Qu’est-ce que vous avez trouvé ? »

Je regardai l’acte.

Eleanor secouait la tête.

Daniel m’observait.

Je ne pouvais pas lui annoncer cela au téléphone.

« Andrew, il faut que tu viennes. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’il y a un document. »

Silence.

« Quel genre de document ? »

Avant que je puisse répondre, Eleanor m’arracha presque le téléphone.

« Andrew, n’écoute pas ce qu’elle va te dire. Ce papier est faux. »

Un silence lourd.

Puis la voix d’Andrew.

« Maman. De quel papier tu parles ? »

Eleanor ferma les yeux.

Je repris doucement le téléphone.

« Andrew, viens ici. »

« Natalie. »

Sa voix changea.

« Dis-moi maintenant. »

Je regardai le nom de mon père.

Je refusai de prononcer les mots sans preuve.

« Le document affirme quelque chose sur ton père biologique. »

Silence.

« Quoi ? »

« Il affirme que Richard Harrington ne l’est pas. »

J’entendis sa respiration.

« Alors qui ? »

Je ne répondis pas.

« Natalie. Qui ? »

Je regardai Daniel.

Il secoua légèrement la tête.

Pas sans vérification.

Mais Andrew répéta :

« Qui ? »

Je serrai les doigts autour du téléphone.

« Le document porte le nom de Richard Hale. »

Plus rien.

Puis :

« Ton père ? »

« Oui. »

Le silence qui suivit fut presque insupportable.

Enfin, Andrew murmura :

« Si c’est vrai… »

Je fermai les yeux.

« Je sais. »

Il n’acheva pas sa phrase.

Un nouveau bruit éclata dans la maison.

La sonnette.

Une fois.

Puis une seconde.

Daniel leva son arme.

Eleanor recula.

La caméra de l’entrée apparut sur l’écran du bureau.

Une femme se tenait devant la porte.

Rebecca.

Seule.

Elle regardait directement la caméra.

Puis elle leva une photographie contre l’objectif.

La même photographie de Harbor House.

Mais au dos, elle avait écrit une phrase.

NE CROYEZ PAS L’ACTE DE NAISSANCE.

Eleanor porta une main à sa bouche.

Rebecca retourna alors la photo.

Une deuxième phrase apparaissait.

RICHARD HALE N’EST PAS LE PÈRE D’ANDREW.

Puis une troisième ligne.

MAIS IL SAIT QUI L’EST.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : Rebecca apporte la preuve qui innocente Richard Hale d’une paternité impossible, mais dévoile un secret qu’Eleanor voulait enterrer depuis trente ans

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