PARTIE 12 – Adrien rencontre enfin Nicolas Lemaire, mais l’homme affirme que Jacques avait déjà découvert lequel des deux bébés appartenait réellement à Élisabeth

Adrien ne donna pas immédiatement le nom de Nicolas à Claire.

Il lui dit seulement qu’une piste sérieuse existait et que la police ainsi que la sécurité du groupe s’occupaient du message laissé à l’hôpital. Deux agents de sécurité privés furent placés discrètement dans le service. Léa protesta lorsqu’on lui expliqua qu’elle ne devait plus quitter l’étage seule, mais Claire réussit à présenter la mesure comme « une règle temporaire très ennuyeuse imposée par les adultes ».

À onze heures, Pierre envoya l’adresse professionnelle de Nicolas Lemaire.

Le cabinet N.L. Patrimoine occupait deux étages d’un immeuble près de la place de la Madeleine. Conseil financier, optimisation successorale, gestion d’actifs familiaux.

Adrien eut presque envie de rire devant l’ironie.

L’homme lié au possible échange de deux nourrissons était devenu spécialiste des héritages.

Il demanda à Pierre d’effectuer une vérification complète.

Nicolas Lemaire, quarante-deux ans.

Né le 16 avril 1984.

Mère : Sophie Lemaire.

Père déclaré : inconnu.

Études de finance.

Carrière dans plusieurs banques privées avant de créer son propre cabinet.

Aucune condamnation.

Aucun contentieux majeur.

Sophie Lemaire était morte six ans plus tôt.

Adrien relut la fiche.

« Il sait qui je suis ? »

Pierre répondit :

« Très probablement. Il a consulté publiquement plusieurs documents du groupe Morel ces dernières années. Rien d’illégal, mais beaucoup plus que ce qu’un conseiller patrimonial ordinaire ferait sans raison. »

« Et mon père ? »

« J’ai trouvé un rendez-vous dans l’ancien agenda numérique de Jacques en 2009. Initiales N.L. »

Adrien sentit la confirmation se former.

« Ils se sont rencontrés. »

« Ça y ressemble. »

À midi, Adrien appela le cabinet.

Une assistante répondit.

« Cabinet Lemaire, bonjour. »

« Adrien Morel. Je voudrais parler à Monsieur Nicolas Lemaire. »

Silence.

Puis :

« Un instant, s’il vous plaît. »

Il attendit moins de dix secondes.

Une voix masculine décrocha.

« Monsieur Morel. »

Aucune surprise.

Adrien se raidit.

« Vous saviez que j’appellerais. »

« Je pensais que ça arriverait un jour. Pas forcément aujourd’hui. »

« Nous devons nous voir. »

« Oui. »

« Maintenant. »

Nicolas marqua une pause.

« Venez à mon bureau. »

Adrien regarda l’heure.

« Dans trente minutes. »

« Très bien. »

Avant de raccrocher, Adrien ajouta :

« Et si vous approchez encore Claire ou Léa… »

Nicolas l’interrompit.

« Je n’ai jamais approché votre nièce. »

Adrien sentit un froid immédiat.

« Comment savez-vous qu’elle est ma nièce ? »

La ligne resta silencieuse.

Puis Nicolas dit :

« Venez. On parlera. »

Adrien arriva vingt-huit minutes plus tard.

Pierre avait insisté pour qu’un agent de sécurité reste dans le hall de l’immeuble. Adrien avait accepté à contrecœur.

L’assistante le conduisit dans un bureau sobre aux grandes fenêtres.

Nicolas se tenait près d’une bibliothèque.

Adrien s’arrêta.

Pendant un instant, aucun des deux hommes ne parla.

Ils ne se ressemblaient pas au point de pouvoir être confondus.

Mais il existait quelque chose.

La taille.

La forme générale du visage.

Peut-être la manière de se tenir.

Ou peut-être Adrien cherchait-il désespérément des ressemblances parce qu’on lui avait appris à en soupçonner.

Nicolas avait les cheveux bruns légèrement grisonnants aux tempes et un regard sombre.

« Adrien. »

« Nicolas. »

Ils ne se serrèrent pas la main.

Adrien resta debout.

« Vous avez appelé ma mère. »

« Oui. »

« Vous m’avez appelé cette nuit. »

Nicolas fronça les sourcils.

« Non. »

Adrien l’observa.

« Ne commencez pas par mentir. »

« Je n’ai pas appelé cette nuit. »

« L’appel provenait de votre société. »

Le visage de Nicolas changea.

« De quelle ligne ? »

« Je ne sais pas encore. »

Nicolas se dirigea vers son téléphone fixe.

« Combien de personnes peuvent utiliser vos lignes professionnelles ? » demanda Adrien.

« Sept. »

« Et combien connaissent Claire Dumas ? »

Nicolas s’arrêta.

« Deux, peut-être trois. »

« Vous, déjà. »

« Oui. »

Adrien sentit sa colère monter.

« Comment ? »

Nicolas le regarda longuement.

« Votre père. »

Encore Jacques.

Toujours Jacques.

« Il vous a parlé d’elle en 2009. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Nicolas s’assit lentement.

« Parce qu’il croyait que nos naissances étaient liées. »

Adrien resta debout.

« Il vous a retrouvé quand ? »

« En 2008. »

« Comment ? »

« Il avait engagé quelqu’un pour retrouver ma mère. Il lui a expliqué qu’un incident avait eu lieu à la maternité. Ma mère a d’abord refusé tout contact. Puis elle a accepté de lui parler. »

« Et vous ? »

« Je l’ai rencontré l’année suivante. »

Adrien sortit la photographie des deux nourrissons et la posa sur le bureau.

Nicolas la reconnut.

« Vous l’avez déjà vue. »

« Oui. »

« Papa vous l’a montrée. »

« Oui. »

Le mot papa échappa à Adrien, mais Nicolas ne réagit pas.

« Qu’est-ce qu’il vous a dit ? »

Nicolas croisa les mains.

« Qu’il existait une possibilité d’échange à la naissance. Il voulait faire des tests ADN. »

Adrien retint son souffle.

« Et vous avez accepté ? »

« Oui. »

Le bureau sembla devenir plus silencieux.

Adrien s’appuya contre le dossier d’une chaise.

« Quand ? »

« En 2009. »

« Quel résultat ? »

Nicolas ne répondit pas immédiatement.

« C’est pour ça que vous êtes là, n’est-ce pas ? »

« Oui. »

« Vous n’avez pas les résultats dans les papiers de Jacques ? »

« Non. »

Nicolas regarda la fenêtre.

« Alors Élisabeth les a probablement fait disparaître. »

Adrien serra la mâchoire.

« Dites-moi ce qu’ils disaient. »

Nicolas inspira lentement.

« Jacques était votre père biologique. »

Adrien ne bougea pas.

Il le savait déjà grâce à la compatibilité avec Claire, mais l’entendre ainsi lui procura malgré tout un soulagement étrange.

« Et ma mère ? »

Nicolas le fixa.

« C’est là que ça devient plus compliqué. »

Adrien sentit son corps se raidir.

« Répondez. »

« Le premier test disait qu’Élisabeth n’était probablement pas votre mère biologique. »

Le sol sembla se dérober.

Adrien s’assit enfin.

« Probablement ? »

« Le prélèvement venait d’un objet ancien attribué à Élisabeth. Il n’était pas assez fiable pour une conclusion officielle. Jacques voulait un test direct. »

« Et il l’a obtenu ? »

Nicolas secoua la tête.

« Pas immédiatement. »

« Et ma mère biologique serait Sophie Lemaire ? »

« C’était l’hypothèse. »

Adrien passa une main sur son visage.

« Et vous ? »

« Le même laboratoire avait comparé mon ADN avec un prélèvement direct de ma mère, Sophie. »

Nicolas s’arrêta.

« Elle n’était pas ma mère biologique. »

Adrien ferma les yeux.

L’échange semblait donc évident.

Lui, fils biologique de Sophie.

Nicolas, fils biologique d’Élisabeth.

Mais Nicolas ajouta :

« Sauf que ce n’est pas la fin. »

Adrien rouvrit les yeux.

« Quoi encore ? »

« Jacques a fini par convaincre Élisabeth de fournir un échantillon sous prétexte d’un bilan familial. »

Adrien se figea.

« Quand ? »

« Fin 2009. »

« Et le résultat ? »

Nicolas resta silencieux trop longtemps.

Adrien se leva brusquement.

« Dites-le. »

« Élisabeth n’était pas ma mère biologique non plus. »

Adrien le fixa.

La phrase ne semblait pas avoir de sens.

« C’est impossible. »

« C’est ce que Jacques a pensé. »

« Deux garçons. Deux mères. Si ni l’un ni l’autre n’est le fils biologique d’Élisabeth… »

« Alors il y avait au moins un troisième bébé concerné. »

Adrien recula.

Le registre ne mentionnait que deux garçons dans les documents qu’il avait vus.

« Qui ? »

« Jacques n’a jamais réussi à l’identifier avec certitude. »

« Mais vous savez quelque chose. »

Nicolas regarda le dossier posé sur son bureau.

« Ma mère savait. »

« Sophie ? »

« Oui. »

« Elle vous l’a dit ? »

« Peu avant sa mort. »

Adrien se rapprocha.

« Quoi ? »

Nicolas baissa la voix.

« Elle m’a dit que la nuit de notre naissance, il y avait un troisième garçon dans l’unité temporaire. Sa mère avait accouché sous un faux nom. »

Adrien sentit une sueur froide dans son dos.

« Quel faux nom ? »

« Elle ne s’en souvenait pas exactement. »

« Et le garçon ? »

« Il aurait été emmené très vite, avant le matin. »

Adrien pensa au docteur Delcourt.

Aux documents manquants.

À la peur d’Élisabeth.

« Pourquoi ma mère aurait-elle caché ça ? »

Nicolas le regarda.

« Peut-être parce qu’elle savait plus de choses que ce qu’elle vous a raconté. »

Adrien sortit son téléphone.

« Je vais lui demander. »

Nicolas se leva.

« Attendez. »

« Pourquoi ? »

« Parce que si l’appel de cette nuit venait vraiment de mon cabinet, quelqu’un surveille ce dossier depuis l’intérieur. »

« Qui ? »

Nicolas hésita.

« Mon associé. »

« Nom ? »

« Laurent Delcourt. »

Adrien se figea.

« Delcourt ? »

« Oui. »

« Quel lien avec Marc Delcourt, l’obstétricien ? »

Le visage de Nicolas devint grave.

« Son fils. »

Adrien sentit toutes les pièces se rapprocher brusquement.

Le médecin mort.

Les dossiers effacés.

La ligne professionnelle.

L’appel anonyme.

« Où est Laurent aujourd’hui ? »

Nicolas regarda son téléphone.

Puis son visage se vida.

« Il devait être ici depuis neuf heures. »

« Et ? »

« Personne ne l’a vu depuis hier soir. »

Adrien pensa immédiatement à Claire.

À Léa.

Il appela la sécurité de l’hôpital.

Personne ne répondit à la première sonnerie.

Puis à la deuxième.

Enfin, un agent décrocha.

« Sécurité Saint-Louis. »

« Adrien Morel. Où sont Claire Dumas et sa fille ? »

Un silence.

« Monsieur Morel… »

La voix changea.

« La petite fille n’est plus dans la chambre. »

Adrien sentit son sang se glacer.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

« Une infirmière pense qu’un homme est venu la chercher en disant qu’il était envoyé par vous. »

Adrien cessa de respirer.

Sur le bureau, Nicolas le regardait déjà avec inquiétude.

Adrien murmura :

« Appelez immédiatement la police. Fermez toutes les sorties. »

Puis il releva les yeux vers Nicolas.

« Laurent Delcourt vient peut-être de prendre Léa. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : Pendant que chaque sortie de l’hôpital se ferme, Adrien comprend que Léa n’a peut-être pas été enlevée pour l’argent mais pour un secret

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