PARTIE 11 – Le résultat confirme Claire comme sœur d’Adrien, tandis qu’un appel anonyme conduit Léa vers un danger lié au nom de Nicolas Lemaire

Adrien quitta le garde-meuble peu après vingt-deux heures avec les copies des documents les plus importants et une décision qu’il n’aurait jamais imaginé devoir prendre quelques jours plus tôt : il voulait savoir si Élisabeth était réellement sa mère biologique.

Sa mère resta sur place quelques minutes de plus.

Avant qu’il parte, elle avait seulement dit :

« Quelle que soit la réponse, je suis ta mère. »

Adrien n’avait pas su quoi répondre.

La phrase était vraie d’une manière et peut-être fausse d’une autre.

Cette contradiction était désormais le centre de sa vie.

Dans la voiture, il appela Claire.

Elle décrocha malgré l’heure tardive.

« Vous avez les résultats ? »

Sa voix était faible mais alerte.

« Oui. »

Silence.

« Et ? »

Adrien ferma les yeux.

« Nous sommes frère et sœur. »

Il entendit Claire inspirer.

Pendant plusieurs secondes, aucun mot ne vint.

Puis elle murmura :

« D’accord. »

Rien de plus.

Adrien sentit une émotion étrange lui serrer la gorge.

« C’est tout ? »

Claire eut un rire fragile.

« J’avais imaginé beaucoup de réactions possibles. Je crois que mon cerveau vient de choisir de s’arrêter. »

Adrien sourit malgré lui.

« Ça m’arrive souvent ces derniers jours. »

Un long silence passa.

Claire reprit :

« Jacques était donc mon père. »

« Oui. »

« Et vous êtes mon frère. »

« Oui. »

Cette fois, sa voix se brisa légèrement.

« Léa va être contente. »

Adrien regarda la pluie glisser sur le pare-brise.

« Elle sait quelque chose ? »

« Pas encore. Je voulais attendre la confirmation. »

« On lui dira ensemble demain. »

Claire ne répondit pas tout de suite.

« Ensemble ? »

« Si vous voulez. »

« Oui. »

Un nouveau silence.

Puis elle demanda :

« Vous avez trouvé autre chose ? »

Adrien hésita.

Il ne voulait pas lui imposer sa propre crise le soir même où elle venait de recevoir une certitude recherchée depuis des décennies.

« Oui. Mais ça peut attendre demain. »

Claire comprit à son ton.

« Ça vous concerne. »

« Oui. »

« Et Élisabeth. »

« Oui. »

« Alors ça n’attendra probablement pas dans votre tête jusqu’à demain. »

Adrien sourit faiblement.

« Probablement pas. »

Il lui expliqua en termes simples les dossiers de naissance, Sophie Lemaire, l’autre garçon et les doutes de Jacques.

Claire resta silencieuse jusqu’au bout.

Puis elle dit :

« Ça explique peut-être une partie de la peur de votre mère. »

« C’est aussi ce que je pense. »

« Si une enquête successorale avait forcé la famille à vérifier les actes de naissance et les liens biologiques… »

« Tout aurait pu ressortir. »

Claire soupira.

« Votre famille est vraiment incapable d’avoir un secret à la fois. »

Adrien eut un rire bref.

« Apparemment non. »

Il rentra chez lui après minuit.

L’appartement était aussi silencieux que d’habitude, mais il ne lui parut plus vide de la même manière. Sur la table du salon, il étala les copies des registres, les lettres de Jacques et la photographie des deux nourrissons.

Il se servit un verre d’eau.

Il ne toucha pas au whisky qu’il aurait choisi quelques jours plus tôt.

À une heure dix-sept, son téléphone sonna.

Numéro inconnu.

Adrien hésita avant de décrocher.

« Monsieur Morel ? »

Une voix d’homme, modifiée ou simplement étouffée.

Adrien se redressa.

« Qui êtes-vous ? »

« Vous devriez laisser les morts tranquilles. »

Le même type d’appel que celui reçu par Élisabeth.

« Vous connaissez Claire Dumas ? »

Silence.

« Vous connaissez le docteur Delcourt ? »

La voix répondit :

« Si vous continuez, ce ne sera pas seulement votre famille qui souffrira. »

Adrien sentit son corps se glacer.

« C’est une menace ? »

La ligne se coupa.

Il rappela immédiatement.

Numéro indisponible.

Adrien contacta Pierre Lemaire malgré l’heure.

Le directeur juridique répondit après quelques sonneries, visiblement réveillé.

« Adrien ? »

« J’ai besoin que tu contactes notre sécurité informatique et un spécialiste externe. Je viens de recevoir un appel anonyme. Je veux savoir tout ce qu’on peut savoir sur son origine. »

« Menace directe ? »

« Assez pour que je la prenne au sérieux. »

Il lui raconta rapidement la phrase.

Pierre devint parfaitement réveillé.

« Je lance ça maintenant. Et je préviens la sécurité du groupe. »

Adrien hésita.

« Pas seulement du groupe. Demain matin, je veux quelqu’un de discret à l’hôpital autour de Claire et Léa. »

« Tu penses qu’elles peuvent être visées ? »

« Je ne sais pas. Je préfère avoir tort. »

À sept heures trente, Adrien était déjà debout.

Il avait à peine dormi.

À huit heures douze, Claire lui envoya un message.

« Léa refuse de partir à l’école tant que vous n’êtes pas venu. Elle dit qu’elle a “un pressentiment important”. »

Adrien répondit :

« J’arrive. »

Il arriva à Saint-Louis peu après neuf heures.

Claire était assise dans son lit. Léa, à côté d’elle, faisait tourner un crayon entre ses doigts.

« Tu es en retard », dit l’enfant.

Adrien regarda l’heure.

« On n’avait pas fixé d’heure. »

« Justement. C’est plus difficile de savoir si tu es en retard. »

Claire leva les yeux au ciel.

« Elle s’entraîne à gagner toutes les discussions. »

Adrien prit une chaise.

« Alors j’ai quelque chose à vous dire. »

Léa se redressa.

« C’est grave ? »

Adrien regarda Claire.

Elle hocha la tête.

Il se tourna vers l’enfant.

« Tu sais que ta maman m’a expliqué qu’on pensait être de la même famille. »

« Oui. »

« On a fait un test. »

« Avec les cotons-tiges ? »

Adrien fronça les sourcils.

« Comment tu sais ? »

« Maman m’a dit que vous aviez frotté l’intérieur de vos joues. Ça avait l’air nul. »

Claire sourit.

« C’était assez nul. »

Adrien poursuivit.

« Le test dit que ta maman et moi avons le même papa. »

Léa réfléchit.

« Donc vous êtes frère et sœur pour de vrai ? »

« Oui. »

Son visage s’illumina.

« Alors toi, tu es mon oncle. »

Le mot frappa Adrien avec une force qu’il n’avait pas anticipée.

Oncle.

Un mot simple.

Une place.

Léa se leva de sa chaise.

« J’ai jamais eu d’oncle. »

Puis elle l’enlaça sans prévenir.

Cette fois, Adrien ne resta pas les mains suspendues.

Il la serra doucement contre lui.

Claire détourna les yeux, les lèvres tremblantes.

Après quelques secondes, Léa recula.

« Donc maintenant je peux t’appeler tonton ? »

Adrien hésita.

« On peut peut-être commencer par Adrien. »

« D’accord, tonton Adrien. »

Claire éclata de rire.

Même Adrien ne put s’empêcher de sourire.

Le moment aurait pu rester léger.

Mais une infirmière entra quelques minutes plus tard, tenant une enveloppe blanche.

« Madame Dumas ? On a laissé ça à l’accueil pour votre fille. »

Claire fronça les sourcils.

« Pour Léa ? »

« Oui. Un monsieur a dit que c’était de la part de son école. »

Adrien se leva immédiatement.

« Quel monsieur ? »

L’infirmière sembla surprise par son ton.

« Je ne sais pas. Il n’a pas laissé son nom. »

Adrien prit l’enveloppe avant Léa.

Aucun timbre.

Sur le devant : Pour Léa.

Il l’ouvrit.

À l’intérieur, une petite carte.

Une phrase imprimée :

Ta maman a besoin de repos. Ton oncle ne pourra pas toujours te protéger.

Adrien sentit son sang se refroidir.

Claire lut par-dessus son épaule.

Son visage devint blanc.

Léa demanda :

« C’est quoi ? »

Adrien replia la carte.

« Rien pour toi. »

« Mais c’est écrit mon nom. »

Claire intervint.

« Léa, va demander à l’infirmière si Madame Sofia est réveillée. »

« Mais… »

« S’il te plaît. »

L’enfant comprit que quelque chose n’allait pas.

Elle partit sans protester davantage.

Dès qu’elle fut sortie, Adrien appela Pierre.

« Quelqu’un vient de déposer un message à l’hôpital. Ils connaissent Léa. »

« Je préviens la sécurité et la police. »

« Fais-le. »

Claire posa une main sur le drap.

« Qui ferait ça ? »

Adrien pensa au nom trouvé la veille.

Nicolas Lemaire.

« Je ne sais pas encore. »

Pierre rappela vingt minutes plus tard.

« Adrien, on a une première information sur l’appel de cette nuit. Le numéro était masqué, mais l’opérateur a pu fournir un relais. L’appel a été émis depuis une ligne professionnelle. »

« Où ? »

« Une société de conseil appelée N.L. Patrimoine. »

Adrien se figea.

« Qui la dirige ? »

Pierre répondit :

« Nicolas Lemaire. »

Adrien sentit son souffle se couper.

Le garçon né le même jour que lui.

L’homme que son père avait retrouvé.

Et peut-être la seule personne vivante capable de savoir si leurs vies avaient commencé dans les mauvais berceaux.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 12 : Adrien rencontre enfin Nicolas Lemaire, mais l’homme affirme que Jacques avait déjà découvert lequel des deux bébés appartenait réellement à Élisabeth

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