PARTIE 25 – Le compte Mara Voss mène au cabinet qui défend Marcus, où une enquêtrice privée semble connaître Brooke bien avant leur première rencontre

Le nom de Mara Voss n’apparaissait nulle part dans les anciens dossiers de Sentinel. Pas dans les registres de paie. Pas parmi les clients surveillés. Pas dans les carnets de Rachel, les cassettes de Trent ou les notes de Thomas. Pourtant, quelqu’un utilisant ce nom avait consulté le dossier numérique de Brooke deux jours avant que Marcus lui brise le bras. Et l’adresse professionnelle reliée au compte se trouvait trois étages au-dessus du cabinet de l’avocat qui défendait actuellement Marcus.

Cho ne considéra pas cela comme une coïncidence.

Elle obtint d’abord les registres publics de l’immeuble. Le bureau 814 était loué depuis quatre ans par une société appelée Voss Investigations LLC. Une structure minuscule : aucune réception, un seul numéro de téléphone, pas de site récent. La propriétaire déclarée était Mara Elise Voss, cinquante-deux ans, enquêtrice privée agréée.

Brooke regarda la photographie professionnelle récupérée dans un ancien annuaire.

« Je l’ai déjà vue. »

Diane leva brusquement les yeux.

« Où ? »

Brooke se pencha vers l’écran.

Mara avait les cheveux noirs coupés au niveau du menton, une expression presque sévère et un grain de beauté près de la pommette droite.

« Devant le lycée. »

Cho ne répondit pas tout de suite.

« Tu es sûre ? »

« Je crois. »

Brooke ferma les yeux pour retrouver le souvenir.

Une femme dans une voiture grise. Pas toujours la même place. Parfois près d’une pharmacie de l’autre côté de la rue. Une fois, Brooke avait pensé qu’elle attendait son enfant. Une autre fois, elle avait croisé son regard en montant dans la voiture d’une amie.

« Combien de fois ? »

« Trois ou quatre. Peut-être plus. »

« Avant ou après avoir commencé tes recherches sur Marcus ? »

« Après. »

Rachel se pencha légèrement.

« Elle te surveillait peut-être pour savoir ce que tu avais découvert. »

Brooke eut un petit rire sans joie.

« Donc j’avais Marcus dans la maison, Eric dehors et peut-être elle devant l’école. »

Cho répondit : « C’est ce que nous allons déterminer. Pas davantage pour l’instant. »

Un mandat concernant les journaux numériques de Voss Investigations fut demandé. En attendant, l’équipe fédérale examina les liens financiers entre l’entreprise et le cabinet de Marcus.

Il y en avait.

Au cours des trois dernières années, le cabinet avait payé Voss Investigations à dix-sept reprises pour « recherches », « localisation de témoins » ou « analyse documentaire ».

Ce n’était pas inhabituel en soi. Les avocats font régulièrement appel à des enquêteurs privés.

Mais les dates l’étaient.

Le premier paiement à Mara concernant Marcus avait été effectué huit mois avant l’arrestation.

Avant la fracture de Brooke.

Avant toute procédure judiciaire récente.

« Il préparait sa défense avant même d’être accusé », dit Diane.

Cho corrigea : « Ou préparait quelque chose avec un avocat. Nous ne savons pas encore quoi. »

Le cabinet appartenait à Charles Renner, avocat pénaliste expérimenté. Il représentait Marcus depuis son premier interrogatoire. Renner affirmait que tout travail confié à Mara était couvert par le secret professionnel.

Les procureurs contestèrent cette protection dès qu’ils établirent que certaines missions pouvaient avoir servi à préparer une infraction plutôt qu’une défense juridique.

Les deux camps savaient qu’une bataille procédurale commençait.

Brooke détestait cette lenteur.

« S’ils savent qu’elle m’a surveillée, pourquoi ils ne vont pas juste lui demander ? »

Cho lui répondit : « Parce que demander trop tôt peut lui apprendre exactement ce que nous savons. »

Brooke regarda son attelle.

« Je commence à comprendre pourquoi Marcus aimait tellement avoir de l’avance. »

La première véritable rupture vint d’Eric Palmer.

Lorsqu’on lui montra la photo de Mara, il demanda immédiatement si son accord de coopération tenait toujours.

« Vous la connaissez », dit l’enquêteur.

Eric se frotta le front.

« Elle travaillait pour Gavin. »

Cho, qui observait l’entretien derrière une vitre, se redressa.

Eric expliqua qu’après l’effondrement de Sentinel, Gavin avait eu besoin de quelqu’un capable de continuer les recherches sans porter le nom de l’entreprise.

Mara était apparue quelques années plus tard.

« Elle n’était pas là au début », précisa Eric. « Pas quand Rachel a disparu. »

« Quand l’avez-vous rencontrée ? »

« Peut-être douze ans plus tôt. »

« Son rôle ? »

Eric réfléchit.

« Nettoyer. »

Le mot fit frissonner Brooke quand Cho nous rapporta l’entretien.

« Nettoyer quoi ? »

Pas des lieux.

Des traces.

Mara retrouvait des personnes qui avaient changé de nom. Elle identifiait les anciens comptes. Vérifiait qui avait parlé à qui. Elle savait quels registres étaient publics, lesquels nécessitaient un intermédiaire, et comment obtenir des informations sans apparaître directement.

« Elle travaillait pour Marcus aussi ? »

Eric hocha la tête dans l’enregistrement.

« Parfois. Mais elle n’était loyale à personne. Elle travaillait pour celui qui pouvait payer ou menacer suffisamment. »

« Elle vous a aidé à surveiller Brooke ? »

Eric hésita.

« Je lui ai demandé une localisation, une fois. »

« À la demande de Marcus ? »

« Oui. »

Brooke se leva de sa chaise.

« Une localisation de quoi ? »

Cho consulta ses notes.

Eric avait demandé à Mara de savoir où Brooke allait après l’école certains jeudis.

Pourquoi ?

Parce que Marcus soupçonnait qu’elle rencontrait quelqu’un.

En réalité, Brooke allait au bureau de Mme Simmons.

« Il savait », dit Diane.

« Oui », répondit Brooke. « Voilà pourquoi il avait commencé à poser des questions sur elle. »

La mission suivante de Mara était plus troublante.

Elle avait recherché l’historique médical de Brooke.

Pas ses dossiers complets.

Seulement l’existence de passages aux urgences, consultations spécialisées et déclarations d’assurance.

« Pourquoi ? » demanda Rachel.

Cho répondit : « Pour savoir s’il existait déjà une trace médicale utilisable contre Marcus. »

Il n’y en avait presque pas.

C’était exactement ce que le refus de soins après l’ancienne fracture avait permis.

Mara avait aussi recherché mon ancien centre de rééducation.

Le nom de James.

Et le dossier professionnel de Thomas.

Elle avait donc participé récemment à une recherche que Marcus poursuivait depuis presque vingt ans.

Puis Eric donna un détail auquel personne ne s’attendait.

« Mara connaissait Vance avant Gavin. »

L’enquêteur lui demanda comment.

« Elle travaillait pour son cabinet. »

Avant d’être enquêtrice privée, Mara avait été assistante juridique puis responsable de recherche pour Harold Vance.

Brooke murmura :

« Donc elle n’est pas une personne extérieure. »

Non.

Elle reliait directement l’ancien juge au présent.

Les archives professionnelles confirmèrent qu’elle avait travaillé avec Vance pendant six ans, couvrant précisément une partie de la période où Thomas l’avait approché.

« Est-ce qu’elle était là quand mon père est venu ? » demanda Diane.

Cho ne savait pas encore.

Mais un registre interne retrouvé dans les anciennes sauvegardes du cabinet indiquait les initiales M.V. à côté de la mention du rendez-vous avec Thomas.

La pièce devint silencieuse.

Mara n’avait donc pas seulement rejoint l’histoire récemment.

Elle avait peut-être vu Thomas entrer chez Vance dix-neuf ans auparavant.

Et elle était aujourd’hui dans le même immeuble que l’avocat de Marcus.

Cho obtint enfin l’accès aux métadonnées de certains appareils liés à son entreprise.

Le compte Mara Voss ayant consulté BROOKE provenait bien d’un ordinateur situé dans son bureau.

Les accès récents incluaient également RACHEL, D17, NOAH, PALMER et WHITAKER.

« Elle suit tout le monde », dit Noah.

Cho répondit : « Oui. »

La question était : pour qui ?

Renner affirma qu’il avait engagé Mara uniquement après l’arrestation de Marcus.

Les factures prouvaient le contraire.

Confronté à la première facture datant de huit mois, il invoqua une consultation générale sans rapport avec Brooke.

Puis l’équipe financière trouva le paiement source.

L’argent n’était pas venu de Marcus.

Ni de Renner.

Une société écran avait remboursé le cabinet.

Cette société était liée à Martin Cole.

Le fils de Gavin.

Le même Martin qui avait participé à l’accès aux caméras de Portland et avait été arrêté avec Vance et Marcus.

Rachel posa doucement sa tasse.

« Alors Gavin finançait la surveillance de Brooke. »

« Indirectement », répondit Cho. « C’est ce que montrent les transactions. »

Brooke fixa la table.

Pendant tout ce temps, elle croyait que son conflit se limitait à son beau-père.

En réalité, son téléphone, ses visites chez Mme Simmons et ses recherches avaient attiré l’attention d’un réseau bien plus ancien.

« Pourquoi moi ? »

La réponse était douloureusement simple.

Parce qu’elle avait commencé à remonter le fil.

Adrian.

Rachel.

D-17.

Sentinel.

Thomas.

Gavin avait appris qu’une adolescente de seize ans pouvait involontairement ouvrir une boîte fermée depuis presque vingt ans.

Alors il avait voulu savoir jusqu’où elle était arrivée.

Mara fut convoquée.

Elle ne se présenta pas.

Son avocat informa les enquêteurs qu’elle invoquait son droit au silence.

Cho demanda une surveillance discrète.

Trop tard.

Le bureau 814 avait été vidé pendant la nuit.

Pas entièrement.

Une table.

Deux chaises.

Un meuble métallique.

Mais plus aucun ordinateur.

Plus aucun dossier papier.

« Elle a fui ? » demanda Diane.

Cho répondit : « Peut-être. »

Pourtant, les caméras de l’immeuble montraient Mara quittant les lieux à 4 h 12 du matin avec deux valises rigides.

Elle ne semblait pas paniquée.

Elle avait l’air organisée.

Une voiture vint la chercher.

Le véhicule appartenait à une société de location.

Conducteur inconnu.

Plaque valide.

La voiture fut retrouvée plus tard à l’aéroport.

Mais aucune réservation sous le nom de Mara Voss.

Elle connaissait les méthodes permettant de disparaître.

Rachel regarda la photographie de surveillance.

« Elle fait ce qu’Adrian faisait. »

Brooke répondit : « Ou ce qu’il apprenait d’elle. »

Cho reçut ensuite le rapport concernant le bureau.

Les techniciens avaient trouvé une feuille coincée derrière un tiroir.

Probablement oubliée lors du nettoyage.

Une liste manuscrite.

BROOKE — téléphone / école / Simmons.

RACHEL — Portland / arrivée confirmée.

DOROTHY — stockage vérifié.

JAMES — lac.

NOAH — contact possible.

À côté de plusieurs noms, une coche.

À côté du mien, deux mots :

« n’a toujours pas ».

Cho me regarda.

« N’a toujours pas quoi ? » demandai-je.

Personne ne le savait.

Plus bas, une dernière ligne apparaissait :

« T.C. original = chez femme ? »

Thomas Callaway.

Original.

Chez femme ?

La troisième copie que nous venions de retrouver n’était peut-être pas ce que Gavin recherchait réellement.

Peut-être existait-il encore autre chose.

Brooke relut la feuille.

« Et si D-17 n’était pas la fin ? »

Rachel se raidit.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Brooke posa le doigt sur « T.C. original ».

« Marcus pensait que mamie avait quelque chose. Gavin aussi. Mara vérifiait encore récemment. Mais le dossier qu’on a trouvé était au garde-meuble. Ils étaient déjà entrés là cinq ans plus tôt. Ils savaient qu’il y avait des cartons. »

Je compris où elle allait.

« Et ils n’ont pas arrêté de chercher après cette entrée. »

« Exactement. »

Donc ce qu’ils avaient cherché au garde-meuble n’était peut-être pas l’enveloppe trouvée sous le meuble.

Ou ils avaient manqué une seconde cache.

Cho demanda immédiatement une nouvelle analyse du contenu du box.

Cette fois, pas seulement les documents.

Les objets.

Cadres.

Livres.

Meubles.

Vieux appareils.

Chaque chose que Thomas avait possédée.

Deux jours plus tard, un technicien trouva quelque chose dans un vieux réveil de voyage.

Pas des papiers.

Une petite clé.

Sur une étiquette, Thomas avait écrit :

« D.C. sait. »

Mes initiales.

Dorothy Callaway.

Je secouai la tête.

« Je ne sais pas. »

Mais Cho retourna l’étiquette.

Au dos figurait une adresse.

Pas une banque.

Pas un dépôt.

Mon ancienne maison.

Et un mot :

« cheminée ».

La maison avait été vendue quatorze ans auparavant.

Quatre familles y avaient vécu depuis.

La cheminée existait encore.

Cho demanda un mandat limité avec l’accord des propriétaires actuels.

Un panneau de briques derrière le manteau avait été remplacé à une époque correspondant aux rénovations faites par Thomas lui-même.

Les techniciens retirèrent deux briques.

Derrière elles se trouvait un tube métallique.

Je cessai de respirer.

À l’intérieur :

une cassette.

Une enveloppe.

Et une photographie de Gavin Cole avec Harold Vance.

Sur l’enveloppe, Thomas avait écrit :

« Ceci est la raison pour laquelle ils surveillent Dorothy. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 26 : Le secret caché derrière la cheminée explique enfin pourquoi Thomas protégeait Dorothy, mais une voix enregistrée accuse un allié inattendu du réseau

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