PARTIE 15 – Quelqu’un avertit Marcus du retour de Rachel, et une fuite dans l’enquête révèle que l’ancien réseau de Sentinel n’est peut-être jamais vraiment mort

Le premier réflexe de Noah fut de vouloir annuler le voyage de Rachel.

Le deuxième fut de vouloir aller lui-même à l’aéroport.

Cho refusa les deux.

« Si nous modifions son itinéraire maintenant sans comprendre qui surveille ses déplacements, nous risquons simplement de déplacer le danger. »

Noah se leva.

« Elle a passé dix-huit ans à fuir cet homme. Je ne vais pas la laisser atterrir alors qu’il sait qu’elle arrive. »

« Elle n’atterrira pas dans un terminal public. »

Cho avait déjà demandé l’aide de la police de l’aéroport.

Rachel serait sortie par une zone réservée au personnel.

Une voiture banalisée la conduirait vers un lieu sécurisé.

« Et Adrian ? » demanda Brooke.

Le dispositif électronique indiquait qu’il se trouvait au domicile d’un parent éloigné à près d’une heure de nous.

« Pour l’instant, il respecte ses restrictions », répondit Cho.

Brooke croisa les bras.

« Parce qu’il sait qu’on le regarde. »

« Probablement. »

La question était donc : qui avait envoyé la photographie ?

Le cliché avait été pris à Portland, avant le départ de Rachel.

Très peu de personnes connaissaient l’horaire exact.

Rachel.

Son avocat.

Cho.

Deux enquêteurs fédéraux.

Noah.

Et l’agent chargé de sa protection en Oregon.

La fuite venait soit d’un dispositif technique, soit d’une personne placée beaucoup plus près de l’enquête que nous ne voulions le croire.

Diane eut immédiatement une pensée.

« Eric. »

Cho secoua la tête.

« Eric ne connaissait pas le voyage. »

« Owen ? »

« Non plus. »

Brooke regarda l’image imprimée.

« Est-ce qu’elle vient d’une caméra de sécurité ? »

Cho se tourna vers elle.

« Pourquoi ? »

« L’angle est haut. Rachel ne regarde pas l’objectif. Et l’image est trop nette pour quelqu’un qui l’aurait prise en cachette de l’autre côté d’un hall. »

L’inspectrice prit la photographie.

Elle agrandit le coin supérieur.

Un horodatage avait été coupé.

Mais quelques pixels noirs restaient visibles.

« Bonne observation. »

La police de Portland confirma plus tard que l’image ressemblait à une capture provenant de leur système interne.

Cela réduisait les possibilités.

Quelqu’un avait obtenu un accès à une caméra de l’aéroport.

Diane murmura :

« Sentinel faisait exactement ça. »

Pas à l’aéroport.

Mais la logique était la même.

Entrer dans un système.

Voir ce que les autres croyaient privé.

Utiliser l’information avant qu’ils ne comprennent qu’elle avait été volée.

L’équipe fédérale examina les comptes d’accès.

Un identifiant technique s’était connecté trois fois aux caméras couvrant la zone où Rachel attendait.

Le compte appartenait à un prestataire extérieur.

Nom de la société :

Cole Integrated Solutions.

Noah leva les yeux.

« Cole. Comme Gavin Cole ? »

Cho acquiesça.

L’entreprise avait été créée par le fils de Gavin.

Gavin était officiellement retraité.

Mais sa famille travaillait toujours dans la sécurité.

Le réseau n’avait peut-être pas disparu.

Il avait changé de logo.

Les fédéraux se rendirent immédiatement chez Gavin Cole en Floride.

Il accepta d’abord de parler.

Puis demanda un avocat dès que le nom de Rachel Mercer fut prononcé.

La photographie envoyée à Marcus provenait d’une adresse électronique jetable, mais les métadonnées indiquaient qu’elle avait transité par un serveur déjà utilisé par Cole Integrated Solutions.

« Donc Gavin protège encore Adrian ? » demanda Brooke.

Cho répondit : « Nous n’en savons rien. Il peut essayer de se protéger lui-même. »

Diane regarda la photographie.

« Pourquoi prévenir Marcus que Rachel arrive ? »

« Pour lui faire peur », proposa Noah.

Ou pour le pousser à agir.

Cette deuxième possibilité était plus inquiétante.

Si Marcus violait ses restrictions, se débarrassait de preuves ou tentait de contacter Rachel, il pouvait compromettre sa défense.

Gavin avait peut-être intérêt à ce qu’Adrian porte seul le poids des crimes passés.

« Ils se retournent les uns contre les autres », dit Brooke.

Cho hocha la tête.

« C’est fréquent quand un système fondé sur le secret commence à s’effondrer. »

Rachel arriva sans incident.

Je ne fus pas présente lorsqu’elle rencontra Noah.

Cela leur appartenait.

Mais plus tard, il m’appela.

« Elle veut vous voir. »

J’acceptai.

Rachel entra chez moi le lendemain après-midi avec deux agents à proximité.

Je l’aurais reconnue malgré les années.

Ses cheveux étaient plus courts, traversés de fils gris. Son visage semblait plus fin que dans mes souvenirs. Elle resta sur le seuil quelques secondes.

Puis elle regarda autour d’elle.

« C’est ici que la clé est restée tout ce temps ? »

« Dans le grenier. »

Elle eut un rire presque incrédule.

« J’ai imaginé cent fois qu’Adrian l’avait trouvée. »

Je la fis entrer.

Noah resta près d’elle, sans la toucher.

La distance entre eux n’était pas froide.

Elle était prudente.

Ils avaient dix-huit années à traverser.

Rachel me remercia.

Je refusai.

« Je n’ai même pas su que j’avais la clé. »

« C’est justement pour ça qu’elle était en sécurité. »

Brooke descendit lentement l’escalier.

Rachel la regarda longtemps.

« Tu es Brooke. »

« Oui. »

« Noah m’a parlé de toi. »

Brooke s’approcha.

« Vous aviez raison sur Marcus. »

Rachel eut un mouvement presque douloureux.

« J’aurais préféré avoir tort. »

Diane apparut à son tour.

Ce fut le moment le plus difficile.

Deux femmes liées au même homme.

L’une l’avait fui.

L’autre l’avait épousé.

Rachel ne jugea pas Diane.

Elle demanda seulement :

« Est-ce qu’il t’a déjà empêchée de dormir pour te faire parler ? »

Diane pâlit.

« Oui. »

« Est-ce qu’il changeait de ton dès que quelqu’un entrait dans la pièce ? »

« Oui. »

« Est-ce qu’il disait que les gens de ta famille voulaient détruire votre couple ? »

Diane commença à pleurer.

« Oui. »

Rachel acquiesça.

« Alors je te crois. »

Trois mots.

Diane s’effondra presque.

Parce qu’au milieu de toutes les preuves, peut-être n’avait-elle pas encore entendu quelqu’un lui dire cela aussi simplement.

La conversation dura longtemps.

Rachel expliqua qu’Adrian ne frappait presque jamais quand une blessure visible pouvait le trahir.

Il préférait tordre.

Retenir.

Empêcher de dormir.

Bloquer une porte.

Briser des objets.

Puis dire que la peur appartenait à l’autre personne.

Brooke écoutait attentivement.

« Il me disait que si j’avais peur de lui, c’était parce que j’étais dramatique. »

Rachel répondit :

« Il me disait exactement la même chose. »

Diane ferma les yeux.

La répétition à travers les décennies détruisait encore un autre mensonge.

Aucune d’elles n’avait provoqué ce comportement.

Adrian l’avait apporté avec lui.

Rachel parla également d’Eric Palmer.

Elle le connaissait.

Pas bien.

Mais suffisamment.

Eric avait été recruté par Gavin Cole comme jeune commercial.

Il était ambitieux, facilement impressionné par l’argent et très utile pour obtenir des informations personnelles.

« Adrian le méprisait », dit Rachel. « Mais il l’utilisait. »

« Est-ce qu’Eric savait que Noah était le fils d’Adrian ? »

Rachel hésita.

« Je pense que oui. »

Noah détourna le regard.

Puis elle dit quelque chose de nouveau.

« Il y avait un autre dossier. »

Cho, présente dans la pièce, se redressa.

« Lequel ? »

Rachel expliqua que Sentinel utilisait un registre codé pour les opérations sensibles.

Les clients y apparaissaient par initiales.

Les cibles aussi.

Elle avait copié presque tout.

Mais un dossier spécifique manquait dans le coffre.

« Celui de qui ? »

Rachel regarda vers moi.

« Dorothy. »

Je ressentis un froid immédiat.

« Pourquoi moi ? »

« Je ne l’ai jamais su. »

Le dossier était déjà actif avant qu’elle ne me rencontre au centre.

Rachel avait cru que je travaillais peut-être indirectement avec Sentinel.

Puis, après m’avoir parlé, elle avait conclu que non.

« Votre mari apparaissait aussi. Thomas. »

Diane se leva.

« Qu’est-ce qu’ils avaient sur mon père ? »

Rachel secoua la tête.

« Je n’ai jamais vu le contenu. Seulement le code. »

Cho demanda le code.

Rachel répondit :

« D-17. »

Brooke se figea.

« J’ai déjà vu ça. »

Tout le monde la regarda.

« Où ? »

« Dans le carnet de Marcus. Pas la boîte bleue. Un autre carnet dans son bureau. Je pensais que c’était un numéro de dossier. »

La police avait saisi des centaines de pages.

Cho demanda immédiatement une recherche.

Quarante minutes plus tard, Holloway rappela.

D-17 apparaissait six fois.

La plus ancienne mention remontait à dix-neuf ans.

La plus récente à quatre mois.

« Quatre mois ? »

« Oui. »

« Qu’est-ce qui est écrit ? »

Cho mit le téléphone en haut-parleur.

Holloway lut :

« “D-17 toujours non résolu. La fille ne sait rien. Dorothy probablement non plus.” »

Diane me regarda.

Je sentis mon cœur accélérer.

Une autre note, deux semaines plus tard :

« “Si D-17 ressort, Gavin est fini.” »

Rachel se leva.

« C’est pour ça. »

Cho demanda : « Pour quoi ? »

« C’est pour ça qu’Adrian n’a jamais cessé de surveiller Dorothy. »

Le dossier que Rachel avait envoyé n’était peut-être pas seulement une assurance contre Adrian.

Il contenait peut-être quelque chose capable de détruire Gavin Cole.

Et personne ne savait où il se trouvait.

Je secouai la tête.

« Je n’ai rien d’autre dans mon grenier. »

Rachel me regarda.

« Peut-être que ce n’était pas à vous qu’elle l’avait destiné. »

« Quoi ? »

Elle réfléchit.

« Le centre de rééducation avait une consigne pour les patients, non ? Des casiers métalliques près de l’ancien bureau juridique ? »

Je me souvenais.

Ils avaient été retirés lors d’une rénovation.

« Oui. »

« J’ai mis une enveloppe dans l’un d’eux avant de partir. »

Cho s’approcha.

« Quel numéro ? »

Rachel ferma les yeux.

« Dix-sept. »

D-17.

Pas Dorothy 17.

Dépôt 17.

Le vieux centre avait fermé huit ans auparavant.

Le bâtiment avait été vendu puis transformé en bureaux.

Mais Cho retrouva l’entreprise chargée de la rénovation.

Les anciens casiers n’avaient pas été détruits.

Ils avaient été vendus aux enchères avec le mobilier.

Le lot avait été acheté par un antiquaire local.

Quand les policiers le contactèrent, il se souvenait très bien des casiers.

« Vous les avez encore ? »

« Trois seulement. »

« Les numéros ? »

Il vérifia.

Onze.

Dix-sept.

Et vingt-trois.

Cho nous regarda.

Rachel cessa de respirer.

Le casier numéro dix-sept existait toujours.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 16 : Le casier numéro dix-sept contient enfin le dossier que Marcus cherchait depuis presque vingt ans, mais son contenu menace bien plus qu’un seul homme

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