Brooke fut autorisée à quitter l’hôpital le lendemain matin.
James donna des instructions précises : médicaments à heures fixes, surveillance de la circulation dans les doigts, aucun effort, rendez-vous dans une semaine. Brooke écoutait attentivement, mais je voyais qu’une partie d’elle était ailleurs.
Elle pensait à la cassette.
Nous aussi.
Renata confirma que Brooke pouvait venir chez moi. Diane également, à condition de respecter les règles établies avec les services sociaux et de coopérer à l’enquête.
Marcus avait reçu l’interdiction temporaire de s’approcher de Brooke.
Cela n’empêchait pas la peur de voyager.
À la maison, j’installai Brooke dans la chambre d’amis. Diane prit le canapé du salon malgré mon offre d’utiliser mon lit.
« Je veux être près de la porte », dit-elle.
Elle ne précisa pas pourquoi.
Je le savais.
À midi, Holloway nous appela.
Owen avait ouvert son coffre bancaire en présence d’enquêteurs.
La cassette existait.
Avec elle se trouvaient trois enveloppes et un petit disque dur ancien.
Le matériel était maintenant entre les mains d’une équipe spécialisée.
« Quand saurons-nous ce qu’il y a dessus ? » demanda Diane.
« Nous récupérons les données. Certaines sont endommagées. »
Brooke, assise à la table de ma cuisine, demanda : « Est-ce que Marcus sait que vous avez trouvé ça ? »
Holloway hésita.
« Il sait que nous examinons de nouveaux éléments. Pas lesquels. »
Je vis Brooke respirer plus facilement.
L’après-midi, Noah nous envoya un message par l’intermédiaire de Renata.
Il voulait rencontrer Brooke.
Pas seul.
Pas tout de suite.
Seulement quand elle le souhaiterait.
Brooke relut le message plusieurs fois.
« Je veux le voir. »
Diane demanda : « Pourquoi ? »
« Parce qu’il sait ce que ça fait. »
Sa mère ne trouva rien à répondre.
Vers cinq heures, quelqu’un frappa à ma porte.
Nous nous figeâmes toutes.
Je regardai par la fenêtre avant d’ouvrir.
C’était James.
Il tenait un sac de nourriture dans une main.
« Je sais que ce n’est pas très médical », dit-il, « mais j’ai supposé que personne ici n’avait pensé à dîner. »
La présence d’une personne connue détendit l’atmosphère.
James resta peu de temps. Il contrôla rapidement la main de Brooke, puis me suivit dans la cuisine.
« Tu tiens le coup ? »
« Non. »
Il acquiesça comme si c’était la bonne réponse.
« Alors continue simplement à faire ce qui doit être fait. Le reste viendra après. »
Je le regardai.
« Tu te rappelles pourquoi on a perdu contact ? »
Il sembla surpris.
« Après la mort de Thomas ? »
« Oui. »
« Tu as déménagé. J’ai changé d’hôpital. »
« Il n’y avait pas autre chose ? »
James fronça les sourcils.
« Pourquoi tu demandes ça maintenant ? »
« Parce que depuis hier, je découvre que ma mémoire familiale est pleine de trous. »
Il resta silencieux.
Puis il dit : « Il y avait quelque chose. »
Je sentis mon ventre se contracter.
« Quoi ? »
« Après la mort de Thomas, tu m’avais demandé de regarder un dossier pour Diane. »
Je fixai son visage.
« Quel dossier ? »
« Un homme qu’elle fréquentait. Pas Marcus. C’était des années avant. Tu pensais qu’il la surveillait. »
Je cherchai dans ma mémoire.
Puis un nom revint.
Eric Palmer.
Une relation courte, désagréable, terminée quand Diane avait vingt-six ans.
« Quel rapport ? »
« Aucun, peut-être. Mais l’homme travaillait pour une société de sécurité. »
Je restai immobile.
« Tu te souviens du nom de l’entreprise ? »
James secoua la tête.
« Non. »
Cette coïncidence n’en était peut-être pas une.
Mais nous n’avions rien.
Je décidai de ne pas le dire à Diane avant d’avoir davantage.
À dix-neuf heures quarante-deux, Holloway rappela.
Sa voix était plus tendue.
« Nous avons récupéré une première partie de la cassette. »
Nous nous regroupâmes autour du téléphone.
Brooke avait insisté pour écouter.
« Nous ne pouvons pas vous montrer les images pour l’instant », dit Holloway. « Mais certains éléments vous concernent directement. »
La séquence datait de la veille de la disparition de Rachel.
La caméra se trouvait dans la cuisine des Mercer.
Rachel apparaissait plusieurs fois.
Vivante.
Clairement visible.
Elle préparait des sacs.
Déplaçait des papiers.
Téléphonait à quelqu’un.
« On entend ce qu’elle dit ? » demanda Noah, qui avait été ajouté à l’appel depuis son domicile.
« Partiellement. »
Rachel disait : « Demain matin. Je pars avec Noah. »
Puis : « S’il découvre que j’ai copié les comptes, il va essayer de m’arrêter. »
Noah ne parla plus.
Holloway poursuivit.
Quelques minutes plus tard, Adrian entrait dans la cuisine.
Il regardait directement vers la caméra.
Puis il montait sur une chaise et coupait le dispositif.
« Donc la cassette s’arrête là ? » demanda Diane.
« Non. »
Owen avait apparemment installé un second enregistreur de test.
Adrian ne semblait pas le savoir.
L’image suivante provenait d’un angle plus bas, près du salon.
La séquence datait du lendemain matin.
Rachel était dans la cuisine.
Noah apparaissait brièvement dans le couloir.
Adrian bloquait la sortie.
Nous entendîmes Noah respirer à l’autre bout de l’appel.
« Est-ce que vous voyez ce qui s’est passé ? »
Holloway répondit prudemment.
« Une altercation. »
« Il la frappe ? »
« Nous voyons Adrian saisir Rachel. Elle essaie de se dégager. »
Noah murmura : « C’est ce dont je me souviens. »
La vidéo montrait Rachel lancer quelque chose vers le salon.
Probablement un trousseau de clés.
Puis elle criait à Noah de courir chez la voisine.
Adrian quittait le champ.
« Pour me rattraper », dit Noah.
« Probablement. »
Quelques secondes plus tard, Rachel se relevait.
Elle prenait une enveloppe.
Puis elle quittait la cuisine par la porte arrière.
Vivante.
Noah expira brusquement.
« Elle est sortie ? »
« Oui. »
« Alors Adrian ne l’a pas tuée là. »
« Pas dans cette séquence. »
Le soulagement de Noah fut visible même sans le voir.
Mais Holloway n’avait pas terminé.
« Il y a une autre séquence. »
Elle était enregistrée quarante-trois minutes plus tard.
Adrian revenait seul.
Il portait une chemise différente.
Ses mains semblaient sales.
Il nettoyait le sol.
Puis Owen Blake arrivait.
Les deux hommes parlaient.
L’audio était mauvais, mais certaines phrases étaient distinctes.
Owen demandait : « Où est Rachel ? »
Adrian répondait : « Partie. »
Owen disait : « Et Noah ? »
« Tu l’emmènes chez Helen. »
Owen refusait d’abord.
Adrian s’approchait de lui.
Puis une phrase ressortait clairement.
« Tu veux finir comme elle ? »
Noah cessa de respirer.
Diane porta une main à sa bouche.
Brooke regardait le téléphone comme si l’appareil pouvait lui donner une explication.
Holloway poursuivit :
« Ensuite Owen part. Adrian reste seul plusieurs minutes. Puis il ouvre un placard. »
« Qu’est-ce qu’il y avait dedans ? » demandai-je.
Silence.
« Plusieurs dossiers. Des documents. Et une petite caméra portative. »
Adrian la prit.
La regarda.
Puis parla directement dans l’objectif.
« Si quelqu’un trouve ça, Rachel est partie de son plein gré. »
Il sourit.
« Elle abandonne son fils comme elle abandonne tout le reste. »
Noah laissa échapper un son étranglé.
Renata, qui se trouvait avec lui, lui parla doucement.
Holloway continua.
« Ensuite Adrian efface quelque chose sur un ordinateur. »
Brooke murmura : « Comme il faisait chez nous. »
« Oui. »
« Mais il n’a pas tout effacé. »
« Non. »
Holloway prit une respiration.
« Et il y a un dernier élément. »
Nous attendîmes.
« Sur le disque dur trouvé avec la cassette, les techniciens ont récupéré une liste de noms. »
« Quels noms ? »
« Plusieurs femmes. »
Diane pâlit.
« Combien ? »
« Sept pour l’instant. »
« Rachel ? »
« Oui. »
« Moi ? »
Silence.
Puis Holloway répondit :
« Oui. Diane Callaway Webb apparaît dans la liste. »
Ma fille ferma les yeux.
Brooke serra sa main gauche.
« Et moi ? »
Cette fois, Holloway ne répondit pas immédiatement.
« Brooke, ton nom n’est pas écrit. »
Elle expira.
Puis il ajouta :
« Mais il y a une ligne datée de l’année dernière qui dit simplement : “La fille commence à chercher.” »
Brooke ne bougea plus.
Je sentis mon propre cœur battre jusque dans ma gorge.
Holloway termina :
« Et juste en dessous, Adrian a écrit deux mots. »
« Lesquels ? » demandai-je.
La réponse arriva très calmement.
« “Même solution.” »