PARTIE 19 – La cassette Callaway montre ce que Thomas avait découvert avant sa mort et révèle pourquoi Gavin Cole craignait davantage Dorothy que la police

La caisse CALLAWAY contenait dix-neuf ans de surveillance.

Pas continue.

Pas quotidienne.

Ce qui la rendait presque pire.

Des fragments choisis.

Photographies de ma voiture.

Copies de factures.

Plans de mon ancien lieu de travail.

Notes sur mes horaires.

Dossiers concernant Diane.

Puis des documents sur Thomas.

Je regardai les photographies étalées sur la table du commissariat sans reconnaître ma propre vie.

Tout semblait banal.

Thomas entrant dans une pharmacie.

Moi portant deux sacs de courses.

Diane, encore jeune, attendant devant un cinéma.

Mais quelqu’un avait décidé que ces moments méritaient d’être conservés.

Cho ne nous montra pas tout.

Elle sélectionna seulement ce qui concernait directement l’enquête.

La cassette enregistrée une semaine avant la mort de Thomas fut numérisée.

L’image provenait d’une caméra cachée dans son bureau à domicile.

Je dus m’arrêter avant même que la vidéo commence.

« Chez nous ? »

Cho répondit : « L’angle correspond à une petite caméra placée probablement dans un détecteur de fumée. »

Je me souvenais de ce détecteur.

Sentinel l’avait installé lors d’une mise à niveau du système de sécurité.

Thomas avait plaisanté sur le fait que nous possédions désormais une maison plus surveillée qu’une banque.

Je n’avais jamais imaginé à quel point il avait raison.

La vidéo montrait Thomas assis à son bureau.

Plus mince que dans mes derniers souvenirs.

Fatigué.

Il parlait au téléphone.

Nous n’entendions pas l’autre personne.

« Non », disait-il. « Je ne vais pas laisser tomber. »

Pause.

« Parce que ce ne sont pas seulement des factures gonflées. Il y a des clients qui paient pour supprimer des enregistrements. »

Diane couvrit sa bouche.

Thomas connaissait donc déjà une partie du système.

Sur la vidéo, il ouvrit un classeur.

« J’ai fait trois copies. »

Je sentis Cho se redresser.

Thomas poursuivit :

« Une au cabinet. Une ailleurs. Et une que personne ne trouvera. »

Puis il écouta.

Son visage changea.

« Vous menacez ma famille ? »

Diane commença à pleurer.

Je ne pouvais pas.

Pas encore.

Thomas se leva.

« Si quelqu’un approche Dorothy ou Diane, tout part directement au procureur. »

L’appel se termina.

Il resta debout longtemps.

Puis il regarda presque directement vers la caméra sans savoir qu’elle existait.

Je n’avais pas vu son visage depuis des années autrement qu’en photographie.

Le mouvement.

La fatigue.

La manière de passer une main sur son front.

Cela me fit plus mal que les mots.

La vidéo continua.

Thomas prit une enveloppe.

Écrivit quelque chose.

Puis quitta la pièce.

Cho arrêta l’image.

« Nous n’avons jamais retrouvé cette enveloppe. »

« Peut-être la copie que Rachel a mise dans D-17 ? »

« Non. Les dates ne correspondent pas. Le contenu de Rachel est antérieur. »

Thomas avait donc créé sa propre assurance.

Trois copies.

Une au cabinet.

Une ailleurs.

Une « que personne ne trouvera ».

Gavin avait probablement passé des années à chercher la troisième.

« C’est pour ça que mon nom est resté actif », dis-je.

Cho acquiesça.

« Ils pensaient que vous pouviez savoir où Thomas l’avait cachée. »

« Mais je ne savais rien. »

« Adrian ne vous croyait peut-être pas. »

Diane regarda la vidéo figée de son père.

« Est-ce que sa mort était vraiment naturelle ? »

Cho prit le temps de répondre.

« Nous avons fait réexaminer son dossier médical. Tout indique un infarctus compatible avec sa maladie cardiaque. Aucun élément actuel ne montre une intervention criminelle. »

Je fermai les yeux.

C’était douloureux, mais nécessaire.

Je ne voulais pas que Marcus vole aussi la vérité de la mort de Thomas.

S’il était mort de sa maladie, alors c’était cela que nous devions préserver.

Pas transformer son dernier jour en scénario plus spectaculaire parce que notre imagination était désormais empoisonnée par les secrets.

Cho reprit.

« Ce qui est possible, en revanche, c’est que Gavin et Adrian aient exploité sa maladie. Ils savaient qu’il était fragile. Ils ont pu penser qu’il suffirait d’attendre. »

Une note trouvée dans la caisse confirmait presque cette idée.

« T.C. cardiaque. Pression suffisante. Éviter contact direct. »

Diane lut la phrase trois fois.

« Ils comptaient sur le stress. »

« Peut-être », répondit Cho. « Mais juridiquement, ce sera difficile à établir. »

Brooke demanda : « Ils le harcelaient ? »

D’autres éléments semblaient le montrer.

Appels anonymes.

Courriers.

Une vitre de voiture brisée.

Un faux avis fiscal.

Des tentatives destinées à faire comprendre à Thomas qu’on pouvait atteindre sa vie privée.

Jamais assez pour relier clairement Sentinel.

Toujours assez pour maintenir la pression.

Je me rappelai les dernières semaines de Thomas.

Il dormait mal.

Il vérifiait souvent les portes.

Je pensais qu’il s’inquiétait pour son travail.

Il ne m’avait rien dit.

Peut-être pour me protéger.

Peut-être parce qu’il croyait pouvoir régler seul la situation.

Je ressentis une colère ancienne contre un homme mort que j’aimais toujours.

Pourquoi ne m’avait-il pas fait confiance ?

Puis je me rappelai Rachel.

Diane.

Brooke.

Le silence était contagieux dans les familles menacées.

On l’appelait protection jusqu’à ce qu’il devienne une prison.

La caisse contenait aussi une lettre photocopiée de Thomas.

Adressée à Gavin.

« Je connais le fonctionnement de votre système. Si je cesse soudainement de collaborer ou si quelque chose m’arrive, vous ne pourrez pas récupérer toutes les copies. »

Gavin avait donc une raison de croire qu’après la mort de Thomas, les preuves existaient toujours.

Et une raison d’observer sa veuve.

Moi.

L’une des copies fut retrouvée facilement dans les archives du cabinet.

Elle avait été classée dans un dossier financier et jamais exploitée parce que Thomas mourut avant de déposer une plainte formelle.

La deuxième correspondait probablement à des documents saisis plus tard par Rachel.

La troisième restait inconnue.

« Est-ce qu’elle compte encore ? » demandai-je.

Cho répondit :

« Oui. Parce que Thomas mentionne plusieurs noms qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Si la troisième copie contient des pièces complémentaires, elle peut élargir considérablement l’enquête. »

Gavin le savait.

Adrian aussi.

Et ils avaient passé dix-neuf ans à supposer que je possédais quelque chose que je n’avais jamais vu.

Brooke étudia les notes de la caisse.

« Ils ont fouillé chez mamie ? »

Cho hésita.

« Probablement plusieurs fois. »

Une série de dates correspondait à des périodes où j’étais en voyage.

Une mention disait : « maison claire ».

Une autre : « grenier incomplet ».

Je sentis un froid me traverser.

« Il est venu chez moi. »

Cho répondit : « Nous pensons qu’Adrian est entré au moins deux fois avant son mariage avec Diane. »

Diane pâlit.

« Et après ? »

« Il n’avait plus besoin d’entrer clandestinement. »

Cette phrase fit plus mal que le reste.

Je l’avais invité.

Repas de Noël.

Anniversaires.

Réparations.

Marcus proposait souvent d’aller chercher des boîtes au grenier pour moi.

Je le remerciais.

Il fouillait peut-être en souriant.

Brooke demanda : « Est-ce qu’il a trouvé quelque chose ? »

Apparemment non.

La note « D-17 toujours non résolu » le prouvait.

Puis l’équipe fédérale trouva une petite photographie collée au fond de la caisse.

Thomas devant notre ancienne maison.

Au verso :

« Chercher sous S. »

Cho fronça les sourcils.

« S. ? »

Je réfléchis.

Aucune personne.

Aucun endroit évident.

Puis Diane demanda :

« Et si ce n’était pas un nom ? »

Thomas avait une habitude.

Il marquait les cartons avec une seule lettre.

C pour cuisine.

L pour livres.

S pour souvenirs.

Après sa mort, j’avais conservé plusieurs cartons sans jamais vraiment les trier.

Certains étaient encore dans un box de stockage que je louais depuis mon déménagement.

« Le box », dis-je.

Cho se tourna vers moi.

« Quoi ? »

« J’ai des cartons de Thomas dans un garde-meuble. Des cartons marqués S. »

La police sécurisa immédiatement le site.

Mon box n’avait pas été ouvert depuis huit mois selon le registre.

Mais il existait une anomalie.

Deux accès supplémentaires apparaissaient cinq ans auparavant.

Avec un code temporaire associé à Diane.

Elle ne se souvenait pas d’y être allée.

« Marcus avait mon portefeuille ce week-end-là », murmura-t-elle. « J’avais perdu ma carte. »

Il avait probablement copié les informations.

Mais s’il avait déjà fouillé le box, pourquoi la troisième copie restait-elle introuvable ?

Nous nous y rendîmes avec Cho.

Je reconnus les cartons poussiéreux.

S.

S.

S.

Une douzaine.

Les enquêteurs les ouvrirent un par un.

Albums.

Décorations.

Vêtements.

Carnets.

Rien.

Puis un technicien remarqua qu’un vieux meuble de couture appartenant à Thomas — il l’avait récupéré de sa mère — avait un panneau inférieur plus épais que prévu.

Je ris malgré moi.

« Thomas détestait ce meuble. »

Il refusait pourtant que je le jette.

Le panneau fut dévissé.

À l’intérieur se trouvait une enveloppe plastifiée.

Sur le devant :

« Dorothy — seulement si nécessaire. »

Je restai incapable de la prendre.

Cho l’ouvrit avec des gants.

À l’intérieur se trouvaient une clé, plusieurs photocopies et une lettre.

La clé appartenait à un coffre de dépôt privé, différent de celui de Rachel.

Les photocopies montraient des comptes.

Des paiements.

Et un nom que nous n’avions encore jamais relié directement au réseau.

Un juge.

Le juge Harold Vance.

Diane fronça les sourcils.

« Celui qui a signé la caution de Marcus ? »

Cho se figea.

Oui.

Le même homme.

Le juge qui, quelques jours plus tôt, avait autorisé la libération de Marcus sous conditions appartenait autrefois aux dossiers financiers de Sentinel.

La troisième copie de Thomas ne révélait donc pas seulement des crimes vieux de vingt ans.

Elle suggérait qu’un homme occupant encore aujourd’hui une fonction judiciaire avait été lié au réseau.

« C’est pour ça que Marcus a été libéré ? » demanda Brooke.

Cho répondit :

« Nous ne savons pas. »

Mais son visage disait qu’elle prenait la question très au sérieux.

La lettre de Thomas précisait que Vance avait bénéficié d’installations secrètes dans une maison appartenant à une autre personne.

Il avait ensuite payé Gavin pour obtenir certains enregistrements.

Ce n’était pas encore la preuve d’un acte récent.

Mais c’était un levier.

Une vulnérabilité.

Exactement le genre de secret dont Gavin et Adrian savaient se servir.

Cho quitta la pièce pour appeler le procureur fédéral.

Elle revint dix minutes plus tard.

« À partir de maintenant, aucune information sensible sur cette enquête ne passera par les circuits locaux impliquant le juge Vance. »

Noah demanda :

« Vous pensez qu’il travaille encore avec eux ? »

« Je pense que nous devons vérifier. »

Brooke fixa la porte.

« Et Marcus ? »

Cho consulta son téléphone.

Le dispositif électronique indiquait toujours qu’il se trouvait à l’adresse autorisée.

Puis une alerte apparut.

La balise venait de cesser de transmettre.

Cho appela immédiatement l’équipe de surveillance.

Pas de réponse.

Une minute plus tard, son téléphone sonna.

Elle décrocha.

Son visage changea.

« Quand ? »

Silence.

« Fermez les sorties. Maintenant. »

Elle raccrocha.

Diane se leva.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Cho répondit :

« Marcus a retiré son bracelet. »

Brooke devint blanche.

« Il est où ? »

« Nous ne savons pas encore. »

Puis un deuxième message arriva.

Cho le lut.

« La voiture du juge Vance vient d’être filmée quittant son domicile. »

Noah demanda :

« Avec qui ? »

Cho releva lentement les yeux.

« Un homme correspondant à Marcus était assis côté passager. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 20 : Marcus disparaît avec le juge qui l’a libéré, et leur fuite conduit enfin les enquêteurs vers le lieu où le réseau protégeait ses derniers secrets

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