Personne ne parla pendant plusieurs secondes après les mots de Holloway.
« Même solution. »
Ils semblaient trop vagues pour signifier quoi que ce soit et, en même temps, trop précis pour être ignorés. Brooke resta assise à la table, le visage vidé de toute couleur. Diane avait posé une main sur son épaule sans oser la serrer. Noah, toujours relié à l’appel depuis son domicile, ne disait plus rien.
Je fus la première à reprendre ma voix.
« Quelle solution ? »
Holloway répondit avec prudence.
« Nous ne savons pas encore. Nous ne pouvons pas supposer que cette phrase fait référence à un crime précis. Mais compte tenu du contexte, nous devons la prendre au sérieux. »
« Donc Brooke est en danger. »
Cette fois, il ne tenta pas d’adoucir la réponse.
« Potentiellement, oui. »
Renata intervint aussitôt. Les mesures concernant Brooke devaient être renforcées. Personne ne communiquerait notre adresse à des tiers. Son lycée serait informé qu’aucune sortie avec un adulte non autorisé ne serait acceptée. Les appels et messages reçus par Diane ou Brooke seraient conservés.
Diane regarda son téléphone éteint sur le comptoir.
« Vous voulez que je le rallume ? »
« Pas encore », dit Holloway. « Un technicien va d’abord le mettre en mode sécurisé. Si Marcus a installé un logiciel de suivi, nous préférons le savoir avant qu’il reçoive votre localisation. »
Brooke murmura : « Il l’a probablement déjà. »
Holloway lui demanda pourquoi.
« Parce qu’il savait toujours où maman allait. Même quand elle désactivait tout. »
« Est-ce qu’il a déjà eu accès à votre voiture ? »
Diane eut un rire bref.
« Il entretient nos deux voitures lui-même. »
Holloway nota quelque chose.
Moins d’une heure plus tard, un enquêteur spécialisé dans les appareils numériques arriva chez moi avec un boîtier de protection et plusieurs pochettes. Il examina d’abord le téléphone de Diane, puis celui de Brooke.
Il trouva sur celui de Diane une application masquée sous le nom d’un outil système.
Elle transmettait la localisation, certains journaux d’appels et les connexions Wi-Fi.
Diane regarda l’écran comme si elle observait une infestation sous sa peau.
« Depuis quand ? »
Le technicien fit défiler quelques lignes.
« Installation initiale il y a environ vingt-deux mois. Plusieurs mises à jour depuis. »
« Je n’ai jamais installé ça. »
« Quelqu’un ayant votre code l’a fait. »
Brooke ne regarda même pas sa mère.
« Marcus connaissait son code. »
Le technicien examina ensuite le téléphone de Brooke. Il n’y trouva pas la même application, mais un certificat de gestion à distance avait été installé presque un an auparavant.
« Ça permet quoi ? » demandai-je.
« De surveiller certaines activités, de pousser des configurations, parfois de bloquer ou consulter des données selon la manière dont le profil est utilisé. »
Brooke ferma les yeux.
« Donc même quand je croyais avoir changé mes mots de passe… »
« Cela dépend de ce qu’il avait configuré, mais oui, il pouvait conserver certains accès. »
Diane se leva et fit quelques pas jusqu’à la fenêtre.
« Il nous avait fabriqué une maison sans porte. »
Personne ne la contredit.
Dans l’après-midi, les policiers inspectèrent aussi ma voiture.
Un petit traceur magnétique fut trouvé sous le châssis arrière.
Cette fois, ce fut moi qui restai sans voix.
« Il est récent ? »
L’enquêteur retourna l’objet entre ses doigts gantés.
« Difficile à dire sans analyse. Quelques semaines peut-être. »
Je regardai Diane.
Elle comprit immédiatement.
« Il suivait déjà maman avant cette nuit. »
Brooke leva brusquement la tête.
« Pourquoi ? »
Personne n’avait de réponse.
Je repensai à James et à ce qu’il m’avait rappelé concernant Eric Palmer, l’ancien petit ami de Diane. Une autre société de sécurité. Une autre période où ma fille s’était plainte d’être surveillée.
Cette coïncidence cessait progressivement d’en être une.
J’appelai Holloway à part.
« Il y a quelque chose que je dois vous dire. »
Je lui racontai ce dont James s’était souvenu : des années auparavant, Diane avait fréquenté Eric Palmer, un homme qui travaillait pour une société de sécurité et dont le comportement m’avait inquiétée.
« Quel âge avait Diane ? »
« Vingt-six ans. »
« Il y a combien de temps ? »
« Environ quatorze ans. »
Holloway demanda le nom complet d’Eric et tout ce dont je me souvenais.
Très peu, malheureusement.
Il avait été charmant au début. Puis jaloux. Il appelait Diane sans cesse. Une fois, elle m’avait confié qu’il avait su qu’elle était allée déjeuner avec une collègue sans qu’elle lui en parle.
La relation s’était terminée après quelques mois.
« Pourquoi pensez-vous que c’est lié à Marcus ? »
« Je ne le pensais pas avant hier. »
Je regardai le salon où Brooke était assise.
« Mais Marcus travaillait dans la sécurité. Owen aussi. Et maintenant j’apprends que quelqu’un me suivait moi-même. »
Holloway ne promit rien.
« Je vais vérifier Eric Palmer. »
L’appel de Noah arriva peu avant dix-huit heures.
Il avait demandé à parler seul à Diane et moi avant de rencontrer Brooke le lendemain.
Nous acceptâmes.
« Il y a un détail que je n’ai pas dit hier », commença-t-il.
« Pourquoi ? » demanda Diane.
« Parce que je n’étais pas sûr que ce soit un souvenir ou quelque chose que j’avais reconstruit. »
Sa voix paraissait épuisée.
« Mais après avoir entendu parler de la liste, je crois que ça compte. »
Noah expliqua qu’après son placement chez sa tante Helen, un homme avait continué pendant plusieurs mois à passer lentement devant la maison.
Il ne voyait jamais clairement son visage.
Mais la voiture était toujours la même.
« Ma tante appelait la police ? »
« Une fois. La voiture était partie avant leur arrivée. »
Puis Noah ajouta :
« Helen m’a dit plus tard qu’Adrian n’aimait pas perdre le contrôle d’une situation. Quand quelqu’un lui échappait, il surveillait jusqu’à trouver une nouvelle manière d’entrer. »
Je regardai le traceur que les policiers avaient placé dans un sachet.
« Est-ce qu’il a déjà surveillé des proches de ta mère ? »
« Oui. »
« Qui ? »
« Ma grand-mère. Une amie de Rachel. Et Owen. »
Brooke, qui entendait depuis la pièce voisine malgré nos précautions, apparut dans l’encadrement de la porte.
« Alors le traceur sous la voiture de mamie, c’est peut-être parce qu’il savait que je l’appellerais. »
Diane se tourna vers elle.
« Tu devrais être allongée. »
« Je suis fatiguée d’être allongée pendant que tout le monde découvre des choses sur ma vie. »
Sa voix n’était pas forte.
Elle n’en était que plus difficile à contester.
Je tirai une chaise.
« Viens t’asseoir. »
Brooke nous rejoignit.
Noah demanda si elle allait bien.
« Non », répondit-elle. « Mais je préfère savoir. »
Il sembla comprendre.
« Moi aussi, j’ai passé des années à vouloir savoir. »
Peu après, Holloway rappela.
Il avait vérifié Eric Palmer.
L’homme avait travaillé chez Sentinel Integrated Systems.
La même société où Owen Blake et Adrian Mercer avaient été employés dix-huit ans auparavant.
Diane porta les doigts à ses lèvres.
« Marcus connaissait Eric ? »
« Nous n’avons pas encore établi cela », dit Holloway. « Mais leurs périodes d’emploi se chevauchent pendant environ huit mois. »
Le salon devint silencieux.
Je repensai à Eric.
À sa manière de poser des questions sur notre famille.
À l’époque, j’avais pensé qu’il essayait simplement d’impressionner Diane.
« Eric venait souvent chez moi », murmurai-je.
Holloway me demanda de préciser.
« Quand Diane et lui sortaient ensemble. Il connaissait mon adresse. Mes habitudes. Il savait quand Thomas était mort. Il savait que Diane et moi étions très proches. »
Brooke fronça les sourcils.
« Et après, des années plus tard, Marcus rencontre maman. »
Personne ne voulait formuler ce que cette chronologie suggérait.
Holloway le fit pour nous.
« Nous allons chercher à savoir si Marcus Webb a rencontré Diane par hasard. »
Diane ferma les yeux.
« Il m’a dit qu’on s’était rencontrés par accident. »
« Où ? »
« Dans un café près de mon ancien bureau. »
« Il connaissait votre lieu de travail avant cette rencontre ? »
« Je ne sais pas. »
Elle commença à pleurer.
Pas comme à l’hôpital.
Cette fois, c’était une colère qui ne trouvait pas encore sa forme.
« Et si rien de ça n’était un hasard ? »
Je pris sa main.
« Alors nous le découvrirons. »
À vingt et une heures, une voiture de patrouille fut stationnée temporairement dans notre rue.
Brooke se coucha tôt, épuisée par les médicaments.
Diane resta assise dans ma cuisine avec une tasse qu’elle ne toucha pas.
« Maman. »
« Oui ? »
« Tu te rappelles la première chose que Marcus m’a dite au café ? »
Je secouai la tête.
« Il m’a demandé si j’étais la fille de Dorothy Callaway. »
Mon estomac se noua.
« Tu ne m’avais jamais dit ça. »
« Parce qu’il avait expliqué qu’il t’avait vue une fois à une collecte de fonds de l’hôpital. Je pensais que c’était drôle. Petit monde. »
Je me levai lentement.
« Quelle collecte ? »
Diane fronça les sourcils.
« Je ne sais plus. »
« Je n’ai jamais participé à une collecte à Saint Augustine avant cette semaine. »
Elle me fixa.
La couleur quitta son visage.
Au même moment, le téléphone sécurisé que Holloway nous avait laissé sonna.
C’était lui.
« Madame Callaway, nous venons de recevoir les données préliminaires du traceur trouvé sous votre voiture. »
« Il envoyait les informations à Marcus ? »
« Pas directement. »
« Alors à qui ? »
« À un compte créé sous une identité que nous venons de relier à Sentinel Integrated Systems. »
Je regardai Diane.
« Quel nom ? »
Holloway répondit :
« Eric Palmer. »