PART 15 – Le passage secret mène sous la chapelle familiale, où Adrien retrouve enfin Sorel et comprend pourquoi son père n’avait jamais voulu que son fils hérite seul de la vérité

Le conduit descendait profondément sous l’aile nord.

Inès resta près de l’entrée pendant que les gendarmes s’engageaient les premiers. Le commandant lui avait ordonné de ne pas suivre.

Cette fois, elle obéit.

Pendant presque trente secondes.

Puis l’un des agents remonta.

— Il y a une bifurcation. Aucun repère.

Le commandant jura.

Il regarda Inès.

Elle leva les mains.

— Je vous avais prévenu.

— Vous connaissez ce niveau ?

— Pas officiellement.

— Donc ?

— Je connais la géométrie de ce qui se trouve au-dessus.

Il hésita.

— Vous restez entre deux agents.

Ils descendirent.

Les marches étaient taillées directement dans la pierre.

L’air devenait plus froid à chaque mètre.

Au bas du conduit, deux tunnels partaient dans des directions opposées.

Inès regarda les murs.

— Celui de droite va vers la chapelle.

— Comment le savez-vous ?

— Orientation.

— Et celui de gauche ?

— Probablement ancienne citerne.

Le commandant choisit la droite.

Ils progressèrent.

À mesure qu’ils avançaient, Inès comprenait que le passage était bien plus ancien que le domaine actuel. Certaines pierres portaient des traces de taille manuelle. Une ancienne évacuation d’eau courait au sol.

Puis ils trouvèrent du sang.

Quelques gouttes.

— Sorel est blessé, murmura un agent.

Le tir dans la bibliothèque avait donc touché quelqu’un.

Ils accélérèrent.

Au-dessus d’eux apparut un escalier tournant.

Inès reconnut la position.

— Nous sommes sous la chapelle.

Le commandant demanda :

— Sortie ?

— Derrière l’autel, si la logique du bâtiment est correcte.

Un gendarme monta.

Il poussa une trappe.

La chapelle familiale était presque noire.

Seules deux bougies d’urgence brûlaient près de l’entrée.

Personne.

Puis une voix vint du fond.

— Fermez la trappe.

Sorel.

Il se tenait derrière une rangée de bancs.

La cassette métallique reposait près de lui.

Son épaule gauche saignait.

Son arme était braquée vers eux.

Le commandant resta partiellement protégé par l’ouverture.

— C’est terminé.

— Non.

— Vous êtes blessé et encerclé.

— Je suis dans une chapelle construite sur trois sorties que votre architecte ne connaissait même pas.

Inès observa les murs.

Il bluffait peut-être.

Ou pas.

Sorel la regarda.

— Vous voyez ? Même elle hésite.

Le commandant ne répondit pas.

Sorel prit la cassette.

— Dites à Adrien de venir.

— Non.

— Alors je brûle tout.

Il sortit un petit briquet.

— Ce sont des copies.

— Pas toutes.

Le commandant resta calme.

— Nous avons déjà le registre.

— Vous avez un registre sans les noms réels.

Il secoua légèrement la cassette.

— Ça, c’est la table de correspondance.

Inès comprit.

Les références codées du registre ne pouvaient être reliées aux bénéficiaires sans cette liste.

Sorel approcha la flamme.

— Adrien.

Le commandant coupa son micro.

— Il n’entrera pas ici.

Mais la voix d’Adrien arriva derrière eux.

— Si.

Inès se retourna brusquement.

Il se tenait dans le tunnel avec Marc.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Ce que je t’avais interdit de faire.

— Adrien.

— J’ai essayé de rester dans la carrière.

Marc ajouta :

— Il a cessé d’écouter au bout de six minutes.

Le commandant serra la mâchoire.

— Monsieur Delorme, vous remontez.

Sorel cria :

— Non.

Adrien regarda vers la chapelle.

— Je suis là, Victor.

— Approchez seul.

— Non, répondit le commandant.

Adrien regarda Inès.

Elle secoua la tête.

— Ne fais pas ça.

Sorel leva le briquet.

La cassette était ancienne, mais les documents à l’intérieur pouvaient brûler.

Adrien inspira.

— Il veut parler.

— Il veut te mettre à portée de son arme.

— Oui.

— Donc ?

— Donc je ne lui donnerai pas ce qu’il veut complètement.

Il s’avança jusqu’au bord de la chapelle, sans franchir la dernière rangée.

Sorel sourit.

— Votre père faisait la même chose.

— Quoi ?

— Croire qu’il pouvait négocier en restant à distance.

— Mon père vous a piégé avec l’accord du 17 mars.

Le sourire disparut.

— Votre père s’est piégé lui-même.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il a cru pouvoir nettoyer trente ans d’affaires sales sans détruire sa propre famille.

Adrien regarda la cassette.

— Donnez-moi les noms.

— Pour les remettre à la police ?

— Oui.

Sorel rit.

— Voilà pourquoi votre père ne vous les a jamais confiés.

— Non. Il ne me les a pas confiés parce qu’il savait que je serais assez stupide pour venir les chercher moi-même.

Sorel fixa Adrien.

Inès comprit que son mari essayait de le faire parler.

— Votre père avait peur de vous, continua Sorel.

Adrien eut un léger sourire.

— Vous voulez vraiment me convaincre qu’il avait peur de moi ?

— Il avait peur de ce que vous feriez à sa mémoire.

— Alors vous ne le connaissiez pas aussi bien que vous le pensez.

Sorel serra son arme.

Adrien continua :

— Il savait exactement ce qui arriverait.

— Quoi donc ?

— Que nous finirions ici.

Inès le regarda.

Cette phrase n’était pas littérale.

Mais elle fonctionna.

Sorel hésita.

— Il vous a laissé quelque chose.

Adrien ne répondit pas.

— Quoi ?

Le ton de Sorel changea.

Il venait de mordre.

— Quelque chose que Vernet n’a jamais vu.

— Quoi ?

Adrien regarda la cassette.

— La preuve que votre table de correspondance n’est plus nécessaire.

Sorel devint très immobile.

C’était faux.

Inès le savait.

Mais Sorel, lui, ne pouvait pas le savoir.

— Menteur.

— Vous êtes revenu au domaine parce que vous aviez peur que mon père ait conservé une seconde table.

— Il n’en avait pas.

— Vous en êtes sûr ?

— Oui.

— Alors pourquoi êtes-vous encore là ?

Le briquet trembla légèrement.

Marc murmura :

— Continue.

Adrien fit un pas.

— Vous avez passé toute la nuit à courir après des documents dont vous ne connaissez jamais la dernière copie.

Sorel recula d’un demi-pas.

— Votre père m’a tout montré.

— Sauf la boîte donnée à Inès.

Sorel fixa Inès.

Voilà.

Il ne savait pas.

Adrien avait confirmation.

— Quelle boîte ?

Adrien ne répondit pas.

Sorel leva son arme davantage.

— Quelle boîte ?

Le commandant intervint.

— Posez l’arme.

— Fermez-la !

Sorel venait de perdre son calme.

Adrien continua :

— L’original de l’accord n’était pas dans le coffre.

— Je le sais.

— Mais vous ne saviez pas où il était.

Silence.

— Maintenant, la justice l’a.

Le visage de Sorel changea.

Pour la première fois, il comprit que l’opération entière était juridiquement morte.

— Vous bluffez.

— Les transferts sont bloqués.

— Faux.

— Kessler est retenu.

— Faux.

— Vernet aussi.

Sorel regarda Marc.

Marc ne dit rien.

Il n’en avait pas besoin.

La main de Sorel descendit légèrement.

Puis un téléphone vibra dans sa poche.

Il sursauta.

Ce moment suffit.

Le commandant cria.

Deux gendarmes avancèrent.

Sorel tira.

La balle passa très haut.

Adrien se jeta au sol.

Marc riposta.

Sorel recula derrière l’autel.

Inès entendit le bois éclater.

Puis le silence.

— Victor ! cria le commandant. Posez l’arme !

Aucune réponse.

Ils avancèrent prudemment.

Sorel était assis contre le mur derrière l’autel.

Son arme avait glissé à un mètre.

Une balle l’avait atteint à la cuisse.

Il respirait vite.

La cassette reposait contre sa jambe.

Marc la récupéra.

Sorel leva les yeux vers Adrien.

— Vous croyez que c’est fini ?

Adrien resta à distance.

— Pour ce soir, oui.

— Vous n’avez aucune idée des noms qui sont là-dedans.

— Alors ce sera une longue enquête.

Sorel eut un rire presque admiratif.

— Votre père aurait détesté cette réponse.

— C’est possible.

— Il voulait protéger le nom Delorme.

Adrien regarda la chapelle, les murs familiaux, les plaques portant des générations de noms.

Puis il répondit :

— Moi, je préfère protéger les gens qui ont été écrasés par ce nom.

Sorel détourna les yeux.

Les gendarmes le menottèrent.

La cassette fut placée sous scellé.

Inès rejoignit Adrien.

Il avait une éraflure au front, une nouvelle, juste sous l’ancienne.

Elle toucha doucement sa joue.

— Tu devais rester à la carrière.

— Toi aussi.

— Je suis architecte.

— Et moi, je suis apparemment incapable d’obéir.

Elle le regarda.

— Ça, je savais déjà.

Un rire bref leur échappa à tous les deux.

Pas parce que quelque chose était drôle.

Parce qu’ils étaient encore là.

Marc revint vers eux.

— Il y a un problème.

Le répit disparut immédiatement.

— Quoi ?

Il tenait une feuille extraite de la cassette.

— La table de correspondance contient des noms.

— Et ?

Marc montra une ligne.

Adrien lut.

Son visage se ferma.

Inès regarda à son tour.

Une entrée apparaissait sous un code ancien.

H.D.

Pas Hélène Delorme.

Henri Delorme.

Le père d’Adrien.

Et à côté de son nom figurait un montant.

Quatre-vingt-trois millions d’euros.

Adrien releva les yeux.

La vérité ne blanchissait pas son père.

Elle venait seulement de prouver qu’il avait été plus profondément impliqué qu’ils ne l’avaient encore compris.


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