PART 8 – Alors que Fabre tombe sous une balle, Adrien doit choisir entre fuir avec les siens ou retourner chercher une preuve capable de détruire sa famille

Fabre tomba sur le côté sans même pousser un cri. Adrien plongea aussitôt vers lui, tandis que Marc et ses agents se retournaient vers la lisière du chemin.

— À couvert !

Une seconde balle frappa un rocher et projeta des éclats de pierre.

Inès entraîna Hélène derrière un ancien mur de soutènement. Mme Roux poussa la cousine enceinte dans un creux du terrain. Laurent se coucha dans la boue, les deux mains sur la tête.

Marc tira deux fois vers les arbres.

Le tireur ne répondit pas.

Adrien posa ses mains sur Fabre.

— Où êtes-vous touché ?

Le notaire respirait difficilement.

Une tache sombre s’élargissait sur sa veste, juste sous l’épaule.

— Pas le thorax, dit Marc en arrivant à côté d’eux. Probablement clavicule ou haut du bras.

Il déchira le tissu et examina rapidement la blessure.

— La balle est sortie.

Fabre ouvrit les yeux.

— La lettre…

Adrien la sortit de sa poche intérieure.

— Je l’ai.

— Ne… la perdez pas.

— Économisez votre souffle.

Fabre tenta de sourire.

— Conseil professionnel.

Marc comprima la plaie et confia le pansement improvisé à Maxime.

— Appuie fort. S’il perd connaissance, tu me le dis immédiatement.

Maxime obéit.

Inès regardait les arbres.

— Pourquoi un seul tir ?

Marc le comprit aussi.

— Ce n’était pas pour nous bloquer.

Adrien leva la tête.

— Alors quoi ?

— Pour nous faire accélérer dans une direction précise.

Inès observa le chemin vers la carrière.

— Ils veulent nous pousser quelque part.

Marc acquiesça.

— Ou nous empêcher d’y aller.

Laurent, toujours au sol, releva la tête.

— Sorel sait pour la carrière ?

— Il connaît assez bien la propriété, répondit Inès.

— Pas ce secteur.

— Comment pouvez-vous en être sûr ?

— Parce qu’il ne l’a jamais utilisé.

Adrien le regarda.

— Tu continues à parler comme si tu connaissais tout ce qu’il a fait.

Laurent se remit debout.

— J’ai travaillé avec lui pendant quinze ans.

Le silence tomba.

Même Hélène parut surprise.

— Quinze ans ? répéta-t-elle.

Laurent essuya la boue de son pantalon.

— Pas directement.

— Arrête de jouer avec les mots, dit Adrien.

— Ton père utilisait Sorel pour certaines opérations que le conseil ne devait pas connaître. Je servais parfois d’intermédiaire.

— Et après la mort de mon père ?

Laurent ne répondit pas.

— Tu as continué.

— Quelques années.

Adrien ferma les yeux.

— Voilà pourquoi tu t’opposais aux audits.

— Parce que tu n’avais aucune idée de ce que tu risquais de découvrir.

— Non. Parce que toi, tu le savais parfaitement.

Marc fit signe de reprendre la marche.

Fabre pouvait se déplacer avec aide. Deux hommes le soutinrent.

Ils quittèrent rapidement le chemin principal et suivirent un passage de chèvres vers l’ancienne carrière. La pluie diminuait enfin, remplacée par un vent froid.

Adrien marcha à côté d’Inès.

— Tu penses que ma mère dit vrai ?

— Sur quoi ?

— Les médicaments.

Inès réfléchit avant de répondre.

— Je pense qu’elle croit ce qu’elle dit.

— Ce n’est pas la même chose.

— Non.

— Et Sorel ?

— Il avait intérêt à lui donner une raison de rester en contact avec lui.

Adrien hocha lentement la tête.

— Donc le registre pourrait être faux.

— Ou vrai. Ce soir, chaque information importante semble avoir été utilisée par quelqu’un pour manipuler quelqu’un d’autre.

Il la regarda.

— Même toi.

Elle comprit ce qu’il voulait dire.

— Mon courrier.

— Oui.

Ils continuèrent quelques pas.

— J’aurais dû voir ce que ma famille te faisait.

Inès fixa le sol irrégulier.

— Tu voyais une partie.

— Et je l’expliquais.

— Oui.

— Je suis désolé.

Elle le regarda enfin.

— Nous parlerons de ça si nous sortons d’ici.

— Quand nous sortirons d’ici.

— D’accord. Quand.

Ils atteignirent l’entrée de la carrière.

Une barrière de chantier rouillée bloquait l’accès. Inès trouva le passage latéral qu’elle connaissait.

L’intérieur sentait la pierre humide et la poussière.

Marc disposa ses hommes aux deux accès.

— On attend les gendarmes ici.

Hélène secoua la tête.

— Et le coffre ?

Adrien se tourna vers elle.

— Quoi, le coffre ?

— Sorel le trouvera.

— Je me fiche du coffre.

— Il contient peut-être la preuve concernant ton père.

— Il contient peut-être un faux fabriqué pour te manipuler.

— Ou la preuve qu’il a été assassiné.

Le mot resta suspendu dans la carrière.

Laurent détourna les yeux.

Adrien le vit.

— Pourquoi tu ne regardes pas ma mère ?

Laurent soupira.

— Parce que cette conversation est absurde.

— Alors regarde-moi.

Il obéit.

— Est-ce que tu savais quelque chose sur les médicaments de mon père ?

— Non.

— Réfléchis avant de répondre.

— Je n’ai rien à voir avec sa mort.

— Ce n’est pas ce que j’ai demandé.

Laurent se passa une main sur le visage.

— Ton père prenait des traitements lourds. Tout le monde le savait.

— Est-ce que Sorel t’a parlé de ses médicaments ?

Long silence.

Hélène fit un pas.

— Laurent ?

Il regarda sa sœur.

— Une fois.

Adrien devint parfaitement immobile.

— Quand ?

— Deux semaines avant sa mort.

— Qu’a-t-il dit ?

— Que ton père devenait imprévisible. Qu’il fallait s’assurer qu’il prenait correctement ses médicaments.

— Et toi ?

— Rien.

— Rien ?

— Je n’étais pas son médecin.

Hélène murmura :

— Tu avais accès à sa chambre.

— Nous avions tous accès à sa chambre.

— Pas la nuit.

Laurent la regarda.

— Tu veux m’accuser maintenant parce qu’un criminel t’a raconté une histoire ?

— Je veux savoir pourquoi tu ne m’as jamais dit que Sorel te parlait du traitement de mon mari.

Laurent explosa enfin.

— Parce que tout le monde savait qu’il allait mourir !

Sa voix résonna dans la carrière.

Personne ne répondit.

Laurent réalisa ce qu’il venait de dire, mais trop tard.

Hélène le fixait.

— Ce n’était pas la question.

Il baissa la tête.

Adrien s’approcha.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

— Rien.

— Laurent.

— Je n’ai pas tué ton père.

— Alors qu’est-ce que tu caches ?

Laurent regarda Marc, les agents, Fabre blessé, puis son neveu.

— Je lui ai apporté des médicaments.

Hélène porta une main à sa bouche.

— Quels médicaments ?

— Ceux que son médecin avait prescrits.

— Qui te les donnait ?

Laurent hésita.

Et cette hésitation suffit.

Adrien murmura :

— Sorel.

Laurent ne nia pas.

Hélène recula jusqu’au mur de pierre.

— Mon Dieu.

— Je ne savais pas qu’ils étaient différents ! lança Laurent. Les boîtes étaient identiques. Les doses étaient marquées. Sorel disait que les livraisons habituelles risquaient d’être surveillées à cause des audits internes.

Adrien le saisit par le col.

— Tu faisais entrer les médicaments de mon père par un homme qu’il soupçonnait de blanchiment ?

Marc intervint aussitôt.

— Adrien.

— Lâchez-moi.

— Pas tant que vous lui tenez le cou.

Inès s’approcha.

— Adrien.

Il ferma les yeux, puis relâcha Laurent.

Son oncle recula en toussant.

— Je ne savais pas.

Adrien parla d’une voix basse.

— Tu ne voulais pas savoir.

Cette fois, Laurent n’eut aucune réponse.

Un bruit de moteur monta de la route de la carrière.

Marc leva le poing.

Ses hommes se mirent en position.

Une lumière bleue apparut au loin.

Puis une seconde.

— Gendarmerie, dit l’un des agents.

Un soulagement visible traversa le groupe.

Deux véhicules blindés légers approchèrent. Des gendarmes descendirent, armes prêtes. Marc sortit lentement pour s’identifier.

Quelques minutes plus tard, un commandant entra dans la carrière.

— Adrien Delorme ?

— Oui.

— Nous avons sécurisé la route est. D’autres unités encerclent votre propriété.

Adrien demanda immédiatement :

— Sorel est toujours à l’intérieur ?

— Nous ne savons pas encore.

Le commandant regarda ses notes.

— Mais nous avons intercepté deux hommes qui tentaient de partir par le portail sud.

— Et ?

— Ils avaient des copies de plans, des brouilleurs et plusieurs clés électroniques.

Marc demanda :

— Combien sont encore dans la maison ?

— Entre quatre et six.

— Il y en avait huit au départ, répondit Marc.

— Nous avons également trouvé un véhicule vide à l’extérieur du mur.

Adrien regarda Inès.

Sorel pouvait encore être là.

Hélène s’approcha du commandant.

— Il cherche un coffre dans le bureau de mon mari.

L’homme la regarda.

— Qu’y a-t-il dedans ?

— Des documents liés à des affaires financières. Peut-être aussi à la mort de mon mari.

Le commandant se tourna vers Adrien.

— Si ce coffre est important, j’ai besoin de son emplacement exact.

Adrien regarda Inès.

Elle visualisa de nouveau les plans.

— Je peux vous montrer.

— Non, dit Adrien.

Elle se tourna vers lui.

— Les plans actuels ne montrent pas le vide derrière la boiserie.

— Tu peux l’expliquer ici.

— Pas précisément. Le mur a trois conduits, deux renforts et une ancienne cheminée. Si vos hommes ouvrent au mauvais endroit, ils perdent du temps.

— Alors je viens avec toi.

Le commandant secoua la tête.

— Certainement pas.

Adrien allait protester.

Inès posa une main sur son bras.

— Il a raison.

— Tu viens de dire que tu devais y aller.

— Moi, je sais où est le coffre. Toi, tu es la personne que Sorel veut.

— Inès—

— Tu voulais m’écouter sans essayer de me protéger. Commence maintenant.

Il la fixa.

Ce n’était plus la femme humiliée de la cuisine.

C’était celle qui avait guidé toute sa famille hors d’une maison occupée par des hommes armés.

Adrien céda.

— Reviens.

— Oui.

Elle accompagna le commandant et quatre gendarmes jusqu’à un véhicule.

Marc demanda à se joindre à eux.

Le groupe repartit vers le domaine.

À mesure qu’ils approchaient, Inès sentit la tension revenir.

La maison brillait encore sous les projecteurs.

Aucune fenêtre ne bougeait.

Aucun homme n’était visible.

Le véhicule s’arrêta derrière le mur nord.

Ils entrèrent par un accès que les forces de l’ordre avaient déjà sécurisé.

Le silence intérieur paraissait irréel.

Les assiettes étaient encore sur la table du dîner.

Une chaise gisait renversée.

Dans la cuisine, le plat qu’Inès avait posé quelques heures auparavant était toujours là.

Elle ne le regarda qu’une seconde.

Puis elle conduisit les gendarmes vers l’ancien cabinet du père d’Adrien.

La bibliothèque occupait tout un mur.

Inès s’approcha du panneau central.

— Le coffre est derrière cette zone.

Le commandant fit signe à deux hommes.

Ils retirèrent soigneusement une partie de la boiserie.

Un espace sombre apparut.

Puis le coffre.

Sa porte était ouverte.

Hélène avait eu raison sur un point.

Sorel l’avait trouvé.

Mais il n’avait pas tout emporté.

Au fond du coffre, une seule enveloppe restait.

Elle portait un nom écrit à la main.

Pas celui d’Adrien.

Pas celui de Sorel.

Celui de Laurent Delorme.


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