PART 7 – La lettre laissée par le père d’Adrien dévoile une dette fabriquée, mais un détail prouve que quelqu’un de la famille a aidé Sorel bien avant Laurent

Maître Fabre ne fit aucun geste brusque. Marc gardait son arme baissée mais prête, observant la route derrière le véhicule du notaire. L’arrivée semblait trop opportune pour ne pas éveiller les soupçons.

Adrien resta face à l’homme.

— Comment saviez-vous que Sorel était ici ?

— J’ai reçu un appel de votre mère il y a quarante minutes.

Tous les regards se tournèrent vers Hélène.

Elle secoua la tête.

— Je ne vous ai pas appelé.

Fabre fronça les sourcils.

— J’ai entendu votre voix.

— Mon téléphone est resté dans la salle à manger.

Marc intervint.

— Le numéro affiché ?

— Le sien.

— Enregistrement ou imitation vocale, murmura Inès.

Fabre pâlit.

— Alors on voulait que je vienne.

Adrien regarda l’enveloppe.

— Avec ça.

Le notaire la serra soudain plus fort.

— Je n’ai parlé de cette lettre à personne.

— Personne ?

— Personne vivant.

Laurent eut un rire amer.

— Voilà une précision rassurante.

Fabre le reconnut enfin.

— Laurent.

— Maître.

Le notaire observa son état, puis regarda Adrien.

— Qu’est-ce qu’il fait avec vous ?

— C’est une longue histoire.

— Nous avons vingt minutes au mieux, dit Marc. On peut échanger les souvenirs familiaux plus tard.

Ils se réfugièrent dans une grange derrière la ferme. Les propriétaires étaient absents pour le week-end, mais Mme Roux connaissait l’endroit et trouva la clé de secours sous une pierre plate près de la porte.

À l’intérieur, Inès alluma une unique lampe de chantier.

Adrien prit l’enveloppe.

Le papier était épais, jauni sur les bords. Son nom y figurait de la main de son père.

Il resta quelques secondes sans l’ouvrir.

Inès se tenait près de lui.

— Tu veux que je sorte ?

— Non.

Il déchira le rabat.

La lettre comportait quatre pages manuscrites et un petit document plié.

Adrien lut d’abord en silence.

Son visage changea avant qu’il atteigne la fin de la première page.

— Qu’est-ce qu’il dit ? demanda Hélène.

Adrien continua encore quelques lignes.

Puis il leva les yeux.

— Il dit que l’accord du 17 mars n’était pas une dette.

Laurent s’approcha.

— Alors quoi ?

— Un piège.

Adrien regarda de nouveau la lettre.

— Mon père avait découvert que Sorel utilisait plusieurs filiales du groupe pour blanchir de l’argent provenant de marchés de sécurité truqués. Il a voulu rompre leur partenariat.

Marc resta immobile.

— Et les deux cent quarante millions ?

— Une garantie fictive. Sorel avait fabriqué une série de contrats censés montrer que le groupe lui devait cette somme en cas de rupture.

Fabre hocha lentement la tête.

— Cela correspond à certaines opérations que votre père m’avait demandé de vérifier.

— Pourquoi signer l’accord ?

— Parce qu’il voulait gagner du temps.

Adrien poursuivit sa lecture.

— Mon père a accepté une version provisoire du document tout en transmettant des copies de preuves à trois personnes différentes.

— Qui ? demanda Inès.

Adrien lut les noms.

— Fabre. Un ancien magistrat nommé Renaud. Et quelqu’un désigné seulement par les initiales E.D.

Hélène inspira brusquement.

— Élodie Dumas.

Inès se retourna.

— Mon ancienne assistante ?

Hélène acquiesça.

— Son père travaillait pour ton beau-père avant sa mort.

Inès sentit plusieurs pièces du puzzle s’emboîter.

— Voilà pourquoi Élodie a reconnu certains documents.

Fabre regarda Inès.

— Elle travaillait pour vous ?

— Jusqu’à il y a neuf mois.

Laurent détourna le regard.

Adrien le vit.

— Tu l’as fait partir parce qu’elle savait.

— Je ne savais pas ce qu’elle savait.

— Mais tu avais peur qu’elle sache quelque chose.

Laurent répondit après un silence :

— Elle avait photographié plusieurs archives.

— Pour qui ?

— Je pensais pour toi.

— Donc tu l’as écartée.

— Oui.

Inès sentit sa colère revenir, plus froide que précédemment.

— Et quelqu’un lui a ensuite fait comprendre qu’elle devait disparaître.

Laurent ne répondit pas.

— C’était vous ?

— Je lui ai proposé de l’argent pour partir.

— Ce n’est pas ce que j’ai demandé.

Il leva enfin les yeux.

— Je n’ai menacé personne.

Marc intervint.

— Nous vérifierons plus tard.

Adrien déplia le petit document joint à la lettre.

— C’est quoi ? demanda Inès.

Il le posa sur une caisse.

Le papier comportait une série de numéros de comptes, de sociétés et de dates.

Fabre se rapprocha.

— Ça, je ne l’ai jamais vu.

Adrien lut la note manuscrite au bas.

— « La preuve finale se trouve avec l’original. Ne fais confiance à aucune copie. »

Hélène s’appuya contre une poutre.

— Dans le coffre.

— Probablement.

Laurent secoua la tête.

— Sorel doit déjà être dans le bureau.

Inès réfléchit.

— Non.

Tout le monde la regarda.

— S’il avait trouvé le coffre, il ne serait plus en train de nous parler par les haut-parleurs.

— Peut-être qu’il ne peut pas l’ouvrir, dit Marc.

— Ou qu’il ne trouve pas le mur exact.

Adrien regarda Inès.

— Tu peux y accéder autrement ?

Elle visualisa la pièce.

— Pendant les travaux, nous avions condamné l’ancienne entrée de service derrière le bureau. Mais le volume existe toujours entre deux cloisons.

— On peut entrer dans le coffre par derrière ?

— Pas dans le coffre. Mais peut-être dans l’espace où il est encastré.

Fabre secoua la tête.

— Vous pensez retourner là-bas ?

— Non, répondit Adrien immédiatement.

Laurent eut un rire sans joie.

— Et laisser Sorel repartir avec les preuves qui peuvent l’envoyer en prison ?

— La gendarmerie arrive.

Marc regarda sa montre.

— Si la route est seulement bloquée, oui.

Inès entendit la réserve.

— Qu’est-ce qui vous inquiète ?

— Sorel a préparé tout cela avec une précision militaire. Bloquer une seule route n’est probablement pas son unique solution.

Fabre regarda son téléphone.

— Aucun réseau ici maintenant.

Marc sortit le sien.

Même chose.

— Brouillage mobile.

Laurent se tourna vers la ferme.

— Il est assez proche pour couvrir cette zone.

Inès pensa au véhicule du notaire.

— Vous avez été suivi.

Fabre pâlit.

Marc fit immédiatement éteindre la lampe.

Tous restèrent dans l’obscurité.

Quelques secondes plus tard, un halo se déplaça sous la porte de la grange.

Des phares.

Le véhicule ralentit.

Puis passa.

Personne ne parla avant que le bruit du moteur ne disparaisse.

Marc murmura :

— Ils cherchent.

Adrien serra la lettre.

— On se déplace.

Fabre ouvrit la porte arrière de l’utilitaire.

— Je peux emmener les civils.

Marc secoua la tête.

— Pas sur la route.

Inès regarda autour d’elle.

— Le chemin de service derrière la ferme rejoint l’ancienne carrière.

Mme Roux acquiesça.

— Oui.

— La carrière possède deux sorties.

— L’une est effondrée depuis des années, répondit Mme Roux.

Inès secoua la tête.

— Pas complètement. Une équipe de géomètres l’a utilisée l’année dernière.

Adrien eut un bref sourire malgré la tension.

— Tu connais aussi la carrière ?

— J’ai passé deux ans à empêcher votre domaine de s’écrouler.

Ils quittèrent la grange par l’arrière.

Le chemin était boueux et étroit. Fabre resta avec eux, laissant son véhicule pour ne pas révéler leur trajectoire.

Après plusieurs centaines de mètres, Maxime s’approcha d’Adrien.

— Je dois te dire quelque chose.

— Maintenant ?

— Oui.

Le jeune homme semblait au bord de la nausée.

— Laurent n’est pas le premier à avoir parlé à Sorel.

Laurent se retourna brutalement.

— Tais-toi.

Adrien s’arrêta.

— Qui ?

Maxime baissa les yeux.

— J’ai vu des messages il y a presque un an.

— De qui ?

— Je ne connaissais pas le nom. Seulement les initiales.

— Lesquelles ?

Maxime avala sa salive.

— H.D.

Tout le groupe se figea.

Les mêmes initiales pouvaient appartenir à plusieurs personnes.

Mais dans cette famille, elles n’en désignaient qu’une seule présente avec eux.

Hélène Delorme.

Adrien regarda sa mère.

— Dis-moi que ce n’est pas vrai.

Elle resta silencieuse.

— Maman.

— Je lui ai parlé, dit-elle enfin.

Laurent jura.

— Tu m’avais assuré que tu n’avais aucun contact direct avec lui.

— Parce que je savais ce que tu aurais fait de cette information.

Adrien semblait avoir cessé de respirer.

— Depuis combien de temps ?

— Un an.

— Pourquoi ?

Hélène leva les yeux vers lui.

— Parce qu’il m’avait dit que ton père n’était pas mort de sa maladie.

Personne ne bougea.

Inès sentit un froid différent traverser son corps.

Adrien parla à peine au-dessus d’un murmure.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

Hélène essuya la pluie sur son visage.

— Sorel prétendait que ton père avait découvert qui sabotait son traitement.

Adrien recula d’un pas.

— Quel traitement ?

— Les doses de certains médicaments. Il disait que quelqu’un les avait modifiées pendant les dernières semaines.

Laurent secoua la tête.

— C’est absurde.

Hélène se tourna vers lui.

— C’est exactement ce que j’ai pensé.

Puis son regard se durcit.

— Jusqu’à ce que Sorel m’envoie une copie du registre médical privé.

Laurent ne répondit plus.

Adrien regarda sa mère.

— Où est cette copie ?

Elle désigna le domaine au loin.

— Dans le même coffre que l’accord du 17 mars.

À cet instant, un tir éclata derrière eux.

Fabre s’effondra.


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