PART 11 – Un cadeau de mariage oublié devient la clé du 17 mars, mais ce qu’Inès découvre à l’intérieur remet en cause tout ce qu’Adrien croyait savoir sur son père

— La boîte.

Adrien la fixa.

— Quelle boîte ?

Inès parlait déjà plus vite.

— Celle que Fabre nous a donnée après notre mariage.

Hélène fronça les sourcils.

— Je ne connais aucune boîte.

— Justement.

Adrien cherchait dans sa mémoire.

Puis son expression changea.

— La petite caisse en bois sombre.

— Oui.

— Celle avec les ferrures en cuivre.

— Oui.

Il passa une main sur son visage.

— On l’a rangée dans le bureau de l’appartement.

— Dans l’armoire du bas.

Laurent les regardait comme s’ils parlaient une autre langue.

— Qu’est-ce que c’est ?

Adrien répondit :

— Un cadeau posthume de mon père.

— Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ?

— Parce qu’il était destiné à mon épouse.

Le mot fit taire Laurent.

Fabre, avant d’être emmené vers l’ambulance, avait expliqué au couple que le père d’Adrien lui avait confié plusieurs objets à transmettre « lorsque certaines étapes de la vie seraient franchies ». Au mariage, Fabre avait remis à Inès cette petite boîte sans clé ni mécanisme apparent.

Ils avaient essayé plusieurs fois de l’ouvrir.

Puis la vie avait repris.

— Fabre nous avait dit de ne pas la forcer, murmura Inès.

Adrien acquiesça.

— Il avait dit qu’elle s’ouvrirait quand on comprendrait à quoi elle servait.

Hélène eut un rire incrédule.

— Même mort, il continuait ses énigmes.

Adrien la regarda.

— Peut-être parce qu’il ne faisait confiance à personne autour de lui.

Elle baissa les yeux.

Le commandant adjoint se rapprocha.

— Où est votre appartement ?

— Lyon.

— Distance ?

— Un peu moins de deux heures en voiture.

— Trop long.

Adrien sortit son téléphone.

— Pas si quelqu’un peut y entrer.

Inès secoua la tête.

— L’alarme.

— On peut la désactiver à distance.

— Pas depuis ton téléphone. Après la tentative d’intrusion l’année dernière, nous avons changé le système.

Adrien la regarda.

— Tu as encore l’accès ?

— Oui.

— Qui peut aller sur place ?

Ils pensèrent au même nom.

Élodie.

Inès resta silencieuse quelques secondes.

— Je ne sais même pas où elle vit maintenant.

Laurent murmura :

— Je sais.

Tous se tournèrent vers lui.

— Bien sûr que tu sais, dit Inès.

— Je lui ai versé de l’argent. Il fallait bien une adresse.

— Vous la surveilliez ?

— Non.

— Vous avez son contact ?

Laurent sortit lentement son téléphone.

— Son ancien numéro.

Le commandant le prit.

— Vous ne contactez personne vous-même.

Un gendarme composa le numéro depuis un appareil sécurisé.

Une sonnerie.

Deux.

Puis une voix de femme.

— Allô ?

Inès sentit sa gorge se serrer.

Elle reconnaissait cette voix.

— Élodie ?

Silence.

— Inès ?

— Oui.

Un souffle.

— Mon Dieu.

— J’ai besoin de ton aide.

Élodie ne posa aucune question personnelle.

— Dis-moi.

Cette simplicité fit davantage mal à Inès qu’un reproche.

Elle expliqua brièvement la situation, sans entrer dans tout ce qui s’était produit.

Élodie écouta.

Lorsqu’Inès mentionna la boîte en bois, elle resta silencieuse.

— Tu la connais ?

— Oui.

— Comment ?

— Parce que le père d’Adrien en avait deux.

Adrien prit le téléphone.

— Deux ?

— Oui. Mon père gardait l’autre.

— Ton père ?

— Il travaillait avec le vôtre sur les archives privées.

Hélène se rapprocha.

— Pourquoi personne ne m’a jamais dit ça ?

Élodie répondit depuis le téléphone :

— Parce que votre mari ne vous faisait plus confiance à la fin.

La phrase tomba sans agressivité.

Elle n’en fut que plus dure.

Hélène ne répondit pas.

Adrien demanda :

— Où est la seconde boîte ?

— Je l’ai.

— Elle s’ouvre comment ?

Élodie hésita.

— Avec deux plaques métalliques.

Inès comprit soudain.

— Les ferrures.

— Oui. Elles glissent.

— Nous avons essayé.

— Pas dans le bon ordre.

— Quel ordre ?

Élodie donna quatre mouvements précis : gauche, bas, droite, pression simultanée sur deux rivets.

Inès ferma les yeux.

Elle visualisait parfaitement l’objet.

— Je peux le faire.

Adrien regarda le commandant.

— Nous devons aller à Lyon.

— Vous n’irez nulle part tant que Sorel n’est pas sous contrôle.

— Alors envoyez quelqu’un.

Inès intervint.

— Pas nécessairement.

Tous la regardèrent.

— L’appartement possède une caméra intérieure.

— Et ?

— Elle est motorisée.

Adrien comprit.

— Tu veux guider quelqu’un à distance.

— Oui.

Élodie parla dans le téléphone.

— Je suis à vingt minutes de votre immeuble.

Le commandant hésita.

— On lui envoie une patrouille. Elle n’entre pas seule.

Élodie répondit :

— Ça me va.

Vingt-six minutes plus tard, tout le monde était regroupé autour de l’écran d’une tablette.

La caméra du bureau lyonnais affichait l’armoire basse.

Deux policiers étaient présents avec Élodie.

Inès lui indiqua la clé de secours puis le tiroir.

Élodie ouvrit l’armoire.

La petite boîte apparut.

Même à travers l’écran, Inès ressentit quelque chose d’étrange.

Cet objet avait passé deux ans à moins de dix mètres de leur lit.

Ils l’avaient oublié.

Et plusieurs hommes venaient peut-être de risquer leur vie pour ce qu’il contenait.

Élodie posa la boîte sur le bureau.

— Je commence.

— Plaque gauche d’abord, dit Inès.

Un clic.

— Maintenant pousse vers le bas.

Deuxième clic.

Adrien ne quittait pas l’écran des yeux.

Troisième mouvement.

Rien.

Élodie recommença.

Cette fois, un mécanisme interne se libéra.

Le couvercle s’ouvrit de quelques millimètres.

Personne dans la carrière ne parla.

Élodie souleva lentement le bois.

À l’intérieur se trouvait une enveloppe scellée, un petit carnet et une clé.

La caméra zoome.

Sur l’enveloppe, une phrase.

« À l’épouse de mon fils, si elle estime encore qu’il mérite de connaître la vérité. »

Adrien détourna légèrement le visage.

Inès sentit sa main chercher la sienne.

Elle la prit.

Élodie demanda :

— J’ouvre ?

Le commandant répondit :

— Oui. Sous caméra continue.

Elle découpa le sceau.

À l’intérieur se trouvait l’accord du 17 mars.

L’original.

Laurent laissa échapper un souffle.

— Il l’avait vraiment caché là.

Mais Élodie continua.

— Il y a une lettre.

Adrien murmura :

— Lis.

La voix d’Élodie tremblait légèrement lorsqu’elle commença.

Le père d’Adrien expliquait qu’il avait signé l’accord sous la contrainte financière de Sorel, mais qu’il avait intégré une clause cachée annulant toutes les garanties si les comptes présentés par Vernet s’avéraient falsifiés.

La clé juridique était simple.

Sorel n’avait jamais possédé de créance valable.

Kessler n’avait donc aucun droit réel sur les actifs.

Adrien ferma les yeux.

— Ça bloque tout.

Laurent secoua la tête.

— Pas si les banques ne voient pas l’original.

Le commandant parlait déjà avec l’unité financière.

— Transmettez des copies certifiées immédiatement.

Élodie continuait.

La lettre abordait ensuite une question plus personnelle.

Le père d’Adrien écrivait qu’il avait découvert que ses médicaments avaient été modifiés.

Hélène s’assit.

Adrien serra la main d’Inès.

La lettre précisait qu’il ne savait pas encore qui avait remplacé certaines doses.

Mais il avait fait analyser deux comprimés.

Ils contenaient une quantité excessive d’un anticoagulant incompatible avec l’un de ses autres traitements.

Marc n’était pas là pour l’entendre.

Mais le commandant pâlit.

Élodie lut la phrase suivante.

« Si ma mort intervient avant que je puisse identifier celui qui m’administre ces doses, je demande qu’on examine les livraisons effectuées par Laurent. Mais je ne crois pas que mon frère sache ce qu’il transporte. »

Laurent se laissa tomber contre le mur.

Hélène ne le regardait plus.

Adrien demanda :

— La suite.

Élodie inspira.

« Je crois que Paul Vernet agit pour son propre compte. Victor Sorel pense le contrôler. Laurent pense pouvoir les utiliser tous les deux. Ils se trompent. »

Inès sentit les poils se dresser sur ses bras.

Adrien murmura :

— Il savait.

Élodie continua.

Le père d’Adrien expliquait que Vernet avait commencé à falsifier des ordonnances, non pas simplement pour accélérer sa mort, mais pour créer une période de faiblesse durant laquelle plusieurs transferts financiers pourraient être autorisés sous sa signature.

— Donc il voulait faire croire que ton père avait signé pendant sa maladie, dit Inès.

Adrien acquiesça.

La lettre confirmait exactement cela.

Puis venait une phrase plus grave.

« Hélène a vu certains documents et s’est tue par peur du scandale. Elle ne participe pas aux falsifications, mais son silence les protège. »

Hélène ferma les yeux.

Personne ne parla.

Élodie s’arrêta.

— Il reste une page.

Adrien demanda :

— Lis-la.

La dernière page était destinée directement à sa future épouse.

Le père écrivait qu’il avait refusé de confier l’original à son fils parce qu’Adrien, jeune à l’époque, aurait tenté immédiatement d’affronter ceux qui entouraient la famille.

Il voulait que le document soit placé entre les mains de quelqu’un qui ne dépendrait ni financièrement ni émotionnellement du clan Delorme.

Inès sentit les regards se poser sur elle.

La phrase suivante lui coupa presque le souffle.

« Si Adrien choisit un jour une femme capable de quitter cette famille plutôt que de se soumettre à elle, donnez-lui cette boîte. Elle sera probablement la seule personne à pouvoir décider librement quand la vérité doit sortir. »

Hélène ne bougea plus.

Adrien regarda Inès.

Aucune des humiliations subies ce soir ne pouvait effacer ce qu’elle venait d’entendre.

Mais elles prenaient soudain un sens cruel.

La famille avait rejeté précisément la qualité que le père d’Adrien avait considérée comme essentielle.

Son indépendance.

Élodie referma doucement la lettre.

— Il y a encore le carnet.

Le commandant demanda :

— Qu’y a-t-il dedans ?

Elle ouvrit.

Des dates.

Des noms.

Des montants.

Puis elle s’arrêta.

— Adrien.

— Oui ?

— Il y a une dernière page écrite d’une autre main.

— Laquelle ?

Élodie rapprocha le carnet de la caméra.

En bas figurait une signature.

Paul Vernet.

Et à côté, une note récente.

Datée de trois semaines plus tôt.

« H.D. a finalement accepté de faire venir Adrien au domaine le 2 octobre. L’isolement sera plus facile si Inès est également présente. »

Le sang quitta le visage d’Hélène.

Adrien la regarda.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

Elle secouait déjà la tête.

— Je n’ai jamais écrit ça.

Mais cette fois, personne ne savait encore s’il fallait la croire.


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