PARTIE 23 – Au gala du groupe Delorme, Claire affronte enfin les regards qu’elle redoutait tandis que Gabriel refuse publiquement de cacher leur histoire

Le soir du gala arriva plus vite que Claire ne l’aurait voulu.

Pendant toute la journée, elle travailla normalement à l’hôtel.

C’était important pour elle.

Elle ne voulait pas passer douze heures à transformer l’événement en moment décisif.

À dix-sept heures, elle rentra chez sa mère.

Sa robe attendait dans une housse sur la porte de la chambre.

Bleu nuit.

Simple.

Longue sans être théâtrale.

Elle l’avait choisie seule.

Puis sa mère avait insisté pour venir aux retouches.

« Je ne comprends pas pourquoi on fait comme si j’étais absente de ce moment historique », avait-elle déclaré.

Léo entra dans la chambre pendant que Claire terminait de se préparer.

Il ouvrit de grands yeux.

« Maman princesse. »

Claire sourit.

« Pas princesse. »

« Princesse. »

Sa mère apparut derrière lui.

« Laisse-le. Pour une fois qu’un homme de cette famille dit quelque chose d’intelligent. »

Claire leva les yeux au ciel.

« Maman. »

Son téléphone vibra.

Gabriel.

Je suis en bas.

Claire regarda l’heure.

« Il est en avance. »

Sa mère eut un sourire.

« Évidemment. »

Gabriel attendait près de la voiture.

Lorsqu’il vit Claire sortir de l’immeuble, il resta immobile.

Elle s’arrêta.

« Quoi ? »

Il ouvrit la bouche.

Rien.

Claire sourit.

« C’est rare. »

« Quoi ? »

« Vous sans phrase préparée. »

Gabriel secoua légèrement la tête.

« Vous êtes magnifique. »

Elle sentit immédiatement sa nervosité diminuer.

« Merci. »

Il portait un smoking sobre.

Pas de détails extravagants.

Claire remarqua qu’il avait fait modifier la veste pour qu’elle tombe parfaitement en position assise.

« Vous aussi. »

Gabriel leva un sourcil.

« Magnifique ? »

« Supportable. »

Il rit.

Dans la voiture, Claire devint silencieuse.

Gabriel le remarqua.

« Vous pouvez encore changer d’avis. »

« Non. »

« Je suis sérieux. »

« Moi aussi. »

Elle regarda par la fenêtre.

« J’ai seulement peur que quelqu’un dise quelque chose que je n’arriverai pas à oublier. »

Gabriel réfléchit.

« Quelqu’un dira probablement quelque chose. »

Claire tourna la tête.

« Très rassurant. »

« Mais leur opinion n’est pas une information sur vous. »

Elle le regarda.

« C’est presque profond. »

« Antoine m’aide. »

Claire sourit.

Puis elle prit sa main.

L’hôtel particulier où se tenait le gala brillait de lumière.

Des voitures déposaient les invités devant l’entrée.

Des photographes attendaient derrière une barrière.

Claire sentit son estomac se nouer.

Gabriel serra doucement ses doigts.

« On entre ensemble. »

Elle acquiesça.

Lorsque la portière s’ouvrit, les premiers flashes éclatèrent.

Claire descendit.

Gabriel sortit ensuite par le dispositif adapté.

Quelques photographes reconnurent immédiatement.

« Monsieur Delorme ! »

« Gabriel, par ici ! »

Puis les questions.

« Qui vous accompagne ? »

« Une photo ensemble ? »

Claire sentit son corps se tendre.

Gabriel se plaça près d’elle.

Pas devant.

Près.

Un journaliste demanda :

« Madame est votre compagne ? »

Gabriel regarda Claire.

Elle comprit qu’il lui demandait silencieusement la permission.

Ce détail lui donna du courage.

Elle hocha légèrement la tête.

Gabriel se tourna vers les journalistes.

« Oui. Claire Moreau. »

Il n’ajouta rien.

Pas de justification.

Pas d’histoire romantique.

Pas d’explication de leur différence sociale.

Seulement son nom.

Claire respira.

À l’intérieur, Sophie les attendait.

Elle embrassa Gabriel, puis Claire.

« Vous êtes superbe. »

Claire sourit.

« Merci. »

Sophie se pencha.

« Et si quelqu’un vous ennuie, envoyez-le-moi. Je suis particulièrement désagréable en tenue de soirée. »

Claire éclata de rire.

« Je n’en doute pas. »

Antoine les rejoignit.

« Le conseil est déjà en train de se demander combien de temps avant que Gabriel refuse de prononcer son discours. »

Gabriel soupira.

« Je peux encore partir. »

Claire prit son bras.

« Non. »

« Trahison. »

La soirée commença.

Au début, les conversations restèrent polies.

Claire rencontra des dirigeants.

Des investisseurs.

Des administrateurs.

Certains savaient visiblement qui elle était.

D’autres non.

Puis une femme d’une quarantaine d’années s’approcha.

« Claire Moreau ? »

« Oui. »

« Isabelle Vernier. Je travaille avec Gabriel depuis dix ans. »

Claire sourit.

« Enchantée. »

Isabelle la regarda avec curiosité.

« Vous travailliez autrefois chez lui, c’est bien ça ? »

La question était formulée avec douceur.

Mais plusieurs personnes proches se turent légèrement.

Claire sentit la vieille peur revenir.

Elle aurait pu détourner.

Mentir.

Minimiser.

Elle choisit autre chose.

« Oui. J’étais employée de maison. »

Isabelle sembla surprise par sa franchise.

« Et maintenant ? »

« Je travaille dans l’hôtellerie et je poursuis une formation en gestion. »

Claire sourit.

« Et je suis toujours la même personne qu’avant, ce qui simplifie beaucoup les choses. »

Un homme voisin eut un petit rire.

La tension se dissipa.

Isabelle sourit à son tour.

« J’aime votre réponse. »

« Moi aussi. »

Gabriel, quelques mètres plus loin, avait tout entendu.

Il ne s’était pas approché.

Claire le remarqua.

Encore un progrès.

Il lui faisait confiance pour gérer sa propre conversation.

Plus tard, un homme moins subtil s’approcha de Gabriel près du bar.

Claire se trouvait juste assez près pour entendre.

« Delorme, vous cachez bien votre jeu. »

Gabriel leva un sourcil.

« Je ne savais pas que j’en avais un. »

L’homme désigna discrètement Claire.

« Vous trouvez donc vos compagnes dans votre personnel maintenant ? »

Le sourire de Gabriel disparut.

Claire sentit son corps se tendre.

Avant qu’il réponde, elle s’approcha.

« Bonsoir. »

L’homme se retourna.

« Madame. »

« Vous parliez de moi. »

Il rougit légèrement.

« Ce n’était qu’une plaisanterie. »

Claire sourit.

« Alors elle a besoin d’être retravaillée. »

Gabriel baissa les yeux pour cacher un sourire.

L’homme marmonna quelque chose et s’éloigna.

Claire se tourna vers Gabriel.

« Vous alliez faire quoi ? »

« Quelque chose d’excessif. »

« Je m’en doutais. »

« Vous avez été plus efficace. »

« Toujours. »

Quand vint le moment du discours, Gabriel monta sur l’estrade accessible.

Le bruit diminua.

Claire resta près de Sophie et Antoine.

Gabriel regarda la salle.

Pendant longtemps, parler devant des centaines de personnes ne lui avait jamais posé problème si le sujet était financier.

Ce soir-là, c’était différent.

« Je suis censé vous présenter Passerelles », commença-t-il. « Et Antoine m’a demandé de ne pas transformer ce discours en rapport annuel. »

Quelques rires.

Antoine leva son verre.

Gabriel continua.

« Cette fondation part d’un projet imaginé il y a longtemps par mon père, Étienne Delorme. Il n’a jamais pu le réaliser. »

Un silence respectueux s’installa.

« Pendant des années, j’aurais probablement présenté cela comme une façon d’honorer sa mémoire. Aujourd’hui, je ne crois plus que ce soit le plus important. »

Claire le regarda attentivement.

« Les morts n’ont pas besoin de fondations. Les vivants, parfois, oui. »

La salle devint parfaitement silencieuse.

Gabriel parla de la sortie d’hôpital.

Des familles qui se retrouvaient seules.

Des logements inaccessibles.

Des études interrompues.

Des carrières brisées.

Puis il dit :

« Je connais une partie de ce chemin. J’ai eu la chance matérielle d’avoir accès à presque tout ce dont j’avais besoin. Cela ne m’a pas empêché de me perdre autrement pendant longtemps. »

Claire sentit ses yeux se remplir.

Gabriel ne racontait pas l’accident.

Il ne transformait pas sa douleur en spectacle.

Mais il ne la cachait plus.

« Passerelles ne promettra pas de réparer des vies. Les gens ne sont pas des objets cassés. Elle essaiera simplement d’enlever quelques obstacles pour que chacun puisse décider ce qu’il veut construire ensuite. »

Applaudissements.

Gabriel attendit.

Puis il ajouta :

« Et si j’ai appris quelque chose récemment, c’est que personne ne construit seul aussi bien qu’il le croit. »

Son regard trouva Claire.

Pas longtemps.

Juste assez.

« Merci aux personnes qui ont eu la patience de me l’apprendre. »

Claire baissa les yeux.

Sophie lui serra la main.

Après le discours, plusieurs personnes vinrent parler à Gabriel.

Claire s’éloigna vers une terrasse.

Elle avait besoin d’air.

Quelques minutes plus tard, Sophie la rejoignit.

« Ça va ? »

« Oui. »

Claire regarda les lumières de la ville.

« C’est beaucoup. »

« Gabriel aussi était beaucoup quand il avait six ans. »

Claire sourit.

« J’imagine. »

Sophie resta silencieuse un instant.

« Je voulais vous dire quelque chose. »

Claire la regarda.

« Je crois que mon frère aurait aimé vous connaître. »

Claire fut surprise.

« Pourquoi ? »

« Parce que vous faites à Gabriel exactement ce qu’Étienne n’acceptait jamais qu’on lui fasse. »

« C’est-à-dire ? »

Sophie sourit.

« Vous lui dites non. »

Claire éclata de rire.

« Alors oui, nous nous serions probablement bien entendus. »

Plus tard, Gabriel la rejoignit.

« Vous avez disparu. »

« Je respirais. »

Il s’arrêta près d’elle.

« Vous regrettez d’être venue ? »

Claire regarda la salle derrière eux.

Puis lui.

« Non. »

« Même avec les commentaires ? »

« Même. »

Gabriel hocha la tête.

« Merci d’être là. »

Claire sourit.

« Je ne veux plus être cachée. »

Son visage changea.

« Vous ne l’avez jamais été pour moi. »

« Je sais. Mais moi, je me cachais encore un peu. »

Elle prit sa main.

« Je crois que j’ai fini. »

Gabriel la regarda longtemps.

Il allait répondre lorsqu’Antoine apparut.

« Désolé. »

Gabriel leva les yeux au ciel.

« Chaque fois que nous avons une conversation importante, tu arrives. »

« C’est mon talent. »

Mais son visage était sérieux.

Gabriel le vit.

« Quoi ? »

Antoine baissa la voix.

« Un journaliste vient de me montrer un article en préparation. »

Claire se raidit.

« Sur quoi ? »

Antoine regarda Gabriel.

« Sur l’accident de ton père. »

Le sourire de Gabriel disparut.

« Qu’est-ce qu’ils savent ? »

« Apparemment beaucoup. Les dossiers médicaux. Le refus d’hospitalisation. Le silence de ta mère. »

Gabriel sentit son estomac se serrer.

« Comment ? »

« Je ne sais pas encore. »

Antoine poursuivit.

« Ils veulent publier demain matin. Et leur angle est mauvais. »

Claire prit la main de Gabriel.

« Quel angle ? »

Antoine inspira.

« Ils présentent ta mère comme ayant dissimulé la responsabilité médicale d’Étienne pour protéger le groupe Delorme. »

Gabriel se figea.

Tout ce qu’il venait de comprendre sur Marianne se transforma soudain en titres possibles.

Mensonge.

Scandale.

Dissimulation.

Il regarda la salle.

Passerelles.

Le discours.

Claire.

Puis Antoine.

« Non. »

« Quoi ? »

Gabriel avait déjà pris sa décision.

« Je ne laisserai pas quelqu’un remplacer un mensonge familial par un mensonge public. »

Et cette fois, contrairement à vingt ans plus tôt, il avait l’intention de parler avant que le silence choisisse l’histoire à sa place.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 24 : Lorsque le passé menace de devenir un scandale public, Gabriel choisit de raconter lui-même la vérité sans protéger ni condamner ses parents

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