PART 13 – La menace sortie du passé force Maëlle à protéger les autres, tandis qu’un détail dans la photo révèle enfin qui les surveille

Hugo prit le téléphone de Maëlle sans quitter l’écran des yeux. La photographie de son immeuble occupait presque toute la surface. Aucun visage. Aucun véhicule identifiable. Seulement l’entrée, un morceau de trottoir et la lumière froide du matin sur la façade.

— Ne touchez plus à rien, dit-il.

— C’est mon téléphone, répondit Maëlle.

— Justement.

Il posa l’appareil sur la table.

Adrien s’approcha.

— On peut remonter le numéro ?

— Masqué ne veut pas dire intraçable, mais ce ne sera pas immédiat.

Karim regarda la porte.

— Quelqu’un savait qu’elle était ici.

Thomas secoua la tête.

— Ou quelqu’un surveillait son appartement sans savoir où elle était.

— Ce qui est encore pire, dit Adrien.

Maëlle fixait toujours la photo.

Quelque chose la dérangeait.

Pas la menace.

Pas la porte de son immeuble.

Autre chose.

— Agrandis le reflet, dit-elle.

Hugo leva les yeux.

— Quel reflet ?

— À droite de la porte.

Il zooma.

Une vitre décorative renvoyait une partie de la rue. L’image était déformée, mais on distinguait une masse sombre, peut-être une voiture.

— Encore.

Hugo agrandit davantage.

Karim se pencha.

— Plaque ?

— Trop floue.

Maëlle secoua la tête.

— Pas la plaque. Le pare-brise.

Adrien observa.

— Il y a quelque chose suspendu.

Une petite forme rectangulaire apparaissait derrière le verre.

Thomas fronça les sourcils.

— Un badge.

Maëlle sentit une idée prendre forme.

— Pas n’importe lequel.

Elle regarda Hugo.

— Tu peux améliorer l’image ?

— Pas ici proprement.

— Mais tu vois ce que je vois ?

Hugo fixa l’écran.

— Un support d’accès.

Karim demanda :

— Militaire ?

— Peut-être.

Maëlle sentit le passé se refermer autour d’eux.

— Les anciens laissez-passer temporaires de Sainte-Anne avaient cette couleur.

Adrien la regarda.

— Donc la personne qui surveille ton immeuble pourrait avoir accès à l’hôpital.

Hugo prit immédiatement son téléphone personnel.

— On change de plan.

Maëlle croisa les bras.

— Quel plan ?

— Vous restez tous ensemble. Je fais sécuriser ton appartement et je demande à Sainte-Anne de contrôler les accès du personnel extérieur.

Karim eut un rire sans joie.

— Et nous, on fait quoi ? On attend que quelqu’un frappe à la porte ?

Hugo se tourna vers lui.

— Vous préférez courir derrière une voiture floue ?

— Je préfère ne pas rester immobile.

— Justement. Les gens nerveux font des erreurs.

Karim ouvrit la bouche.

Thomas l’interrompit.

— Il a raison.

Karim regarda son ancien camarade.

— Tu es devenu raisonnable avec six ans de retard.

Thomas encaissa.

— Oui.

Le silence tomba.

Maëlle reprit son téléphone quand Hugo eut fini de photographier l’écran.

— Je retourne à l’hôpital.

Adrien répondit immédiatement :

— Avec moi.

— Tu n’es pas mon garde du corps.

— Non. Je suis ton patient pénible.

— C’est pire.

Il sourit à peine.

Hugo regarda Maëlle.

— Pas seule.

— Je sais.

Cette concession sembla surprendre tout le monde.

Maëlle attrapa sa veste.

— Mais avant, je veux une copie de tout ce qu’on a trouvé.

— Tu n’auras pas la clé originale, dit Hugo.

— Je n’ai pas demandé l’originale.

Thomas prépara un support neuf.

Pendant la copie, Maëlle revint à l’image du véhicule. Le badge suspendu derrière le pare-brise lui rappelait quelque chose. Elle avait vu des centaines de cartes d’accès similaires.

Puis elle se souvint.

— Le badge n’est pas actuel.

Hugo tourna la tête.

— Pourquoi ?

— La bande latérale est rouge.

— Et ?

— Les badges de sous-traitants sont bleus maintenant. Rouge, c’était avant le changement de sécurité.

Adrien demanda :

— Quand ?

— Environ trois ans.

Thomas comprit.

— Donc quelqu’un utilise un ancien badge.

— Ou une vieille voiture avec un vieux badge.

Maëlle regarda la photo.

— Quelqu’un qui connaît suffisamment bien Sainte-Anne pour croire que ce détail ne se remarquerait pas.

Hugo envoya l’information.

Une demi-heure plus tard, ils furent répartis dans deux véhicules. Hugo partit devant avec Karim et Thomas. Adrien monta avec Maëlle.

La route jusqu’à Toulon se déroula presque sans paroles.

À plusieurs reprises, Maëlle vérifia le rétroviseur.

Adrien le remarqua.

— Une voiture te suit ?

— Non.

— Alors arrête de chercher.

— Mauvais conseil.

— D’accord. Cherche mieux.

Elle lui lança un regard.

— Tu arrives toujours à être agaçant dans des situations sérieuses ?

— C’est un talent.

Ils approchèrent de l’hôpital.

Maëlle ralentit.

Deux véhicules de police étaient déjà stationnés près d’une entrée latérale.

— Rapides, dit Adrien.

— Trop rapides.

— Pourquoi ?

Elle désigna l’un d’eux.

— Ce n’est pas la police nationale.

Adrien regarda.

— Gendarmerie.

— Oui.

— Hugo a dû appeler.

Maëlle n’était pas convaincue.

Ils se garèrent.

À l’intérieur, Sophie les attendait près du poste de soins.

— Enfin.

Elle attrapa Maëlle par les bras.

— Tu vas bien ?

— Oui.

— Cette fois, je ne crois pas ton visage.

Maëlle posa ses mains sur celles de Sophie.

— Ça va.

Sophie remarqua Adrien.

— Et vous ?

— Toujours patient.

— Vous êtes surtout toujours ailleurs que dans votre chambre.

Adrien inclina la tête.

— C’est aussi ce qu’elle dit.

Maëlle retira sa veste.

— Qu’est-ce qui se passe ici ?

Sophie baissa la voix.

— Deux hommes sont venus demander les journaux d’accès de la maintenance.

— Qui ?

— Sécurité interne et gendarmerie.

Maëlle regarda vers le bureau administratif.

— Hugo est déjà là ?

— Je ne sais pas.

Adrien se rapprocha.

— Appelle-le.

Elle composa.

Hugo répondit immédiatement.

— Je suis encore à cinq minutes.

Maëlle sentit son ventre se contracter.

— Tu n’es pas ici ?

— Non.

Elle regarda le bureau.

Deux silhouettes étaient visibles derrière la vitre.

— Alors qui est avec la sécurité ?

Hugo ne répondit pas tout de suite.

Puis :

— Maëlle, éloigne-toi du bureau.

Elle raccrocha.

Adrien avait compris à son visage.

— Quoi ?

— Ce ne sont pas les hommes d’Hugo.

Sophie pâlit.

— Alors qui—

Maëlle leva une main.

— Pas de panique.

Elle fit quelques pas vers le couloir opposé.

— Sophie, prends Inès. Vérifiez les patients comme si c’était normal.

— Et toi ?

— Je vais voir.

Adrien attrapa doucement son poignet.

— Non.

Maëlle se tourna.

— Lâche-moi.

— Tu vas faire exactement ce que tu reprochais à tout le monde : partir seule parce que tu crois pouvoir gérer.

Elle le fixa.

— Je connais cet hôpital.

— Et eux savent peut-être où tu travailles.

La phrase la stoppa.

Hugo arriva moins de quatre minutes plus tard avec deux vrais gendarmes.

La sécurité interne identifia alors les visiteurs.

Ils avaient présenté des documents crédibles.

Trop crédibles.

Mais ils avaient quitté les lieux quelques minutes avant.

— Qu’est-ce qu’ils ont demandé exactement ? demanda Hugo au responsable de sécurité.

— Accès techniques, entrées secondaires, anciens badges sous-traitants.

Maëlle sentit un froid.

— Ils cherchaient un badge ?

Le responsable hocha la tête.

— Ou quelqu’un qui en utilisait un.

Hugo regarda Maëlle.

— Ils ont pris quelque chose ?

— Une liste imprimée de badges désactivés.

Thomas, arrivé derrière eux, murmura :

— Ils nettoient.

Karim serra les dents.

— Ou ils cherchent qui possède encore les anciens accès.

Maëlle regarda le couloir.

— Quelqu’un a photographié mon immeuble avec un ancien badge Sainte-Anne dans sa voiture. Maintenant deux faux gendarmes viennent récupérer la liste de ces badges.

Adrien compléta :

— Donc le badge appartient à quelqu’un qu’ils essaient d’identifier avant nous.

Hugo acquiesça.

— Ou de protéger.

Maëlle pensa immédiatement à Vautrin.

— Où est-il aujourd’hui ?

Hugo répondit :

— Retraité depuis un an. Domicilié près d’Hyères.

— Et Maréchal ?

— Consultant privé dans la sécurité stratégique.

Karim ricana.

— Évidemment.

— Et Solal ? demanda Maëlle.

Hugo consulta son téléphone.

— Ancienne société de logistique médicale. Il a travaillé ici.

Maëlle se figea.

— À Sainte-Anne ?

— Oui.

— Quand ?

Hugo lut.

— Contrat de sous-traitance technique pendant quatre ans.

— Terminé quand ?

— Il y a trois ans.

Maëlle regarda Adrien.

Même bande rouge.

Ancien badge.

Trois ans.

— Le badge est à Solal.

Hugo ne répondit pas immédiatement.

— Ça devient une hypothèse sérieuse.

Karim demanda :

— Il habite où ?

— Non, dit Hugo.

Karim leva les mains.

— Je demande seulement.

— Et je réponds avant que tu développes une mauvaise idée.

Maëlle regarda encore la photographie.

Quelque chose lui revenait.

La silhouette reflétée.

La hauteur du véhicule.

Le badge.

— Solal boitait ?

Thomas réfléchit.

— Après le Sahel, oui. Genou droit.

— Pourquoi ?

— Accident d’entraînement.

Maëlle repensa à la photo.

La porte conducteur était entrouverte.

Une chaussure apparaissait près du bas de l’image.

Pied droit tourné légèrement vers l’extérieur.

Un détail infime.

Pas une preuve.

Mais assez pour lui rappeler un mouvement.

— Je l’ai déjà vu ici.

Adrien fronça les sourcils.

— Quand ?

Maëlle regarda le couloir technique.

— Le jour du confinement.

Hugo la fixa.

— Tu es sûre ?

— Non.

Elle ferma les yeux.

Un homme en uniforme de maintenance.

Au fond du couloir.

Pas parmi les policiers.

Pas parmi le personnel permanent.

Quelqu’un qui s’était éloigné juste avant que Nox ne signale le placard.

— Il était dans la zone.

Thomas murmura :

— Solal ?

— Peut-être.

Karim approcha.

— À quoi il ressemblait ?

Maëlle décrivit le visage.

Thomas pâlit.

— C’était lui.

Hugo jura à voix basse.

Adrien regarda Maëlle.

— Donc le dispositif de fumée à l’hôpital—

— N’était peut-être pas l’œuvre d’un sous-traitant isolé.

Hugo corrigea :

— On n’a aucune preuve que Solal l’a installé.

— Mais il était là.

— Oui.

— Et Nox a perdu une piste près du placard.

Maëlle sentit un souvenir revenir.

Nox avait hésité.

Puis il s’était tourné vers elle.

Pas parce qu’elle était familière.

Parce qu’elle portait peut-être une odeur.

Elle regarda sa blouse.

— Attendez.

Tout le monde se tut.

— Le jour du confinement, j’avais aidé Thomas, l’agent de sécurité blessé.

Adrien hocha la tête.

— Oui.

— Avant ça, j’avais déplacé des fournitures dans le local de maintenance.

Sophie intervint :

— Une boîte livrée le matin.

— Qui l’avait apportée ?

Sophie réfléchit.

— Un technicien.

Maëlle sentit son cœur accélérer.

— À quoi ressemblait-il ?

Sophie regarda Thomas.

Puis son visage changea.

— Lui.

Karim demanda :

— Solal ?

Sophie hocha la tête.

— Je ne savais pas son nom.

Hugo prit immédiatement son téléphone.

— Il faut retrouver la livraison.

Maëlle comprit alors le comportement de Nox.

Le chien ne l’avait pas seulement reconnue comme personne habituée aux chiens opérationnels.

Il avait peut-être capté sur sa blouse la même trace olfactive que celle laissée par Solal sur les fournitures.

— Nox n’était pas attiré uniquement par moi, dit-elle.

Hugo s’arrêta.

— Quoi ?

— Il avait retrouvé sur moi quelque chose venant du technicien.

Thomas la regarda.

— Comme Orion avec Karim.

Maëlle sentit le parallèle la traverser.

Six ans plus tôt, un chien avait tenté de signaler une contamination.

À Sainte-Anne, un autre avait peut-être fait exactement la même chose.

Adrien murmura :

— C’est pour ça qu’il revenait vers toi.

— Oui.

Hugo rangea son téléphone.

— On vient de retrouver le bon de livraison.

— Nom ?

— Faux.

— Signature ?

— Illisible.

— Caméras ?

Hugo regarda le responsable de sécurité.

— On va les récupérer.

Karim serra les poings.

— Et Solal ?

Hugo répondit :

— Son domicile est vide depuis ce matin.

Maëlle sentit immédiatement la suite.

— Il sait qu’on le cherche.

— Probablement.

Son téléphone vibra.

Cette fois, numéro visible.

Un numéro qu’elle ne connaissait pas.

Elle regarda Hugo.

— Je décroche ?

Il activa l’enregistrement sur son propre téléphone.

— Haut-parleur.

Maëlle répondit.

— Allô ?

Un souffle.

Puis une voix d’homme.

— Vous avez toujours été plus rapide que prévu.

Maëlle sentit Thomas se figer.

Karim aussi.

Thomas murmura :

— C’est lui.

La voix de l’enregistrement.

Maëlle resta calme.

— Solal ?

Un petit rire.

— Vous avez fini par vous souvenir de moi.

— Pas vraiment.

Silence.

— C’est dommage.

— Où êtes-vous ?

— Vous pensez vraiment que je vais répondre ?

— Non.

— Alors pourquoi demander ?

Maëlle regarda Hugo.

Il faisait signe de prolonger.

— Parce que vous avez appelé.

Solal resta silencieux.

Puis :

— J’aurais dû vous laisser tranquille.

— Oui.

— Mais Delmas n’a jamais su se taire complètement.

Thomas serra la mâchoire.

— Vous avez saboté sa voiture ?

Maëlle demanda volontairement la question.

Solal eut un souffle amusé.

— Il conduit mal.

Thomas ferma les yeux.

— Et Mathieu ?

Cette fois, aucun rire.

— Mathieu a fait un choix.

La voix devint plus froide.

— Il aurait dû obéir.

Maëlle sentit tout son corps se tendre.

— C’est vous qui avez donné l’ordre ?

— Non.

— Maréchal ?

Silence.

— Vautrin ?

Rien.

Puis Solal dit :

— Vous cherchez encore le mauvais homme.

L’appel coupa.

Hugo abaissa son téléphone.

Personne ne parla.

Maëlle fixa l’écran noir.

— Le mauvais homme.

Adrien demanda :

— Il ment ?

— Peut-être.

Thomas secoua la tête.

— Ou il parle de quelqu’un qu’on n’a pas encore identifié.

Karim regarda les archives copiées.

— Source M.

Maëlle releva la tête.

Maréchal.

Mathieu.

Ou un troisième nom.

Hugo reçut un message.

Il lut.

Puis regarda Maëlle.

— On vient d’identifier le véhicule devant ton immeuble.

— Solal ?

— Oui.

— Alors on avait raison.

— Sur lui, oui.

Hugo hésita.

— Mais il y a autre chose.

— Quoi ?

— La voiture appartient officiellement à une société.

Maëlle attendit.

— La société de sécurité de Claude Maréchal.

Le couloir sembla soudain trop étroit.

Solal travaillait donc encore avec lui.

Mais sa dernière phrase résonnait toujours.

Vous cherchez le mauvais homme.

Et Maëlle comprit que, même avec Solal enfin identifié, l’homme qui avait décidé de sacrifier Mathieu et Orion pouvait encore se trouver ailleurs.


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