PART 10 – Karim raconte ce qu’il transportait réellement avant l’explosion et transforme un soupçon de trahison en accusation contre leur propre hiérarchie

Karim resta à distance.

— Orion ne m’a pas reconnu comme une menace.

Maëlle répondit immédiatement :

— Thomas vient de me dire qu’il a réagi à un produit sur vous.

— C’est vrai.

— Un produit lié à des systèmes de mise à feu.

— Oui.

— Vous voulez jouer sur les mots ?

— Non.

Karim leva légèrement les mains.

— Je veux seulement être précis.

Maëlle sentit son irritation monter.

— Alors soyez-le.

Karim regarda Thomas.

— Tu lui as tout raconté ?

Thomas répondit :

— Jusqu’à ton appel d’il y a huit mois.

— Donc pas le reste.

— C’était à toi de le faire.

Maëlle coupa :

— Arrêtez de parler de moi comme si je n’étais pas là.

Karim se tourna vers elle.

— La veille de l’attaque, on m’a demandé de déplacer un sac provenant d’un dépôt saisi.

— Qui vous l’a demandé ?

— Vautrin.

Le nom produisit à nouveau ce sentiment de déplacement sous les pieds de Maëlle.

— Pourquoi ?

— Il disait que le matériel devait être transféré avant inspection.

— Ce n’était pas votre travail.

— Je sais.

— Et vous l’avez fait quand même.

Karim serra les lèvres.

— À l’époque, on exécutait beaucoup de choses sans exiger une réunion administrative avant chaque ordre.

— Ce n’est pas une réponse.

— J’ai obéi.

Maëlle ne dit rien.

Karim poursuivit :

— Le sac contenait plusieurs éléments électroniques et des rouleaux de fil.

— Le produit venait de là ?

— Je le croyais.

— Mais Thomas dit que les caisses saisies n’avaient jamais contenu ce produit.

— Les caisses officielles, non.

Maëlle fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Karim regarda Thomas.

— Le sac n’apparaissait sur aucun inventaire.

Thomas ferma les yeux.

— Ça, je ne le savais pas.

— Personne ne le savait.

Maëlle sentit l’affaire changer encore de forme.

— Pourquoi Vautrin vous a confié du matériel non inventorié ?

— C’est exactement la question que j’ai commencé à me poser après l’explosion.

— Après.

— Oui.

— Et avant, rien ne vous semblait étrange ?

Karim eut un rire bref.

— Tout semblait étrange là-bas.

La réponse irrita Maëlle parce qu’elle contenait une part de vérité.

Karim poursuivit :

— Le lendemain de l’attaque, quand Thomas m’a parlé du comportement d’Orion, j’ai compris que le chien avait senti le produit sur mes vêtements.

— Alors vous avez dit quoi ?

— La vérité.

— À qui ?

— À Vautrin.

Maëlle attendit.

Karim regarda la mer.

— Il m’a dit que je me trompais.

— Et vous l’avez cru ?

— Non.

— Alors ?

— Je lui ai demandé pourquoi le sac n’apparaissait pas dans les registres.

— Il a répondu ?

— Il m’a dit de me concentrer sur ma récupération.

Thomas intervint :

— Il faisait ça tout le temps.

Maëlle tourna la tête vers lui.

— Quoi ?

— Il fermait les conversations dès qu’elles sortaient du cadre qu’il contrôlait.

Karim acquiesça.

— Deux jours plus tard, j’ai essayé d’accéder au registre logistique.

— Et ?

— Mon accès avait été suspendu.

— Par qui ?

— L’ordre remontait à Vautrin.

Maëlle resta silencieuse.

Les souvenirs du lieutenant revenaient par petits morceaux : ses chemises toujours propres malgré la poussière, son impatience, sa manie de vérifier deux fois certaines informations et d’en ignorer d’autres.

— Vous pensez qu’il a organisé l’attaque ? demanda-t-elle.

Karim secoua la tête.

— Je ne sais pas.

— Ce n’est pas ce que j’ai demandé.

— Et je ne vais pas inventer une certitude parce que vous avez besoin d’un coupable.

La phrase la frappa.

Maëlle fit un pas vers lui.

— Faites attention.

Karim ne bougea pas.

— Vous avez raison.

Sa voix s’adoucit.

— Pardon.

Maëlle le fixa encore quelques secondes.

— Continuez.

— Après mon évacuation, j’ai été interrogé de façon informelle.

— Par qui ?

— Deux personnes du renseignement et Vautrin.

— Informelle ?

— Rien enregistré.

— Qu’est-ce qu’ils voulaient savoir ?

— Si j’avais parlé à des civils locaux. Si j’avais utilisé mon téléphone personnel. Si j’avais transmis notre itinéraire.

— Vous aviez fait quelque chose de tout ça ?

— Non.

— Ils vous ont cru ?

Karim regarda Thomas.

— Apparemment assez pour ne pas m’arrêter.

— Ce n’est pas une réponse.

— Je ne sais pas ce qu’ils croyaient.

Thomas reprit :

— Trois semaines plus tard, la piste interne avait disparu de tous les documents auxquels j’avais accès.

Maëlle toucha instinctivement la clé USB dans sa poche.

— Et les archives que vous avez copiées ?

— C’était avant.

— Pourquoi ?

Thomas haussa légèrement les épaules.

— Parce que quelque chose sentait mauvais.

Maëlle eut presque un rire.

— Vous auriez dû écouter votre propre instinct plus tôt.

— Oui.

Karim reprit :

— Quelques mois après notre retour, Vautrin a été muté.

— Où ?

— À Paris.

— Et ensuite ?

— Promotion.

Maëlle resta immobile.

— Vous êtes sérieux ?

— Oui.

— Après une attaque avec deux morts ?

— Les morts au combat n’empêchent pas toujours une carrière.

Thomas ajouta :

— Surtout quand le rapport conclut que toutes les procédures ont été respectées.

Maëlle sentit sa mâchoire se serrer.

— Et Mathieu ?

Personne ne répondit immédiatement.

— Quoi, Mathieu ?

Karim inspira.

— Le rapport le rendait partiellement responsable de la position d’Orion.

Maëlle sentit la colère lui monter jusqu’au visage.

— Quoi ?

Thomas baissa les yeux.

— Il indiquait qu’Orion avait quitté sa zone opérationnelle quelques minutes avant l’explosion.

— C’est faux.

— Je sais.

— Mathieu était avec lui.

— Oui.

— Et l’animal réagissait à Karim.

— Oui.

— Donc le rapport a transformé ça en erreur du conducteur mort.

Thomas acquiesça.

Maëlle recula d’un pas.

Elle pensa aux mois qui avaient suivi.

Aux conversations évitées.

Aux réponses administratives.

À la manière dont on lui avait fait comprendre qu’il était préférable de tourner la page.

— Vous avez vu ce rapport ?

— Une version préparatoire, dit Thomas.

— Et vous n’avez rien fait.

Thomas ne se défendit pas.

Karim regarda Maëlle.

— Il a essayé.

Elle tourna brusquement la tête.

— Quoi ?

— Thomas a contesté plusieurs lignes.

Thomas resta silencieux.

Karim poursuivit :

— Trois jours plus tard, il a été retiré de la suite de l’enquête.

— Pourquoi vous ne m’avez pas dit ça ? demanda Maëlle.

Thomas regarda ses mains.

— Parce que ça ne change pas le fait que j’ai fini par me taire.

Maëlle ne trouva rien à répondre.

Karim s’approcha d’un pas.

— On s’est tous tus.

— Pas tous pour les mêmes raisons.

— Non.

— Certains ont eu peur. D’autres protégeaient leur carrière.

— Oui.

— Et Mathieu ne pouvait plus rien dire.

Karim ferma les yeux.

— Oui.

Le téléphone de Maëlle vibra.

8 h 30.

Adrien.

Elle décrocha immédiatement.

— Je vais bien.

— Tu réponds, donc c’est déjà positif.

— Adrien.

— Tu es avec Delmas ?

Maëlle regarda Karim.

— Et Karim.

Un silence.

— Karim qui ?

— Celui de la photo.

— Celui qu’Orion avait détecté ?

— Oui.

La voix d’Adrien changea.

— Je viens.

— Non.

— Maëlle—

— Reste où tu es.

— Je suis déjà dehors.

Elle ferma les yeux.

— Bien sûr.

— Hugo est avec moi.

Maëlle regarda Thomas.

— Vous aviez appelé Hugo ?

— Non.

Adrien répondit :

— Moi.

Maëlle pinça l’arête de son nez.

— Vous êtes tous insupportables.

— On arrive dans dix minutes.

— Quinze, probablement.

— Douze.

Il raccrocha.

Karim eut un très léger sourire.

— C’est lui ?

Maëlle le regarda sèchement.

— Qui ?

— Celui qui vous force à ne plus tout porter seule.

— Vous parlez trop.

Le sourire disparut.

Thomas prit la parole :

— Karim, dis-lui pour la nuit.

Karim se raidit.

Maëlle le vit immédiatement.

— Quelle nuit ?

Thomas insista :

— La veille de l’attaque.

Karim ne répondit pas.

— Quelle nuit ? répéta Maëlle.

Karim regarda le fort derrière eux.

— J’ai vu Vautrin sortir après minuit.

— Et ?

— Il a quitté le périmètre sécurisé.

— Seul ?

— Non.

Thomas se figea.

— Tu ne m’as jamais dit ça.

Karim baissa les yeux.

— Je sais.

— Avec qui ?

Karim regarda Maëlle.

— Un civil.

— Vous l’avez reconnu ?

— Non.

— Local ?

— Probablement.

— Vous les avez suivis ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que Vautrin m’a vu.

Maëlle sentit son estomac se contracter.

— Il vous a vu le regarder.

— Oui.

— Et il a dit quoi ?

Karim se passa une main sur la joue.

— Rien.

— Rien ?

— Il est revenu une heure plus tard. Le lendemain matin, il m’a confié le sac.

Thomas murmura :

— Merde.

Maëlle sentit les éléments commencer à se relier.

Pas suffisamment pour former une preuve.

Mais assez pour devenir terrifiants.

— Vous pensez que le sac servait à vous compromettre.

Karim répondit :

— Oui.

— Pourquoi vous ?

— Parce que j’avais vu son rendez-vous.

— Alors pourquoi ne pas vous tuer dans l’explosion ?

— Peut-être que c’était prévu.

La phrase resta entre eux.

Maëlle regarda sa cicatrice.

— Vous avez été blessé.

— Un morceau de métal dans la cuisse et plusieurs côtes cassées.

— Et Mathieu est mort à la place.

Karim baissa les yeux.

— Oui.

Maëlle tourna le dos.

Elle marcha jusqu’au muret.

Sous elle, les vagues frappaient les rochers avec une régularité presque insultante.

— Vous savez ce qui me dérange ? dit-elle.

Personne ne répondit.

— Pendant six ans, j’ai pensé que j’avais manqué un signe.

Elle se retourna.

— Mais chaque fois qu’on avance, je découvre que plusieurs personnes ont vu des signes.

Thomas la regardait.

Karim aussi.

— Orion.

Elle désigna Karim.

— Votre sac.

Puis Thomas.

— Votre doute.

Elle pensa à elle-même.

— Mon observation.

Enfin, elle prononça :

— Le rendez-vous nocturne de Vautrin.

Le silence devint lourd.

— Personne n’a manqué le signe, dit-elle.

Thomas comprit avant Karim.

— Les signes ont été séparés.

Maëlle acquiesça.

— Chacun ne connaissait qu’un morceau.

Karim regarda la clé USB dans sa poche.

— Et maintenant ?

Maëlle allait répondre lorsqu’une voiture s’arrêta au bout du chemin.

Hugo en descendit le premier.

Adrien ouvrit la portière passager.

Maëlle secoua la tête.

— Évidemment.

Adrien s’approcha, encore légèrement raide à cause de sa blessure.

— Je t’avais dit douze minutes.

— Vous avez onze minutes de retard sur une conversation qui ne vous concernait pas.

— Alors je suis en avance sur la dispute.

Hugo ne sourit pas.

Son regard était fixé sur Karim.

— Karim Bensaïd ?

Karim acquiesça.

Hugo sortit quelque chose de sa poche.

Une impression papier.

— Je crois que vous devriez tous voir ça.

Il la tendit à Maëlle.

C’était une photographie prise depuis une caméra de surveillance militaire.

Noire et blanche.

Mauvaise définition.

Deux silhouettes près d’un véhicule.

La date affichée correspondait à la veille de l’attaque.

Maëlle reconnut Vautrin.

En face de lui, le civil restait partiellement tourné.

Karim s’approcha.

— C’est lui.

Hugo indiqua le bas du document.

— J’ai fait rechercher le visage.

— Et ?

Hugo regarda chacun d’eux.

— Ce n’était pas un civil local.

Maëlle sentit Adrien se rapprocher.

— Qui était-ce ?

Hugo posa son doigt sous le nom.

— Un officier français du renseignement.

Le nom imprimé dessous était CLAUDE MARECHAL.

Thomas pâlit.

— Je le connais.

Maëlle se tourna.

— D’où ?

Thomas fixa la photographie.

— C’est lui qui a mené notre enquête après l’explosion.


Click here to continue reading: PART 11: La clé USB révèle une enquête truquée, mais une voix enregistrée laisse entendre que Mathieu avait découvert la fuite avant de mourir

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *