PART 12 – Une dernière archive révèle que la cible réelle de l’attaque n’était pas le camp, forçant Maëlle à affronter un choix impossible

Hugo exigea une pause.

Personne ne protesta.

Thomas sortit prendre l’air.

Karim resta près de la fenêtre.

Adrien posa un verre d’eau devant Maëlle.

Elle le regarda sans le prendre.

— Bois.

— Ce n’est pas un ordre ?

— Si.

Elle prit le verre.

— Voilà une progression inquiétante.

Adrien s’assit face à elle.

— Tu es en train de chercher trop vite.

— On vient de découvrir que l’homme chargé de l’enquête savait qu’il y avait une fuite avant l’attaque.

— Justement.

— Et qu’il a supprimé des éléments.

— Je sais.

— Et tu veux que j’arrête ?

— Cinq minutes.

Maëlle posa le verre.

— Cinq minutes ne changeront rien.

— Elles t’empêcheront peut-être de lire quelque chose sans comprendre ce que tu lis.

Elle voulut protester.

Puis se tut.

C’était exactement ce qu’elle aurait dit à un autre.

Adrien le vit.

— Je déteste quand tu réalises que j’ai raison.

— Je réfléchis seulement à une manière polie de te faire sortir.

— Prends ton temps.

Maëlle regarda la pièce.

Hugo parlait au téléphone dans le couloir.

Karim avait les bras croisés.

Thomas fumait dehors malgré un panneau qui l’interdisait.

Six ans plus tôt, aucun de ces gens n’aurait dû se retrouver ensemble.

Elle non plus.

Pourtant quelque chose les avait réunis autour d’une poignée de fichiers qu’on avait voulu faire disparaître.

Hugo rentra.

— J’ai quelqu’un à l’Inspection générale qui accepte de regarder une copie.

Thomas revint derrière lui.

— Militaire ?

— Gendarmerie.

— Et après ?

— Si les éléments sont crédibles, parquet compétent et autorités militaires.

Karim eut un rire amer.

— Encore la hiérarchie.

Hugo le regarda.

— Vous préférez quoi ? Publier tout sur internet ?

Karim ne répondit pas.

Maëlle intervint :

— On termine d’abord.

Hugo soupira.

— Une heure maximum.

— D’accord.

Ils reprirent.

Maëlle parcourut plusieurs fichiers techniques. Beaucoup ne lui apportaient rien immédiatement : horaires radio, listes de véhicules, mouvements de personnel.

Puis elle remarqua un dossier nommé VECTOR.

— Ça veut dire quoi ?

Thomas secoua la tête.

Karim non plus ne savait pas.

Elle l’ouvrit.

Deux photographies apparurent.

La première montrait une carte satellite.

La seconde, un véhicule.

Adrien s’approcha.

— C’est celui de l’explosion ?

— Non.

Karim se pencha.

— C’était le véhicule de Vautrin.

Maëlle regarda la carte.

Un trajet avait été tracé en rouge.

Départ : la base.

Arrivée : une zone située plusieurs kilomètres plus au nord.

Un point intermédiaire portait la mention SITE B.

— C’est quoi ?

Karim répondit :

— Une ancienne station de pompage.

— On y allait ?

— Jamais.

Thomas regardait déjà un document joint.

— Attendez.

Il agrandit le texte.

NOTE INTERCEPT.

SOURCE VECTOR CONFIRME DÉPLACEMENT DU PAQUET À 10 H.

Maëlle sentit sa peau se refroidir.

— Le paquet.

Hugo demanda :

— Personne ou matériel ?

— Impossible à savoir.

Thomas fit défiler.

Deuxième ligne.

CIBLE PRIORITAIRE : CONDUCTEUR K9.

Personne ne bougea.

Maëlle relut.

Une fois.

Deux fois.

— Non.

Thomas se rapprocha.

— C’est écrit.

— Ça peut vouloir dire autre chose.

— « Conducteur K9 » est assez clair.

Maëlle sentit le bruit de la pièce s’éloigner.

Cible prioritaire.

Conducteur K9.

Mathieu.

Adrien posa doucement une main sur son épaule.

Elle ne l’écarta pas.

Karim murmura :

— L’attaque visait Mathieu.

Thomas secoua la tête.

— Ou moi.

Tous se tournèrent vers lui.

— Administrativement, j’étais encore le conducteur.

Maëlle comprit immédiatement.

La confusion dans les dossiers.

Thomas conducteur officiel.

Mathieu conducteur opérationnel.

— Alors ils pouvaient viser l’un ou l’autre.

Hugo regarda la date du document.

— Heure d’interception ?

Thomas descendit.

— 08 h 51.

— Avant la conversation enregistrée entre Mathieu et Vautrin.

Maëlle sentit une nouvelle logique apparaître.

— Donc la cible avait été désignée avant que Mathieu confronte Vautrin.

Adrien dit :

— Ce qui signifie que ce n’est probablement pas cette confrontation qui l’a condamné.

— Probablement.

Maëlle ne voulait plus utiliser ce mot.

Hugo demanda :

— Pourquoi viser un conducteur cynophile ?

Personne ne répondit.

Puis Thomas parla.

— Parce qu’Orion détectait quelque chose.

Maëlle regarda la ligne.

CIBLE PRIORITAIRE : CONDUCTEUR K9.

— Pas quelque chose.

Elle se tourna vers Karim.

— Quelqu’un.

Karim pâlit.

— Moi ?

— Peut-être pas.

Thomas comprit.

— Le chien avait déjà signalé d’autres personnes ?

Karim secoua la tête.

— Pas que je sache.

Maëlle se força à revenir aux souvenirs.

Orion près du véhicule.

Orion dans le camp.

Orion tournant la tête.

Elle ferma les yeux.

Une image surgit.

Pas Karim.

Vautrin.

Le lieutenant traversant une zone.

Orion se levant brusquement.

Mathieu raccourcissant la laisse.

Puis quelqu’un plaisantant.

Elle rouvrit les yeux.

— Il avait réagi à Vautrin.

Thomas se redressa.

— Quand ?

— Je ne sais pas.

— Maëlle.

— Quelques jours avant.

Le souvenir se construisait lentement.

— Orion dormait. Vautrin est passé derrière nous. Le chien s’est levé et l’a suivi du regard.

— Ça peut être n’importe quoi, dit Hugo.

— Oui.

Maëlle acquiesça.

— Mais Mathieu avait dit quelque chose.

Adrien attendit.

— Quoi ?

Elle ferma à nouveau les yeux.

La voix de Mathieu.

Toujours ton admirateur.

Puis un rire.

Vautrin qui ne rit pas.

Maëlle rouvrit les yeux.

— Mathieu savait qu’Orion réagissait à lui.

Thomas s’assit brutalement.

— Alors pourquoi ne m’a-t-il rien dit ?

— Parce qu’il pensait probablement que c’était insignifiant.

Karim secoua la tête.

— Jusqu’au sac.

— Oui.

Maëlle regarda les documents.

Orion réagit à Vautrin.

Puis à Karim portant un produit fourni par Vautrin.

Mathieu confronte Vautrin.

Maréchal est présent.

L’attaque vise le conducteur cynophile.

— Ils ne voulaient pas seulement tuer quelqu’un.

Adrien la regarda.

— Quoi d’autre ?

— Ils voulaient supprimer le chien.

La phrase glaça la pièce.

Thomas murmura :

— Orion ne pouvait pas témoigner.

— Mais il pouvait continuer à signaler la même odeur.

Hugo se pencha sur l’écran.

— Si cette hypothèse est correcte, le chien était une menace pour la source interne.

Maëlle hocha la tête.

— Et Mathieu avec lui.

Karim fixa le sol.

— Pourtant moi, ils m’ont laissé vivre.

— Parce que vous étiez utile comme suspect, dit Thomas.

Karim releva lentement les yeux.

Personne ne contesta.

Ils continuèrent les fichiers.

Un sous-dossier caché apparut sous VECTOR.

Mot de passe.

Thomas essaya plusieurs combinaisons.

Échec.

Maëlle regarda la photographie de Mathieu et Orion posée à côté de l’ordinateur.

— Essayez ORION.

Échec.

— MATHIEU.

Échec.

Karim murmura :

— Quel était le surnom d’Orion ?

Thomas réfléchit.

— Aucun.

Maëlle se souvint.

— Si.

Elle regarda la photo.

— Le vieux.

Thomas fronça les sourcils.

— Mathieu l’appelait comme ça ?

— Quand Orion refusait d’avancer sous la pluie.

Thomas tapa LEVIEUX.

Le dossier s’ouvrit.

Personne ne parla.

Trois fichiers.

Une photographie.

Un audio.

Un texte.

Maëlle ouvrit d’abord le texte.

Une seule phrase :

SI VECTOR EST COMPROMIS, EXTRACTION ANNULÉE. PROTÉGER SOURCE M.

Hugo murmura :

— Source M.

Thomas demanda :

— Maréchal ?

— Ou quelqu’un dont le nom commence par M.

Maëlle ouvrit la photo.

Elle montrait Vautrin près du SITE B.

Avec lui se trouvait Maréchal.

Et un troisième homme.

Karim s’approcha.

— Je le connais.

Maëlle tourna la tête.

— Qui ?

— Capitaine Émeric Solal.

Thomas pâlit.

— Logistique.

— Oui.

Maëlle sentit le schéma se complexifier.

— Il était encore sur la base le jour de l’attaque ?

Karim acquiesça.

— C’est lui qui gérait les mouvements de véhicules.

Hugo nota le nom.

— Il est où aujourd’hui ?

Thomas répondit :

— Il a quitté l’armée.

— Quand ?

— Peu après nous.

Maëlle ouvrit le fichier audio.

La qualité était mauvaise.

Une conversation téléphonique.

Première voix : Vautrin.

Deuxième : inconnue.

Vautrin disait :

— Le chien a marqué deux fois.

La voix répondit :

— Alors avancez l’horaire.

Maëlle sentit Adrien se raidir.

Vautrin :

— Maréchal veut maintenir la procédure.

Voix :

— Maréchal ne sera pas exposé si ça échoue.

Vautrin :

— Et moi ?

Réponse :

— Vous avez accepté.

Puis un bruit.

Vautrin :

— Et Bensaïd ?

Réponse :

— Il portera ce qu’il faut.

Karim ferma les yeux.

L’enregistrement continua.

Vautrin :

— Et le maître-chien ?

Un silence.

Puis :

— Prioritaire.

Thomas se leva.

Sa chaise tomba derrière lui.

— Salauds.

Maëlle resta immobile.

La voix continuait.

— Si le chien disparaît, le reste redevient une attaque extérieure classique.

Le fichier s’arrêta.

Personne ne parlait.

Cette fois, il n’y avait presque plus d’ambiguïté.

Karim s’appuya contre la table.

— Ils m’ont utilisé.

Thomas regarda Maëlle.

— Ils ont tué Mathieu.

Maëlle ne répondit pas.

Hugo reprit l’ordinateur.

— Cette copie part immédiatement.

— Attendez, dit Maëlle.

— Non.

— Hugo.

— Il n’y a plus rien à interpréter ici.

— Je sais.

Il la regarda.

— Alors quoi ?

Maëlle désigna la voix inconnue.

— Il faut identifier qui parle.

— Ça fera partie de l’enquête.

— Je veux savoir maintenant.

Hugo secoua la tête.

— Et c’est exactement comme ça qu’on commence à contaminer une preuve.

Adrien intervint :

— Il a raison.

Maëlle tourna brusquement la tête.

— Merci.

— Ce n’est pas agréable à entendre, mais—

— Je sais qu’il a raison.

Elle se leva.

La colère dans son corps ne trouvait nulle part où aller.

Pendant six ans, elle avait dirigé toute cette colère contre elle-même.

Maintenant, elle devait accepter qu’elle appartenait peut-être à d’autres.

Cette découverte aurait dû la soulager.

Elle n’apportait aucun soulagement.

Seulement un vide différent.

Thomas ramassa sa chaise.

— Il y a quelque chose que vous devez savoir.

Maëlle le regarda.

— Encore ?

Thomas hésita.

— Après l’accident de voiture, j’ai reçu un appel.

— De qui ?

— Je ne savais pas.

— Et aujourd’hui ?

Thomas regarda la pièce.

— Je crois que c’était la même voix.

Hugo se figea.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Thomas prit une respiration.

— « Vous avez déjà perdu votre chien. Ne perdez pas davantage. »

Maëlle sentit son estomac se contracter.

Adrien murmura :

— C’était une menace.

— Oui.

— Pourquoi ne pas l’avoir signalée ?

Thomas eut un rire sec.

— À qui ? Maréchal dirigeait encore l’enquête.

Hugo prit immédiatement son téléphone.

— Personne ne bouge.

Maëlle le regarda.

— Quoi ?

— Si cette voix appartient à quelqu’un encore vivant et qu’il sait que Delmas a conservé les fichiers, vous êtes tous potentiellement exposés.

Karim regarda la porte.

— Six ans plus tard ?

— Les gens ne deviennent pas nécessairement plus détendus quand des preuves refont surface.

Adrien se rapprocha de Maëlle.

— On retourne à l’hôpital.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est un endroit sécurisé.

— Et toi ?

— J’y suis encore officiellement patient.

Elle allait protester lorsque son téléphone vibra.

Numéro masqué.

Tout le monde le regarda.

Maëlle ne décrocha pas.

Le téléphone continua.

Puis s’arrêta.

Une seconde plus tard, un message arriva.

Pas de texte.

Une photo.

Maëlle l’ouvrit.

Son appartement.

La porte de son immeuble photographiée de l’autre côté de la rue.

Image prise moins d’une heure auparavant.

Sous la photo, une seule phrase :

VOUS AURIEZ DÛ LAISSER ORION MOURIR EN PAIX.

Maëlle sentit son visage se vider.

Adrien prit doucement le téléphone.

Hugo lut.

Karim jura.

Thomas ne bougea plus.

Pour la première fois depuis le début de cette histoire, le danger n’appartenait plus seulement au passé.

Quelqu’un venait de leur confirmer qu’il regardait encore.


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