PART 12 – Pour retrouver Yetunde avant l’échéance, Simisola dut faire confiance à Adewale sans oublier ce qu’il lui avait déjà appris sur les secrets

Le premier indice vint de la voix de Yetunde.

Pas des mots.

Du bruit derrière elle.

Amaka avait enregistré la partie de l’appel où la jeune femme parlait, avec l’accord de Simisola et après que Chief Ajayi eut finalement cessé de protester.

On entendait un bourdonnement régulier.

Puis, très brièvement, une annonce étouffée.

Adewale demanda à Kunle de nettoyer l’audio sans utiliser de méthode illégale d’interception.

Kunle envoya le fichier à un spécialiste de son entreprise.

Une heure plus tard, ils avaient une hypothèse.

Un générateur industriel.

Et une annonce ressemblant à celle d’un grand centre commercial ou d’un complexe hôtelier.

Lagos restait immense.

Mais ce n’était plus rien.

Chief Ajayi finit également par donner un détail qu’il avait retenu.

Rotimi possédait un appartement de service à Victoria Island.

Simisola le regarda avec une fatigue froide.

« Pourquoi tu ne l’as pas dit avant ? »

Son père baissa les yeux.

« Parce que je croyais encore pouvoir régler ça sans faire exploser le projet. »

Elle secoua lentement la tête.

« Tu pensais au projet pendant que ta fille me répondait comme si quelqu’un l’écoutait. »

« Je pensais à toute la famille. »

« Non. Tu pensais à la version de la famille où tout le monde fait ce que tu as décidé. »

Il encaissa la phrase.

Sa femme s’assit près de lui.

Pour la première fois, Chief Ajayi paraissait réellement vieux.

Adewale, Amaka et Simisola partirent pour Lagos avant la tombée de la nuit.

Simisola refusa que son père les accompagne.

Il n’insista pas.

Dans la voiture, elle resta longtemps silencieuse.

Puis elle demanda :

« Tu peux faire vérifier l’appartement sans envoyer une armée ? »

Adewale répondit :

« Oui. »

« Je ne veux pas que Rotimi sache qu’on arrive. »

« D’accord. »

« Et je ne veux pas que quelqu’un entre si Yetunde n’est pas en danger immédiat. »

« D’accord. »

Elle tourna la tête vers lui.

« Tu réponds beaucoup “d’accord” maintenant. »

« J’essaie d’arrêter de transformer chaque problème en opération militaire. »

Un coin de sa bouche bougea.

Puis elle redevint sérieuse.

« J’ai besoin de toi pour ça. »

Adewale sentit la phrase plus fortement qu’il ne l’aurait voulu.

« Je sais. »

« Ça ne veut pas dire que je te fais confiance comme avant. »

« Je sais. »

« En fait, je ne sais même pas si je te faisais vraiment confiance avant. Je faisais confiance à quelqu’un qui n’existait pas. »

Cette phrase resta longtemps dans la voiture.

Adewale finit par répondre :

« Wale n’était pas complètement faux. »

Simisola regarda la route.

« C’est ce que tu crois ? »

« Les vêtements étaient faux. La jambe était fausse. L’histoire était fausse. Mais quand je riais avec toi, ce n’était pas faux. Quand je m’inquiétais pour toi, ce n’était pas faux. »

Elle ne répondit pas immédiatement.

« Le problème, c’est qu’une vérité entourée de mensonges devient difficile à reconnaître. »

« Je sais. »

« Alors ne me demande pas encore de choisir ce qui était réel. »

« Je ne le ferai pas. »

Ils arrivèrent à Lagos peu avant vingt-deux heures.

Kunle les attendait dans un bureau secondaire du groupe, loin du siège principal.

Sur une table, il avait posé plusieurs plans, photographies et informations légales sur les propriétés liées aux Afolayan.

« L’appartement de Victoria Island existe », dit-il. « Mais personne correspondant à Yetunde n’y est entré depuis au moins quatre jours d’après le concierge. »

Simisola se raidit.

« Donc on recommence. »

Kunle leva la main.

« Attends. Rotimi utilise aussi un appartement dans un hôtel résidentiel à Lekki. Et son oncle contrôle une maison d’hôtes près d’Epe. »

Amaka demanda :

« Quelle source ? »

Kunle répondit précisément.

Registres publics, sociétés propriétaires, réservations professionnelles.

Simisola apprécia qu’il ne prétende pas savoir plus qu’il ne savait réellement.

« Lequel correspond au bruit ? » demanda-t-elle.

Kunle montra l’hôtel résidentiel.

« Celui de Lekki est près d’un centre commercial où les annonces sonores peuvent être audibles depuis certaines terrasses. Mais la maison d’Epe utilise un gros générateur presque en permanence. »

Deux possibilités.

Adewale regarda Simisola.

« Tu choisis la première. »

Elle réfléchit.

« Lekki. Plus facile pour Rotimi s’il doit rencontrer des investisseurs demain. »

Kunle acquiesça.

« C’est aussi notre meilleure hypothèse. »

Amaka ajouta :

« Nous pouvons demander à la police d’accompagner une vérification de bien-être, mais sans preuve directe de séquestration, ils peuvent être lents. »

Simisola ferma les yeux.

« Si elle est là et qu’elle dit qu’elle veut rester ? »

« Alors nous laissons la décision lui appartenir », répondit Amaka.

La phrase était essentielle.

Simisola acquiesça.

Ils se rendirent à Lekki.

Adewale demanda à deux membres de sa sécurité de rester à distance.

Pas d’uniformes.

Pas de démonstration.

À l’accueil de l’hôtel résidentiel, le nom de Rotimi obtint une réaction immédiate.

Oui, il possédait une unité.

Non, le personnel ne pouvait pas communiquer les noms de ses invités.

Amaka demanda au responsable d’appeler l’appartement.

Il refusa d’abord.

Puis accepta de transmettre un message.

« Dites simplement que Simisola Ajayi souhaite parler à sa sœur. »

Le responsable monta lui-même.

Il revint dix minutes plus tard.

« Monsieur Afolayan dit qu’aucune personne de ce nom ne séjourne avec lui. »

Simisola sentit son cœur tomber.

Adewale regarda le visage du responsable.

« Vous avez vu monsieur Afolayan ? »

« Oui. »

« Quelqu’un d’autre ? »

L’homme hésita.

« Je ne peux pas répondre. »

Amaka intervint.

« Nous ne vous demandons pas de violer votre registre. Nous cherchons une jeune femme dont la famille ne parvient pas à vérifier le bien-être. Si vous l’avez vue et qu’elle semblait en difficulté, c’est important. »

Le responsable resta silencieux.

Puis murmura :

« J’ai aperçu une jeune femme. »

Simisola fit un pas.

« À quoi ressemblait-elle ? »

Il donna une description.

Taille.

Âge approximatif.

Coiffure.

Yetunde.

« Est-ce qu’elle était libre de partir ? »

« Je n’en sais rien. »

« Elle avait l’air blessée ? »

« Non. »

Une autre voix arriva derrière eux.

« Tout ceci est ridicule. »

Rotimi descendait l’escalier intérieur.

Il portait une chemise blanche sans veste.

Son visage était calme.

Trop calme.

« Simisola. Tu traverses maintenant Lagos en pleine nuit pour créer un nouveau drame ? »

Elle avança.

« Où est ma sœur ? »

« Pas ici. »

Le responsable baissa les yeux.

Simisola le vit.

Rotimi aussi.

Son calme se fissura.

« Je ne sais pas ce qu’on vous a raconté. »

Adewale resta à côté de Simisola.

Rotimi le regarda.

« Encore toi. »

Adewale ne répondit pas.

Amaka parla.

« Nous voulons simplement vérifier que Yetunde va bien et qu’elle peut nous parler librement. »

« Vous n’avez aucun mandat. »

« Non. »

« Alors partez. »

Simisola soutint son regard.

« Dis-lui de descendre. »

« Elle n’est pas ici. »

« Alors laisse le responsable appeler l’appartement et lui demander. »

Rotimi sourit.

« Vous êtes tous devenus fous. »

Simisola sentit quelque chose familier dans sa façon de parler.

Le même mécanisme qu’autrefois.

Transformer sa peur en preuve d’irrationalité.

Elle ne se laissa pas entraîner.

« Une seule chose. Si elle n’est pas là, tu peux nous le montrer facilement. »

« Je ne dois rien te montrer. »

« Exactement. Et moi, je n’ai rien à te signer. »

Le sourire disparut.

« Tu ne comprends toujours pas les conséquences. »

« Explique-les. »

« Ta sœur a déjà accepté. Ton père a accepté. Les investisseurs ont avancé de l’argent. Les entrepreneurs ont engagé des dépenses. Si tu bloques tout maintenant, des centaines de personnes peuvent perdre du travail. »

Simisola resta immobile.

Adewale vit la tentative.

La culpabilité.

L’obligation.

Un problème immense placé sur ses épaules pour rendre son refus égoïste.

Elle répondit :

« Alors ceux qui ont accepté de l’argent sans obtenir légalement mon consentement ont pris une mauvaise décision. »

Rotimi serra les dents.

« Tu as toujours été impossible. »

« Et toi, tu as toujours cru que non voulait dire négocie davantage. »

La tension monta.

Puis un bruit retentit à l’étage.

Quelque chose tomba.

Simisola leva la tête.

« Yetunde ! »

Rotimi se tourna brusquement.

Trop brusquement.

Simisola partit vers l’escalier.

Il tenta de lui barrer le passage.

Adewale fit un pas, mais Amaka cria :

« Ne le touchez pas ! »

Le personnel accourut.

Le responsable ordonna à Rotimi de se retirer.

Une porte s’ouvrit à l’étage.

Une jeune femme apparut.

Pieds nus.

T-shirt large.

Cheveux défaits.

Simisola s’arrêta.

« Yetunde. »

Sa sœur resta immobile.

Puis son visage se brisa.

« Simi. »

Simisola monta les marches.

Rotimi ne bougea plus.

Yetunde se jeta dans les bras de sa sœur.

Elle pleurait si fort qu’aucun mot ne sortit pendant plusieurs secondes.

Simisola la tenait contre elle.

« Est-ce que tu veux partir ? »

Yetunde hocha immédiatement la tête.

« Oui. »

Un seul mot.

Tout devint simple.

Le responsable appela la sécurité de l’hôtel.

Amaka demanda que l’incident soit documenté.

Rotimi commença à protester.

« Elle est libre ! Personne ne la retient ! »

Yetunde se retourna.

« Tu m’as pris mon passeport. »

Le hall entier se figea.

Rotimi pâlit.

« Pour les démarches de visa. »

« Tu as changé le code de la porte après que j’ai dit que je voulais rentrer. »

« Pour ta sécurité. »

« Tu as pris mon téléphone. »

« Parce que tu paniquais ! »

Yetunde recula contre Simisola.

Adewale sentit sa propre colère atteindre une limite dangereuse.

Il ne bougea pas.

Amaka demanda doucement :

« Yetunde, voulez-vous déposer une plainte ? »

La jeune femme tremblait.

« Je veux d’abord partir d’ici. »

« D’accord. »

Simisola prit sa main.

Ils quittèrent l’hôtel.

Dans la voiture, Yetunde refusa de s’asseoir seule.

Elle resta à côté de sa sœur.

Pendant plusieurs minutes, elle ne parla pas.

Puis elle dit :

« J’ai signé. »

Simisola serra sa main.

« Je sais. »

« Je croyais qu’ils allaient vraiment m’envoyer à Londres. »

« Ce n’est pas ta faute. »

Yetunde pleura de nouveau.

« Papa disait que c’était bon pour la famille. Rotimi disait que tu avais abandonné tout le monde et que ta part devait être réglée autrement. »

Simisola ferma les yeux.

« Est-ce qu’ils t’ont demandé de signer pour moi ? »

« Non. »

Elle hésita.

« Mais ils m’ont demandé de confirmer que tu avais donné ton accord avant de partir. »

Simisola sentit un froid dans sa poitrine.

« Quoi ? »

Yetunde la regarda.

« Il existe une déclaration vidéo. »

Adewale, assis devant, se tourna légèrement.

« Quelle déclaration ? »

« Ils m’ont filmée disant que tu m’avais parlé du terrain avant de disparaître, que tu voulais vendre ta part et que tu m’avais demandé de signer certains papiers si tu étais absente. »

Simisola resta muette.

« Pourquoi tu as dit ça ? »

Yetunde baissa la tête.

« Papa m’a dit que c’était vrai. »

La douleur dans la voix de Simisola se transforma en silence.

Yetunde poursuivit :

« Puis j’ai vu un document avec ta signature. J’ai compris que quelque chose n’allait pas. J’ai demandé à partir. Rotimi a dit qu’il fallait attendre que les investisseurs terminent les vérifications. »

« Et ton téléphone ? »

« Il me l’a pris deux jours plus tard. »

Adewale regarda la route.

Le plan devenait clair.

Une fausse signature de Simisola.

Une vidéo de Yetunde affirmant que sa sœur avait consenti.

La véritable signature de Yetunde obtenue sous pression financière.

Assez de pièces pour construire l’apparence d’un accord familial.

Simisola serra sa sœur contre elle.

« Est-ce que tu sais où est la vidéo ? »

Yetunde hocha la tête.

« Rotimi en a une copie. Papa aussi. Et… »

Elle hésita.

« Et quoi ? »

« J’ai envoyé la mienne à quelqu’un avant qu’ils prennent mon téléphone. »

« À qui ? »

Yetunde regarda Adewale dans le rétroviseur.

« À une femme qui travaille dans son entreprise. »

Adewale se retourna complètement cette fois.

« Mon entreprise ? »

« Elle s’appelait… »

Yetunde ferma les yeux pour se souvenir.

« Miriam. Miriam Okeke. »

Adewale connaissait ce nom.

Responsable conformité dans la filiale financière.

Une femme réputée stricte.

Kunle avait pourtant dit que l’analyste junior avait été le premier à signaler les anomalies.

Adewale sortit son téléphone.

Il chercha immédiatement Miriam dans l’annuaire interne.

Son profil existait toujours.

Mais une ligne attira son attention.

Congé exceptionnel.

Depuis quatre semaines.

Il appela Kunle.

« Où est Miriam Okeke ? »

Silence à l’autre bout.

« Pourquoi ? »

« Yetunde lui a envoyé une vidéo liée au dossier avant que tout dégénère. »

Kunle resta silencieux.

Puis répondit :

« Adewale… Miriam n’est pas en congé. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Elle a disparu du travail il y a quatre semaines. Son manager a enregistré un congé médical parce qu’il disait avoir reçu un message d’elle. »

Adewale regarda Yetunde.

« Quel manager ? »

Kunle répondit :

« Tunde Bako. »

Le même homme qui gardait le dossier ouvert.

Le même homme parti précipitamment pour Ibadan.

Le même homme qui communiquait avec le consultant Afolayan.

Simisola sentit sa peur changer une nouvelle fois.

Le projet n’était plus seulement une fraude foncière.

Quelqu’un avait essayé d’empêcher une responsable conformité de parler.

Et depuis quatre semaines, personne ne savait réellement où elle se trouvait.


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