PART 11 – La disparition de Yetunde révéla que la fausse signature n’était qu’une moitié du piège et que quelqu’un avait déjà préparé sa succession

Simisola rappela immédiatement.

La domestique ne répondit plus.

Elle essaya le téléphone de sa mère.

Toujours rien.

Puis celui de son père.

Chief Ajayi décrocha après plusieurs sonneries.

« Simisola. »

Elle n’utilisa aucun préambule.

« Où est Yetunde ? »

Silence.

« Papa. »

« Elle est en voyage. »

« Où ? »

« Lagos. »

Simisola ferma les yeux.

« Pourquoi la domestique m’a dit qu’elle ne savait pas ? »

« Parce qu’elle n’a pas à connaître les déplacements de ma fille. »

« Donne-moi son numéro. »

« Tu l’avais. »

« Il ne fonctionne plus. »

Nouveau silence.

Simisola sentit la peur se transformer en colère.

« Depuis combien de temps est-elle partie ? »

« Quelques semaines. »

« Trois ? »

Son père ne répondit pas.

« Rotimi est revenu il y a trois semaines. »

« Ça n’a rien à voir. »

« Alors explique-moi. »

Chief Ajayi soupira.

« Yetunde a traversé une période difficile. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Elle avait besoin de repos. »

« Où est-elle ? »

« Je viens de te le dire. Lagos. »

« À quelle adresse ? »

Cette fois, son père s’énerva.

« Arrête de m’interroger comme si j’étais un criminel. »

Simisola sentit sa gorge se serrer.

« Donne-moi simplement l’adresse de ma sœur. »

« Je n’ai pas à— »

Elle raccrocha.

Adewale arriva quinze minutes plus tard avec Amaka.

Simisola leur raconta l’appel.

Amaka posa immédiatement une question.

« Yetunde est majeure ? »

« Vingt ans. »

« Alors personne ne peut légalement vous empêcher de communiquer avec elle si elle souhaite vous parler. Mais son absence n’est pas, à elle seule, une preuve de danger. »

Simisola marcha jusqu’à la fenêtre.

« Mon père ment sur quelque chose. »

Adewale ne contesta pas.

Amaka ouvrit le dossier Oluyole.

« Il y a une raison évidente de s’intéresser à Yetunde. Elle est co-bénéficiaire. »

Simisola se retourna.

« Sa signature. »

Amaka acquiesça.

« Avez-vous vérifié si un document existe à son nom ? »

Ils ne l’avaient pas encore fait.

Adewale appela Kunle.

« Je veux toutes les pages liées à Yetunde Ajayi. »

« Je peux sortir ce qui est dans notre dossier. »

« Fais-le maintenant. »

Vingt minutes plus tard, un fichier arriva.

Amaka l’ouvrit sur son ordinateur.

Ils examinèrent les pages une par une.

Puis Simisola posa le doigt sur une autorisation.

« Là. »

Une signature.

Yetunde Ajayi.

Datée de cinq semaines plus tôt.

Amaka fronça les sourcils.

« Celle-ci a été notariée. »

Simisola pâlit.

« Et si elle l’a vraiment signée ? »

Adewale répondit prudemment.

« Alors il faut comprendre dans quelles conditions. »

Amaka agrandit le document.

« Il y a une déclaration attestant qu’elle a reçu un conseil juridique indépendant. »

Simisola lut le nom de l’avocat.

Elle ne le connaissait pas.

« Peut-on vérifier ? »

Amaka prit son téléphone.

« Oui. »

Elle appela le cabinet.

La conversation dura quelques minutes.

Puis son expression changea.

« L’avocat existe. »

« Il se souvient d’elle ? »

« Son assistante dit qu’il est absent. Mais le rendez-vous est bien dans leur registre. »

Simisola s’assit.

Adewale sentit qu’elle commençait à douter de ses propres hypothèses.

« Peut-être qu’elle a accepté », murmura-t-elle.

« C’est possible », répondit Amaka.

« Peut-être qu’elle savait tout et qu’elle ne voulait simplement pas me parler. »

Adewale secoua la tête.

« Ne décide pas avant de l’avoir entendue. »

Simisola regarda vers lui.

Il n’y avait aucune consolation artificielle dans sa voix.

Seulement une limite claire.

Ils ne savaient pas.

À midi, Kunle envoya une autre information.

Le numéro de Yetunde avait été remplacé par un nouvel abonnement enregistré au nom d’une société appartenant aux Ajayi.

Il était actif.

Adewale demanda s’il pouvait obtenir la localisation.

Simisola l’arrêta.

« Non. »

Il baissa le téléphone.

« Tu as raison. »

Elle réfléchit.

« Je veux d’abord lui envoyer un message. »

Kunle trouva un moyen légal de transmettre le nouveau numéro à Amaka à partir des documents d’entreprise accessibles.

Simisola écrivit :

« Yetunde, c’est Simi. Je ne sais pas ce qu’on t’a raconté. Je veux seulement savoir si tu vas bien. Tu n’es pas obligée de me répondre. Si tu veux me parler, je suis là. »

Elle relut six fois.

Puis envoya.

Une heure passa.

Aucune réponse.

Deux heures.

Toujours rien.

Pendant ce temps, Adewale retourna brièvement à Lagos pour confronter son propre problème.

Tunde Bako était absent du bureau.

Officiellement en déplacement.

Son badge avait été utilisé la veille tard dans la soirée pour accéder aux archives internes.

Adewale fit sécuriser les journaux informatiques sans annoncer de sanction.

Kunle l’attendait dans son bureau.

« Tu sais que si cette histoire sort, les gens diront que ton groupe a facilité une fraude. »

« Peut-être qu’il l’a fait. »

« Une personne a peut-être agi seule. »

« Alors nous le prouverons. »

Kunle observa son ami.

« Avant Ayetoro, tu aurais probablement appelé le service communication avant le service juridique. »

Adewale regarda la ville derrière la vitre.

« Avant Ayetoro, j’aurais probablement pensé que protéger le nom de l’entreprise protégeait tout le reste. »

« Et maintenant ? »

« Maintenant, je veux savoir ce qui s’est passé même si ça rend le nom moins joli pendant quelque temps. »

Kunle hocha lentement la tête.

« Elle t’a changé. »

Adewale répondit sans sourire.

« Elle m’a obligé à voir certaines choses. Ce n’est pas la même chose. »

Son téléphone vibra.

Simisola.

Il décrocha immédiatement.

« Elle a répondu. »

« Yetunde ? »

« Oui. »

La voix de Simisola tremblait.

« Qu’est-ce qu’elle a dit ? »

« Seulement : “Je vais bien. Ne cherche pas à me voir.” »

Adewale resta silencieux.

« Ça ne lui ressemble pas », ajouta Simisola.

« À cause des mots ? »

« Elle m’appelle toujours Simi. Toujours. Même dans les messages où elle était en colère. »

« Peut-être qu’elle a changé. »

« Peut-être. »

Il entendit sa respiration.

« Je peux revenir. »

« Oui. »

Cette fois, elle le demanda.

Adewale partit.

À son arrivée à Ibadan, Amaka avait déjà examiné le message.

« Nous ne pouvons pas supposer qu’elle a été forcée », dit l’avocate. « Mais nous pouvons chercher des incohérences autour de la signature et de son déplacement. »

Simisola tenait son téléphone.

« Je vais envoyer une deuxième phrase. »

Elle écrivit :

« Je respecte ta décision. Dis-moi seulement le nom du chien de tante Bose quand nous étions petites. »

Adewale leva un sourcil.

Simisola expliqua :

« Il n’y avait pas de chien. »

Amaka comprit.

« Une question dont seule votre sœur saura que la prémisse est fausse. »

Le message partit.

Trois minutes plus tard, une réponse arriva.

« Bruno. »

Simisola devint blanche.

Adewale se rapprocha sans la toucher.

« Ce n’est pas elle. »

Amaka regarda le téléphone.

« Ou quelqu’un répond pour elle. »

Simisola se leva.

« Je vais chez mes parents. »

« Pas seule », dit Amaka.

« Je n’ai pas demandé la permission. »

« Je ne vous la donne pas. Je vous donne un conseil professionnel. Si quelqu’un manipule ses communications, arrivez avec témoins et preuve de votre démarche. »

Simisola se força à ralentir.

« D’accord. »

Ils partirent à trois.

Adewale suivit dans une seconde voiture.

Cette fois, les gardes à l’entrée des Ajayi essayèrent de les retenir.

Amaka montra sa carte.

« Nous venons voir Yetunde Ajayi. »

Un garde téléphona.

Quelques minutes plus tard, la grille s’ouvrit.

Chief Ajayi les attendait dans le salon.

Sa femme était absente.

« Encore vous », dit-il en voyant Adewale.

Simisola ne répondit pas.

« Où est Yetunde ? »

« Je t’ai dit qu’elle était à Lagos. »

Simisola posa son téléphone sur la table.

« Quelqu’un utilise son numéro. »

Son père regarda l’appareil.

« Qu’est-ce que tu racontes ? »

Elle lui montra les messages.

Il lut.

Son expression ne changea presque pas.

Mais Simisola vit quelque chose.

Une hésitation.

« Qui a son téléphone ? »

« Peut-être qu’elle plaisante. »

« Yetunde ne connaît pas de Bruno. »

Chief Ajayi s’assit.

« Simisola, tu crées des catastrophes à partir de chaque détail. »

Adewale vit ses poings se fermer.

Simisola, pourtant, parla calmement.

« Appelle-la. »

« Je n’ai pas à prouver— »

« Appelle-la. Maintenant. Mets sur haut-parleur. »

Son père la regarda longtemps.

Puis prit son téléphone.

Il composa un numéro.

Une sonnerie.

Deux.

Trois.

Quelqu’un décrocha.

« Oui, papa ? »

La voix était celle d’une jeune femme.

Simisola se figea.

« Yetunde ? »

Silence.

Puis :

« Simi ? »

Les larmes montèrent immédiatement aux yeux de Simisola.

« Où es-tu ? »

Long silence.

« Lagos. »

« Où exactement ? »

La respiration de Yetunde changea.

« Je ne peux pas parler maintenant. »

« Est-ce que tu vas bien ? »

« Oui. »

« Est-ce que quelqu’un est avec toi ? »

Silence.

Chief Ajayi tendit la main vers le téléphone.

Simisola l’écarta.

« Yetunde, écoute-moi. Tu n’as pas besoin de me dire où tu es. Réponds seulement oui ou non. Est-ce que tu peux partir de l’endroit où tu te trouves si tu veux ? »

Le silence devint insupportable.

Puis la ligne coupa.

Simisola regarda son père.

« Où est-elle ? »

Il se leva.

« Elle a besoin de repos. »

« Où. Est. Elle ? »

Sa mère apparut dans l’embrasure de la porte.

Elle avait entendu.

Son visage était pâle.

« Fajuyi. »

Chief Ajayi se retourna.

« Pas maintenant. »

« Dis-lui. »

Simisola regarda sa mère.

« Tu sais ? »

La femme s’appuya contre la porte.

« Je savais qu’elle était partie avec Rotimi et son oncle pour quelques jours. »

Adewale se raidit.

« Avec Rotimi ? »

Simisola répéta :

« Yetunde est partie avec Rotimi ? »

Sa mère acquiesça lentement.

« Ils ont dit qu’elle devait signer des documents et rencontrer des conseillers à Lagos. »

« Quand ? »

« Il y a presque trois semaines. »

Simisola se tourna vers son père.

« Tu m’as dit qu’elle avait besoin de repos. »

« Parce que je voulais éviter cette scène. »

« Elle peut partir de là ? »

Il ne répondit pas.

« Papa ! »

Chief Ajayi frappa du plat de la main sur la table.

« Elle n’est pas prisonnière ! »

Le cri remplit la pièce.

Puis il ajouta, moins fort :

« Elle a accepté certaines conditions. »

Amaka intervint.

« Quelles conditions ? »

Chief Ajayi regarda l’avocate avec irritation.

« Des conditions financières. »

Simisola sentit le sol se dérober sous elle.

« Qu’est-ce qu’ils lui ont promis ? »

Son père ne répondit pas.

Sa mère murmura :

« Ils lui ont dit que si elle signait, elle pourrait partir étudier à Londres. »

Simisola ferma les yeux.

Yetunde rêvait d’étudier à l’étranger depuis l’adolescence.

Rotimi le savait probablement.

« Elle a signé pour ça. »

« Peut-être », dit Amaka. « Mais consentement et manipulation ne sont pas la même question. »

Adewale regarda Chief Ajayi.

« Pourquoi n’est-elle pas rentrée après avoir signé ? »

Le père ne répondit pas.

Simisola comprit.

« Parce qu’ils avaient encore besoin d’elle. »

Le téléphone de Chief Ajayi sonna.

Il regarda l’écran.

Rotimi.

Personne ne parla.

Simisola tendit la main.

« Réponds. »

Son père ne bougea pas.

Elle répéta :

« Réponds. »

Il finit par décrocher.

« Rotimi. »

La voix de l’autre homme était suffisamment forte pour être entendue.

« Nous avons un problème. Yetunde a parlé à quelqu’un. Il faut que Simisola signe avant demain soir ou les investisseurs quittent le dossier. »

Chief Ajayi ferma les yeux.

Trop tard.

Toute la pièce avait entendu.

Simisola regarda son père.

« Et tu veux encore me dire que tout va bien ? »

Puis elle se tourna vers Amaka.

« Je veux retrouver ma sœur. »

Cette fois, personne dans la pièce n’essaya de lui dire d’attendre.


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