PART 7 – La mort de Victor Salvi efface la piste la plus évidente et fait apparaître un adversaire qui connaît les secrets les plus anciens des Moretti

Le corps de Victor Salvi avait été découvert dans une voiture garée sous un pont de service près de Red Hook. Lorsque Rico arriva, la police n’était pas encore là. Dante avait sécurisé le secteur avec deux hommes et demandé au premier employé qui avait repéré le véhicule de partir.

Rico s’approcha sans précipitation.

Salvi était affaissé sur le siège conducteur.

Aucun sang visible.

Aucun impact.

Ses mains reposaient sur ses cuisses, presque correctement alignées.

— Trop propre, murmura Rico.

Dante acquiesça.

— Rien dans les poches sauf son portefeuille.

— Téléphone ?

— Disparu.

Rico regarda le pare-brise.

Un morceau de papier était coincé sous l’essuie-glace.

Dante le lui tendit avec des gants.

Une seule phrase était imprimée.

« Tu ne fermes pas une porte qui ne t’appartient pas. »

Rico relut les mots.

— C’est pour moi.

— Oui.

— Alors Salvi n’était pas celui qui surveillait Leo.

— Ou il travaillait pour quelqu’un qui n’avait plus besoin de lui.

Rico recula d’un pas.

Pendant des années, il aurait interprété cette scène comme une invitation à la guerre. Il aurait appelé des noms. Des voitures seraient parties. Des portes auraient été forcées avant l’aube.

Son corps connaissait encore cette réponse.

Elle montait dans ses muscles avant même que sa pensée intervienne.

Il sortit son téléphone.

Dante lui attrapa le poignet.

— Souviens-toi de ce que tu as dit.

Rico le fixa.

Dante ne lâcha pas.

— Pas de sang.

— Retire ta main.

— D’abord, dis-moi ce que tu vas faire.

Rico regarda Salvi.

— Trouver qui a fait ça.

— Et ensuite ?

Il serra la mâchoire.

— Je n’en sais rien.

Dante relâcha son poignet.

— C’est déjà mieux que l’ancienne réponse.

Rico appela un contact dans la police.

Pas pour faire disparaître l’affaire.

Pour signaler le corps.

Cette décision, petite en apparence, étonna Dante plus que le reste.

— Tu les laisses enquêter ?

— Oui.

— Ils vont poser des questions.

— Qu’ils les posent.

— Sur Salvi. Sur les entrepôts. Sur toi.

Rico remit le téléphone dans sa poche.

— Je veux sortir de cette vie. Ça signifie peut-être arrêter de contrôler chaque conséquence.

Lorsque Rico rentra, il était presque cinq heures.

Clara l’attendait dans la cuisine.

Deux tasses de café refroidissaient sur la table.

— Leo dort, dit-elle.

— Je sais.

— Dante m’a envoyé un message pour que je ne m’inquiète pas.

Rico leva un sourcil.

— Il fait ça maintenant ?

— Quelqu’un dans votre organisation doit apprendre la communication normale.

Il s’assit.

Clara poussa une tasse vers lui.

— Qu’est-il arrivé à Salvi ?

— Il a probablement été empoisonné.

Elle inspira.

— Vous avez une idée de qui ?

— Non.

— Et la photo de Leo ?

— Je pense que Salvi était un intermédiaire, au mieux.

Clara s’assit en face.

— Quelqu’un veut vous empêcher de fermer vos activités.

— Oui.

— Pourquoi ? Si vous partez, ça laisse plus d’espace aux autres.

Rico regarda son café.

— Parce que certaines activités ne sont pas seulement à moi.

— Partenaires ?

— Familles. Investisseurs. Gens qui ont construit des routes, des protections, des accords. Les fermer coupe l’argent de beaucoup de personnes.

— Alors votre liste était plus explosive que vous le disiez.

— Oui.

Clara resta un moment silencieuse.

— Qui connaissait assez bien votre organisation pour savoir exactement quelles fermetures vous feraient le plus mal ?

La question fit relever la tête à Rico.

— Beaucoup d’anciens.

— Quelqu’un qui connaissait Elena ?

Il se figea.

— Pourquoi tu demandes ça ?

— La personne utilise Leo. Pas seulement vos affaires. Elle sait où toucher.

Rico sentit une vieille pensée remonter.

Une pensée qu’il avait enterrée parce qu’elle lui semblait impossible.

— Il y avait quelqu’un.

Clara attendit.

— Mon oncle, Anthony Moretti.

— Le frère de votre père ?

— Oui.

— Il est encore actif ?

— Non.

— Pourquoi ?

Rico s’appuya contre sa chaise.

— Parce que je l’ai écarté après la mort de mon père.

— Écarté comment ?

— Je lui ai laissé une part légale de plusieurs sociétés et je lui ai interdit de participer aux décisions.

— Et il l’a accepté ?

Rico eut un sourire sans joie.

— Non.

— Où vit-il ?

— Officiellement, en Floride.

— Et officieusement ?

— Je vais le découvrir.

À neuf heures, Dante confirma qu’Anthony n’avait pas été vu à sa résidence de Naples depuis presque deux semaines.

Rico ne sembla pas surpris.

— Il a encore des hommes ici ?

— Quelques anciens contacts. Personne d’important.

— Salvi ?

Dante hocha lentement la tête.

— Ils se connaissaient depuis vingt ans.

Le puzzle commençait à prendre forme.

Pas assez pour conclure.

Mais assez pour changer la direction de la recherche.

Rico ordonna une vérification des déplacements d’Anthony, de ses comptes et de ses sociétés.

— Légalement, précisa Clara depuis la porte.

Dante la regarda.

— Tu vas rester là pendant toutes les réunions ?

— Tant que quelqu’un doit le rappeler.

Rico la fixa.

— Je n’ai rien demandé d’illégal.

— Très bien. Je m’entraîne.

Malgré lui, Dante sourit.

Les deux jours suivants furent étrangement calmes.

Trop calmes.

Aucun nouveau message.

Aucun homme repéré près de la maison.

Leo reprit ses séances avec Miriam.

Durant l’une d’elles, il construisit une maison avec des blocs puis ajouta enfin une porte.

Miriam ne fit pas de commentaire immédiat.

Rico, lui, la vit.

— C’est nouveau.

Leo hocha la tête.

— Parce qu’on peut sortir.

La phrase resta dans l’esprit de Rico toute la journée.

Il passa l’après-midi avec ses avocats.

Pas ceux qui avaient l’habitude d’effacer les problèmes.

D’autres.

Spécialistes des restructurations, des ventes et des accords avec les autorités.

Pour la première fois, Rico posa une question qu’il n’avait jamais imaginé prononcer.

— Qu’est-ce qui se passe si je fournis des informations sur mes propres entreprises illégales ?

L’avocat principal se renversa légèrement dans son fauteuil.

— Cela dépend du niveau d’implication, des juridictions et de ce que vous êtes prêt à reconnaître.

— Je veux protéger les salariés qui n’ont participé à rien de violent.

— Et vous ?

Rico regarda le dossier devant lui.

— Je ne demande pas l’immunité à n’importe quel prix.

L’avocat le dévisagea.

— Vous comprenez que vous pourriez perdre des entreprises, de l’argent et potentiellement votre liberté ?

Rico pensa à Leo.

— Oui.

La conversation dura trois heures.

Lorsqu’il rentra, Clara était encore là, terminant un rapport.

— Vous avez l’air d’avoir vieilli depuis ce matin.

— Merci.

Elle referma son ordinateur.

— Mauvaise réunion ?

— Importante.

— C’est différent.

Rico s’assit.

— Si je veux vraiment sortir, je vais devoir reconnaître certaines choses.

Clara comprit.

— Aux autorités ?

— Peut-être.

— Vous pourriez aller en prison.

— Peut-être.

Elle resta silencieuse.

— Leo sait ?

— Non.

— Miriam ?

— Pas encore.

— Et vous avez décidé ?

Rico regarda ses mains.

— J’ai décidé de ne pas lui laisser un empire qui l’oblige un jour à devenir moi.

Clara ne répondit pas.

Elle s’approcha simplement et posa une main sur le dossier de la chaise voisine.

— Alors faites les choses dans le bon ordre.

— Quel est le bon ordre ?

— Pas celui où vous vous sacrifiez brutalement et appelez ça de l’amour. Celui où vous préparez votre fils, vous travaillez avec sa thérapeute et vous ne disparaissez pas de sa vie du jour au lendemain.

Rico leva les yeux vers elle.

— Tu penses toujours que je fais tout trop brutalement.

— Parce que c’est vrai.

— Même quand j’essaie de bien faire.

— Surtout là.

Avant qu’il puisse répondre, Dante entra sans frapper.

Il tenait une tablette.

— On l’a.

Rico se leva.

— Anthony ?

Dante posa l’appareil sur la table.

Une caméra de péage avait capturé un SUV noir trois jours plus tôt.

Au volant se trouvait un homme de soixante ans aux cheveux argentés.

Anthony Moretti.

Clara regarda l’image.

— Il est à New York.

— Oui, dit Dante. Et ce n’est pas tout.

Il fit apparaître une deuxième photo.

Un parking souterrain.

Anthony parlait avec un homme.

Clara reconnut immédiatement la casquette.

— Trent.

Dante acquiesça.

— Hier soir.

Rico sentit sa colère devenir froide.

— Où ?

— À moins de deux kilomètres d’Il Destino.

Puis Dante fit glisser une dernière image.

Cette fois, Anthony tenait plusieurs photographies imprimées.

Sur la plus visible, on distinguait Clara sortant du restaurant.

Rico ne dit rien.

Il regarda seulement Dante.

Dante comprit.

— On va la sortir d’ici.

Clara se redressa.

— Non.

Les deux hommes tournèrent la tête vers elle.

— Pardon ? dit Rico.

— Je ne vais pas courir chaque fois qu’Anthony prend une photo.

— Ce n’est plus une supposition.

— Je sais.

— Alors tu vas dans un endroit sûr.

— Et Leo ?

— Il reste ici.

— Donc je devrais disparaître de sa vie au moment où quelqu’un essaie précisément d’utiliser ses attachements contre vous ?

Rico resta immobile.

— Je ne te laisserai pas servir d’appât.

— Et je ne vous laisse pas décider seul de ma vie.

La tension monta entre eux.

Puis Dante posa une main sur la tablette.

— Il existe peut-être une troisième option.

Rico tourna la tête.

— Laquelle ?

— On arrête d’attendre qu’Anthony choisisse le prochain mouvement.


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