PART 6 – Une photographie déposée devant la maison transforme les précautions de Rico en urgence, tandis que Clara refuse de devenir une prisonnière protégée

Clara était dans le restaurant de Queens lorsqu’elle vit les deux hommes entrer.

Ils ne portaient pas les costumes sombres des employés de Rico. Jeans, manteaux ordinaires, visages quelconques. Pourtant, lorsqu’ils s’arrêtèrent près du bar et regardèrent directement vers elle, son ventre se contracta.

Elle posa son stylo.

— Madame Vance ?

— Oui.

— Monsieur Moretti nous envoie.

Clara croisa les bras.

— Bien sûr qu’il vous envoie.

Le plus âgé sembla légèrement embarrassé.

— Nous devons vous raccompagner.

— Je n’ai pas terminé.

— Il a demandé que vous quittiez le restaurant maintenant.

Elle regarda autour d’elle. Trois employés attendaient sa validation sur les nouveaux horaires.

— Vous pouvez lui dire que j’arriverai quand j’aurai fini.

Les deux hommes échangèrent un regard.

— Madame Vance…

— Clara suffit.

— Clara, ce n’est pas une demande.

Elle releva lentement la tête.

— Alors vous allez devoir appeler votre patron.

L’appel dura moins d’une minute.

Rico décrocha presque immédiatement.

— Monte dans la voiture.

— Bonjour à vous aussi.

— Clara.

Son ton contenait une tension qu’elle ne lui avait jamais entendue.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Quelqu’un a laissé une photographie de Leo devant chez moi.

Elle cessa de plaisanter.

— Quand ?

— Il y a vingt minutes.

— Quel genre de photographie ?

— Prise dehors. Devant Il Destino.

Clara s’assit.

— Et les hommes de l’école ?

— Probablement liés.

— Probablement ?

— On n’a pas encore de confirmation.

Elle pinça l’arête de son nez.

— D’accord. Je rentre chez moi.

— Non.

— Rico…

— Tu viens à la maison.

Elle remarqua l’abandon du vouvoiement mais choisit de ne pas le relever.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne sais pas encore qui ils surveillent.

— Je ne vais pas m’installer chez vous chaque fois que quelqu’un prend une photo.

— Ce n’est pas une discussion.

— Alors raccrochez, parce que si ce n’est pas une discussion, vous n’avez pas besoin de moi.

Un silence glacial.

Elle crut une seconde qu’il allait perdre patience.

Lorsqu’il parla, sa voix était plus calme.

— S’il te plaît.

Clara ferma les yeux.

Ce mot-là changeait tout.

— Une nuit, dit-elle. Le temps que vous compreniez ce qui se passe.

— D’accord.

— Et personne ne fouille mon appartement.

— Trop tard.

Elle se redressa.

— Quoi ?

— Dante y est allé il y a dix minutes.

— Vous avez fait entrer quelqu’un chez moi ?

— Avec ton propriétaire.

— Vous êtes impossible.

— Vivant. C’est ce que j’essaie de te garder.

— Nous reparlerons sérieusement de vos méthodes.

— Très bien. Dans la voiture.

Elle raccrocha.

Vingt-cinq minutes plus tard, le véhicule franchissait les grilles de la propriété des Moretti.

Leo attendait près de l’entrée.

Lorsqu’il aperçut Clara, son visage s’éclaira.

— Tu dors ici ?

Elle regarda Rico derrière lui.

— Apparemment.

Leo applaudit.

Cette joie rendit presque impossible de rester en colère.

Clara s’accroupit.

— Seulement ce soir.

— Tu peux lire mon livre du renard ?

— Si ton père est d’accord.

Leo se tourna immédiatement vers Rico.

— Papa ?

Rico, qui aurait accepté presque n’importe quoi à cet instant, acquiesça.

— Après le dîner.

Le garçon partit en courant.

Clara se releva.

— Vous avez utilisé un enfant de trois ans pour désamorcer ma colère ?

— Je n’ai rien fait.

— Votre visage dit le contraire.

Ils entrèrent dans le bureau.

Dante y avait étalé plusieurs photographies.

— On a identifié l’homme à la casquette, dit-il.

Clara s’arrêta.

— Qui est-ce ?

— Samuel Trent. Il travaille pour une société de sécurité privée.

— Ça paraît presque normal.

— Son employeur officiel oui. Ses contrats officieux, beaucoup moins.

Rico montra une deuxième photo.

— Il a déjà travaillé pour Victor Salvi.

Clara tourna la tête.

— Le nom ne me dit rien.

— Ancien responsable d’un de mes entrepôts.

— Celui qui a refusé la fermeture ?

Rico la regarda.

— Comment tu sais ça ?

— Marco parle fort au téléphone.

Dante eut un souffle amusé.

Rico l’ignora.

— On ne sait pas si Salvi a commandé la surveillance ou si Trent travaille pour quelqu’un d’autre.

— Et l’autre homme ?

— Pas encore identifié.

Clara regarda la photo de Leo.

— Pourquoi laisser ça devant votre maison ? S’ils veulent vous observer, ils viennent de vous avertir.

Dante acquiesça.

— C’est exactement le problème.

Rico se pencha sur la table.

— Ce n’est pas seulement de la surveillance. C’est un message.

— Pour vous pousser à faire quoi ?

Personne ne répondit.

Clara regarda Rico.

— Revenir en arrière ?

Il se redressa.

— C’est possible.

— Alors vous allez faire quoi ?

— Continuer.

— Même si Leo est menacé ?

La question le fit se raidir.

— Je ne vais pas remettre en marche ce qui a tué sa mère pour prétendre le protéger.

Clara vit qu’il avait déjà pensé à cette contradiction.

— Alors il faut trouver une autre façon.

— C’est ce qu’on fait.

Dante rassembla les photos.

— J’ai des hommes qui surveillent Salvi. S’il approche de Leo, on le saura.

Clara lança un regard à Rico.

— Et après ?

Il soutint son regard.

— Après, je parle avec lui.

Elle ne sembla pas convaincue.

— Juste parler ?

— Tu veux une réponse honnête ?

— Toujours.

Rico prit une seconde.

— J’essaierai.

Clara soupira.

— Ce n’est pas très rassurant.

— C’est plus honnête.

Ce soir-là, le dîner fut étrangement normal.

Leo mangea ses pâtes, raconta à Clara que Miriam lui avait appris un jeu avec des cartes de couleurs et demanda trois fois s’il pouvait donner des morceaux de poulet au chien du jardinier.

Rico observa son fils plus qu’il ne mangea.

À chaque rire, la photographie laissée sur la voiture lui revenait à l’esprit.

Après le repas, Leo courut chercher son livre.

Clara s’installa avec lui sur le canapé.

Rico resta près de la porte du salon.

— Tu peux t’asseoir, papa, dit Leo.

— Je suis bien là.

— Non.

Clara leva les yeux du livre.

— Vous avez reçu un ordre.

Rico finit par s’asseoir.

Leo se plaça entre eux.

L’histoire parlait d’un renard qui avait peur de traverser une rivière. Clara lisait lentement, changeant légèrement de voix pour chaque personnage. Au milieu d’une page, Leo posa sa main sur celle de son père sans quitter l’illustration des yeux.

Rico regarda leurs doigts.

Six mois plus tôt, ce simple geste aurait été perdu parmi des dizaines d’autres préoccupations.

Maintenant, il semblait plus important que n’importe quelle réunion.

À la fin du livre, Leo bâilla.

— Encore.

— Demain, dit Clara.

Il regarda son père.

— Clara reste demain ?

Rico et Clara échangèrent un regard.

— On verra, répondit-elle.

Leo sembla mécontent mais trop fatigué pour argumenter.

La nounou vint le chercher.

À peine avait-il disparu que Clara se tourna vers Rico.

— Vous ne pouvez pas transformer cette maison en forteresse.

— Elle l’est déjà.

— Alors en forteresse plus grande.

— Que proposes-tu ?

— Commencer par comprendre ce que veut celui qui vous envoie ces messages.

— Merci, c’était aussi mon idée.

— Sans menacer dix personnes avant d’avoir posé une seule question.

Il se leva.

— Je ne menace pas dix personnes.

— Combien ?

— Trois.

Elle le fixa.

— C’était une blague.

— Pas la mienne.

Clara se leva à son tour.

— Vous voyez ? C’est ça votre problème.

— Mon problème ?

— Chaque fois que quelque chose menace votre famille, vous redevenez immédiatement l’homme que vous dites vouloir quitter.

La remarque l’atteignit.

— Et tu ferais quoi à ma place ?

— Je ne sais pas.

— Exactement.

— Mais je sais ce que Leo voit.

Rico se tut.

— Quand vous vous crispez, quand vos hommes apparaissent partout, quand vous quittez la pièce pour parler à voix basse, il le ressent. Peut-être qu’il ne comprend pas pourquoi, mais son corps apprend encore qu’un danger approche.

Rico pensa aux crises du restaurant.

— Tu crois que je devrais sourire pendant qu’on le photographie ?

— Non. Je crois que vous devriez décider ce que signifie réellement le protéger.

Il n’eut pas de réponse.

Plus tard dans la nuit, Clara ne parvint pas à dormir.

La chambre d’amis était confortable, presque trop silencieuse. Vers deux heures, elle descendit chercher de l’eau.

Une lumière était allumée dans le bureau.

Rico se tenait devant la fenêtre.

— Vous dormez parfois ?

Il ne se retourna pas.

— Pas beaucoup.

— Moi non plus, apparemment.

Elle entra.

Sur le bureau se trouvait une ancienne photo d’Elena.

Clara hésita.

— Je peux ?

Rico acquiesça.

Elle prit la photo.

Elena souriait, enceinte, une main posée sur son ventre.

— Elle était belle.

— Oui.

— Leo lui ressemble.

— Les yeux.

Clara reposa l’image.

— Vous l’aimiez beaucoup.

Rico ne répondit pas immédiatement.

— Elle pensait que je pouvais devenir meilleur avant que j’en sois convaincu moi-même.

Clara s’appuya contre le bureau.

— Et vous êtes convaincu maintenant ?

Il regarda dans le jardin sombre.

— Je suis convaincu que je dois essayer.

La franchise la surprit.

Il allait ajouter quelque chose lorsque son téléphone vibra.

Dante.

Rico décrocha.

— Oui.

Son visage changea.

Clara le vit avant qu’il parle.

— Où ?

Il écouta.

— Ne faites rien. J’arrive.

Il raccrocha.

— Quoi ?

Rico attrapa sa veste.

— Ils ont trouvé Salvi.

— C’est une bonne nouvelle ?

— Pas vraiment.

— Pourquoi ?

Il la regarda.

— Parce qu’il est mort.


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