PARTIE 19 – En franchissant de nouveau les portes de l’hôpital où Jack est mort, je dois décider quelle place son absence occupera pendant la naissance de notre enfant

Ma mère m'attendait devant chez elle lorsque je suis arrivée pour notre visite à la maternité. Elle avait préparé un petit sac contenant une bouteille d'eau, quelques biscuits et les documents que je lui avais demandé de conserver. En la voyant s'installer sur le siège passager, j'ai ressenti une gratitude que j'avais longtemps eu du mal à exprimer. Pendant la maladie de Jack, j'avais refusé une grande partie de son aide parce que je croyais devoir tout assumer moi-même. Désormais, sa présence ne me paraissait plus une preuve de faiblesse. Elle rendait simplement certaines journées moins difficiles.

Nous avons pris la route sans parler de l'hôpital pendant les premières minutes. Ma mère m'a raconté une conversation avec une voisine, puis m'a demandé si notre fille dormait mieux. Je lui ai expliqué qu'elle posait encore des questions sur Jack, mais qu'elle semblait moins inquiète depuis que nous avions parlé d'Alice. Elle avait compris qu'un enfant ne pouvait pas porter la responsabilité de tous les dangers qui menaçaient sa famille. Ma mère a souri tristement. Elle m'a dit qu'elle aurait aimé pouvoir expliquer la même chose à Jack lorsqu'il était adolescent. Je lui ai répondu que personne n'avait su combien cette culpabilité était restée présente en lui.

À mesure que nous approchions de l'hôpital, mon ventre s'est contracté légèrement. Ce n'était pas une douleur inquiétante, plutôt une tension brève comme celles que je ressentais parfois en fin de grossesse. J'ai ralenti et attendu qu'elle passe. Ma mère m'a demandé si tout allait bien. J'ai répondu que oui. Pourtant, je savais que mon malaise ne venait pas seulement de mon corps. Les bâtiments apparaissaient déjà au-delà des arbres, avec leurs fenêtres alignées et les panneaux indiquant les différentes entrées. Je connaissais ces lieux mieux que je ne l'aurais souhaité.

J'ai garé la voiture au niveau où Jack et moi nous arrêtions habituellement pour ses traitements. Je n'avais pas choisi cette place volontairement. C'était simplement la première disponible. En coupant le moteur, j'ai retrouvé la sensation des matins où il restait quelques secondes assis avant de sortir, cherchant assez de force pour traverser le parking. Il plaisantait parfois en affirmant que l'hôpital aurait dû offrir des places réservées aux maris qui conduisaient mal. Je lui répondais que ses remarques ne l'aideraient pas à monter plus vite. Aujourd'hui, personne ne faisait de plaisanterie.

Ma mère a posé doucement sa main sur mon avant-bras. « Nous pouvons rester ici quelques minutes », a-t-elle proposé. J'ai hoché la tête. Je regardais les personnes entrer et sortir du bâtiment, certaines accompagnées, d'autres seules. Une femme poussait une poussette près de l'entrée principale. Un homme transportait un sac volumineux tout en cherchant quelque chose dans sa poche. Leur agitation appartenait à des événements très différents de ceux que j'avais connus avec Jack. J'ai compris que l'hôpital n'avait jamais été uniquement un lieu de maladie. Je l'avais simplement traversé pendant des mois sans pouvoir voir autre chose.

Nous avons finalement rejoint l'accueil de la maternité. Une employée nous a indiqué la salle où commençait la visite. Plusieurs futurs parents y attendaient déjà. Certains tenaient leurs téléphones ouverts sur des listes de questions. D'autres discutaient de poussettes, de prénoms ou de l'organisation du retour à la maison. Je me suis assise près de ma mère. Une femme enceinte installée à côté de moi m'a demandé si c'était mon premier enfant. J'ai répondu que non, que j'avais déjà une fille de quatre ans. Elle a souri et demandé si son père était aussi impatient que pour la première naissance.

La question m'a surprise malgré tout ce que j'avais préparé. J'ai regardé mes mains avant de répondre que mon mari était mort récemment. La femme a paru bouleversée et s'est excusée immédiatement. Je lui ai assuré qu'elle ne pouvait pas le savoir. Elle s'est tue, visiblement embarrassée. Je n'ai pas cherché à prolonger la conversation. Ce n'était pas sa faute. Je savais pourtant que d'autres personnes poseraient les mêmes questions dans les semaines à venir. Il me faudrait apprendre à y répondre sans ressentir chaque fois l'impression d'annoncer une catastrophe nouvelle.

La visite a commencé quelques minutes plus tard. Une sage-femme nous a expliqué le déroulement habituel de l'admission, les moyens de contacter l'équipe et les situations nécessitant un appel avant de se déplacer. Nous avons ensuite traversé un couloir menant aux salles de naissance. Les lieux étaient lumineux et plus calmes que je ne l'avais imaginé. Je regardais les portes, les équipements et les fenêtres, essayant de les associer à ce que j'avais vécu lors de la naissance de notre fille. Jack était alors à mes côtés. Il tenait mon sac et posait tant de questions que j'avais fini par lui demander de laisser les professionnels travailler.

Je me suis rappelé son visage lorsqu'il avait entendu notre fille pousser son premier cri. Il avait commencé à pleurer avant même que je puisse la regarder correctement. Je m'étais moquée de lui en affirmant qu'il était censé être le membre calme de notre équipe. Il avait répondu qu'il avait oublié les règles. Plus tard, il était resté assis près du berceau, incapable de quitter notre fille des yeux. J'avais cru que nous revivrions ensemble ce moment. À présent, je me préparais à accueillir un deuxième enfant avec une place vide là où Jack aurait dû se tenir.

La sage-femme nous a montré une salle de naissance disponible. Elle a expliqué les équipements, les différentes positions possibles et les modalités d'accompagnement. Je l'écoutais attentivement. Certaines choses avaient changé depuis mon premier accouchement. D'autres me paraissaient familières. Ma mère prenait des notes discrètement. Lorsque la visiteuse a demandé si nous avions des questions particulières, j'ai levé la main. J'ai expliqué que mon mari était mort récemment dans le même hôpital et que je souhaitais savoir comment transmettre cette information à l'équipe sans devoir la répéter à chaque changement de service.

La sage-femme m'a regardée avec une attention immédiate. Elle m'a proposé de prendre quelques minutes après la visite pour préparer une note dans mon dossier. Elle a expliqué que les équipes pouvaient être informées de certaines circonstances personnelles importantes, à condition que je précise ce que je souhaitais partager. Je n'avais pas besoin de raconter toute l'histoire de Jack. Je pouvais simplement indiquer que le père du bébé était décédé récemment, que cette situation rendait la naissance émotionnellement difficile et que ma mère serait la personne chargée de m'accompagner.

J'ai accepté cette proposition avec soulagement. Depuis plusieurs semaines, je redoutais les questions ordinaires qui deviendraient douloureuses pendant l'accouchement. Je savais que personne ne cherchait à me blesser en demandant où se trouvait le père. Mais je ne voulais pas devoir prononcer le mot « mort » entre deux contractions. La sage-femme m'a assuré que ces renseignements seraient consignés avec discrétion. Elle a également précisé que je pourrais choisir ce que je souhaitais entendre ou non pendant le travail. Cette possibilité me semblait minuscule, mais elle me rendait une part de contrôle qui n'avait rien à voir avec la peur.

Après la visite, nous nous sommes installées dans un petit bureau. Une sage-femme spécialisée dans l'accompagnement des familles nous a rejointes. Elle m'a demandé ce qui m'inquiétait le plus. J'ai répondu que je craignais de me sentir seule au moment où le bébé naîtrait. Je savais que ma mère serait présente. Je savais aussi que les professionnels pourraient m'aider. Pourtant, une partie de moi continuerait à chercher Jack dans la pièce. J'avais peur que son absence prenne toute la place et m'empêche de vivre la joie de rencontrer notre enfant.

La sage-femme m'a laissé parler sans m'interrompre. Puis elle m'a demandé si je souhaitais préparer un petit geste pour évoquer Jack au moment de la naissance. Certaines familles choisissaient une photographie, un objet ou quelques mots. D'autres préféraient attendre le retour à la maison. Il n'existait aucune obligation. J'ai pensé aux chaussettes que Clara m'avait remises, à la photographie de Jack les tenant dans son lit d'hôpital et à sa lettre destinée au bébé. J'ai répondu que je voulais probablement garder ces souvenirs pour le moment où nous serions seuls avec notre enfant.

Ma mère a proposé d'apporter une photographie de Jack dans mon sac. Je l'ai regardée. Elle connaissait mieux que quiconque la manière dont mon mari avait vécu la naissance de notre fille. Elle se souvenait de son émotion, de ses appels téléphoniques et de la façon dont il avait annoncé la nouvelle à toute la famille. « Tu n'es pas obligée de la regarder pendant l'accouchement », a-t-elle ajouté. « Mais elle peut être là si tu en as envie. » J'ai accepté. Cette proposition me semblait juste parce qu'elle ne cherchait pas à faire comme si Jack était présent. Elle reconnaissait simplement qu'il appartenait à ce moment.

Nous avons parlé des détails pratiques. Ma mère serait mon accompagnante principale. Une amie proche pourrait s'occuper de notre fille si le travail commençait à un moment où ma mère ne pouvait pas venir immédiatement. Les numéros de téléphone seraient placés dans mon sac. Je devrais également préparer les documents médicaux et les vêtements du bébé. La sage-femme m'a conseillé de ne pas attendre les derniers jours pour organiser ces choses. J'ai souri. Après les dossiers de Jack, je pensais avoir acquis une certaine compétence pour classer les documents. Mais préparer une naissance demandait une attention différente.

En sortant de la maternité, nous avons emprunté un couloir menant vers l'entrée principale. Une odeur de désinfectant m'a ramenée brutalement aux derniers jours de Jack. Je me suis arrêtée près d'une fenêtre. Ma mère l'a remarqué immédiatement. Elle m'a demandé si je voulais prendre un autre chemin. J'ai regardé les panneaux indiquant les différents services. Le bâtiment où Jack avait été soigné se trouvait dans une autre aile. Je n'avais aucune raison de m'y rendre aujourd'hui. Pourtant, je ressentais une impulsion étrange : retourner devant sa chambre, vérifier que ce lieu existait toujours et peut-être retrouver quelque chose de lui dans les couloirs.

J'ai finalement choisi de ne pas y aller. Ce n'était pas une fuite. J'avais déjà passé assez de temps dans cette aile pour connaître les sons, les odeurs et la disposition des portes. Je n'avais pas besoin de revoir la chambre où mon mari était mort pour prouver que je n'oubliais pas. Nous avons continué vers la sortie. Dans le hall, une famille attendait près des ascenseurs avec un nouveau-né enveloppé dans une couverture. Le père portait un siège de voiture. La mère marchait lentement à côté de lui. J'ai regardé leur petite procession avec une émotion que je ne cherchais plus à repousser.

Sur le chemin du retour, ma mère m'a demandé si la visite m'avait aidée. J'ai répondu que oui, même si elle avait été plus difficile que prévu. Je connaissais désormais les lieux et les personnes à contacter. Surtout, j'avais pu dire clairement ce dont j'avais besoin. Pendant la maladie de Jack, je m'étais souvent comportée comme si demander du soutien signifiait reconnaître une faiblesse. Aujourd'hui, j'avais expliqué à des inconnus que je risquais de pleurer pendant la naissance parce que mon mari ne serait pas là. Personne ne m'avait demandé de me montrer plus courageuse.

Le soir, j'ai raconté à notre fille que j'avais visité l'endroit où le bébé naîtrait. Elle a immédiatement voulu savoir si elle pourrait venir avec nous. Je lui ai expliqué qu'elle rencontrerait son petit frère ou sa petite sœur dès que ce serait possible, mais qu'elle resterait d'abord avec sa grand-mère. Elle a paru contrariée. « Et si tu pars pendant que je dors ? » a-t-elle demandé. Je lui ai répondu que je lui laisserais un message et que la personne qui s'occuperait d'elle lui expliquerait où j'étais. Elle a réfléchi, puis demandé si je reviendrais avec le bébé dans notre maison.

J'ai senti une inquiétude plus profonde derrière cette question. Notre fille avait déjà vu son père partir à l'hôpital sans jamais revenir. Je me suis agenouillée devant elle. Je lui ai expliqué que j'allais à la maternité pour donner naissance au bébé, que les médecins et les sages-femmes seraient là pour nous soigner et que le projet était de rentrer ensemble à la maison lorsque nous serions prêts. Je n'ai pas promis qu'aucune difficulté n'arriverait. Je lui ai simplement décrit ce qui devait normalement se passer et les personnes qui seraient présentes pour l'aider à attendre.

« Daddy aussi, il devait rentrer », a-t-elle murmuré. Cette phrase m'a coupé le souffle. Je savais qu'elle pensait encore aux longues semaines où je lui avais assuré que son père rentrerait bientôt. J'ai posé mes mains sur ses épaules. « Tu as raison », ai-je répondu. « Je t'ai dit cela parce que je l'espérais très fort. Mais son corps était très malade, et les médecins n'ont pas réussi à le guérir. » Elle a baissé les yeux. Je lui ai expliqué que ma grossesse n'était pas la même situation et que les examens montraient que le bébé allait bien. Elle m'a écoutée attentivement.

Nous sommes restées quelques minutes assises sur le tapis. Notre fille a fini par me demander si sa grand-mère pourrait lui préparer des crêpes pendant que j'étais à l'hôpital. J'ai souri, soulagée de la voir retrouver une préoccupation à sa mesure. Je lui ai répondu que c'était probablement possible. Elle a ensuite voulu savoir si nous avions déjà choisi le prénom du bébé. Je lui ai rappelé que nous avions préféré attendre de le rencontrer. Jack aimait l'idée de découvrir certaines choses au dernier moment. Notre fille a déclaré qu'elle pourrait toujours proposer le prénom de son dinosaure si nous manquions d'inspiration.

Après son coucher, j'ai préparé une petite enveloppe destinée à rester dans mon sac de maternité. J'y ai glissé une photographie de Jack prise avant sa maladie, celle où il tenait notre fille dans le jardin. Je n'ai pas choisi une image de l'hôpital. Je voulais me souvenir de son visage lorsqu'il riait, non seulement des jours où il souffrait. J'ai ajouté une copie de la première page de sa lettre au bébé, sans décider encore si je la lirais sur place. Les originaux resteraient à la maison, protégés avec les autres souvenirs.

J'ai ensuite repris mon cahier pour vérifier l'organisation des prochaines semaines. Ma mère avait accepté d'être présente à la naissance. Notre amie pouvait garder notre fille en cas de départ précipité. Les affaires du bébé étaient presque prêtes. Les documents médicaux se trouvaient dans une pochette distincte. Je me suis arrêtée devant une dernière ligne encore vide : ce que je voulais demander à l'équipe au moment de la naissance. J'ai réfléchi longtemps avant d'écrire que je souhaitais pouvoir accueillir mon enfant sans que sa première journée soit entièrement dominée par l'absence de son père.

Cette phrase m'a paru importante. Je savais que je pleurerais probablement. Je savais aussi que certaines émotions me surprendraient. Mais notre bébé ne devait pas devenir seulement l'enfant né après la mort de Jack. Il serait une personne nouvelle, avec sa propre place dans notre famille. Je voulais pouvoir regarder son visage, découvrir ses mains et l'entendre respirer sans chercher immédiatement à mesurer tout ce que son père manquerait. Ces pensées viendraient, naturellement. Elles ne devaient pourtant pas effacer la rencontre que nous attendions depuis des mois.

Dans les jours qui ont suivi, j'ai préparé notre fille à mon absence prochaine. Nous avons organisé ensemble un petit sac contenant son pyjama préféré, ses crayons et son dinosaure. Elle a insisté pour ajouter un livre que Jack lui lisait souvent. Je l'ai laissée choisir. Nous avons également écrit sur une feuille les numéros de téléphone des adultes qui pourraient s'occuper d'elle. Elle ne savait pas encore tous les lire, mais elle aimait savoir que les informations existaient. Je lui ai expliqué qu'elle pourrait poser autant de questions qu'elle le souhaiterait.

Ruth a téléphoné pour prendre de nos nouvelles. Je lui ai raconté la visite de la maternité et les inquiétudes de notre fille. Elle a écouté sans proposer immédiatement son aide. Puis elle m'a demandé si je souhaitais qu'elle prépare quelques repas à congeler pour les premières semaines après la naissance. Cette proposition me semblait raisonnable. Elle ne cherchait pas à prendre une place que je ne lui avais pas donnée. Je l'ai acceptée, en précisant que nous n'aurions pas besoin de grandes quantités. Ruth a ri doucement et promis de ne pas transformer notre congélateur en réserve pour tout le quartier.

Une semaine plus tard, elle est venue avec plusieurs plats préparés et une petite copie du carnet d'Eleanor. Notre fille l'a accueillie avec enthousiasme, surtout lorsqu'elle a appris que certains repas avaient été inspirés des recettes de son arrière-grand-mère. Ruth est restée moins d'une heure. Elle a parlé de l'école, regardé un dessin et demandé si nous avions besoin d'autre chose. Après son départ, j'ai ressenti un soulagement tranquille. Nous apprenions à construire une relation qui ne reposait ni sur l'oubli des erreurs anciennes ni sur la répétition interminable des excuses.

À mesure que les semaines passaient, mon ventre devenait plus lourd et les mouvements du bébé plus visibles. Parfois, notre fille posait ses deux mains contre ma peau et éclatait de rire lorsqu'elle sentait un coup. Elle demandait si le bébé jouait avec elle. Je lui répondais qu'il bougeait parce qu'il grandissait et se préparait à venir au monde. Elle avait commencé à lui parler chaque soir, racontant sa journée avec un sérieux que je trouvais touchant. Je me demandais si Jack aurait reconnu certaines de ses propres habitudes dans cette manière de vouloir déjà établir une conversation.

Lors du rendez-vous médical suivant, l'équipe m'a confirmé que la grossesse évoluait normalement. Nous approchions du dernier mois. La sage-femme m'a rappelé les signes nécessitant un contact avec la maternité et les situations où je devrais venir sans attendre. J'ai posé mes questions, puis vérifié que la note concernant le décès de Jack figurait bien dans mon dossier. Elle m'a assuré que l'information était présente. En quittant le cabinet, j'ai ressenti une appréhension nouvelle. La naissance n'était plus un événement lointain. Elle pouvait désormais arriver dans quelques semaines.

Le soir, j'ai retrouvé notre fille assise devant la porte de la chambre du bébé. Elle regardait la couverture crème et les petites chaussettes de Jack, soigneusement placées dans leur boîte. Je lui ai demandé ce qu'elle faisait. Elle a répondu qu'elle essayait d'imaginer le visage de son petit frère ou de sa petite sœur. Puis elle m'a demandé si le bébé reconnaîtrait notre maison en arrivant. Je lui ai expliqué qu'il apprendrait à la connaître peu à peu, grâce à nos voix, à nos gestes et aux choses que nous ferions ensemble.

Elle a réfléchi, puis m'a demandé si la boîte bleue attendait toujours. J'ai confirmé. Elle a paru satisfaite. « Alors Daddy aussi, il a préparé quelque chose pour quand le bébé rentrera », a-t-elle dit. J'ai hoché la tête sans chercher à en savoir davantage. Je ne savais pas encore ce que nous découvririons. Mais je comprenais maintenant que Jack avait voulu réserver à cette naissance un moment qui appartiendrait aux enfants, pas seulement aux adultes chargés de régler les conséquences de sa mort.

Avant de me coucher, j'ai refermé mon sac de maternité. La photographie de Jack était rangée dans une poche intérieure. À côté se trouvaient les documents médicaux, quelques vêtements et les affaires dont j'aurais besoin après l'accouchement. J'ai posé le sac près de la porte, puis je suis restée quelques secondes à le regarder. Lors de la naissance de notre fille, Jack avait insisté pour le porter lui-même, même lorsqu'il ne contenait presque rien. Cette fois, je le prendrais seule ou avec l'aide de ma mère. Je ne pouvais pas changer cette réalité.

Mais je pouvais décider de la manière dont nous allions vivre ce qui approchait. Je ne laisserais pas l'hôpital devenir uniquement le lieu où Jack était mort. Je ne laisserais pas notre fille croire qu'un départ pour recevoir des soins signifiait nécessairement un adieu. Et je ne demanderais pas au bébé de remplir la place laissée vide par son père. J'ai éteint la lumière avec ces décisions en tête. La naissance approchait. Pour la première fois depuis des mois, l'attente me faisait peur, mais elle contenait aussi une joie que je n'essayais plus de repousser.


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