PARTIE 22 – Une déposition sur l’incendie de Briarwood a révélé pourquoi les fixations du grenier avaient été retirées et qui avait envoyé un ouvrier dans la maison

L'enquêteur m'a demandé de revenir à son bureau le lendemain de notre consultation du registre. Cette fois, il n'avait pas disposé de photographies sur la table. Il tenait un dossier fermé devant lui et m'a demandé si je souhaitais que Daniel Price participe à l'entretien. J'ai accepté. Lorsque Daniel est arrivé, l'enquêteur a commencé par nous informer que les examens techniques concluaient à un départ de feu volontaire dans l'aile arrière de Briarwood. Plusieurs indices matériels, examinés ensemble, ne correspondaient pas à un incident électrique ou à une inflammation accidentelle ordinaire. J'ai senti mes doigts se refroidir autour de mon gobelet d'eau.

« Vous êtes donc certain que quelqu'un a mis le feu ? » ai-je demandé. L'enquêteur a répondu que la conclusion technique concernait l'origine volontaire du foyer, mais que l'identification de la personne responsable exigeait encore des vérifications. Il refusait de confondre ces deux questions. J'ai pensé au bruit entendu dans la maison, à l'odeur inhabituelle et à la fumée montant derrière les fenêtres. Pendant plusieurs semaines, j'avais essayé de ne pas imaginer qu'une personne pouvait vouloir détruire Briarwood. Désormais, il ne s'agissait plus seulement d'une inquiétude personnelle.

L'enquêteur a ensuite abordé Eric Dalton. Le technicien de maintenance avait reconnu s'être rendu sur la propriété sans mon autorisation. Sa mission lui avait été présentée comme une intervention destinée à récupérer des documents et à vérifier certaines installations anciennes. Il affirmait avoir cru que la société lui donnant les instructions possédait encore des droits sur le bâtiment. Cette affirmation restait à confronter aux messages et aux contrats. Mais il avait confirmé avoir pénétré dans Briarwood à plusieurs reprises, notamment avant la découverte des fixations déplacées près de l'escalier du grenier.

« C'est lui qui a touché aux protections de Claire ? » ai-je demandé. L'enquêteur a consulté ses notes. Dalton avait reconnu avoir desserré certaines fixations, après qu'on lui eut demandé de rendre temporairement inaccessible une partie du passage. Il prétendait ne pas avoir compris que son intervention pouvait compromettre la stabilité de l'ensemble. Les photographies de Claire démontraient pourtant que les pièces avaient été correctement installées auparavant. Selon l'enquêteur, l'absence de formation spécifique de Dalton en matière de structures anciennes rendait son initiative particulièrement préoccupante. Sa responsabilité exacte devait encore être établie, mais il reconnaissait les gestes matériels.

J'ai posé ma main sur la table. Claire avait empêché son équipe et moi de monter dans cette zone après avoir constaté les modifications. Sans son examen, quelqu'un aurait pu emprunter un passage dont certains appuis n'étaient plus correctement maintenus. L'enquêteur a attendu que je reprenne mes esprits avant de poursuivre. Dalton avait déclaré qu'on lui avait demandé de retarder les travaux autour de la lucarne. Il ne savait pas exactement pourquoi cet endroit intéressait son donneur d'ordre. Il affirmait simplement qu'une autre personne devait venir récupérer des archives avant que les professionnels mandatés par la nouvelle propriétaire puissent poursuivre leur intervention.

Daniel a demandé qui avait transmis les instructions. L'enquêteur a répondu que plusieurs messages provenaient d'un numéro professionnel utilisé par Jason Walker. Dalton le connaissait depuis quelques années et avait déjà accepté des missions pour ses clients immobiliers. Les instructions concernant Briarwood avaient été présentées comme urgentes. Dans certains échanges, Jason évoquait des documents appartenant à une ancienne structure patrimoniale et insistait pour qu'aucun employé du chantier ne découvre leur emplacement avant leur enlèvement. Dalton disait avoir accepté sans vérifier auprès du véritable propriétaire.

J'ai fermé les yeux un instant. Jason savait que j'avais acheté Briarwood. Il connaissait mes préoccupations concernant les archives et avait essayé de me faire accepter ses propres entrepreneurs. Lorsqu'il n'avait pas obtenu mon accord, quelqu'un travaillant avec lui était entré dans la maison et avait modifié une installation de sécurité. Le lien entre les deux hommes était désormais étayé par leurs communications. Je ne savais pas encore si Jason avait donné lui-même l'instruction de desserrer les fixations, mais il ne pouvait plus prétendre n'avoir eu aucun intérêt dans les travaux du grenier.

L'enquêteur a précisé que Dalton avait décrit une autre intervention, le jour de l'incendie. Il devait accéder au local technique de l'aile arrière pour récupérer une boîte ou un contenant que quelqu'un pensait y avoir laissé plusieurs années auparavant. L'ordre de mission officiel parlait d'une inspection des installations abandonnées. Cette description ne correspondait pas aux messages privés retrouvés dans son téléphone. Dalton affirmait avoir cherché pendant une vingtaine de minutes sans trouver l'objet. Il avait ensuite quitté la propriété par l'entrée de service, sans signaler sa présence à qui que ce soit.

« Que cherchait-il exactement ? » ai-je demandé. L'enquêteur a répondu que Dalton ne savait pas l'identifier. On lui avait parlé d'un contenant métallique de petite taille, peut-être enfermé dans une ancienne armoire technique. La description ne ressemblait pas aux cartons du grenier ni au coffre retrouvé dans la remise. Elle pouvait concerner un autre objet, ou une information erronée transmise au technicien. Les enquêteurs avaient vérifié le local après l'incendie, mais une partie de son contenu avait été endommagée. Ils cherchaient encore à déterminer si quelque chose avait disparu.

Dalton niait avoir allumé le feu. L'enquêteur a souligné que cette déclaration ne constituait pas une preuve d'innocence, mais qu'elle était examinée avec les éléments matériels. Le technicien avait quitté le secteur selon un itinéraire partiellement confirmé par des enregistrements et des données professionnelles. Cependant, une partie de la chronologie restait incertaine. D'autres véhicules avaient circulé près de la propriété. Les enquêteurs poursuivaient les vérifications pour établir les déplacements de chacun et déterminer si une seconde personne était entrée dans le bâtiment après Dalton.

J'ai demandé si Thomas Voss apparaissait dans ces échanges. L'enquêteur a confirmé que certaines communications professionnelles renvoyaient à un ancien administrateur de Bellwood, mais ne souhaitait pas encore détailler son rôle. Il m'a expliqué qu'un même dossier pouvait impliquer plusieurs niveaux de décision : celui qui demandait une intervention, celui qui transmettait les instructions et celui qui exécutait matériellement le travail. Les responsabilités ne seraient pas nécessairement identiques. Daniel a approuvé cette précision. Nous devions laisser les enquêteurs établir les faits avant de les relier aux décisions patrimoniales anciennes.

Lorsque nous sommes sortis, je me suis arrêtée près du parking. Le ciel était gris, et une pluie froide commençait à tomber. Daniel m'a demandé si je souhaitais retourner directement au motel. J'ai répondu que je voulais d'abord appeler Claire. Elle avait découvert les fixations déplacées avant que quiconque soit blessé. Il me semblait juste qu'elle sache qu'une personne avait reconnu avoir manipulé son installation. Daniel m'a conseillé de ne lui transmettre que les informations officiellement communicables. J'ai accepté, puis je l'ai appelée depuis ma voiture.

Claire a écouté sans m'interrompre. Elle avait soupçonné une intervention non autorisée dès son premier examen, mais refusait alors de parler de sabotage faute de preuve. Maintenant, elle voulait surtout s'assurer que les autres zones du bâtiment n'avaient pas été modifiées. Elle m'a proposé une vérification supplémentaire avant toute reprise des travaux. Je lui ai demandé si elle pensait qu'il fallait abandonner entièrement le projet. Elle a réfléchi quelques secondes. « Il faut restaurer une maison parce qu'on peut la rendre sûre, Hannah. Pas pour prouver qu'on n'a peur de personne. » J'ai accepté cette distinction.

Le soir, j'ai retrouvé Nora chez Walter. Je lui ai raconté ce que l'enquêteur avait confirmé, sans entrer dans les détails qu'il avait demandé de préserver. Nora est restée immobile devant sa tasse de thé. Elle connaissait Jason à travers les photographies et les documents, mais elle ne l'avait jamais rencontré dans des circonstances ordinaires. Elle avait du mal à imaginer qu'une personne ayant partagé ma vie ait pu participer à des opérations mettant ma sécurité en danger. Je lui ai répondu que moi aussi, je cherchais encore à concilier l'homme que j'avais aimé avec les actes dont nous découvrions peu à peu l'existence.

Walter a écouté en silence. Il avait connu Margaret pendant des décennies et semblait éprouver une colère particulière à l'idée qu'on ait volontairement endommagé Briarwood. Il m'a demandé si les enquêteurs avaient suffisamment d'informations pour empêcher de nouvelles intrusions. Je lui ai répondu qu'ils avançaient, mais que je ne pouvais pas garantir l'absence de risque. Nous avions renforcé les accès, suspendu certaines interventions et demandé que toute visite soit documentée. Walter a acquiescé. Il a promis de continuer à observer la propriété depuis chez lui, sans intervenir personnellement.

Nora a voulu voir les dernières photographies des réparations. Je lui ai montré les zones que Claire avait sécurisées, les protections provisoires de l'aile arrière et les ouvertures encore condamnées. Nous avons parlé des travaux indispensables pour empêcher l'humidité d'aggraver les dommages. Elle m'a proposé de participer aux dépenses les plus urgentes, mais j'ai refusé qu'elle engage de l'argent sans disposer d'une estimation complète. Ses éventuels droits patrimoniaux restaient contestés, et je ne voulais pas qu'elle finance une maison dont le titre faisait encore l'objet de prétentions adverses. Nous avons convenu de réfléchir plus tard à une solution équitable.

Le lendemain, Lauren m'a demandé de la rejoindre au cabinet de son avocat. Elle avait retrouvé des documents qu'elle ne souhaitait ni garder chez elle ni remettre directement à Jason. Il ne s'agissait pas de pièces prises clandestinement dans ses affaires personnelles. Elles figuraient dans un carton de documents communs dont elle était chargée depuis leur séparation. Son avocat avait examiné leur situation et conseillé d'en préserver le contenu sans le modifier, puis de déterminer les modalités appropriées de leur communication. J'ai accepté de venir, à condition que Daniel soit également présent.

Le carton était posé sur une table de réunion. Lauren s'est excusée de ne pas l'avoir signalé plus tôt. Elle l'avait récupéré avec ses propres affaires au moment de quitter leur appartement et pensait qu'il contenait seulement d'anciennes factures. Jason lui avait ensuite demandé à plusieurs reprises une chemise grise, ce qui l'avait amenée à vérifier les titres visibles parmi les documents. Elle avait arrêté ses recherches lorsqu'elle avait découvert plusieurs références à Briarwood. Son avocat avait pris les précautions nécessaires avant que nous examinions les pages concernées.

La chemise grise contenait principalement des documents de travail. Certains concernaient des interventions ordinaires sur des propriétés sans rapport avec notre affaire. D'autres portaient des références à l'ancienne structure de Bellwood. Parmi eux figurait un plan partiel de Briarwood, accompagné de photographies prises avant mon achat. L'image la plus ancienne montrait la façade depuis le jardin. Une autre représentait l'escalier du grenier. Sur la dernière, le panneau derrière la lucarne était ouvert, révélant la cavité où nous avions retrouvé les archives de Margaret.

« Jason connaissait donc cet emplacement avant nous », a murmuré Lauren. Je lui ai répondu que la photographie l'indiquait effectivement, sous réserve de confirmer sa date et sa provenance. Elle comportait une référence numérique imprimée dans la marge. Daniel l'a photographiée. Une note manuscrite décrivait l'emplacement comme un espace ancien de conservation documentaire. La date inscrite correspondait à septembre 2021. Je me suis souvenu de la première visite de Jason à Briarwood, lorsqu'il avait prétendu reconnaître les problèmes du troisième étage depuis l'extérieur. Il avait déjà vu la cavité ouverte.

Plus loin, nous avons trouvé une fiche préparatoire concernant l'accès aux documents historiques. Elle mentionnait les chemises B-16 et B-17 et une instruction de ne pas déplacer certaines pièces sans validation d'un responsable. Un second document, plus récent, décrivait les travaux engagés après mon acquisition. Il comportait un plan des accès et des observations sur les zones où les artisans de Claire intervenaient. La juxtaposition était troublante. Quelqu'un avait utilisé une connaissance ancienne de la maison pour suivre les travaux que j'y faisais réaliser plusieurs années plus tard.

Daniel a demandé à Lauren si Jason lui avait déjà montré ces documents. Elle a répondu que non. Elle savait qu'il travaillait avec des propriétaires immobiliers, mais ignorait la plupart des détails de ses missions. Lorsqu'il parlait de Briarwood, il présentait généralement mes décisions comme irrationnelles. Elle avait cru qu'il s'inquiétait de mon incapacité à financer les réparations. « Je pensais qu'il voulait prouver à papa qu'il était utile », a-t-elle reconnu. Puis elle a regardé le plan du grenier. « Je n'avais pas compris qu'il savait précisément ce qu'il cherchait. »

Dans une pochette transparente se trouvait une liste de rendez-vous professionnels. Plusieurs dates correspondaient aux appels passés à Thomas Voss après mes premières visites de Briarwood. L'une des lignes indiquait : « Vérifier accès lucarne avant intervention C. Whitman. » J'ai senti ma gorge se serrer. Le nom de Claire apparaissait donc dans les notes de Jason avant que les fixations soient déplacées. Ce document ne prouvait pas qu'il avait personnellement ordonné leur retrait, mais il établissait qu'il suivait son intervention et connaissait le calendrier des travaux.

Lauren a porté une main à sa bouche. Son avocat lui a demandé si elle souhaitait interrompre la réunion. Elle a refusé. « J'ai besoin de savoir ce qu'il y a dans cette chemise », a-t-elle répondu. Nous avons toutefois laissé les professionnels organiser l'examen des pages pertinentes. Daniel ne voulait pas que notre émotion nous pousse à manipuler inutilement les documents. Il a demandé que les originaux soient conservés dans leur état et que les informations éventuellement utiles à l'enquête soient transmises par les voies appropriées.

Une dernière page portait le nom d'Eric Dalton. Il s'agissait d'une fiche de mission préparée pour une intervention à Briarwood, avec un intitulé qui ne correspondait à aucun travail que j'avais autorisé. Le texte évoquait la vérification d'un local technique et la récupération d'éléments appartenant à un ancien client. Dans une case réservée aux observations, quelqu'un avait écrit : « Ne pas communiquer directement avec H. Mitchell. » Je l'ai relue plusieurs fois. Jason avait donc participé à l'organisation d'une intervention sur ma propriété tout en demandant expressément que je n'en sois pas informée.

Daniel a demandé une copie complète des éléments pertinents, puis il a téléphoné au service chargé de l'enquête. Il a expliqué que des documents susceptibles d'éclairer les missions d'Eric Dalton avaient été retrouvés parmi des affaires communes conservées par Lauren. Les enquêteurs ont indiqué la procédure à suivre pour les leur communiquer dans des conditions vérifiables. Je n'ai pas participé à ces échanges techniques. Je me suis assise près de la fenêtre, observant ma sœur examiner le visage de Jason sur une vieille photographie glissée dans son portefeuille.

« Je l'ai choisi à ta place », a-t-elle murmuré. Je n'ai pas immédiatement compris ce qu'elle voulait dire. Elle a précisé qu'elle avait accepté de poursuivre sa relation avec Jason alors qu'elle savait combien sa trahison m'avait blessée. Elle s'était convaincue qu'il était devenu honnête avec elle parce qu'il avait quitté notre histoire commune. Maintenant, elle découvrait qu'il avait continué à lui cacher des affaires importantes. Je lui ai répondu qu'elle avait fait ses propres choix, mais qu'elle ne devait pas confondre leur échec avec une obligation de subir davantage de mensonges.

Lauren a baissé la tête. « Je ne te demande pas d'effacer ce que j'ai fait. » Je lui ai répondu que je ne le pourrais pas, du moins pas simplement parce que nous étions désormais du même côté sur certaines questions. Pourtant, j'appréciais qu'elle accepte enfin de regarder les documents sans chercher immédiatement à les expliquer en faveur de Jason. Nous avons quitté la salle ensemble. Dans le couloir, elle m'a demandé si Nora allait bien. Je lui ai répondu qu'elle traversait des journées difficiles, mais qu'elle commençait à retrouver des souvenirs qui comptaient pour elle.

En fin d'après-midi, l'enquêteur m'a appelée pour confirmer que les documents de Lauren seraient examinés avec les communications déjà obtenues. Il m'a demandé de ne pas discuter de leur contenu avec Jason ni avec Robert. Il souhaitait également savoir si d'autres personnes détenaient des photographies du grenier prises avant mon acquisition. J'ai mentionné celles du dossier de Daniel et les images des archives découvertes. Il a noté les références. Puis il m'a expliqué que les enquêteurs cherchaient à établir si les instructions données à Dalton provenaient d'une décision personnelle de Jason ou d'une demande formulée par un autre responsable.

Je lui ai demandé si le feu avait pu commencer après le départ de Dalton. Il a répondu que cette possibilité faisait partie des scénarios examinés. Les horaires disponibles ne permettaient pas encore de situer chaque personne avec une précision suffisante. Il préférait ne pas me donner une explication qu'il devrait ensuite corriger. J'ai accepté sa prudence. L'incendie avait détruit une partie du bâtiment, mais il n'avait heureusement blessé personne. Je voulais que l'enquête identifie les véritables responsabilités, même si elles se révélaient différentes de ce que j'avais imaginé.

Le lendemain matin, Daniel a reçu un message concernant l'inventaire privé de Thomas Voss. Les documents que nous cherchions étaient toujours sous conservation sécurisée. Une demande visant leur déplacement avait été suspendue pendant l'examen de leur statut. La chemise concernant les correspondances de Rose et d'Evelyn pouvait donc être préservée, même si ses conditions de consultation restaient à déterminer. Je lui ai demandé s'il pensait que nous découvririons enfin les lettres manquantes. Il a répondu que nous possédions désormais une référence suffisamment précise pour avancer, mais qu'il refusait de promettre un contenu que personne n'avait encore vérifié.

Je suis retournée à Briarwood dans l'après-midi pour rejoindre Claire. Elle voulait me montrer les mesures prises après l'incendie et confirmer que certaines pièces du rez-de-chaussée pouvaient rester accessibles sous conditions. Je lui ai raconté que les enquêteurs avaient identifié une intervention non autorisée sur les fixations. Elle a soupiré. « Je savais que quelqu'un les avait touchées. Je ne savais pas pourquoi. » Nous avons examiné les nouveaux dispositifs de sécurité sans pénétrer dans les zones encore interdites. Je sentais progressivement la maison redevenir un lieu que l'on pouvait étudier avec méthode, plutôt qu'un espace où chaque bruit me faisait craindre une présence inconnue.

Lorsque Claire est repartie, Walter m'a appelée depuis son jardin. Il souhaitait me montrer un petit cahier retrouvé dans ses affaires. Il contenait des notes sur les anciens travaux réalisés à Briarwood. Margaret lui avait parfois demandé de consigner les réparations et les visites d'artisans. Parmi les dernières pages figuraient plusieurs indications concernant la remise à voitures et l'aile arrière. Walter pensait que certaines pouvaient nous aider à comprendre la disposition du local technique. Je lui ai proposé de les transmettre à Claire, qui pourrait les comparer aux plans existants.

En feuilletant le cahier, j'ai remarqué une annotation de Margaret datant de 2008. Elle mentionnait qu'une ancienne armoire métallique avait été déplacée depuis le bureau de la remise vers un local secondaire, afin de protéger certains papiers de l'humidité. Le lieu indiqué correspondait approximativement à la partie de l'aile arrière où l'incendie avait commencé. Je me suis arrêtée. L'objet recherché par Eric Dalton pouvait-il être lié à cette armoire ? Walter a reconnu ne pas s'en souvenir précisément. Il avait souvent aidé Margaret à déplacer des meubles, sans connaître leur contenu.

J'ai photographié la page et l'ai envoyée à Daniel. Nous ne savions pas si l'armoire se trouvait encore dans le local technique, ni si elle contenait quelque chose d'important. L'incendie avait pu l'endommager ou la détruire. Mais cette mention donnait un contexte possible aux instructions de recherche adressées à Dalton. Il ne cherchait peut-être pas un objet inventé pour justifier son intrusion. Quelqu'un avait pu connaître l'existence d'un ancien contenant dont Margaret avait changé l'emplacement avant sa mort. La question devenait alors de savoir qui connaissait assez bien les archives pour lui demander de le récupérer.

Le soir, Daniel m'a rappelée. Les enquêteurs avaient confirmé qu'une seconde personne apparaissait sur les enregistrements recueillis dans le secteur de Briarwood après le passage du véhicule de maintenance. Les images n'étaient pas suffisamment nettes pour établir à elles seules son identité, mais un véhicule associé à Jason Walker figurait parmi ceux dont les déplacements étaient vérifiés. Daniel m'a demandé de ne pas considérer cette information comme une conclusion. J'ai acquiescé, malgré l'accélération de mon cœur. Si Jason était revenu après Dalton, son rôle dans les événements pouvait être beaucoup plus direct que nous ne l'avions imaginé.

Avant de terminer l'appel, Daniel a ajouté qu'une demande officielle portait désormais sur les communications échangées entre Jason et Thomas Voss dans les heures précédant l'incendie. Des données de connexion et des documents professionnels permettraient peut-être de reconstituer leurs décisions. Je l'ai remercié, puis suis restée assise dans ma chambre, le téléphone entre les mains. Jason m'avait regardée droit dans les yeux, devant Briarwood, en prétendant vouloir m'aider à réparer la maison. Au même moment, ses documents montraient qu'il suivait les travaux et organisait des interventions dont je ne devais pas être informée.

J'ai repensé à la nuit où j'avais rendu ma bague de fiançailles. J'avais cru que le plus difficile serait d'accepter qu'il avait choisi Lauren. Je comprenais maintenant que notre relation contenait des secrets bien plus anciens. Dès 2021, Jason avait travaillé avec mon père sur les archives d'Evelyn. Il connaissait Briarwood avant que je découvre son existence. Et lorsque j'avais acheté la maison, il avait cherché à intervenir dans les lieux sans mon autorisation. Je ne pouvais pas encore savoir pourquoi il était devenu aussi déterminé à empêcher certaines découvertes, mais ses gestes ne relevaient plus d'une simple inquiétude pour mon bien-être.

Le lendemain, l'enquêteur a demandé à recueillir une nouvelle déclaration de Lauren concernant les dates où Jason utilisait son véhicule professionnel. Elle a accepté après avoir consulté son avocat. Quelques heures plus tard, Daniel m'a informée qu'un rapprochement préliminaire entre les messages, les itinéraires et les images de surveillance rendait très probable la présence de Jason près de Briarwood après le départ de Dalton. Les vérifications se poursuivaient, mais l'hypothèse d'une seconde intervention n'était plus fondée sur un simple soupçon.

J'ai posé le téléphone et regardé la photographie de la maison que je gardais sur mon bureau. On y voyait le vitrail intact, la véranda abandonnée et les fenêtres du dernier étage. Tout avait commencé par une tentative de comprendre pourquoi une signature figurait sur un acte établi après la mort de ma mère. Maintenant, les personnes associées à cet acte apparaissaient dans l'enquête sur une intrusion et un incendie volontaire. Je n'avais aucune envie de voir Jason ou Robert punis pour des faits qu'ils n'avaient pas commis. Mais je savais désormais que leur droit de se taire ne leur permettrait pas d'effacer les traces laissées par leurs décisions.


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