PARTIE 7 – Des coups de feu ont éclaté dans les appartements de la reine, puis un homme que je connaissais a reconnu le pendentif de ma mère

Je n'avais jamais entendu un coup de feu d'aussi près.

Le bruit m'a traversée avant que je comprenne ce qui se passait.

Victor m'a tirée vers le sol.

La fenêtre a éclaté au-dessus de nous.

Des morceaux de verre sont tombés sur le tapis.

J'ai entendu Madeleine crier.

Je n'ai pas essayé de me relever.

Victor me retenait toujours.

Un deuxième coup a retenti.

Cette fois, quelque chose a frappé la cheminée de marbre.

Le bruit était sec.

Brutal.

J'avais du mal à respirer.

Quelques minutes auparavant, je reprochais au prince de m'avoir humiliée pendant deux ans.

Maintenant, il venait probablement de m'éviter une balle.

Je n'arrivais pas à réunir ces deux images de lui.

Mais je n'avais pas le temps de réfléchir.

Victor m'a entraînée derrière un canapé lourd.

« Restez baissée. »

J'ai obéi.

Sans discuter.

Cette fois, ce n'était pas une question de rang.

C'était une question de survie.

Je serrais le bracelet de nourrisson contre mon corps.

Je ne voulais pas le perdre.

Je ne savais même pas pourquoi je continuais à y penser.

Il y avait des coups de feu.

Une fenêtre brisée.

La reine au sol.

Et mon premier réflexe était de protéger un morceau de tissu vieux de plusieurs décennies.

Peut-être parce qu'il était désormais le seul objet capable de relier mon nom à ce que je venais d'apprendre.

J'ai entendu des pas rapides.

Des voix.

Puis la porte s'est ouverte brusquement.

Le capitaine Elias Ward est entré avec deux gardes.

Il cherchait immédiatement à comprendre la situation.

Victor a indiqué la direction des fenêtres.

« Le jardin ouest ! Les tirs viennent de là ! »

Ward a porté son appareil de communication à sa bouche.

Il a ordonné la sécurisation du périmètre occidental.

Puis il a demandé qu'une équipe médicale rejoigne les appartements de la reine.

Je regardais les morceaux de verre.

Certains étaient si petits qu'ils ressemblaient à des éclats de glace.

Je pensais au point rouge.

Il avançait vers moi.

Je ne savais pas si le tireur avait voulu me tuer.

Mais je savais qu'il avait dirigé son arme vers cette pièce.

Et que je m'y trouvais.

Ward s'est accroupi près de moi.

« Vous êtes blessée ? »

J'ai secoué la tête.

Je n'étais pas certaine d'avoir retrouvé ma voix.

Il s'est tourné vers Madeleine.

La reine a répondu qu'elle allait bien.

Sa voix tremblait légèrement.

Je n'avais jamais été aussi soulagée d'entendre quelqu'un parler.

Le capitaine a regardé la fenêtre détruite.

« Quelqu'un savait précisément où vous étiez. »

Victor a tourné la tête vers le dossier de cuir.

Les documents s'étaient répandus sur le sol pendant notre chute.

Certaines feuilles reposaient près du canapé.

D'autres étaient couvertes de petits morceaux de verre.

« Ou quelqu'un savait ce que nous venions de découvrir », a-t-il répondu.

J'ai senti un frisson.

Adrian Vale.

Son nom venait d'apparaître dans les transferts financiers.

La reine avait dit que quelque chose recommençait.

Puis les lumières s'étaient éteintes.

Et quelqu'un avait tiré.

Je n'avais aucune preuve que ces événements étaient liés.

Mais il devenait impossible d'ignorer leur succession.

Ward a demandé aux gardes de nous escorter par les passages intérieurs.

Nous avons quitté les appartements.

Je ne pensais plus à la réception.

Ni aux invités.

Ni même à la déclaration prévue pour le lendemain.

Je voulais seulement rester en vie.

Les couloirs du palais étaient éclairés par les lumières de secours.

Des alarmes retentissaient au loin.

Je connaissais certains passages.

J'en avais emprunté pendant mon service.

Mais cette nuit-là, ils semblaient appartenir à un bâtiment différent.

Je portais encore mon uniforme.

Mes chaussures glissaient légèrement sur le sol.

Je tenais le bracelet sous mon encolure, près du pendentif émeraude de ma mère.

Ce pendentif m'avait toujours semblé personnel.

Un souvenir.

Une chose que je pouvais toucher lorsque Claire me manquait.

Maintenant, je commençais à le considérer autrement.

Il appartenait peut-être aussi à l'histoire qu'on avait tenté de me cacher.

Nous sommes arrivés devant un ascenseur de service.

Ward a utilisé une clé de sécurité.

Les portes se sont ouvertes.

Je suis entrée avec Madeleine et Victor.

Je me suis retournée vers le capitaine.

« Où nous emmenez-vous ? »

Il a expliqué qu'une ancienne suite d'urgence se trouvait sous l'aile est.

Elle n'était pas reliée au réseau principal de sécurité.

Victor a froncé les sourcils.

« Depuis quand existe-t-elle ? »

Ward a parlé du roi Alexander.

Il avait ordonné la construction de cet espace après une tentative d'assassinat.

Madeleine a semblé surprise.

« Alexander ne m'en a jamais parlé. »

Le capitaine l'a regardée.

« Il ne faisait pas confiance à tout le monde au palais. »

Cette phrase m'a poursuivie pendant toute la descente.

Le roi Alexander.

L'homme dont la signature figurait sur la déclaration.

L'ancien souverain dont Madeleine semblait connaître tant de secrets.

Il avait lui-même fait construire un refuge dissimulé.

Un endroit que sa propre famille ne connaissait pas entièrement.

Je me demandais combien de choses avaient été cachées dans ce palais.

Des pièces.

Des documents.

Des personnes.

Et peut-être des crimes.

L'ascenseur descendait.

Je regardais les niveaux défiler.

Rez-de-chaussée.

Niveau inférieur.

Premier sous-sol.

Deuxième sous-sol.

Puis la cabine s'est arrêtée brutalement.

Je me suis agrippée à la paroi.

Les lumières ont vacillé.

Victor a appuyé sur le bouton d'urgence.

Rien.

Pas de réponse.

Pas de mouvement.

Pas même un bruit de moteur.

Ward a sorti son arme.

Je me suis reculée.

« Derrière moi », a-t-il ordonné.

J'ai regardé le plafond de la cabine.

Un bruit métallique venait de retentir.

Quelque chose frottait au-dessus de nos têtes.

Puis nous avons entendu un mécanisme bouger.

La trappe supérieure était en train de s'ouvrir.

Je retenais mon souffle.

Ward a levé son arme.

« Identifiez-vous ! »

Une voix masculine a répondu.

Une voix que je connaissais.

« Capitaine, c'est Daniel Mercer. Je travaille à la maintenance. »

Ward a légèrement baissé son arme.

Je reconnaissais ce nom.

Daniel Mercer.

Un homme du service technique.

Il avait réparé le chauffage des cuisines pendant l'hiver précédent.

Je me souvenais de lui parce qu'il m'avait apporté un café pendant une longue journée de travail.

Un petit geste.

Sans importance apparente.

Mais dans un palais où certaines personnes préféraient ne pas voir les domestiques, cette gentillesse m'avait marquée.

Mercer a expliqué que le système de l'ascenseur avait été désactivé à distance.

Il essayait de nous faire sortir.

Une lampe est apparue à travers l'ouverture.

Puis son visage.

Il portait une tenue grise de maintenance.

C'était un homme large d'épaules, approchant la cinquantaine.

Je l'avais déjà croisé plusieurs fois.

Je n'avais aucune raison de me méfier de lui.

Il nous a indiqué une échelle conduisant à une plateforme technique.

Ward est monté le premier.

Madeleine l'a suivi.

Victor m'a aidée à atteindre les premiers barreaux.

Je n'étais pas habituée à grimper dans une cage d'ascenseur.

Mes mains tremblaient.

Mais je n'avais pas le choix.

Je me suis concentrée sur chaque mouvement.

Un barreau.

Puis le suivant.

Je n'osais pas regarder en bas.

Lorsque j'ai atteint la plateforme, Mercer m'a aidée à sortir.

Mon pendentif avait glissé hors de mon uniforme.

La petite pierre émeraude était visible contre ma poitrine.

Mercer l'a remarquée.

Son visage a changé.

Il m'a regardée comme s'il venait de voir quelque chose d'impossible.

« Où avez-vous trouvé ce pendentif ? »

J'ai porté la main à mon cou.

« Il appartenait à ma mère. »

Il est resté silencieux.

Je ne comprenais pas cette réaction.

Je connaissais cet homme comme un employé de maintenance.

Quelqu'un qui réparait les installations du palais.

Pourquoi un simple pendentif pouvait-il le bouleverser ?

Mercer a regardé Madeleine.

Puis Victor.

Puis de nouveau mon cou.

« Elle ne sait toujours pas ? »

La reine s'est arrêtée.

Elle a prononcé son prénom.

« Daniel. »

Le ton de sa voix m'a fait comprendre qu'ils se connaissaient autrement que comme une reine et un employé.

J'ai regardé l'un, puis l'autre.

« Qu'est-ce que vous me cachez encore ? »

Mercer a retiré son badge de maintenance.

Je me souviens de ce geste avec une précision étrange.

Le petit badge avait toujours été la preuve visible de son identité.

Daniel Mercer.

Service technique.

Une personne qui pouvait passer près des cuisines sans attirer l'attention.

Mais il venait de l'enlever.

Il a regardé Madeleine.

« Nous lui avons menti assez longtemps. »

La reine a secoué la tête.

« Pas ici. »

Je ne comprenais rien.

J'avais survécu à des coups de feu.

Nous étions bloqués dans les niveaux souterrains du palais.

Et deux personnes semblaient sur le point de se disputer à propos d'un homme qui réparait le chauffage.

Je commençais à perdre patience.

« De quoi parlez-vous ? »

Mercer s'est tourné vers moi.

Il n'a pas souri.

Il avait les yeux humides.

« Daniel Mercer n'est pas le nom avec lequel je suis né. »

J'ai senti mon ventre se serrer.

Je connaissais cette sensation.

C'était celle que j'avais éprouvée devant le bracelet.

Devant la signature de Gabriel.

Devant la révélation concernant ma mère.

Le sentiment qu'une autre partie de ma vie venait de m'échapper.

Mercer a passé la main sous sa chemise.

Il en a sorti une ancienne plaque d'identification militaire en argent.

Il l'a tenue devant lui.

« Je m'appelle Thomas Bennett. »

Je l'ai regardé.

Bennett.

Mon nom.

Le nom de Claire.

Je connaissais ce prénom.

Thomas.

Je l'avais entendu dans les histoires de mon enfance.

Dans les souvenirs que ma mère avait acceptés de me raconter.

Je me suis reculée.

« Non. »

Il n'a pas essayé de me toucher.

Il a simplement continué.

« Claire vous a expliqué que j'étais mort dans un accident. »

J'ai senti mes jambes devenir faibles.

Je pensais à la tombe.

Aux fleurs.

Aux années pendant lesquelles j'avais cru ne plus avoir de père.

Je l'avais perdu lorsque j'avais quatre ans.

C'était l'histoire de ma vie.

Un père mort trop tôt.

Une mère qui m'avait élevée seule.

Et maintenant, cet homme debout devant moi disait que tout cela était faux.

« Arrêtez », ai-je murmuré.

Il avait les yeux fixés sur moi.

« Je ne suis pas mort, Sofia. »

Je me suis appuyée contre le mur de béton.

Je voulais qu'il se taise.

Je voulais aussi qu'il continue.

Je ne savais plus quelle partie de moi écouter.

Il a pris une inspiration.

« Je suis votre père. »

Je l'ai regardé.

Daniel Mercer.

Thomas Bennett.

L'homme du chauffage.

L'homme du café.

L'homme dont j'avais fleuri la tombe pendant des années.

Je n'arrivais pas à prononcer un seul mot.


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