PARTIE 16 – Lorsque le grand respirateur de Rosalie a enfin été retiré, nous avons compris que son retour à la maison dépendrait encore de nombreuses petites victoires

Je n'oublierai jamais le matin où Elena nous annonça que les médecins préparaient le retrait du grand respirateur de Rosalie.

Nous étions arrivés à l'hôpital après une nuit relativement calme.

Brooklyn avait dormi dans sa chambre.

Kevin avait préparé le petit-déjeuner.

Et j'avais réussi à marcher du parking jusqu'au troisième étage sans devoir m'arrêter aussi souvent que les jours précédents.

Mon ventre restait sensible.

Mais mon corps commençait enfin à récupérer.

Lorsque nous entrâmes dans l'unité néonatale, je remarquai immédiatement qu'Elena nous attendait près de l'incubateur.

Elle avait son dossier habituel.

Ses cheveux étaient soigneusement attachés.

Mais son expression semblait différente.

Un léger sourire éclairait son visage.

Je sentis mon cœur accélérer.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Elle regarda Rosalie.

Puis elle nous expliqua que les résultats des dernières heures étaient encourageants.

Les médecins avaient poursuivi la diminution progressive de l'assistance.

Notre fille supportait mieux les changements.

Ses poumons accomplissaient désormais une part plus importante du travail respiratoire.

Je regardai le grand appareil.

Il fonctionnait toujours à côté de l'incubateur.

Ses tuyaux semblaient aussi imposants que le premier jour.

« Vous allez encore réduire les réglages ? »

Elena acquiesça.

« Nous allons faire davantage que cela, si l'équipe confirme que les conditions sont réunies. »

Je restai immobile.

Kevin s'approcha.

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? »

L'infirmière posa son dossier.

« Le docteur Vance envisage de retirer le grand respirateur et de passer à un soutien respiratoire plus léger. »

Je portai immédiatement une main à ma bouche.

Je n'osais pas sourire.

J'avais attendu cette phrase pendant tellement de jours.

Mais je savais aussi qu'il ne fallait pas confondre un projet médical avec un résultat déjà acquis.

« Vous pensez qu'elle est prête ? »

Elena choisit soigneusement ses mots.

« Les résultats indiquent qu'elle pourrait l'être. Nous allons continuer à l'évaluer avant et après le changement. »

Je regardai Rosalie.

Elle dormait paisiblement.

Ses mains reposaient près de son visage.

Je remarquai qu'elle avait pris un peu de volume.

Ses joues semblaient moins creuses.

Ses mouvements étaient encore petits.

Mais ils avaient davantage de force.

Je posai ma main contre le bord de l'incubateur.

« Tu grandis, mon bébé. »

Kevin se plaça près de moi.

Il regardait notre fille avec une attention profonde.

Depuis son premier contact peau à peau, quelque chose avait changé dans sa façon de rester auprès de Rosalie.

Il ne cherchait plus uniquement les chiffres.

Il regardait aussi ses doigts.

Ses expressions.

Les petits mouvements de ses jambes.

Il commençait à reconnaître les signes de fatigue.

Il savait quand elle semblait tranquille.

Et lorsqu'une infirmière s'approchait, il posait des questions sans laisser l'inquiétude prendre toute la place.

Le docteur Vance arriva peu après.

Il consulta les derniers résultats.

Puis il nous expliqua les étapes prévues.

Rosalie avait montré une amélioration suffisamment importante pour envisager une assistance moins invasive.

Le changement serait effectué sous surveillance.

L'équipe pourrait modifier sa prise en charge si elle montrait des signes de difficulté.

Je l'écoutais attentivement.

« Elle ne sera pas complètement sans aide ? »

Il secoua la tête.

« Pas encore. Elle aura probablement besoin d'un soutien plus léger. »

Je hochai la tête.

Il poursuivit.

« L'objectif n'est pas de lui retirer toute assistance le plus vite possible. L'objectif est qu'elle respire de manière stable, sans s'épuiser. »

Je regardai Rosalie.

Cette distinction me semblait désormais essentielle.

Au début, je ne pensais qu'au jour où toutes les machines disparaîtraient.

Je voulais rentrer.

Je voulais l'emporter dans notre maison.

Je voulais oublier les alarmes.

Maintenant, je comprenais que la progression de ma fille ne pouvait pas être commandée par notre impatience.

Elle devait avancer selon ses propres capacités.

Nous acceptâmes de laisser l'équipe effectuer les soins nécessaires.

Kevin et moi restâmes à proximité.

Brooklyn attendait dans l'espace familial avec ses crayons.

Je lui avais expliqué que les médecins allaient aider Rosalie à utiliser une machine plus petite.

Elle avait réfléchi.

Puis elle avait demandé :

« Est-ce que la grosse machine va partir pour toujours ? »

Je n'avais pas voulu lui faire de promesse.

« Nous l'espérons. Les médecins vont vérifier que Rosalie peut respirer confortablement avec moins d'aide. »

Brooklyn avait acquiescé.

Puis elle était retournée à son dessin.

Je pensais à elle pendant que les soignants préparaient le matériel.

Elle avait entendu les alarmes de cette même machine la nuit où Patricia avait touché au raccord.

Je savais que le retrait du grand respirateur pourrait avoir une signification particulière pour elle.

Mais je ne voulais pas lui présenter cet événement comme la disparition magique de toutes ses peurs.

Je voulais simplement qu'elle sache que Rosalie avançait.

L'équipe commença les préparatifs.

Les gestes étaient précis.

Les soignants vérifiaient les appareils.

Ils surveillaient les valeurs.

Ils échangeaient de courtes instructions.

Je sentais mon cœur battre rapidement.

Kevin posa sa main sur la mienne.

« Elle est entre de bonnes mains. »

Je hochai la tête.

Je le savais.

Pourtant, chaque changement important me faisait peur.

J'avais appris à connaître le grand respirateur.

Je connaissais son bruit.

Ses voyants.

La manière dont les tuyaux étaient disposés.

Même après ce qui s'était passé avec Patricia, sa présence avait fini par représenter une sécurité.

Maintenant, nous espérions pouvoir nous en passer.

Je regardai le docteur Vance.

Il restait concentré.

L'équipe procéda au changement selon le protocole prévu.

Je ne distinguais pas chaque geste.

Je voyais seulement les mains des soignants.

Les nouveaux dispositifs.

Les mouvements délicats autour du petit visage de Rosalie.

Puis le grand respirateur cessa progressivement d'occuper le centre de son lit.

Un soutien plus léger fut installé.

Les infirmières surveillèrent immédiatement les paramètres.

Je retenais mon souffle.

Le médecin consulta le moniteur.

Puis il échangea quelques mots avec Elena.

Les secondes me parurent interminables.

Enfin, il releva la tête.

« Pour le moment, elle tolère bien le changement. »

Je sentis mes genoux devenir faibles.

Kevin me soutint légèrement par le bras.

« Elle respire ? »

Le médecin acquiesça.

« Elle participe davantage à sa respiration, avec le soutien prévu. »

Je regardai Rosalie.

Sa poitrine se soulevait.

Le mouvement était délicat.

Régulier.

Elle semblait encore très petite sous sa couverture.

Mais le grand appareil n'était plus relié à elle de la même manière.

Je sentis les larmes couler sur mes joues.

Cette fois, je ne cherchai pas à les retenir.

Kevin me serra doucement contre lui.

Nous restâmes ainsi quelques instants.

Le docteur Vance nous rappela qu'il fallait continuer la surveillance.

Il ne promettait pas que Rosalie ne rencontrerait plus aucune difficulté.

Mais le changement représentait une étape importante.

Je regardai le dispositif plus léger.

Puis ma fille.

« Je suis tellement fière de toi », murmurai-je.

Elle bougea légèrement une main.

Je souris à travers mes larmes.

Elena poursuivit ses vérifications.

Elle nota plusieurs valeurs.

Puis elle ajusta doucement la couverture de Rosalie.

Lorsque tout fut stable, elle nous invita à nous rapprocher.

Je restai près de l'incubateur.

Je regardais le petit visage de mon bébé.

Il me semblait différent sans les mêmes tuyaux imposants.

Je pouvais distinguer davantage ses traits.

Ses lèvres.

Son nez.

La courbe de ses joues.

Je réalisai que je découvrais encore des parties de son visage.

Je n'avais jamais imaginé apprendre à connaître mon enfant de cette manière.

Un détail après l'autre.

Au rythme des décisions médicales.

Elena me demanda si je souhaitais lui toucher doucement le pied.

J'acquiesçai.

Sous sa surveillance, j'approchai mon doigt.

La peau de Rosalie était chaude.

Elle remua légèrement.

Je souris.

« Bonjour, ma grande. »

Kevin eut un petit rire.

« Elle n'est pas encore très grande. »

Je le regardai.

« Pour moi, elle grandit chaque jour. »

Il sourit.

Puis il posa sa main sur mon épaule.

Nous restâmes encore quelques minutes.

Ensuite, Elena nous demanda de laisser Rosalie se reposer.

Nous rejoignîmes Brooklyn.

Elle était assise près d'une fenêtre.

Son dessin de maison reposait sur la table.

Lorsqu'elle nous vit, elle leva immédiatement la tête.

« Alors ? »

Je m'assis près d'elle.

« Les médecins ont retiré le grand respirateur. »

Ses yeux s'agrandirent.

« Vraiment ? »

Kevin acquiesça.

« Oui. Rosalie utilise maintenant une aide plus petite. »

Brooklyn réfléchit.

Puis elle demanda :

« Est-ce qu'elle a eu peur ? »

Je lui pris la main.

« Les infirmières ont fait très attention à elle. »

Elle sembla rassurée.

« Et est-ce qu'elle va rentrer aujourd'hui ? »

Je souris doucement.

« Pas encore. »

Elle baissa légèrement les yeux.

Je compris sa déception.

Depuis la naissance, chaque bonne nouvelle lui faisait imaginer que Rosalie pourrait enfin venir à la maison.

Je me rapprochai.

« Elle a encore plusieurs choses à apprendre. »

Brooklyn me regarda.

« Comme quoi ? »

Je réfléchis à une manière simple de lui expliquer.

« Elle doit continuer à respirer confortablement. Elle doit aussi apprendre à manger sans se fatiguer et grandir suffisamment. »

Brooklyn sembla considérer ces informations.

Puis elle demanda :

« Elle ne sait pas encore boire son lait ? »

« Pas toujours assez facilement. »

Elle fronça les sourcils.

« Mais moi, je savais quand j'étais bébé ? »

Kevin sourit.

« Toi aussi, tu as dû apprendre beaucoup de choses. »

Brooklyn sembla étonnée.

« Même respirer ? »

Je lui caressai les cheveux.

« Les bébés apprennent et grandissent à leur rythme. Rosalie a simplement besoin de plus de temps parce qu'elle est née trop tôt. »

Elle hocha lentement la tête.

Puis elle déclara :

« Alors je vais l'attendre. »

Je sentis mon cœur se réchauffer.

« Nous aussi. »

Les jours suivants nous apprirent que le retrait du grand respirateur n'était pas la fin de l'hospitalisation.

Rosalie avait encore besoin d'une surveillance attentive.

Ses paramètres pouvaient varier lorsqu'elle se fatiguait.

Les infirmières contrôlaient régulièrement sa respiration.

Elle devait également apprendre à s'alimenter plus efficacement.

Ce fut une nouvelle source d'inquiétude.

Je croyais naïvement qu'une fois le respirateur retiré, toutes les autres étapes seraient simples.

Mais le corps d'un bébé prématuré avait encore beaucoup de travail devant lui.

Un matin, Elena nous proposa d'assister à une nouvelle tentative d'alimentation.

Rosalie était éveillée.

Ses petits yeux s'ouvraient par instants.

Elle bougeait légèrement la bouche.

L'infirmière nous expliqua que nous allions lui proposer une petite quantité de lait, selon le plan établi par l'équipe.

Je m'assis près d'elle.

Kevin resta debout à côté du fauteuil.

Je regardais ma fille.

Elle semblait intéressée au début.

Puis, après quelques instants, ses mouvements ralentirent.

Ses paupières se fermèrent.

Je remarquai que sa respiration devenait plus laborieuse.

Elena interrompit immédiatement le soin.

Je sentis une déception me traverser.

« Elle n'a presque rien pris. »

L'infirmière posa doucement le matériel.

« C'était un essai. »

Je baissai les yeux.

« Elle devrait peut-être faire mieux maintenant que le grand respirateur est parti. »

Elena secoua la tête.

« Respirer et s'alimenter demandent tous les deux de l'énergie. Elle doit apprendre à coordonner ces efforts. »

Je regardai Rosalie.

Elle semblait épuisée.

« Nous ne voulons pas qu'elle se fatigue trop », ajouta Elena.

Je hochai la tête.

Je savais que l'infirmière avait raison.

Mais j'avais tellement envie de voir ma fille accomplir toutes ces étapes.

Elena posa une main sur le bord de l'incubateur.

« Claire, ce n'est pas un échec. »

Je levai les yeux.

« Elle apprend. »

Je restai silencieuse.

Puis je regardai Rosalie.

Elle avait déjà tant progressé.

Quelques jours auparavant, elle dépendait d'un grand respirateur pour une part considérable de sa respiration.

Maintenant, elle pouvait bénéficier d'un soutien moins important.

Et elle commençait à essayer de s'alimenter autrement.

Je n'avais pas le droit d'effacer ses victoires simplement parce qu'elle avait besoin de repos.

« D'accord », murmurai-je.

Elena sourit doucement.

« Nous recommencerons quand elle sera prête. »

Kevin posa sa main sur mon épaule.

Je lui souris.

Nous avions appris à attendre.

Mais nous apprenions maintenant à attendre sans transformer chaque difficulté en catastrophe.

Au cours des jours suivants, Rosalie prit lentement du poids.

Le personnel surveillait ses apports alimentaires.

Ses périodes d'éveil.

Sa température.

Et sa capacité à maintenir des paramètres respiratoires satisfaisants.

Kevin posait des questions pratiques.

Il voulait savoir comment reconnaître les signes de fatigue.

Comment soutenir correctement notre fille.

Quand interrompre un soin.

Et quels gestes nous pourrions accomplir nous-mêmes une fois rentrés à la maison.

Je l'observais.

Il avait toujours aimé comprendre les détails.

Avant, cette habitude se manifestait surtout lorsqu'il réparait quelque chose ou organisait nos dépenses.

Maintenant, elle devenait une manière attentive de prendre soin de Rosalie.

Il ne voulait pas deviner.

Il voulait apprendre.

Un matin, il eut de nouveau l'occasion de la tenir contre lui.

Elle reposait sur sa poitrine avec son dispositif d'assistance plus léger.

Elena surveillait les paramètres.

Je m'assis près d'eux.

Rosalie ouvrit brièvement les yeux.

Son regard ne se fixa sur rien de précis.

Mais Kevin sourit immédiatement.

« Bonjour, petite. »

Elle remua les doigts.

Il baissa légèrement la tête.

« Tu nous regardes, maintenant ? »

Je souris.

« Elle essaie peut-être. »

Brooklyn nous observait depuis un fauteuil voisin.

Elle avait posé ses crayons sur ses genoux.

« Rosalie aime bien papa », déclara-t-elle.

Je tournai la tête.

« Je crois qu'elle aime être au chaud contre lui. »

Brooklyn réfléchit.

Puis elle ajouta :

« Moi aussi, j'aimais ça quand j'étais petite. »

Kevin leva les yeux.

« Tu peux encore venir sur mes genoux, tu sais. »

Brooklyn sourit.

« Même si je suis grande ? »

« Même si tu es grande. »

Je regardai notre fille aînée.

Elle semblait heureuse d'entendre cette réponse.

Depuis la naissance de Rosalie, nous parlions souvent de son rôle de grande sœur.

De sa patience.

De sa gentillesse.

De son courage.

Mais je ne voulais pas qu'elle croie que devenir grande sœur signifiait perdre le droit d'être petite.

Elle avait encore six ans.

Elle avait encore besoin de bras.

De câlins.

Et de moments où elle pouvait simplement être l'enfant dont nous nous occupions.

Lorsque Rosalie fut remise dans son incubateur, Brooklyn s'approcha de Kevin.

Elle leva les bras.

Il s'assit sur le fauteuil.

Puis il la prit sur ses genoux.

Elle posa sa tête contre sa poitrine.

Je souris.

Cette scène me rappela une phrase que j'avais entendue pendant l'entretien de Brooklyn.

Être grande sœur ne signifiait pas devoir tout réparer.

Maintenant, elle pouvait aussi profiter de ce rôle sans porter une responsabilité trop lourde.

Dans l'après-midi, le docteur Vance nous proposa une conversation plus détaillée sur les critères nécessaires avant la sortie de Rosalie.

Nous nous installâmes dans une petite salle.

Kevin sortit son carnet.

Je pris place près de lui.

Le médecin commença par nous rappeler les progrès réalisés.

Le retrait du grand respirateur.

La diminution de l'assistance.

La meilleure stabilité des paramètres.

Et la prise de poids, encore modeste mais encourageante.

Puis il expliqua les étapes restantes.

Rosalie devait continuer à respirer de manière suffisamment stable.

Elle devait maintenir sa température corporelle.

Elle devait s'alimenter correctement sans dépenser trop d'énergie.

Et sa croissance devait se poursuivre.

Je l'écoutais.

Quelques jours auparavant, j'aurais immédiatement demandé :

« Combien de temps ? »

Mais cette fois, je regardai les critères.

Ils avaient un sens.

Ce n'étaient pas des obstacles arbitraires destinés à nous empêcher de rentrer.

C'étaient des conditions destinées à protéger notre fille.

Kevin posa plusieurs questions.

Le médecin répondit calmement.

Puis il conclut :

« Nous voulons qu'elle rentre lorsque ce sera sûr. »

Je regardai Kevin.

Puis je répondis :

« Nous aussi. »

Le mot sûr avait pris une importance particulière pour notre famille.

Il ne concernait plus uniquement les machines.

Il signifiait que Rosalie pourrait respirer sans une assistance qu'elle n'était pas encore capable de quitter.

Qu'elle pourrait manger suffisamment.

Qu'elle pourrait dormir sans être exposée à un danger évitable.

Mais il signifiait aussi que Brooklyn pourrait vivre sans craindre de voir Patricia apparaître derrière une porte.

Et que Kevin et moi saurions demander de l'aide lorsque nous en aurions besoin.

Je ne prononçai pas toutes ces pensées.

Je regardai simplement le médecin.

Puis je hochai la tête.

Nous continuerions à attendre.

En fin de journée, nous préparâmes nos affaires pour rentrer à la maison.

Brooklyn était assise près de la fenêtre.

Elle tenait son dessin représentant notre maison.

Cette fois, elle avait ajouté un petit chemin entre le portail et la porte bleue.

« C'est pour Rosalie », expliqua-t-elle.

Je m'approchai.

« Pour qu'elle trouve la maison ? »

Elle acquiesça.

« Oui. »

Je souris.

Puis je regardai la feuille.

Elle avait dessiné les quatre personnages devant la porte.

Tous ensemble.

Je me penchai doucement pour embrasser son front.

« Elle saura où rentrer, ma chérie. »

Brooklyn sembla satisfaite.

Elle replia soigneusement sa feuille.

Puis elle la plaça dans sa pochette.

Avant de quitter le service, je retournai une dernière fois près de Rosalie.

Elena vérifiait son dispositif d'oxygène.

Je remarquai immédiatement l'absence du grand respirateur.

La chambre semblait différente.

Plus calme.

Plus ouverte.

Je pouvais voir davantage le petit visage de ma fille.

Je m'approchai.

« Comment elle va ? »

Elena consulta le moniteur.

« Elle se repose bien. »

Je souris.

« Elle a fait beaucoup de choses aujourd'hui. »

L'infirmière acquiesça.

« Oui. Et elle doit récupérer. »

Je regardai Rosalie.

Je savais maintenant reconnaître certains signes de fatigue.

Ses paupières qui se fermaient.

Ses petits mouvements qui ralentissaient.

La manière dont son corps semblait réclamer du calme.

Je posai doucement ma main contre la paroi.

« Repose-toi, mon amour. »

Elena me regarda.

« Et vous aussi, Claire. »

Je ris légèrement.

« Je commence à apprendre. »

Elle sourit.

« C'est une bonne chose. »

Je regardai ma cicatrice sous mon vêtement.

Elle ne me faisait plus aussi mal qu'au début.

Je pouvais marcher plus facilement.

Mais je savais que mon corps avait encore besoin de temps.

Comme celui de Rosalie.

Je ne pouvais pas forcer ma propre guérison pour accélérer la sienne.

Et je n'avais plus envie de prétendre que tout allait bien pour satisfaire quelqu'un d'autre.

Je demandai à Elena quand nous pourrions appeler le lendemain matin.

Elle me donna les indications habituelles.

Puis elle me rappela que le personnel nous contacterait si nécessaire.

Je la remerciai.

Je regardai une dernière fois le dessin de Brooklyn.

L'arc-en-ciel était toujours fixé près de l'incubateur.

Les couleurs semblaient avoir légèrement pâli sous la lumière.

Mais les quatre personnages étaient toujours là.

Je souris.

Puis je quittai la chambre.

Kevin et Brooklyn m'attendaient dans le couloir.

Notre fille aînée tenait sa pochette contre sa poitrine.

Elle me regarda.

« On revient demain ? »

Je pris sa main.

« Oui, mon amour. »

Nous descendîmes vers le parking.

Le soleil était bas.

Les arbres projetaient de longues ombres sur le bitume.

Kevin ouvrit la voiture.

Il aida Brooklyn à s'installer.

Puis il attendit que je prenne place à mon tour.

Avant de fermer la portière, je regardai les fenêtres du troisième étage.

Rosalie était encore là-haut.

Elle n'était pas prête à nous suivre.

Elle devait continuer à grandir.

À apprendre à manger.

À respirer plus facilement.

À maintenir sa température.

Mais le grand respirateur avait été retiré.

Son corps accomplissait désormais davantage de travail.

Et chaque jour nous rapprochait un peu plus de la maison.

Je regardai Kevin.

Il démarra doucement.

Brooklyn parlait déjà du dessin qu'elle voulait terminer avant notre prochaine visite.

Je l'écoutais.

Puis je regardai une dernière fois l'hôpital disparaître derrière nous.

L'attente n'avait pas pris fin.

Mais elle avait changé de sens.

Ce n'était plus seulement une succession d'heures passées à redouter une mauvaise nouvelle.

C'était le temps nécessaire pour permettre à Rosalie de devenir assez forte pour nous rejoindre.

Et cette fois, je pouvais accepter ce temps.

Parce que je savais enfin que l'amour d'une mère ne se mesurait ni à son obéissance envers sa propre famille ni au nombre d'heures qu'elle restait éveillée.

Il se manifestait aussi dans la patience.

Dans les gestes appris avec soin.

Dans la capacité à protéger ses enfants sans leur transmettre toutes ses peurs.

Et dans la confiance accordée aux personnes qui les aidaient à grandir.

Source: meilleurehistoire.com


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