PARTIE 9 – Après les fêtes, une première journée hors du cadre habituel révèle à Bastien ce que Léonie redoute encore de perdre

Le premier samedi de janvier, Bastien attendait devant la maison d’Hélène et Paul avec vingt minutes d’avance. Il avait garé sa voiture un peu plus loin dans la rue, près d’un platane dont les branches nues portaient encore quelques traces de givre. Sur le siège du passager reposaient une petite bouteille d’eau, des mouchoirs et le programme de la journée préparé avec Madame Fournier. Il avait relu ce document trois fois depuis son départ. La rencontre ne durerait que quelques heures et Hélène les accompagnerait. Pourtant, Bastien éprouvait une nervosité qu’aucune réunion professionnelle ne lui avait jamais inspirée. Pour la première fois, il allait partager avec Léonie un morceau de quotidien qui ne serait pas organisé autour d’une table de jeux ou d’une visite au café.

Les professionnels avaient choisi une activité simple : une promenade dans un parc de Besançon, suivie d’un déjeuner dans un petit restaurant familial. Il ne s’agissait ni d’un examen spectaculaire ni d’une récompense. L’objectif était d’observer comment Léonie et Bastien se comportaient ensemble lorsqu’il fallait marcher, choisir, patienter et faire face à de modestes imprévus. Madame Fournier avait insisté sur un point : Bastien ne devait pas chercher à impressionner la fillette. Il pouvait lui proposer une journée agréable, mais il ne devait pas transformer chaque demande en occasion de lui faire plaisir. « Un enfant a besoin de découvrir que les adultes restent fiables même lorsqu’ils disent non », lui avait-elle expliqué. Bastien avait acquiescé, tout en mesurant combien cette recommandation serait difficile à appliquer devant une enfant qui avait déjà tant perdu.

La porte de la maison s’ouvrit enfin. Paul apparut, une tasse à la main. « Vous êtes en avance », constata-t-il avec un sourire. Bastien reconnut immédiatement l’habitude qu’il avait conservée de ses années de travail. « J’avais peur de me retrouver dans les embouteillages. » Paul regarda la rue presque déserte. « Un samedi matin, vous aviez peu de risques. Mais entrez donc. » La maison sentait le pain grillé et le café. Dans l’entrée, plusieurs manteaux étaient suspendus à des crochets placés à différentes hauteurs. Une paire de petites bottes rouges attendait près du radiateur. Bastien remarqua ces détails avec une attention nouvelle. Ils donnaient à l’endroit une chaleur qui ne venait ni du prix des meubles ni de la décoration, mais de la manière dont chacun y avait trouvé sa place.

Léonie apparut au bout du couloir avec son manteau déjà fermé. Elle portait un bonnet jaune dont le pompon penchait légèrement sur le côté. En apercevant Bastien, elle s’arrêta net. « Vous êtes vraiment venu. » La phrase n’était pas une salutation. C’était une vérification. Bastien se baissa légèrement pour être à sa hauteur. « Nous avions prévu de nous voir aujourd’hui. » La petite hocha la tête, mais son regard demeura attentif. « Hélène a dit qu’il fallait attendre que tout soit confirmé. » Il acquiesça. « Elle avait raison. Et maintenant, tout est prêt. » Léonie sembla accepter cette réponse. Elle retourna aussitôt chercher son petit sac, dans lequel elle avait rangé un carnet, deux crayons et un mouchoir soigneusement plié.

Hélène leur expliqua que Léonie avait mal dormi. La veille, elle avait demandé plusieurs fois si la promenade aurait vraiment lieu. Elle avait également voulu savoir ce qui se passerait si Bastien changeait d’avis. Paul lui avait répondu que les adultes préviendraient en cas d’empêchement, mais la petite n’avait pas semblé entièrement rassurée. Bastien écouta sans chercher à promettre qu’il ne manquerait jamais un rendez-vous. Il savait que la vie pouvait imposer des imprévus. Il pouvait seulement montrer qu’il prenait ses engagements au sérieux et qu’il ferait toujours son possible pour prévenir honnêtement.

Ils partirent dans la voiture d’Hélène, Bastien suivant avec la sienne jusqu’au parc. Léonie avait demandé à s’asseoir à l’arrière près de la fenêtre. Pendant le trajet, elle observa les rues, les magasins encore fermés et les passants emmitouflés dans leurs manteaux. Lorsqu’ils arrivèrent, elle descendit rapidement, puis s’arrêta pour attendre les adultes. Le parc était presque désert. L’herbe humide brillait sous une lumière pâle, et les branches des arbres dessinaient des lignes sombres contre le ciel. Au loin, quelques enfants jouaient près d’une aire de jeux. Léonie les regarda avec intérêt, mais resta près d’Hélène.

Bastien proposa de commencer par le petit sentier qui longeait un bassin. Léonie accepta, à condition de pouvoir s’arrêter lorsqu’elle verrait des canards. Ils marchèrent tranquillement. La petite posait des questions sur les arbres, les oiseaux et les bâtiments visibles au-delà du parc. Bastien répondait lorsqu’il savait, reconnaissait son ignorance lorsqu’il ne savait pas. Cette honnêteté semblait l’amuser. « Vous dirigez des hôtels, mais vous ne connaissez pas le nom de tous les oiseaux », remarqua-t-elle. « C’est malheureusement vrai », répondit-il. « Je vais devoir étudier davantage. » Elle sourit et désigna un canard qui plongeait la tête sous l’eau. « Celui-là, je le connais. C’est un canard. »

Leur promenade se déroula paisiblement jusqu’à ce qu’ils atteignent une petite boutique installée près de l’aire de jeux. Dans la vitrine, des peluches et des jouets étaient exposés. Léonie s’arrêta devant un chien en tissu brun, dont les oreilles tombaient de chaque côté du museau. Elle le regarda longtemps sans rien demander. Bastien remarqua son intérêt. « Il te plaît ? » demanda-t-il. La petite acquiesça. « Il ressemble un peu à Oscar. » Elle se tourna vers Hélène, puis revint vers la vitrine. « Mais Oscar est plus vieux. Et il a une oreille qui se plie. »

Bastien sentit immédiatement l’envie de lui acheter la peluche. Elle ne coûtait presque rien au regard de ses moyens, et il imaginait déjà le sourire de Léonie lorsqu’elle la tiendrait dans ses bras. Pourtant, il se souvint des recommandations de Madame Fournier. Il ne voulait pas que la journée devienne une succession de cadeaux destinés à obtenir l’affection de l’enfant. Il demanda simplement : « Tu veux la regarder encore un peu ? » Léonie hocha la tête. Elle posa les mains derrière son dos et observa la peluche avec attention. Puis elle dit : « Je crois qu’elle doit être douce. »

Ils restèrent quelques minutes devant la vitrine. Lorsque Bastien proposa de poursuivre la promenade, Léonie ne bougea pas immédiatement. « Vous ne voulez pas entrer ? » demanda-t-elle. Il regarda Hélène, puis répondit : « Pas aujourd’hui. Nous avions prévu une promenade et un déjeuner. » Le visage de la petite se ferma. « Mais on pourrait juste regarder. » Bastien s’accroupit légèrement. « Je comprends que tu aimerais entrer. Mais nous avons décidé de continuer jusqu’au bassin avant de manger. » Léonie détourna les yeux. « Vous pourriez l’acheter. Vous avez beaucoup d’argent. »

La phrase fut prononcée sans agressivité, presque comme une évidence. Bastien sentit une légère gêne, mais il ne voulut pas la transformer en reproche. « Oui, je pourrais l’acheter », répondit-il. « Mais cela ne veut pas dire que nous devons acheter tout ce qui nous plaît. » Léonie fronça les sourcils. « Pourquoi ? » Il réfléchit. « Parce que les choses qu’on achète ne remplacent pas le temps qu’on passe ensemble. Et parce qu’il faut parfois choisir. » La petite le regarda avec une expression sombre. « Alors vous ne voulez pas me faire plaisir. »

Bastien reçut cette phrase comme un petit coup. Il aurait été si facile d’ouvrir la porte de la boutique et de mettre fin à la tension. Pourtant, il savait que cette solution ne répondrait pas à ce qui se jouait réellement. Léonie semblait tester quelque chose de plus profond que son envie d’une peluche. Il prit une inspiration. « J’ai envie que tu passes une bonne journée », dit-il. « Et je suis content d’être avec toi. Mais je ne vais pas acheter ce chien aujourd’hui. » La petite croisa les bras et se détourna. « Alors je ne veux plus marcher. »

Hélène intervint avec calme. Elle proposa à Léonie de s’asseoir quelques minutes sur un banc. La petite accepta à contrecœur. Bastien resta près d’elles, sans chercher à la convaincre immédiatement. Il observait les feuilles humides au pied du banc et entendait le bruit lointain des enfants qui jouaient. Léonie regardait ses chaussures. Après plusieurs minutes, elle demanda d’une voix tendue : « Vous allez être fâché contre moi ? » Bastien tourna la tête vers elle. « Non. Tu as le droit d’être déçue. » Elle releva les yeux. « Même si je ne veux plus vous parler ? » Il répondit : « Même dans ce cas. »

Léonie resta silencieuse. Puis elle demanda : « Et vous allez quand même revenir la prochaine fois ? » Bastien sentit son cœur se serrer. Il comprit soudain que l’épisode de la peluche n’était pas seulement une frustration ordinaire. La petite cherchait à savoir si un désaccord pouvait faire disparaître un adulte. Il répondit avec précision : « Si la prochaine rencontre est confirmée par Hélène et Madame Fournier, je viendrai. Le fait que tu sois déçue aujourd’hui ne change pas mon envie de te voir. » Léonie observa son visage, comme si elle cherchait à détecter une hésitation. Puis elle baissa les yeux et murmura : « D’accord. »

Ils reprirent la promenade après quelques minutes. Léonie marcha d’abord en silence, puis recommença progressivement à poser des questions sur les canards. Bastien ne fit aucune allusion à la peluche. Il ne cherchait pas à obtenir des excuses ni à lui montrer qu’elle avait eu tort. Lorsque la petite lui demanda s’il savait pourquoi certains oiseaux restaient dans l’eau froide, il répondit avec sérieux, puis reconnut qu’il ne connaissait pas tous les détails. Léonie sourit légèrement. La tension semblait se dissiper sans qu’aucun des deux ait eu besoin de la nier.

Au restaurant, ils s’installèrent près d’une fenêtre donnant sur une petite place. La salle était chaleureuse, avec des tables en bois, des nappes à carreaux et une odeur de soupe qui rappelait à Bastien le café d’Odette. Léonie examina la carte avec application. Elle hésita entre des pâtes et un plat de poulet accompagné de pommes de terre. Bastien lui proposa de choisir ce qu’elle préférait. Elle demanda si le poulet était plus cher. Il répondit que le prix n’était pas le critère important pour ce déjeuner. « Tu peux choisir celui qui te fait envie. » Elle réfléchit encore, puis choisit les pâtes.

Le repas se déroula tranquillement. Léonie parla de son école, d’une camarade qui avait perdu une dent et du vieux chien Oscar, qu’elle avait revu quelques jours plus tôt. Bastien l’écoutait avec attention. Il remarqua qu’elle ne semblait plus pressée de finir, comme lors de leur première rencontre. Elle prenait le temps de couper ses pâtes, de boire de l’eau et de regarder autour d’elle. À un moment, elle posa sa fourchette et demanda : « Vous avez déjà mangé tout seul à Noël ? » La question surprit Bastien. Il répondit qu’il lui était arrivé de passer certaines fêtes sans famille autour de lui. Léonie hocha la tête. « Moi, cette année, j’étais avec Hélène et Paul. Mais maman n’était pas là. »

Bastien la regarda doucement. « Tu as beaucoup pensé à elle ? » La petite acquiesça. « On a fait un gâteau. Hélène m’a dit que je pouvais garder une part pour me souvenir de maman, mais qu’on ne pouvait pas la lui apporter. » Elle baissa les yeux vers son assiette. « J’ai mangé la part le lendemain. Je me suis sentie bizarre. » Bastien comprit qu’elle parlait peut-être de culpabilité. « Tu avais le droit de la manger », répondit-il. « Ta maman t’avait dit que tu pouvais continuer à profiter des bonnes choses. » Léonie resta silencieuse, puis reprit lentement son repas.

Après le déjeuner, ils retournèrent au parc pour une courte promenade avant de rentrer. Léonie semblait fatiguée, mais elle ne voulait pas partir immédiatement. Elle demanda à revoir le bassin. Bastien accepta, après avoir vérifié avec Hélène que le programme le permettait. Près de l’eau, la petite observa les canards pendant plusieurs minutes. Puis elle se tourna vers lui. « Je suis désolée d’avoir dit que vous ne vouliez pas me faire plaisir. » Bastien s’accroupit. « Merci de me le dire. Mais tu sais, tu avais le droit d’être déçue. » Elle fronça les sourcils. « Même si je me suis fâchée ? » Il répondit : « Oui. Ce qui compte, c’est d’apprendre à dire ce qu’on ressent sans faire de mal aux autres. »

Léonie réfléchit à cette réponse. Puis elle demanda : « Est-ce que vous étiez triste quand je ne voulais plus marcher ? » Bastien hésita. Il ne voulait pas lui faire porter le poids de ses émotions. « J’étais surtout préoccupé de voir que tu étais contrariée », répondit-il. « Mais je savais que nous pouvions attendre et parler ensuite. » La petite regarda le bassin. « Moi, j’avais peur que vous partiez. » Il sentit une douleur sourde dans sa poitrine. « Je suis resté », dit-il simplement. Léonie acquiesça. « Oui. Vous êtes resté. »

Sur le chemin du retour, elle s’endormit quelques minutes dans la voiture d’Hélène. Bastien suivait derrière, observant les feux rouges et les façades grises de Besançon. Il repensait à la scène devant la boutique. Il avait découvert combien il lui était difficile de résister à l’envie de consoler Léonie par un cadeau. Il comprenait aussi que la frustration faisait partie de la construction d’un lien fiable. Un adulte ne pouvait pas acheter la sécurité affective d’un enfant. Il devait être capable de rester présent lorsque l’enfant était déçu, en colère ou silencieux.

À leur arrivée, Léonie se réveilla doucement. Elle descendit de voiture et s’étira. Hélène lui demanda si elle avait passé une bonne journée. La petite réfléchit. « Oui. Même si je n’ai pas eu le chien. » Elle regarda Bastien. « Mais on a vu beaucoup de canards. » Il sourit. « Et j’ai appris que je connaissais très mal les oiseaux. » Léonie rit. Puis elle lui tendit la main pour lui montrer une petite feuille qu’elle avait ramassée près du bassin. « Vous pouvez la garder », dit-elle. « Mais il faut la mettre dans un livre, sinon elle va se casser. »

Bastien prit la feuille avec précaution. Elle était brune, presque transparente sur les bords, et légèrement humide. « Je vais en prendre soin », répondit-il. Léonie sembla satisfaite. Elle rentra dans la maison avec Hélène, après lui avoir adressé un dernier signe. Paul apparut dans l’entrée et lui demanda si elle avait faim. « Pas encore », répondit-elle. « J’ai mangé des pâtes. » Bastien entendit sa voix disparaître dans le couloir, puis la porte se referma doucement.

Le soir, Madame Fournier téléphona à Bastien pour recueillir ses impressions. Il lui raconta la journée sans chercher à minimiser le moment difficile devant la boutique. Il expliqua qu’il avait eu envie d’acheter la peluche pour calmer Léonie, mais qu’il avait choisi de maintenir la limite prévue. La travailleuse sociale l’écouta attentivement. « Comment avez-vous vécu sa colère ? » demanda-t-elle. Bastien réfléchit. « J’ai eu peur qu’elle pense que je ne tenais pas à elle. » Madame Fournier répondit : « Et qu’avez-vous fait de cette peur ? » Il regarda la feuille posée sur son bureau. « J’ai essayé de ne pas lui demander de me rassurer. »

Un silence suivit. Puis Madame Fournier lui dit que cette observation serait importante pour la suite. Elle rappela que les prochaines rencontres devraient permettre d’explorer d’autres aspects du quotidien, notamment la fatigue, les règles simples et les transitions. Bastien accepta. Il comprenait que chaque étape ne constituait pas une épreuve à réussir pour obtenir une récompense, mais une occasion de découvrir si leur relation pouvait soutenir les besoins réels de Léonie. Il ne voulait pas seulement montrer qu’il était capable de lui offrir une belle journée. Il voulait apprendre à rester fiable lorsque la journée ne se déroulait pas comme prévu.

Quelques jours plus tard, Hélène lui transmit un message de Léonie. La petite avait demandé si la feuille était toujours dans son livre. Bastien la retrouva entre deux pages d’un vieux recueil de photographies du Jura. Elle avait séché, conservant ses nervures délicates. Il prit une photo et l’envoya à Hélène, qui la montra à Léonie. La petite sourit. « Il a vraiment fait ce qu’il avait dit », murmura-t-elle. Hélène posa doucement une main sur son épaule. Elle savait que cette phrase, si simple, représentait une étape importante.

Pendant ce temps, les professionnels poursuivaient l’évaluation des possibilités d’accueil durable. La situation juridique de Léonie restait complexe, et aucune décision définitive n’avait encore été prise. Bastien continuait ses démarches personnelles sans chercher à obtenir des informations auxquelles il n’avait pas droit. Il rencontrait régulièrement la psychologue qui l’accompagnait et apprenait à reconnaître ses propres attentes. Il avait compris qu’il ne pourrait pas devenir un adulte fiable simplement en le souhaitant. Il lui faudrait accepter les frustrations, les incertitudes et les limites imposées par l’intérêt de l’enfant.

Un soir de janvier, alors qu’il rangeait quelques documents, il retrouva une vieille photographie de sa mère devant le relais routier. Elle portait un tablier bleu et souriait à l’objectif, une main posée sur l’épaule d’un jeune Bastien. Il observa longtemps cette image. Sa mère lui avait appris à travailler avec sérieux, mais elle lui avait aussi montré que la valeur d’une personne ne dépendait pas de ce qu’elle pouvait donner en échange. Léonie lui avait rappelé cette leçon en lui proposant de cirer ses chaussures. Aujourd’hui, elle lui en enseignait une autre : rester présent ne signifiait pas toujours dire oui.

Il posa la photographie près du dessin du café. Puis il ouvrit son agenda et vérifia la date de leur prochaine rencontre. Elle n’était pas encore confirmée, mais les professionnels envisageaient une activité chez Hélène et Paul, dans un environnement familier à Léonie. Bastien nota la proposition sans la considérer comme acquise. Il savait désormais que l’attente faisait partie de leur chemin. Pourtant, pour la première fois, cette attente ne lui semblait pas vide. Elle était remplie de gestes accomplis, de paroles tenues et de petites preuves qui commençaient à construire quelque chose de solide.


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