{"id":9498,"date":"2026-10-24T14:37:46","date_gmt":"2026-10-24T14:37:46","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=9498"},"modified":"2026-10-24T14:37:46","modified_gmt":"2026-10-24T14:37:46","slug":"partie-1-ce-mardi-matin-la-respiration-de-margaret-a-change-et-jai-compris-que-notre-famille-etait-sur-le-point-de-se-briser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=9498","title":{"rendered":"PARTIE 1 \u2013 Ce mardi matin, la respiration de Margaret a chang\u00e9, et j\u2019ai compris que notre famille \u00e9tait sur le point de se briser"},"content":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re chose que j\u2019ai entendue ce mardi matin-l\u00e0 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le r\u00e9veil, ni le bruit habituel des voitures devant notre maison. C\u2019\u00e9tait un souffle irr\u00e9gulier, presque imperceptible, qui provenait de la chambre de ma belle-m\u00e8re. J\u2019\u00e9tais dans la cuisine, une tasse de caf\u00e9 refroidissant entre mes mains, lorsque ce son m\u2019a travers\u00e9e comme un avertissement. Depuis deux ans, je connaissais chaque variation de la respiration de Margaret Davis. Je savais reconna\u00eetre ses nuits agit\u00e9es, ses r\u00e9veils difficiles, ses moments de fatigue. Mais ce matin-l\u00e0, quelque chose \u00e9tait diff\u00e9rent. J\u2019ai pos\u00e9 ma tasse sans prendre le temps de l\u2019essuyer lorsqu\u2019un peu de caf\u00e9 a d\u00e9bord\u00e9 sur le comptoir.<\/p>\n<p>En entrant dans sa chambre, j\u2019ai d\u00e9couvert Margaret \u00e9tendue sur le dos, les l\u00e8vres l\u00e9g\u00e8rement entrouvertes. Sa poitrine se soulevait par petits mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s. Ses yeux fixaient le plafond sans vraiment le voir. Elle avait quatre-vingts ans, et depuis son accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, son visage avait perdu une grande partie de sa mobilit\u00e9. Pourtant, lorsqu\u2019elle m\u2019a aper\u00e7ue, j\u2019ai distingu\u00e9 dans son regard une inqui\u00e9tude qui ne ressemblait \u00e0 rien de ce que j\u2019avais connu auparavant. Je me suis approch\u00e9e, j\u2019ai pos\u00e9 deux doigts contre son poignet et j\u2019ai prononc\u00e9 son pr\u00e9nom doucement. Elle a essay\u00e9 de r\u00e9pondre. Aucun mot n\u2019est sorti.<\/p>\n<p>J\u2019ai imm\u00e9diatement appel\u00e9 les secours. Ma voix \u00e9tait plus calme que je ne l\u2019aurais cru. J\u2019ai donn\u00e9 notre adresse, d\u00e9crit les difficult\u00e9s respiratoires de Margaret et pr\u00e9cis\u00e9 ses ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux. L\u2019op\u00e9ratrice m\u2019a pos\u00e9 plusieurs questions auxquelles j\u2019ai r\u00e9pondu sans h\u00e9siter. Je connaissais son dossier par c\u0153ur, ses m\u00e9dicaments, les dates de ses hospitalisations, les recommandations de son neurologue. Pendant que nous parlions, je gardais les yeux sur la vieille femme, redoutant de manquer le moindre changement. Lorsque l\u2019op\u00e9ratrice m\u2019a confirm\u00e9 qu\u2019une ambulance arrivait, j\u2019ai remerci\u00e9, puis j\u2019ai pris la main de Margaret dans la mienne.<\/p>\n<p>\u00ab Les secours arrivent, Margaret. Je reste avec vous. \u00bb Elle a l\u00e9g\u00e8rement remu\u00e9 les doigts. J\u2019ignorais si elle avait compris mes paroles ou si ce mouvement \u00e9tait involontaire. J\u2019ai voulu croire qu\u2019elle m\u2019entendait. Je lui ai arrang\u00e9 son oreiller, v\u00e9rifi\u00e9 qu\u2019aucun objet ne g\u00eanait les gestes que les ambulanciers auraient bient\u00f4t \u00e0 effectuer, puis j\u2019ai ouvert la porte d\u2019entr\u00e9e. L\u2019air frais du matin a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le couloir. Une femme promenait son chien de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue. Le quartier poursuivait sa routine, parfaitement indiff\u00e9rent \u00e0 ce qui se passait derri\u00e8re nos murs.<\/p>\n<p>Je m\u2019appelle Claire Davis. J\u2019avais quarante-six ans, vingt ann\u00e9es de mariage derri\u00e8re moi et une existence que je croyais conna\u00eetre dans ses moindres d\u00e9tails. Mon mari, Mark, travaillait chez Summit Engineering. Il voyageait beaucoup, rentrait souvent tard et expliquait ses absences par les exigences de son poste. Je m\u2019\u00e9tais habitu\u00e9e \u00e0 ses d\u00e9parts pr\u00e9cipit\u00e9s, \u00e0 ses appels \u00e9court\u00e9s et aux conversations interrompues parce qu\u2019une r\u00e9union commen\u00e7ait. J\u2019avais \u00e9galement appris \u00e0 ne pas lui demander trop souvent quand il rentrerait. Il trouvait ces questions inutiles, parfois m\u00eame offensantes. Selon lui, un homme qui travaillait autant pour sa famille m\u00e9ritait un peu de confiance.<\/p>\n<p>Lorsque Margaret avait subi son accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, deux ans plus t\u00f4t, Mark avait affirm\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait impossible de la laisser dans un \u00e9tablissement sp\u00e9cialis\u00e9. Elle \u00e9tait sa m\u00e8re, r\u00e9p\u00e9tait-il, et sa place se trouvait aupr\u00e8s des siens. Sur le moment, j\u2019avais partag\u00e9 son avis. Je connaissais Margaret depuis notre mariage, et malgr\u00e9 quelques d\u00e9saccords anciens, elle avait toujours compt\u00e9 dans ma vie. J\u2019imaginais que nous nous organiserions ensemble pour prendre soin d\u2019elle. Je ne savais pas encore que ce \u00ab nous \u00bb finirait par ne d\u00e9signer qu\u2019une seule personne.<\/p>\n<p>Les premiers mois avaient \u00e9t\u00e9 les plus difficiles. Margaret ne pouvait presque plus marcher et avait besoin d\u2019aide pour les gestes les plus simples. Il fallait la laver, l\u2019habiller, pr\u00e9parer ses repas, surveiller son alimentation et respecter des horaires m\u00e9dicaux stricts. J\u2019avais install\u00e9 un tableau dans la cuisine pour noter ses traitements et ses rendez-vous. J\u2019avais appris \u00e0 la d\u00e9placer sans lui faire mal, \u00e0 interpr\u00e9ter certaines expressions de son visage et \u00e0 comprendre quand elle voulait simplement qu\u2019on ouvre les rideaux. Je faisais tout cela en essayant de pr\u00e9server sa dignit\u00e9. Elle avait \u00e9t\u00e9 une femme fi\u00e8re, attentive \u00e0 son apparence, et je refusais qu\u2019elle se sente r\u00e9duite \u00e0 sa maladie.<\/p>\n<p>Mark, lui, \u00e9tait devenu progressivement un visiteur dans sa propre maison. Il s\u2019arr\u00eatait parfois devant la chambre de sa m\u00e8re pour demander comment elle allait, puis repartait avant que je lui propose de prendre le relais. Quand je lui expliquais que j\u2019avais besoin de quelques heures de repos, il consultait son t\u00e9l\u00e9phone et fron\u00e7ait les sourcils. \u00ab Claire, je ne peux pas abandonner mon travail chaque fois que tu es fatigu\u00e9e. \u00bb Il disait cela sans agressivit\u00e9 apparente, comme s\u2019il \u00e9non\u00e7ait une \u00e9vidence. Et presque chaque fois, je finissais par me sentir coupable d\u2019avoir demand\u00e9 quelque chose.<\/p>\n<p>Au fil du temps, mes journ\u00e9es s\u2019\u00e9taient r\u00e9tr\u00e9cies autour des besoins de Margaret. Je sortais rarement autrement que pour les courses ou les rendez-vous m\u00e9dicaux. Mes anciennes amies proposaient encore parfois un d\u00e9jeuner, mais les invitations s&#39;\u00e9taient espac\u00e9es apr\u00e8s trop de refus. J\u2019avais cess\u00e9 de faire des projets pour les week-ends. M\u00eame mes nuits ne m\u2019appartenaient plus vraiment : j\u2019avais install\u00e9 un appareil de surveillance pr\u00e8s de mon lit pour entendre Margaret lorsqu\u2019elle m\u2019appelait. Il m\u2019arrivait de me r\u00e9veiller en sursaut avant qu\u2019aucun bruit ne retentisse, simplement parce que mon corps s\u2019\u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 attendre une urgence.<\/p>\n<p>Pourtant, je ne regrettais pas d\u2019avoir pris soin d\u2019elle. Margaret n\u2019avait pas choisi ce qui lui arrivait. Certaines journ\u00e9es, lorsqu\u2019elle parvenait \u00e0 esquisser un sourire, je retrouvais quelque chose de la femme qui m\u2019avait accueillie dans sa famille vingt ans auparavant. Il lui arrivait de me suivre des yeux pendant que je racontais une anecdote ou que je lui lisais quelques pages d\u2019un roman. Lorsque je lui coiffais les cheveux, son regard s\u2019adoucissait. Ces \u00e9changes minuscules donnaient un sens aux heures les plus \u00e9puisantes. Ce qui me pesait n\u2019\u00e9tait pas sa pr\u00e9sence, mais la solitude dans laquelle Mark m\u2019avait laiss\u00e9e assumer cette responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les ambulanciers sont arriv\u00e9s moins de dix minutes apr\u00e8s mon appel. Deux hommes sont entr\u00e9s avec leur mat\u00e9riel pendant qu\u2019une troisi\u00e8me personne me demandait les informations m\u00e9dicales n\u00e9cessaires. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le dossier pr\u00e9par\u00e9 dans le tiroir de la commode. Ils ont install\u00e9 Margaret avec des gestes rapides, pr\u00e9cis, tout en v\u00e9rifiant son \u00e9tat. L\u2019un d\u2019eux m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019elle devait \u00eatre transport\u00e9e imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. J\u2019ai hoch\u00e9 la t\u00eate. Lorsque le brancard a franchi le seuil de la maison, j\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019une de ses pantoufles \u00e9tait rest\u00e9e pr\u00e8s du lit, tourn\u00e9e vers la porte.<\/p>\n<p>J\u2019ai pris mon sac, mes cl\u00e9s et son dossier m\u00e9dical, puis je suis mont\u00e9e dans l\u2019ambulance avec l\u2019autorisation de l\u2019\u00e9quipe. Pendant le trajet, je regardais les appareils davantage que le paysage. Margaret paraissait si petite sous les draps que j\u2019avais du mal \u00e0 reconna\u00eetre la femme \u00e9nergique qui, autrefois, traversait une pi\u00e8ce en donnant des instructions \u00e0 tout le monde. Je lui ai parl\u00e9 doucement, m\u00eame lorsqu\u2019elle gardait les yeux ferm\u00e9s. Je lui ai dit que nous arrivions bient\u00f4t et que les m\u00e9decins feraient tout leur possible. Je ne lui ai pas promis qu\u2019elle rentrerait \u00e0 la maison. Je ne voulais pas prononcer une certitude que je ne poss\u00e9dais pas.<\/p>\n<p>\u00c0 notre arriv\u00e9e, le service des urgences nous a accueillies dans une agitation ma\u00eetris\u00e9e. Margaret a \u00e9t\u00e9 conduite vers une salle o\u00f9 plusieurs soignants se sont imm\u00e9diatement occup\u00e9s d\u2019elle. Une infirmi\u00e8re m\u2019a demand\u00e9 d\u2019attendre dans le couloir pendant qu\u2019ils proc\u00e9daient aux premiers examens. J\u2019ai voulu protester, puis j\u2019ai compris que ma pr\u00e9sence risquait de g\u00eaner leur travail. Je me suis recul\u00e9e contre le mur, le dossier m\u00e9dical serr\u00e9 contre ma poitrine. Mes mains tremblaient enfin. Tant que j\u2019avais quelque chose \u00e0 faire, j\u2019\u00e9tais parvenue \u00e0 contenir ma peur. Maintenant, je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 attendre.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cet instant que j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Mark. Il se trouvait officiellement en d\u00e9placement professionnel pour plusieurs jours. La veille, il m\u2019avait envoy\u00e9 un message bref annon\u00e7ant une s\u00e9rie de r\u00e9unions importantes. Il m\u2019avait \u00e9galement demand\u00e9 de ne pas l&#39;appeler pour des questions ordinaires. Je me suis souvenue de cette pr\u00e9cision en sortant mon t\u00e9l\u00e9phone. Pendant une seconde, j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9. Puis j\u2019ai regard\u00e9 la porte derri\u00e8re laquelle les m\u00e9decins s\u2019effor\u00e7aient de stabiliser sa m\u00e8re. Aucune r\u00e9union ne pouvait \u00eatre plus importante que ce qui se passait ici. J\u2019ai compos\u00e9 son num\u00e9ro.<\/p>\n<p>Le premier appel a sonn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la messagerie. J\u2019ai laiss\u00e9 un message indiquant que Margaret avait \u00e9t\u00e9 transport\u00e9e d\u2019urgence \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et que son \u00e9tat \u00e9tait grave. J\u2019ai pris soin de pr\u00e9ciser que je ne savais pas encore ce que les m\u00e9decins allaient nous annoncer. Ensuite, j\u2019ai rappel\u00e9. M\u00eame r\u00e9sultat. J\u2019ai envoy\u00e9 un message \u00e9crit, puis un second, plus court : \u00ab Mark, c\u2019est s\u00e9rieux. Ta m\u00e8re a besoin de toi. Rappelle-moi imm\u00e9diatement. \u00bb Le t\u00e9l\u00e9phone est rest\u00e9 silencieux dans ma main. J\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9 la r\u00e9ception du r\u00e9seau, comme si le probl\u00e8me pouvait venir de l\u00e0.<\/p>\n<p>Une infirmi\u00e8re est sortie de la salle de soins et m\u2019a demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais la fille de Margaret. \u00ab Sa belle-fille \u00bb, ai-je r\u00e9pondu. Elle m\u2019a demand\u00e9 si son fils pouvait \u00eatre joint, car l\u2019\u00e9quipe souhaitait parler \u00e0 la famille de l\u2019\u00e9volution de la situation. J\u2019ai expliqu\u00e9 qu\u2019il voyageait pour son travail et que j\u2019essayais de le pr\u00e9venir. L\u2019infirmi\u00e8re m\u2019a regard\u00e9e un instant, sans commentaire. Elle m\u2019a assur\u00e9 que les m\u00e9decins poursuivaient leur prise en charge et reviendraient vers moi d\u00e8s qu\u2019ils disposeraient d&#39;informations plus pr\u00e9cises. Puis elle est repartie, me laissant seule avec le bourdonnement des appareils et des conversations lointaines.<\/p>\n<p>J\u2019ai appel\u00e9 Mark une troisi\u00e8me fois, puis une quatri\u00e8me. \u00c0 chaque tentative, j\u2019imaginais une explication raisonnable. Peut-\u00eatre avait-il laiss\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone dans une salle de r\u00e9union. Peut-\u00eatre se trouvait-il dans un avion. Peut-\u00eatre avait-il d\u00e9sactiv\u00e9 la sonnerie. Je cherchais malgr\u00e9 moi \u00e0 lui inventer des circonstances qui rendaient son silence supportable. Apr\u00e8s tout, nous \u00e9tions mari\u00e9s depuis vingt ans. M\u00eame si notre relation \u00e9tait devenue difficile, je refusais de croire qu\u2019il pourrait ignorer volontairement une urgence concernant sa propre m\u00e8re.<\/p>\n<p>Une heure environ apr\u00e8s notre arriv\u00e9e, un m\u00e9decin est venu me parler. Il avait le visage marqu\u00e9 de quelqu\u2019un qui encha\u00eenait les situations difficiles depuis le d\u00e9but de sa garde. Il m\u2019a expliqu\u00e9 que la respiration de Margaret avait n\u00e9cessit\u00e9 une intervention rapide et que son \u00e9tat demeurait extr\u00eamement pr\u00e9occupant. Ses ant\u00e9c\u00e9dents neurologiques compliquaient la situation. Il ne pouvait pas me garantir qu\u2019elle retrouverait une stabilit\u00e9 suffisante pour r\u00e9cup\u00e9rer. Je lui ai demand\u00e9 si elle souffrait, si elle \u00e9tait consciente et si elle pouvait entendre les personnes autour d\u2019elle. Il a r\u00e9pondu avec prudence, sans me cacher l\u2019incertitude.<\/p>\n<p>Lorsque le m\u00e9decin est reparti, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 un besoin presque physique de joindre Mark. J\u2019avais pass\u00e9 deux ans \u00e0 prendre les d\u00e9cisions quotidiennes concernant Margaret, mais celle-ci d\u00e9passait tout ce que je connaissais. Je voulais que son fils soit l\u00e0, non pour prendre ma place, mais parce qu\u2019il lui appartenait d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent aupr\u00e8s de sa m\u00e8re. J\u2019ai rappel\u00e9. Puis encore. Les minutes s\u2019\u00e9tiraient. \u00c0 un moment, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que j\u2019avais parcouru plusieurs fois le m\u00eame couloir sans m\u2019en apercevoir. Mes jambes continuaient \u00e0 marcher tandis que mon esprit cherchait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment une fa\u00e7on de le faire r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Je me suis finalement assise pr\u00e8s d\u2019une fen\u00eatre. Dehors, le ciel s\u2019\u00e9tait \u00e9clairci. Des visiteurs entraient et sortaient, certains portant des fleurs, d\u2019autres des sacs de v\u00eatements. J\u2019ai observ\u00e9 un homme d\u2019un certain \u00e2ge qui aidait sa femme \u00e0 enfiler son manteau. Ce geste simple m\u2019a boulevers\u00e9e plus que je ne l\u2019aurais imagin\u00e9. Je ne me souvenais plus de la derni\u00e8re fois o\u00f9 Mark avait remarqu\u00e9 que j\u2019avais besoin d\u2019aide sans que je sois oblig\u00e9e de le lui demander. J\u2019ai aussit\u00f4t chass\u00e9 cette pens\u00e9e. Sa m\u00e8re se battait pour respirer. Je n\u2019avais pas le droit de transformer cette journ\u00e9e en inventaire de mes d\u00e9ceptions conjugales.<\/p>\n<p>Vers la fin de la matin\u00e9e, on m\u2019a autoris\u00e9e \u00e0 m\u2019approcher bri\u00e8vement de Margaret. Elle reposait dans un lit m\u00e9dicalis\u00e9, entour\u00e9e d\u2019appareils dont je comprenais seulement une partie des indications. Je lui ai pris la main avec pr\u00e9caution. Sa peau \u00e9tait fra\u00eeche, mais ses doigts n\u2019\u00e9taient pas compl\u00e8tement immobiles. \u00ab J\u2019essaie de joindre Mark \u00bb, lui ai-je dit. \u00ab Il sait que je cherche \u00e0 lui parler. \u00bb En pronon\u00e7ant ces mots, j\u2019ai compris que la deuxi\u00e8me phrase n\u2019\u00e9tait pas une certitude. J\u2019avais envoy\u00e9 des messages. Rien ne me prouvait qu\u2019il les avait lus.<\/p>\n<p>Je suis ressortie de la chambre pour reprendre mes appels. Je ne les comptais plus vraiment, mais mon t\u00e9l\u00e9phone conservait la trace de chacun. Je savais seulement que le nombre \u00e9tait devenu absurde. Entre deux tentatives, je regardais l\u2019\u00e9cran, esp\u00e9rant voir appara\u00eetre son pr\u00e9nom. Aucun appel entrant. Aucun message. Pas m\u00eame un accus\u00e9 de r\u00e9ception qui aurait confirm\u00e9 qu\u2019il avait compris la gravit\u00e9 de la situation. J\u2019ai song\u00e9 \u00e0 contacter son entreprise, puis j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9. Mark d\u00e9testait que les affaires familiales interf\u00e8rent avec sa vie professionnelle. Il me l\u2019avait fait comprendre assez souvent pour que cette interdiction non formul\u00e9e soit devenue presque instinctive.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, pourtant, sa r\u00e9action \u00e9ventuelle ne m\u2019a plus sembl\u00e9 importante. J\u2019ai ouvert la fiche de son contact, appuy\u00e9 sur le bouton d\u2019appel et port\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 mon oreille. La sonnerie a retenti encore et encore. En regardant le journal des communications, j\u2019ai d\u00e9couvert que je venais d&#39;atteindre ma trenti\u00e8me tentative. Trente appels \u00e0 un homme qui avait toujours pr\u00e9tendu que la famille passait avant tout. Trente occasions de d\u00e9crocher, de rappeler ou de demander ce qui se passait.<\/p>\n<p>J\u2019ai compos\u00e9 son num\u00e9ro une trente et uni\u00e8me fois. Cette fois, apr\u00e8s plusieurs sonneries, la communication s\u2019est ouverte. J\u2019ai redress\u00e9 la t\u00eate si brusquement que mon cou m\u2019a fait mal. J\u2019allais prononcer le pr\u00e9nom de mon mari lorsqu\u2019une voix f\u00e9minine, jeune et parfaitement inconnue, m\u2019a devanc\u00e9e. Derri\u00e8re elle, j\u2019ai entendu des rires et un bruit r\u00e9gulier qui ressemblait \u00e0 des vagues. \u00ab All\u00f4 ? \u00bb a-t-elle dit, sur un ton l\u00e9g\u00e8rement agac\u00e9. Puis, avant m\u00eame que je r\u00e9ponde, elle a ajout\u00e9 : \u00ab Vous \u00eates encore en train d\u2019appeler ? \u00bb<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=9499\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 2 : Une inconnue a d\u00e9croch\u00e9 au trente et uni\u00e8me appel, et quelques phrases ont suffi pour \u00e9branler vingt ann\u00e9es de mariage<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re chose que j\u2019ai entendue ce mardi matin-l\u00e0 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le r\u00e9veil, ni le bruit habituel des voitures devant notre maison. C\u2019\u00e9tait un souffle irr\u00e9gulier, presque imperceptible, qui &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":9497,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-9498","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9498"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9498\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9518,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9498\/revisions\/9518"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9497"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}