{"id":8445,"date":"2026-10-22T11:57:02","date_gmt":"2026-10-22T11:57:02","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8445"},"modified":"2026-10-22T11:57:02","modified_gmt":"2026-10-22T11:57:02","slug":"partie-4-apres-avoir-decouvert-une-signature-falsifiee-jai-compris-pourquoi-mon-fils-me-cachait-le-courrier-et-redoutait-la-vente-de-sa-maison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8445","title":{"rendered":"PARTIE 4 \u2013 Apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert une signature falsifi\u00e9e, j\u2019ai compris pourquoi mon fils me cachait le courrier et redoutait la vente de sa maison"},"content":{"rendered":"<p>Le huit juillet, alors que le soleil commen\u00e7ait \u00e0 \u00e9clairer la fen\u00eatre de ma chambre, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que j\u2019ach\u00e8terais la maison de mon fils si elle \u00e9tait vendue aux ench\u00e8res. Cette d\u00e9cision aurait paru insens\u00e9e \u00e0 n\u2019importe quelle personne connaissant notre situation. Pendant trois ans, j\u2019avais v\u00e9cu dans ce pavillon en essayant de prendre le moins de place possible. Charlotte me reprochait r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019occuper une chambre au rez-de-chauss\u00e9e. Ludovic me traitait avec une sollicitude distraite, m\u00eal\u00e9e d\u2019une autorit\u00e9 \u00e0 laquelle je m\u2019\u00e9tais habitu\u00e9e. Pourtant, en quelques mois, j\u2019avais d\u00e9couvert qu\u2019ils m\u2019avaient cach\u00e9 des choses suffisamment graves pour menacer ma s\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p>Depuis mon rendez-vous de mai avec Ma\u00eetre Lambert, je m\u2019\u00e9tais efforc\u00e9e de respecter ses conseils. Je ne posais aucune question concernant les affaires bancaires de mon fils. Je continuais \u00e0 pr\u00e9parer les repas, \u00e0 laver mon linge et \u00e0 d\u00e9couper mes coupons de r\u00e9duction. Chaque dimanche, je nettoyais soigneusement la toile cir\u00e9e de Montlu\u00e7on. Ces gestes familiers \u00e9taient devenus une sorte de protection. Tant que je suivais mes habitudes, personne n\u2019avait de raison de s\u2019interroger sur mes d\u00e9placements ni sur les appels que je passais discr\u00e8tement depuis ma chambre.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Lambert avait ouvert un dossier concernant le contrat de cautionnement. Il m\u2019avait expliqu\u00e9 qu\u2019il fallait r\u00e9unir des documents, v\u00e9rifier les circonstances dans lesquelles le pr\u00eat avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 et d\u00e9terminer comment ma signature avait pu appara\u00eetre sur les papiers. Nous avions formalis\u00e9 son intervention afin qu\u2019il puisse effectuer les d\u00e9marches utiles. Il ne me promettait pas de r\u00e9sultat imm\u00e9diat. Les banques, les proc\u00e9dures et les contestations de signature exigeaient du temps, parfois beaucoup plus que les personnes concern\u00e9es ne pouvaient l\u2019imaginer.<\/p>\n<p>Je lui avais \u00e9galement montr\u00e9 les documents relatifs \u00e0 mon gain. Les cinq cent mille euros \u00e9taient d\u00e9sormais disponibles sur mon compte personnel \u00e0 La Banque Postale. Personne \u00e0 Vierzon ne connaissait l\u2019existence de cette somme. Ma pension continuait \u00e0 suivre son cours habituel, et Ludovic gardait encore sa procuration sur mon Livret A. Je savais que cette situation ne pourrait pas durer ind\u00e9finiment. Mais je voulais \u00e9viter toute initiative pr\u00e9cipit\u00e9e susceptible d\u2019alerter mon fils avant que nous ayons compris l\u2019\u00e9tendue du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Le six juillet, peu apr\u00e8s huit heures du matin, mon t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9. Ma\u00eetre Lambert me demandait de venir le voir le jour m\u00eame. Sa voix \u00e9tait plus grave qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire. Il n\u2019a pas souhait\u00e9 entrer dans les d\u00e9tails. Il a simplement pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il avait obtenu plusieurs informations importantes concernant le pr\u00eat et la maison. J\u2019ai imm\u00e9diatement compris que notre conversation ne serait pas agr\u00e9able.<\/p>\n<p>J\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 mon sac en silence. Charlotte \u00e9tait dans la cuisine, occup\u00e9e \u00e0 chercher une tasse propre. Elle m\u2019a demand\u00e9 si je sortais. J\u2019ai r\u00e9pondu que j\u2019avais des d\u00e9marches \u00e0 faire \u00e0 Bourges. Elle n\u2019a pas insist\u00e9, mais elle a remarqu\u00e9 que je prenais encore le car. Elle a fait une petite r\u00e9flexion sur la fatigue que je m\u2019imposais alors que Ludovic pouvait parfois me conduire. J\u2019ai expliqu\u00e9 que je pr\u00e9f\u00e9rais voyager tranquillement. Puis j\u2019ai quitt\u00e9 le pavillon avant qu\u2019elle trouve une autre raison de prolonger la discussion.<\/p>\n<p>Dans le car, j\u2019ai repens\u00e9 au jour de mon anniversaire. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je croyais que mon principal probl\u00e8me \u00e9tait le m\u00e9pris contenu dans un cadeau \u00e0 deux euros. Je n\u2019avais pas imagin\u00e9 qu\u2019une plaisanterie de Charlotte m\u2019am\u00e8nerait \u00e0 d\u00e9couvrir des documents bancaires portant une signature qui n\u2019\u00e9tait pas la mienne. Je comprenais d\u00e9sormais que le gain repr\u00e9sentait bien davantage qu\u2019une possibilit\u00e9 de confort. Il pouvait aussi me donner les moyens de me d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>\u00c0 dix heures vingt, j\u2019\u00e9tais assise face \u00e0 Ma\u00eetre Lambert. Un dossier plus volumineux que lors de nos pr\u00e9c\u00e9dentes rencontres occupait le centre de son bureau. Il avait retir\u00e9 son stylo de derri\u00e8re son oreille et le faisait tourner entre ses doigts. Avant de commencer, il m\u2019a demand\u00e9 si je me sentais capable d\u2019entendre des nouvelles difficiles. Je lui ai r\u00e9pondu que je pr\u00e9f\u00e9rais toujours conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame lorsqu\u2019elle faisait mal.<\/p>\n<p>Il m\u2019a expliqu\u00e9 que Ludovic et Charlotte avaient emprunt\u00e9 cent quatre-vingt mille euros aupr\u00e8s du Cr\u00e9dit Agricole deux ans auparavant. Leur pavillon avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 en garantie dans le cadre du financement. Les \u00e9ch\u00e9ances n\u2019\u00e9taient plus r\u00e9gl\u00e9es depuis f\u00e9vrier. Les relances avaient \u00e9t\u00e9 nombreuses, mais aucune solution suffisante n\u2019avait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e. La situation avait donc progress\u00e9 vers une proc\u00e9dure de saisie immobili\u00e8re.<\/p>\n<p>Je connaissais les difficult\u00e9s financi\u00e8res de Charlotte depuis la fermeture de sa boutique, mais Ludovic m\u2019avait toujours assur\u00e9 que son activit\u00e9 professionnelle fonctionnait convenablement. Il parlait de clients exigeants, de factures en retard et de d\u00e9placements fatigants. Jamais il n\u2019avait \u00e9voqu\u00e9 une dette aussi importante. Je lui avais m\u00eame propos\u00e9, quelques mois auparavant, de contribuer davantage aux d\u00e9penses alimentaires. Il avait r\u00e9pondu que ce n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire et que je devais conserver ma pension pour mes besoins.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Lambert m\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 un document dat\u00e9 du trois juillet. Un commissaire de justice avait d\u00e9livr\u00e9 un commandement de payer valant saisie. La proc\u00e9dure pouvait conduire \u00e0 la vente judiciaire du pavillon si la dette n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9gularis\u00e9e. Une date \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fix\u00e9e : le jeudi vingt-huit octobre, au tribunal judiciaire de Bourges. La mise \u00e0 prix annonc\u00e9e s\u2019\u00e9levait \u00e0 quatre-vingt mille euros. J\u2019ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ce chiffre \u00e0 voix basse, incapable de le rapprocher du montant de l\u2019emprunt.<\/p>\n<p>Il m\u2019a expliqu\u00e9 que le prix obtenu lors d\u2019une vente aux ench\u00e8res ne couvrait pas n\u00e9cessairement l\u2019ensemble des sommes dues. Si le bien \u00e9tait vendu pour un montant insuffisant, la banque chercherait \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer le solde aupr\u00e8s des personnes juridiquement tenues au remboursement. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rendait le contrat de cautionnement si inqui\u00e9tant. Tant que sa validit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9finitivement \u00e9cart\u00e9e, mon nom pouvait \u00eatre invoqu\u00e9 dans cette affaire.<\/p>\n<p>J\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 Ma\u00eetre Lambert si Ludovic connaissait la date de la vente. Il a r\u00e9pondu que mon fils avait personnellement re\u00e7u l\u2019acte du trois juillet. Cette information m\u2019a boulevers\u00e9e. Depuis plusieurs jours, Ludovic continuait \u00e0 rentrer le soir, \u00e0 discuter de son travail et \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9vision comme si rien de particulier ne se pr\u00e9parait. Il savait pourtant que le toit de sa famille \u00e9tait menac\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne vous en a parl\u00e9 \u00e0 aucun moment ? \u00bb m\u2019a demand\u00e9 Ma\u00eetre Lambert. J\u2019ai secou\u00e9 la t\u00eate. Je pensais aux enfants, \u00e0 leurs chambres, aux affaires entass\u00e9es dans le garage et \u00e0 la table autour de laquelle nous prenions nos repas. Je ne comprenais pas comment Ludovic pouvait garder pour lui une nouvelle aussi lourde de cons\u00e9quences. Je me suis demand\u00e9 si Charlotte \u00e9tait inform\u00e9e de la situation. Ma\u00eetre Lambert ne pouvait pas me r\u00e9pondre avec certitude.<\/p>\n<p>Il a poursuivi en m\u2019expliquant qu\u2019il existait plusieurs voies possibles pour contester mon engagement et prot\u00e9ger mes droits. Il fallait poursuivre les v\u00e9rifications concernant la signature, r\u00e9unir des preuves et respecter les d\u00e9lais. Il m\u2019a \u00e9galement signal\u00e9 que, si le bien devait r\u00e9ellement \u00eatre vendu, un acqu\u00e9reur pouvait participer aux ench\u00e8res selon des r\u00e8gles pr\u00e9cises. Seul un avocat habilit\u00e9 pouvait porter les ench\u00e8res pour son client. Il pouvait m\u2019assister dans une telle d\u00e9marche.<\/p>\n<p>Cette perspective m\u2019a surprise. Acheter la maison de Ludovic ? Je n\u2019avais jamais pens\u00e9 \u00e0 devenir propri\u00e9taire du lieu dans lequel on me rappelait si souvent que je n\u2019\u00e9tais qu\u2019h\u00e9berg\u00e9e. La somme dont je disposais me permettait d\u2019envisager plusieurs solutions, mais je ne voulais pas que l\u2019argent gagn\u00e9 par hasard se transforme en pr\u00e9texte pour payer les dettes de mon fils. Ma\u00eetre Lambert m\u2019a invit\u00e9e \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sans me presser. Il m\u2019a rappel\u00e9 que la proc\u00e9dure devait suivre son cours et que rien n\u2019\u00e9tait encore d\u00e9finitivement jou\u00e9.<\/p>\n<p>Avant mon d\u00e9part, il m\u2019a conseill\u00e9 de rester attentive aux documents que Ludovic pouvait avoir conserv\u00e9s. Les courriers bancaires ne prenaient pas tous la forme de recommand\u00e9s. Certains avaient probablement \u00e9t\u00e9 re\u00e7us au domicile depuis longtemps. Si mon fils les r\u00e9cup\u00e9rait syst\u00e9matiquement, il devait les ranger quelque part. Cette remarque m\u2019a accompagn\u00e9e durant tout le trajet du retour.<\/p>\n<p>Dans le car, j\u2019ai dress\u00e9 mentalement la liste des endroits o\u00f9 Ludovic conservait ses papiers. Son bureau \u00e0 l\u2019\u00e9tage \u00e9tait souvent ferm\u00e9 lorsqu\u2019il recevait des appels professionnels. Des dossiers tra\u00eenaient parfois sur la table du s\u00e9jour, mais ils concernaient surtout ses clients. Une autre pi\u00e8ce m\u2019est revenue \u00e0 l\u2019esprit : le garage. Depuis mon installation, Ludovic me demandait de ne pas y entrer. Il parlait de solvants, d\u2019outils dangereux et de bidons mal ferm\u00e9s. J\u2019avais toujours respect\u00e9 cette consigne.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, sept juillet, Ludovic est parti travailler vers huit heures. Charlotte a quitt\u00e9 la maison un peu apr\u00e8s neuf heures, un panier en osier au bras. Elle allait au march\u00e9. Je l\u2019ai regard\u00e9e s\u2019\u00e9loigner depuis la fen\u00eatre de la cuisine, puis j\u2019ai attendu quelques minutes suppl\u00e9mentaires. La maison \u00e9tait silencieuse. Les enfants n\u2019\u00e9taient pas l\u00e0, et je savais que personne ne devait rentrer imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>J\u2019ai ouvert la porte du garage. Une odeur d\u2019huile, de poussi\u00e8re et de white-spirit m\u2019a accueillie. La lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e9trait par une petite fen\u00eatre en hauteur. Le long du mur, des \u00e9tag\u00e8res supportaient des outils, des pots de peinture et des cartons. Une b\u00e2che recouvrait la partie inf\u00e9rieure du dernier rayonnage. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 examiner les objets avec pr\u00e9caution, consciente que Ludovic remarquerait peut-\u00eatre le moindre changement.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re plusieurs pots de peinture, j\u2019ai d\u00e9couvert un classeur gris \u00e0 levier. Il \u00e9tait dissimul\u00e9 assez profond\u00e9ment pour ne pas \u00eatre visible depuis l\u2019entr\u00e9e. Je me suis agenouill\u00e9e sur le b\u00e9ton froid et l\u2019ai ouvert. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, des courriers \u00e9taient rang\u00e9s par date. Ils provenaient presque tous du Cr\u00e9dit Agricole. Certains remontaient au mois de mars, deux ans auparavant. D\u2019autres portaient des mentions de retard, de mise en demeure ou de proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>Je les ai parcourus lentement, en essayant de reconstituer la chronologie. Les premi\u00e8res lettres concernaient les \u00e9ch\u00e9ances du pr\u00eat. Les suivantes r\u00e9clamaient des paiements rest\u00e9s sans r\u00e9ponse. Plusieurs documents devenaient progressivement plus insistants. Enfin, j\u2019ai retrouv\u00e9 une copie du commandement d\u00e9livr\u00e9 le trois juillet. Les pages \u00e9taient soigneusement class\u00e9es. Mon fils ne pouvait pas pr\u00e9tendre qu\u2019il avait ignor\u00e9 les avertissements de la banque.<\/p>\n<p>Une autre particularit\u00e9 a retenu mon attention. Tous les courriers \u00e9taient adress\u00e9s \u00e0 Ludovic Leroy. Je n\u2019ai trouv\u00e9 aucune enveloppe destin\u00e9e personnellement \u00e0 Charlotte dans ce classeur. Cela ne prouvait pas qu\u2019elle ignorait les difficult\u00e9s du couple, mais la question m\u2019a troubl\u00e9e. Elle parlait r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019argent, surveillait mes petites d\u00e9penses et se montrait impatiente lorsque les charges de la maison augmentaient. Pourtant, dans ces documents, c\u2019\u00e9tait toujours Ludovic qui apparaissait comme destinataire.<\/p>\n<p>J\u2019ai sorti mon t\u00e9l\u00e9phone et photographi\u00e9 les lettres une par une. Je devais tenir chaque feuille bien \u00e0 plat, mais mes doigts tremblaient. Plusieurs clich\u00e9s \u00e9taient flous. J\u2019ai recommenc\u00e9, veillant \u00e0 rendre visibles les dates, les r\u00e9f\u00e9rences et les montants. Lorsque j\u2019ai termin\u00e9, j\u2019ai replac\u00e9 tous les documents dans le m\u00eame ordre, ferm\u00e9 le classeur et remis les pots de peinture sur les marques circulaires qu\u2019ils avaient laiss\u00e9es dans la poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>Je suis sortie du garage avant dix heures. Dans la cuisine, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9plucher des pommes de terre. Le contraste entre ce travail ordinaire et ce que je venais de d\u00e9couvrir me donnait presque le vertige. J\u2019avais entre les mains la preuve que mon fils avait re\u00e7u de nombreux avertissements et qu\u2019il les avait conserv\u00e9s hors de ma vue. Pourtant, j\u2019avais encore du mal \u00e0 comprendre pourquoi il avait choisi de me laisser vivre dans l\u2019ignorance d\u2019un risque aussi grave.<\/p>\n<p>Le soir, Ludovic est rentr\u00e9 plus tard que d\u2019habitude. Charlotte rangeait une pile de serviettes lorsqu\u2019une conversation a commenc\u00e9 dans la cuisine. Je me trouvais dans le couloir avec un verre d\u2019eau. J\u2019allais rejoindre ma chambre lorsque j\u2019ai entendu mon nom. Je me suis immobilis\u00e9e, sans chercher \u00e0 me rapprocher davantage.<\/p>\n<p>Charlotte reprochait \u00e0 Ludovic le manque de place dans la maison. Lucas avait quinze ans, disait-elle, et il avait besoin de davantage d\u2019intimit\u00e9. Selon elle, ma pr\u00e9sence au rez-de-chauss\u00e9e compliquait l\u2019organisation familiale. Elle d\u00e9crivait ma chambre comme un espace trop important pour une seule personne. Puis elle a prononc\u00e9 une expression que je n\u2019ai jamais oubli\u00e9e : elle me consid\u00e9rait comme un poids dont il faudrait un jour se d\u00e9barrasser.<\/p>\n<p>J\u2019attendais que Ludovic proteste. Je pensais qu\u2019il rappellerait \u00e0 son \u00e9pouse les circonstances de mon arriv\u00e9e, son insistance \u00e0 m\u2019accueillir et les ann\u00e9es pendant lesquelles G\u00e9rard et moi l\u2019avions soutenu. Mais il a simplement soupir\u00e9. Il a reconnu qu\u2019il connaissait le probl\u00e8me, puis ajout\u00e9 qu\u2019il ne savait pas quoi faire puisque j\u2019\u00e9tais sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai rien r\u00e9pondu. Charlotte pouvait se montrer dure, mais je connaissais son caract\u00e8re. Ludovic, lui, savait d\u00e9sormais qu\u2019une proc\u00e9dure mena\u00e7ait la maison, et il connaissait aussi mon r\u00f4le involontaire dans le contrat de cautionnement. Il n\u2019avait pourtant pas trouv\u00e9 le courage de me parler franchement. Dans le couloir, mon verre d\u2019eau \u00e9tait devenu lourd \u00e0 tenir. Je suis retourn\u00e9e dans ma chambre sans l\u2019avoir bu.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0, j\u2019ai longuement r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce qui s\u00e9parait d\u00e9sormais mon fils de l\u2019enfant que j\u2019avais \u00e9lev\u00e9. Je ne voulais pas croire qu\u2019il avait volontairement cherch\u00e9 \u00e0 me mettre en danger. Je savais aussi que les difficult\u00e9s financi\u00e8res pouvaient conduire les gens \u00e0 prendre de mauvaises d\u00e9cisions. Mais la compassion ne suffisait plus. J\u2019avais besoin de comprendre ce qu\u2019il avait fait, de prot\u00e9ger mon nom et de reprendre possession des choix qui m\u2019appartenaient.<\/p>\n<p>Au petit matin, je me suis assise sur le bord de mon lit, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main. Il \u00e9tait environ six heures trente. J\u2019ai compos\u00e9 le num\u00e9ro de Ma\u00eetre Lambert et attendu sa r\u00e9ponse. Lorsqu\u2019il a d\u00e9croch\u00e9, je lui ai expliqu\u00e9 que j\u2019avais retrouv\u00e9 les lettres de la banque dans le garage. Il m\u2019a imm\u00e9diatement recommand\u00e9 de venir lui montrer les photographies. Je lui ai assur\u00e9 que les documents \u00e9taient lisibles et que j\u2019avais soigneusement not\u00e9 les dates.<\/p>\n<p>Je lui ai demand\u00e9 ce qu\u2019il adviendrait de la maison si personne ne parvenait \u00e0 arr\u00eater la proc\u00e9dure. Il m\u2019a rappel\u00e9 que la vente aux ench\u00e8res demeurait pr\u00e9vue pour le vingt-huit octobre, sous r\u00e9serve des \u00e9ventuels changements de proc\u00e9dure. Je lui ai demand\u00e9 si mes fonds personnels me permettraient de participer l\u00e9galement \u00e0 cette vente. Il a confirm\u00e9 que nous pouvions pr\u00e9parer un dossier, sans garantir ni la tenue de l\u2019audience ni le r\u00e9sultat des ench\u00e8res.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e silencieuse un instant. J\u2019avais pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 \u00e9viter les disputes, \u00e0 accepter des d\u00e9cisions prises pour moi et \u00e0 remercier ceux qui pr\u00e9tendaient me rendre service. Mais ce matin-l\u00e0, je ne voulais plus me contenter d\u2019attendre. J\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 Ma\u00eetre Lambert de pr\u00e9parer les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour que je puisse acheter le pavillon si la vente avait lieu et si les conditions \u00e9taient acceptables.<\/p>\n<p>Il a pris le temps de me rappeler les risques, les frais et les v\u00e9rifications indispensables. Je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9 jusqu\u2019au bout. Puis j\u2019ai confirm\u00e9 mon choix. Je ne cherchais pas \u00e0 humilier Ludovic ni \u00e0 punir Charlotte. Je voulais disposer d\u2019une possibilit\u00e9 r\u00e9elle d\u2019agir, au lieu de d\u00e9pendre encore une fois de leurs d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir raccroch\u00e9, j\u2019ai regard\u00e9 le calendrier accroch\u00e9 pr\u00e8s de ma porte. C\u2019\u00e9tait un mod\u00e8le distribu\u00e9 par la pharmacie, avec les f\u00eates des saints et une petite croix verte imprim\u00e9e en haut. J\u2019ai pris le stylo rouge que j\u2019utilisais pour entourer les dates de promotion. J\u2019ai trouv\u00e9 le jeudi vingt-huit octobre et trac\u00e9 un cercle autour du chiffre. Puis j\u2019ai recommenc\u00e9, en appuyant un peu plus fort.<\/p>\n<p>Cent douze jours me s\u00e9paraient de cette date. Pendant tout ce temps, j\u2019allais devoir continuer \u00e0 vivre sous le m\u00eame toit que mon fils, \u00e0 pr\u00e9parer des repas et \u00e0 \u00e9couter les conversations familiales, tout en sachant que la maison pouvait \u00eatre vendue. Mais une chose avait chang\u00e9. Je n\u2019\u00e9tais plus seulement la m\u00e8re \u00e2g\u00e9e \u00e0 laquelle on demandait de rester tranquille. J\u2019avais d\u00e9sormais les moyens d\u2019intervenir et la volont\u00e9 de ne plus laisser les autres d\u00e9cider de ce qui m\u2019arriverait.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8446\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : En pr\u00e9parant discr\u00e8tement l&#8217;achat de la maison, j&#8217;ai d\u00e9couvert un document qui mena\u00e7ait de r\u00e9v\u00e9ler mon secret avant les ench\u00e8res<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le huit juillet, alors que le soleil commen\u00e7ait \u00e0 \u00e9clairer la fen\u00eatre de ma chambre, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que j\u2019ach\u00e8terais la maison de mon fils si elle \u00e9tait vendue aux ench\u00e8res. &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8441,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8445","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8445"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8445\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8461,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8445\/revisions\/8461"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8441"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}