{"id":8444,"date":"2026-10-22T11:56:59","date_gmt":"2026-10-22T11:56:59","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8444"},"modified":"2026-10-22T11:56:59","modified_gmt":"2026-10-22T11:56:59","slug":"partie-3-quelques-mois-apres-mon-anniversaire-une-lettre-destinee-a-mes-mains-a-revele-une-dette-dont-je-navais-jamais-entendu-parler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8444","title":{"rendered":"PARTIE 3 \u2013 Quelques mois apr\u00e8s mon anniversaire, une lettre destin\u00e9e \u00e0 mes mains a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une dette dont je n\u2019avais jamais entendu parler"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Ce sont mes coupons de r\u00e9duction, Charlotte. Je remets simplement un peu d\u2019ordre. \u00bb J\u2019ai r\u00e9pondu sans \u00e9lever la voix, en tenant encore le couvercle de la bo\u00eete \u00e0 biscuits. Ma belle-fille s\u2019est avanc\u00e9e dans la chambre avec une curiosit\u00e9 qu\u2019elle ne cherchait pas \u00e0 dissimuler. Elle a soulev\u00e9 le couvercle du bout des doigts, aper\u00e7u les morceaux de prospectus et secou\u00e9 la t\u00eate. \u00c0 ses yeux, ce que je faisais devait para\u00eetre parfaitement d\u00e9risoire.<\/p>\n<p>\u00ab Tu consacres vraiment ton temps \u00e0 ces petites \u00e9conomies ? \u00bb a-t-elle demand\u00e9. Je lui ai expliqu\u00e9 qu\u2019une r\u00e9duction sur la lessive ou les produits alimentaires pouvait toujours \u00eatre utile. Elle a hauss\u00e9 les \u00e9paules, puis quitt\u00e9 la pi\u00e8ce sans refermer la porte. J\u2019ai attendu que ses pas s\u2019\u00e9loignent avant de v\u00e9rifier que l\u2019enveloppe \u00e9tait toujours invisible sous les coupons. Ce n\u2019est qu\u2019alors que j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 respirer normalement.<\/p>\n<p>Les semaines suivantes, ma vie ext\u00e9rieure a tr\u00e8s peu chang\u00e9. Je pr\u00e9parais les repas, rangeais la cuisine et aidais Emma \u00e0 faire certains devoirs. Lucas continuait \u00e0 traverser les pi\u00e8ces avec ses \u00e9couteurs. Ludovic parlait de ses clients et de ses d\u00e9placements. Charlotte se plaignait de la hausse des prix et du manque de place dans la maison. Rien ne laissait penser qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel s\u2019\u00e9tait produit le jour de mon anniversaire.<\/p>\n<p>De mon c\u00f4t\u00e9, je vivais dans l\u2019attente. Ma\u00eetre Lambert avait entrepris les formalit\u00e9s n\u00e9cessaires pour faire v\u00e9rifier le ticket. J\u2019avais pris soin de ne pas lui t\u00e9l\u00e9phoner lorsque quelqu\u2019un pouvait m\u2019entendre. Chaque \u00e9change me rappelait que je poss\u00e9dais d\u00e9sormais un secret impossible \u00e0 partager avec ceux qui vivaient autour de moi. Apr\u00e8s les v\u00e9rifications et d\u00e9marches requises, le gain avait finalement \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 sur le compte ouvert \u00e0 mon seul nom. Cinq cent mille euros, une somme que je n\u2019avais jamais imagin\u00e9 voir figurer sur un relev\u00e9 bancaire.<\/p>\n<p>J\u2019avais pourtant d\u00e9cid\u00e9 de ne rien acheter. Pas de v\u00eatements, pas de bijoux, pas m\u00eame une nouvelle paire de chaussures pour remplacer celles dont les semelles s\u2019usaient. Je voulais d\u2019abord comprendre ce que signifiait r\u00e9ellement poss\u00e9der cet argent. Pendant trente et un ans, j\u2019avais travaill\u00e9 pour une pension qui me permettait de vivre modestement. Je n\u2019avais pas l\u2019habitude des grandes d\u00e9cisions financi\u00e8res, encore moins de celles qui pouvaient changer les rapports entre les membres d\u2019une famille.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Lambert m\u2019avait donn\u00e9 un conseil que je gardais constamment \u00e0 l\u2019esprit : ne jamais confondre la disponibilit\u00e9 d\u2019une somme avec l\u2019obligation de la d\u00e9penser. Il m\u2019avait invit\u00e9e \u00e0 prendre mon temps, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 mes besoins r\u00e9els et \u00e0 ne promettre quoi que ce soit \u00e0 personne. Je lui avais r\u00e9pondu que je n\u2019avais aucune intention de faire des folies. Ce que je d\u00e9sirais le plus, c\u2019\u00e9tait retrouver la tranquillit\u00e9 que j\u2019avais connue avec G\u00e9rard dans notre logement de Montlu\u00e7on.<\/p>\n<p>Au fil des mois, j\u2019ai toutefois commenc\u00e9 \u00e0 remarquer certaines habitudes que je consid\u00e9rais autrefois comme normales. Ludovic descendait presque toujours chercher le courrier \u00e0 heure fixe. Lorsque la bo\u00eete aux lettres claquait, il abandonnait ce qu\u2019il faisait, m\u00eame une conversation t\u00e9l\u00e9phonique. Il remontait avec les enveloppes, puis redistribuait celles qu\u2019il jugeait n\u00e9cessaires. Charlotte recevait parfois des factures ou des publicit\u00e9s. Moi, tr\u00e8s rarement.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais jamais interrog\u00e9 mon fils sur cette organisation. Lors de mon installation, il m\u2019avait assur\u00e9 que je n\u2019aurais plus \u00e0 m\u2019occuper des formalit\u00e9s fastidieuses. J\u2019avais accept\u00e9 avec gratitude. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficile de quitter une ville o\u00f9 j\u2019avais v\u00e9cu si longtemps. Confier certaines d\u00e9marches \u00e0 Ludovic me donnait alors l\u2019impression de ne pas devoir tout affronter seule. En mai, cette confiance allait \u00eatre mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019une mani\u00e8re que je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, la cuisine sentait les lentilles qui mijotaient doucement. Il \u00e9tait un peu plus de dix heures et demie. Ludovic avait quitt\u00e9 la maison depuis huit heures pour aller voir un client. Charlotte faisait des courses en ville. Les enfants \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9cole. J\u2019\u00e9tais seule lorsque la sonnette a retenti. J\u2019ai essuy\u00e9 mes mains sur mon tablier avant d\u2019aller ouvrir, convaincue qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une livraison ou d\u2019un voisin.<\/p>\n<p>Nathalie, la factrice du quartier, se tenait devant la porte. C\u2019\u00e9tait une femme vive, de petite taille, qui portait son sac de courrier en travers de l\u2019\u00e9paule. Elle me connaissait depuis mon arriv\u00e9e \u00e0 Vierzon et prenait parfois le temps de demander comment allaient mes genoux. Cette fois, elle tenait une enveloppe \u00e9paisse et un appareil \u00e9lectronique sur lequel elle me demandait de signer.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u2019abord cru que le pli \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 Ludovic. Nathalie m\u2019a montr\u00e9 le nom inscrit en haut de l\u2019enveloppe : Madame Martine Leroy. Elle m\u2019a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un recommand\u00e9 \u00e0 remettre personnellement. Puis elle a ajout\u00e9, presque machinalement, que d\u2019habitude mon fils r\u00e9cup\u00e9rait tout le courrier. J\u2019ai senti une g\u00eane l\u00e9g\u00e8re me traverser, sans encore comprendre pourquoi cette remarque me troublait.<\/p>\n<p>J\u2019ai sign\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran avec mon index. Ma signature \u00e9tait maladroite \u00e0 cause de la surface lisse, mais le mouvement demeurait reconnaissable. Mon M commen\u00e7ait toujours par trois traits droits. Nathalie m\u2019a souhait\u00e9 une bonne journ\u00e9e avant de reprendre sa tourn\u00e9e. Je suis rest\u00e9e quelques secondes dans l\u2019entr\u00e9e, l\u2019enveloppe entre les mains. Le tampon bleu du Cr\u00e9dit Agricole figurait dans un coin. Sous mon nom, deux mots \u00e9taient imprim\u00e9s : caution solidaire.<\/p>\n<p>Je connaissais ces termes de mani\u00e8re vague. Il m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 d\u2019en entendre parler \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, lorsqu\u2019un coll\u00e8gue aidait un enfant \u00e0 obtenir un logement. Mais je n\u2019avais jamais accept\u00e9 de me porter caution pour qui que ce soit. G\u00e9rard et moi avions toujours consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019une signature engageait celui qui la donnait, parfois bien au-del\u00e0 de ce qu\u2019il imaginait. Avant de signer un papier, mon mari le lisait enti\u00e8rement, quitte \u00e0 demander plusieurs explications.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9teint le feu sous les lentilles et pos\u00e9 l\u2019enveloppe sur la table de la cuisine. Le couteau \u00e0 pain se trouvait pr\u00e8s du panier. Je l\u2019ai utilis\u00e9 pour ouvrir proprement le bord du courrier. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvaient plusieurs feuilles imprim\u00e9es, certaines portant des passages en caract\u00e8res gras. J\u2019ai ajust\u00e9 mes lunettes et commenc\u00e9 \u00e0 lire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re page \u00e9voquait un pr\u00eat de cent quatre-vingt mille euros accord\u00e9 \u00e0 Ludovic et Charlotte Leroy deux ans auparavant, au mois de mars. Les mensualit\u00e9s n\u2019\u00e9taient plus honor\u00e9es depuis f\u00e9vrier. La banque r\u00e9clamait des mesures de r\u00e9gularisation. Plusieurs formulations juridiques m\u2019\u00e9chappaient, mais un passage \u00e9tait parfaitement clair : mon nom apparaissait comme celui d\u2019une personne engag\u00e9e \u00e0 garantir le remboursement de cette dette.<\/p>\n<p>Je suis retourn\u00e9e au d\u00e9but du document, persuad\u00e9e d\u2019avoir mal compris. Cent quatre-vingt mille euros. Ma pension mensuelle s\u2019\u00e9levait \u00e0 mille cent quarante euros. M\u00eame en \u00e9conomisant une partie de cette somme pendant des ann\u00e9es, je n\u2019aurais jamais pu faire face \u00e0 un tel engagement. J\u2019ai cherch\u00e9 une explication dans les pages suivantes. Peut-\u00eatre s\u2019agissait-il d\u2019une erreur administrative, d\u2019une confusion entre deux personnes portant le m\u00eame nom.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re la lettre figurait une copie du contrat de cautionnement. Les pages contenaient des montants, des r\u00e9f\u00e9rences et plusieurs d\u00e9clarations. Je les ai parcourues lentement, en m\u2019arr\u00eatant sur les phrases qui semblaient \u00e9tablir mes obligations. Puis je suis arriv\u00e9e \u00e0 la derni\u00e8re page. Au bas du document, une signature manuscrite accompagnait mon nom. J\u2019ai approch\u00e9 la feuille de mon visage pour mieux distinguer les lettres.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un avait \u00e9crit \u00ab Martine Leroy \u00bb. \u00c0 premi\u00e8re vue, l\u2019\u00e9criture ressemblait \u00e0 une signature ordinaire. Mais le M comportait une boucle arrondie dans sa partie sup\u00e9rieure. Je n\u2019avais jamais form\u00e9 cette lettre de cette mani\u00e8re. Depuis l\u2019\u00e9cole, \u00e0 Montlu\u00e7on, je tra\u00e7ais trois traits droits, un mouvement appris dans les cahiers de mon enfance. Cette habitude \u00e9tait rest\u00e9e intacte durant toute ma carri\u00e8re.<\/p>\n<p>J\u2019ai pos\u00e9 c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te l\u2019enveloppe recommand\u00e9e et la copie du contrat. Mon nom \u00e9tait bien celui indiqu\u00e9 sur les deux documents. Mon adresse correspondait \u00e0 celle du pavillon. La signature, en revanche, n\u2019\u00e9tait pas la mienne. Je l\u2019ai examin\u00e9e encore et encore, esp\u00e9rant d\u00e9couvrir que je me trompais. Mais plus je la regardais, plus la diff\u00e9rence me semblait \u00e9vidente.<\/p>\n<p>Le bruit de la pendule m\u2019a soudain paru insupportable. Les lentilles refroidissaient dans leur casserole. Sur la table, mon bol de caf\u00e9 \u00e9tait rest\u00e9 presque plein. Je pensais \u00e0 mon fils, \u00e0 cette procuration qu\u2019il d\u00e9tenait, \u00e0 sa mani\u00e8re de r\u00e9cup\u00e9rer le courrier. Je me souvenais de toutes les fois o\u00f9 il m\u2019avait dit qu\u2019il g\u00e9rait mes affaires pour m\u2019\u00e9pargner des soucis. Je n\u2019avais aucune preuve qu\u2019il avait imit\u00e9 ma signature. Pourtant, je savais d\u00e9sormais qu\u2019une personne s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e en mon nom sans mon accord.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs minutes, j\u2019ai envisag\u00e9 de t\u00e9l\u00e9phoner imm\u00e9diatement \u00e0 Ludovic. Je voulais lui demander ce que signifiait cette dette, pourquoi je n\u2019en avais jamais entendu parler et comment mon nom avait pu se retrouver sur le contrat. Mais j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 l\u2019importance de la somme. Si je commettais une erreur en abordant le sujet, je risquais de ne plus pouvoir d\u00e9couvrir ce qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9ellement produit.<\/p>\n<p>J\u2019ai donc repli\u00e9 les documents et les ai cach\u00e9s entre deux draps dans mon armoire. Puis je suis retourn\u00e9e dans la cuisine. J\u2019ai remis les lentilles \u00e0 chauffer, sorti les assiettes et continu\u00e9 les t\u00e2ches habituelles. Mes gestes \u00e9taient pr\u00e9cis, presque automatiques. Pendant longtemps, mon m\u00e9tier m\u2019avait appris \u00e0 travailler malgr\u00e9 l\u2019inqui\u00e9tude. Je retrouvais cette ancienne discipline, mais elle me servait d\u00e9sormais \u00e0 dissimuler ce que je venais d\u2019apprendre.<\/p>\n<p>Ludovic est rentr\u00e9 \u00e0 dix-huit heures dix. J\u2019ai reconnu le bruit de la Clio avant m\u00eame qu\u2019il franchisse la porte. Il a pos\u00e9 ses cl\u00e9s dans la coupelle de l\u2019entr\u00e9e, puis s\u2019est servi un verre d\u2019eau. Je l\u2019observais depuis la cuisine lorsqu\u2019il m\u2019a demand\u00e9 si du courrier \u00e9tait arriv\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas une question inhabituelle en soi, mais il la posait g\u00e9n\u00e9ralement le matin, lorsqu\u2019il r\u00e9cup\u00e9rait lui-m\u00eame les enveloppes.<\/p>\n<p>Je lui ai r\u00e9pondu que nous avions seulement re\u00e7u une publicit\u00e9 de Leclerc. Il a demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais certaine qu\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019autre. J\u2019ai soutenu son regard et lui ai demand\u00e9 ce qu\u2019il attendait. Il a parl\u00e9 vaguement d\u2019un document professionnel. Puis il est sorti dans l\u2019all\u00e9e pour v\u00e9rifier la bo\u00eete aux lettres. Je l\u2019ai regard\u00e9 depuis la fen\u00eatre. Il a pass\u00e9 la main \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et y est rest\u00e9 quelques secondes, bien que le compartiment soit vide.<\/p>\n<p>Ce comportement ne prouvait rien, mais il a renforc\u00e9 ma d\u00e9cision de ne pas l\u2019interroger. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019homme avec lequel je venais de parler. Ludovic demeurait mon fils, celui que j\u2019avais soign\u00e9 lorsqu\u2019il avait la fi\u00e8vre, accompagn\u00e9 \u00e0 ses examens et aid\u00e9 lorsqu\u2019il avait commenc\u00e9 \u00e0 travailler. Pourtant, une distance nouvelle semblait s\u2019\u00eatre install\u00e9e entre nous. Elle n\u2019\u00e9tait visible ni dans ses gestes ni dans sa voix. Elle existait seulement dans ce que je savais et qu\u2019il ignorait encore.<\/p>\n<p>\u00c0 vingt et une heures dix, je me suis enferm\u00e9e dans ma chambre. J\u2019ai sorti de mon carnet le num\u00e9ro de Ma\u00eetre Lambert et compos\u00e9 les chiffres sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Il a d\u00e9croch\u00e9 apr\u00e8s quelques sonneries. Je lui ai expliqu\u00e9 qu\u2019une lettre de banque \u00e9tait arriv\u00e9e et qu\u2019elle faisait \u00e9tat d\u2019une dette consid\u00e9rable \u00e0 laquelle mon nom semblait associ\u00e9. Sa voix a imm\u00e9diatement chang\u00e9. Il m\u2019a demand\u00e9 o\u00f9 je me trouvais et si quelqu\u2019un pouvait m\u2019entendre.<\/p>\n<p>Je lui ai assur\u00e9 que j\u2019\u00e9tais seule. Il m\u2019a conseill\u00e9 de ne montrer les documents \u00e0 personne et de venir au cabinet le lendemain matin. Il voulait examiner non seulement le contrat contest\u00e9, mais \u00e9galement un document ancien portant ma v\u00e9ritable signature. J\u2019ai promis d\u2019apporter les deux. Apr\u00e8s avoir raccroch\u00e9, je suis rest\u00e9e assise sur mon lit, \u00e0 regarder le t\u00e9l\u00e9phone. Ma\u00eetre Lambert n\u2019avait pas cherch\u00e9 \u00e0 me rassurer par des paroles faciles. Il semblait consid\u00e9rer l\u2019affaire avec la plus grande gravit\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai ouvert mon armoire et fouill\u00e9 les dossiers conserv\u00e9s depuis mon d\u00e9part de Montlu\u00e7on. Sous plusieurs enveloppes, j\u2019ai retrouv\u00e9 ma demande de retraite. G\u00e9rard l\u2019avait remplie pour moi, avec son \u00e9criture large et r\u00e9guli\u00e8re. Il aimait les documents bien pr\u00e9sent\u00e9s et \u00e9crivait les noms en lettres capitales. En bas de la page, j\u2019avais appos\u00e9 ma signature. Le papier avait jauni, mais les traits demeuraient parfaitement lisibles.<\/p>\n<p>En la regardant, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 une \u00e9motion que je n\u2019attendais pas. G\u00e9rard \u00e9tait mort, mais sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire se trouvait encore l\u00e0, juste au-dessus de mon nom. Nos deux \u00e9critures partageaient une m\u00eame feuille. J\u2019ai pass\u00e9 doucement le doigt sur la signature ancienne, puis j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 celle que je venais de d\u00e9couvrir sur le contrat bancaire. L\u2019une provenait de ma propre main. L\u2019autre avait \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e par quelqu\u2019un dont j\u2019ignorais encore l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>Le lendemain, j\u2019ai pris le car de 9 h 12. Je n\u2019ai laiss\u00e9 aucune explication sur la table. Ludovic \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parti, Charlotte dormait encore et les enfants se trouvaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Dans mon sac Leclerc, j\u2019avais plac\u00e9 la lettre recommand\u00e9e, le contrat et la demande de retraite. Une petite bo\u00eete contenant des tartines se trouvait au-dessus des documents. Je savais que je devrais marcher \u00e0 Bourges avant de manger, mais la faim \u00e9tait la derni\u00e8re de mes pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>Ma\u00eetre Lambert m\u2019attendait dans son bureau. Il avait devant lui une lampe et plusieurs feuilles vierges. Il a lu attentivement la lettre de la banque, puis les pages du contrat. Ensuite, il a extrait la demande de retraite de sa chemise cartonn\u00e9e. Il a dispos\u00e9 les deux signatures c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Pendant un moment, il n\u2019a rien dit. Son stylo s\u2019est arr\u00eat\u00e9 sur le premier M, puis sur le second.<\/p>\n<p>Il m\u2019a demand\u00e9 de confirmer que je n\u2019avais jamais sign\u00e9 de document relatif au pr\u00eat de Ludovic et Charlotte. J\u2019ai r\u00e9pondu que non, sans h\u00e9sitation. Il a voulu savoir si quelqu\u2019un avait pu me faire signer un papier sans m\u2019en expliquer le contenu. J\u2019ai cherch\u00e9 dans mes souvenirs. Mon fils m\u2019apportait parfois des formulaires, mais je ne me rappelais aucun engagement de cette nature. Ma\u00eetre Lambert a not\u00e9 mes r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>Enfin, il a pos\u00e9 son stylo et m\u2019a regard\u00e9e. Il m\u2019a expliqu\u00e9 que les diff\u00e9rences entre les signatures \u00e9taient suffisamment s\u00e9rieuses pour justifier des v\u00e9rifications approfondies. Une expertise et l\u2019examen des circonstances de la souscription pourraient \u00eatre n\u00e9cessaires. Puis il a formul\u00e9 clairement ce que je redoutais depuis la veille : quelqu\u2019un avait tr\u00e8s probablement sign\u00e9 \u00e0 ma place.<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9e silencieuse. J\u2019aurais voulu qu\u2019il me dise que tout cela n\u2019\u00e9tait qu\u2019une erreur facile \u00e0 r\u00e9parer. Mais il m\u2019a recommand\u00e9 de ne rien r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 Ludovic et de le laisser effectuer les recherches n\u00e9cessaires. J\u2019ai accept\u00e9. En quittant son bureau, je n\u2019\u00e9tais plus seulement une femme \u00e2g\u00e9e qui essayait de prot\u00e9ger un gain inattendu. J\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre aussi une victime dont le propre nom avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour garantir une dette immense.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8445\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert une signature falsifi\u00e9e, j\u2019ai compris pourquoi mon fils me cachait le courrier et redoutait la vente de sa maison<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Ce sont mes coupons de r\u00e9duction, Charlotte. Je remets simplement un peu d\u2019ordre. \u00bb J\u2019ai r\u00e9pondu sans \u00e9lever la voix, en tenant encore le couvercle de la bo\u00eete \u00e0 &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8441,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-8444","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8444","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8444"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8444\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8460,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8444\/revisions\/8460"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8441"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8444"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8444"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lastestdrama.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8444"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}