{"id":8139,"date":"2026-10-21T10:52:12","date_gmt":"2026-10-21T10:52:12","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8139"},"modified":"2026-10-21T10:52:12","modified_gmt":"2026-10-21T10:52:12","slug":"partie-9-le-premier-depart-de-lina-approche-et-gabriel-decouvre-quune-promesse-peut-etre-tenue-meme-lorsque-les-habitudes-familiales-doivent-changer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8139","title":{"rendered":"PARTIE 9 \u2013 Le premier d\u00e9part de Lina approche, et Gabriel d\u00e9couvre qu&#8217;une promesse peut \u00eatre tenue m\u00eame lorsque les habitudes familiales doivent changer"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 six heures trente, Antoine trouva Gabriel assis dans la cuisine, le calendrier familial ouvert devant lui. Le gar\u00e7on avait encercl\u00e9 en bleu la date du d\u00e9but de la formation de Lina. Il restait dix jours. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette date, une petite fl\u00e8che indiquait les horaires de son p\u00e8re, ceux de l&#39;aide familiale et les moments o\u00f9 Lina pourrait \u00e9ventuellement rentrer \u00e0 Saint-Cloud. Gabriel suivait les cases du doigt, comme s&#39;il cherchait une erreur. Lorsqu&#39;Antoine lui demanda pourquoi il s&#39;\u00e9tait lev\u00e9 si t\u00f4t, il r\u00e9pondit qu&#39;il voulait v\u00e9rifier si tout \u00e9tait pr\u00e9vu. Son p\u00e8re s&#39;assit en face de lui, comprenant que l&#39;inqui\u00e9tude avait repris la forme famili\u00e8re d&#39;une organisation excessive.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n&#39;as pas besoin de surveiller ce calendrier \u00e0 ma place \u00bb, lui dit Antoine. Gabriel referma imm\u00e9diatement le cahier, mais son visage trahissait sa contrari\u00e9t\u00e9. Il expliqua qu&#39;il ne cherchait pas \u00e0 contr\u00f4ler les autres, seulement \u00e0 savoir ce qui se passerait. Antoine reconnut que cette distinction \u00e9tait importante. Il lui proposa de revoir ensemble les prochaines journ\u00e9es, puis de laisser le calendrier dans le salon sans le consulter constamment. Gabriel h\u00e9sita avant d&#39;accepter. Il demanda toutefois ce qui arriverait si une r\u00e9union retenait son p\u00e8re au bureau. Antoine lui montra le nom de la personne charg\u00e9e du relais et pr\u00e9cisa qu&#39;il resterait joignable. Cette r\u00e9ponse concr\u00e8te calma davantage le gar\u00e7on qu&#39;une longue assurance.<\/p>\n<p>Depuis la visite au cimeti\u00e8re, Gabriel s&#39;\u00e9tait remis \u00e0 travailler la partition que Claire n&#39;avait jamais achev\u00e9e. Certaines mesures exigeaient une souplesse des doigts qu&#39;il avait perdue pendant ses mois de silence. Il recommen\u00e7ait souvent le m\u00eame passage jusqu&#39;\u00e0 s&#39;agacer. Antoine avait pris l&#39;habitude de venir s&#39;asseoir quelques minutes pr\u00e8s de lui, sans intervenir. Il ne connaissait pas suffisamment le piano pour corriger ses erreurs, mais il pouvait lui offrir une pr\u00e9sence tranquille. Gabriel semblait appr\u00e9cier ces moments. Ils parlaient parfois de Claire, parfois de l&#39;\u00e9cole, parfois de rien. Leur relation retrouvait une simplicit\u00e9 qu&#39;Antoine avait longtemps crue perdue.<\/p>\n<p>Lina, de son c\u00f4t\u00e9, pr\u00e9parait soigneusement sa nouvelle organisation. Le programme universitaire devait commencer par plusieurs semaines de formation intensive, avec des journ\u00e9es prolong\u00e9es dans un \u00e9tablissement partenaire. Elle pourrait revenir \u00e0 Saint-Cloud certains soirs, mais elle aurait besoin de temps pour ses travaux personnels et de repos pour suivre les enseignements. Antoine et elle avaient choisi de ne pas promettre aux enfants une disponibilit\u00e9 impossible. Ils avaient d\u00e9fini quelques moments r\u00e9guliers, susceptibles d&#39;\u00eatre adapt\u00e9s lorsque les horaires d\u00e9finitifs seraient confirm\u00e9s. La relation personnelle qu&#39;ils commen\u00e7aient \u00e0 construire restait distincte des responsabilit\u00e9s professionnelles de Lina.<\/p>\n<p>Une nouvelle aide familiale avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e pour assurer une partie de l&#39;intendance et des trajets. Elle s&#39;appelait Sophie, poss\u00e9dait une exp\u00e9rience aupr\u00e8s des familles nombreuses et avait accept\u00e9 de rencontrer progressivement les enfants avant de commencer. Antoine avait insist\u00e9 pour que ce recrutement ne reproduise pas les quinze tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes. Sophie ne venait pas remplacer Lina dans le c\u0153ur des enfants. Elle \u00e9tait charg\u00e9e de t\u00e2ches pr\u00e9cises, avec des horaires d\u00e9finis. Antoine conservait la responsabilit\u00e9 des d\u00e9cisions \u00e9ducatives, des soir\u00e9es et des rendez-vous importants. Cette diff\u00e9rence semblait \u00e9vidente sur le papier. Il restait \u00e0 la rendre r\u00e9elle dans le quotidien.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re rencontre avec Sophie eut lieu un mercredi apr\u00e8s-midi. Les jumeaux l&#39;observ\u00e8rent avec m\u00e9fiance lorsqu&#39;elle entra dans la salle de jeux. Hugo lui demanda imm\u00e9diatement si elle comptait enfermer les enfants d\u00e9sob\u00e9issants. Sophie r\u00e9pondit qu&#39;elle ne consid\u00e9rait pas l&#39;enfermement comme une punition acceptable et qu&#39;elle pr\u00e9f\u00e9rait discuter des r\u00e8gles avant les difficult\u00e9s. Jules voulut savoir si elle confisquait les jouets. Elle expliqua que certains objets pouvaient \u00eatre mis de c\u00f4t\u00e9 lorsqu&#39;ils risquaient de blesser quelqu&#39;un, mais qu&#39;il n&#39;\u00e9tait pas question de punir arbitrairement. Les gar\u00e7ons \u00e9chang\u00e8rent un regard, puis reprirent leur construction.<\/p>\n<p>Manon demanda \u00e0 Sophie si elle savait pr\u00e9parer les v\u00eatements des plus jeunes. Antoine intervint avant que sa fille propose de lui expliquer toute l&#39;organisation de la maison. Il pr\u00e9senta les listes qu&#39;il avait lui-m\u00eame r\u00e9dig\u00e9es, puis invita Manon \u00e0 retourner \u00e0 ses activit\u00e9s. La fillette sembla d&#39;abord h\u00e9siter. Elle avait encore tendance \u00e0 croire que les choses se passeraient mal si elle ne surveillait pas chaque d\u00e9tail. Sophie lui demanda quelle danse elle pr\u00e9parait pour son prochain spectacle. Manon commen\u00e7a \u00e0 parler de sa chor\u00e9graphie avec enthousiasme, oubliant progressivement les piles de linge. Lina, rest\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9, observa cette transition avec soulagement.<\/p>\n<p>Louise fut la plus prudente. Elle demeura pr\u00e8s de Lina pendant presque toute la visite. Sophie ne chercha pas \u00e0 la prendre dans ses bras ni \u00e0 gagner son affection avec des cadeaux. Elle lui demanda simplement le nom de la poup\u00e9e qu&#39;elle tenait. Louise r\u00e9pondit apr\u00e8s un long silence. Puis elle expliqua que cette poup\u00e9e avait autrefois perdu sa t\u00eate, mais qu&#39;elle avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9e. Sophie l&#39;\u00e9couta sans commentaires inutiles. Lorsque la visite prit fin, Louise accepta de lui montrer ses papillons en papier. Ce geste discret indiquait qu&#39;une premi\u00e8re relation pouvait se construire sans pression.<\/p>\n<p>Gabriel ne descendit qu&#39;au moment du go\u00fbter. Il salua Sophie poliment, posa quelques questions sur ses horaires, puis retourna au piano. Antoine le rejoignit. Le gar\u00e7on affirma qu&#39;il n&#39;avait rien contre elle, mais qu&#39;il ne souhaitait pas recommencer \u00e0 s&#39;attacher \u00e0 une nouvelle personne. Son p\u00e8re r\u00e9pondit qu&#39;il n&#39;avait aucune obligation de cr\u00e9er imm\u00e9diatement un lien affectif. Sophie serait pr\u00e9sente pour les aider dans certaines t\u00e2ches et apprendrait peu \u00e0 peu \u00e0 les conna\u00eetre. Gabriel sembla soulag\u00e9. Il avait longtemps v\u00e9cu chaque arriv\u00e9e d&#39;adulte comme une promesse implicite de permanence. Cette fois, les r\u00f4les \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s clairement.<\/p>\n<p>Les jours suivants, Antoine assuma davantage de responsabilit\u00e9s. Il pr\u00e9para les petits d\u00e9jeuners, accompagna les enfants \u00e0 l&#39;\u00e9cole et organisa les rendez-vous m\u00e9dicaux de Louise. Certains matins furent chaotiques. Les jumeaux oubliaient leurs affaires, Manon changeait d&#39;avis sur sa tenue et Gabriel cherchait une partition au dernier moment. Antoine dut apprendre \u00e0 ne pas transformer ces contretemps en crise. Un jeudi, il arriva en retard \u00e0 une r\u00e9union apr\u00e8s avoir aid\u00e9 Jules \u00e0 retrouver un cahier. Autrefois, il aurait reproch\u00e9 ce retard \u00e0 toute la maison. Cette fois, il expliqua simplement \u00e0 ses collaborateurs qu&#39;il avait eu une difficult\u00e9 familiale.<\/p>\n<p>Lina remarqua ses efforts sans chercher \u00e0 les r\u00e9compenser \u00e0 chaque occasion. Elle savait qu&#39;Antoine devait construire sa place de p\u00e8re pour lui-m\u00eame et pour ses enfants, pas pour obtenir son approbation. Ils continuaient de partager des moments \u00e0 deux, parfois tr\u00e8s courts. Une promenade apr\u00e8s le d\u00eener, un th\u00e9 dans la cuisine ou une conversation devant le jardin leur permettaient d&#39;apprendre \u00e0 se conna\u00eetre. Leur relation demeurait nouvelle, prudente, mais de plus en plus sinc\u00e8re. Lina appr\u00e9ciait qu&#39;il lui parle d\u00e9sormais de ses doutes sans attendre qu&#39;elle lui fournisse imm\u00e9diatement une solution.<\/p>\n<p>Un soir, Antoine lui confia qu&#39;il avait retrouv\u00e9 une photographie de Claire prise quelques mois avant sa maladie. Elle y apparaissait dans le jardin, entour\u00e9e des cinq enfants, les cheveux retenus par un foulard color\u00e9. Il avait longtemps \u00e9vit\u00e9 cette image parce qu&#39;elle lui rappelait tout ce qu&#39;ils avaient perdu. Maintenant, il envisageait de l&#39;encadrer et de la placer dans le salon. Lina l&#39;encouragea \u00e0 le faire si cela lui semblait juste. Elle ne ressentait aucune rivalit\u00e9 avec cette femme disparue. Au contraire, elle comprenait que la m\u00e9moire de Claire occupait une place essentielle dans l&#39;identit\u00e9 des enfants.<\/p>\n<p>Ils choisirent ensemble un cadre simple, mais Antoine demanda aux enfants o\u00f9 ils souhaitaient installer la photographie. Manon proposa une \u00e9tag\u00e8re pr\u00e8s du piano. Gabriel approuva imm\u00e9diatement. Les jumeaux voulurent placer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 une petite voiture que leur m\u00e8re leur avait offerte. Louise demanda si elle pouvait ajouter un de ses papillons. Antoine accepta. Le r\u00e9sultat n&#39;avait rien d&#39;une d\u00e9coration soigneusement compos\u00e9e. Pourtant, lorsque la photographie fut install\u00e9e, la pi\u00e8ce sembla retrouver un lien avec son pass\u00e9. Claire n&#39;\u00e9tait plus enferm\u00e9e dans une chambre intacte. Son souvenir pouvait d\u00e9sormais circuler dans les espaces o\u00f9 sa famille continuait de vivre.<\/p>\n<p>La veille du d\u00e9but de la formation, les enfants organis\u00e8rent une petite soir\u00e9e pour Lina. Hugo et Jules avaient fabriqu\u00e9 un porte-bonheur en carton repr\u00e9sentant une \u00e9toile, avec des roues inutiles qu&#39;ils jugeaient indispensables. Manon lui offrit une carte d\u00e9cor\u00e9e de rubans bleus. Louise lui donna un papillon en papier sur lequel Antoine avait \u00e9crit son pr\u00e9nom. Gabriel attendit la fin du repas pour jouer au piano. Il avait choisi un morceau plus simple que celui destin\u00e9 \u00e0 Claire, mais l&#39;interpr\u00e9ta avec une application remarquable. Lina l&#39;\u00e9couta les yeux brillants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la musique, Gabriel lui tendit une enveloppe. Il avait \u00e9crit une lettre qu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait lui laisser lire seule. Lina la glissa dans son sac en promettant de la d\u00e9couvrir avant de dormir. Le gar\u00e7on pr\u00e9cisa qu&#39;il ne s&#39;agissait pas d&#39;une demande pour qu&#39;elle reste. Il voulait simplement lui dire certaines choses sans \u00eatre interrompu. Antoine observa son fils avec une \u00e9motion profonde. Quelques semaines auparavant, Gabriel aurait probablement refus\u00e9 de participer \u00e0 cette soir\u00e9e. Maintenant, il avait trouv\u00e9 une mani\u00e8re personnelle de reconna\u00eetre son attachement sans chercher \u00e0 emp\u00eacher le changement.<\/p>\n<p>Lina lut la lettre plus tard dans sa chambre. Gabriel y racontait combien il avait d\u00e9test\u00e9 les adultes qui entraient dans leur maison en pr\u00e9tendant savoir ce qu&#39;il devait ressentir. Il se souvenait de leur premi\u00e8re conversation derri\u00e8re sa porte et de la fa\u00e7on dont elle avait accept\u00e9 son silence. Il expliquait aussi qu&#39;il avait longtemps cru devoir choisir entre aimer Claire et accepter une nouvelle pr\u00e9sence. La lettre retrouv\u00e9e lui avait appris le contraire. Il terminait en \u00e9crivant qu&#39;il avait encore peur des d\u00e9parts, mais qu&#39;il voulait essayer de faire confiance aux personnes qui lui disaient la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Lina resta longtemps assise avec la feuille entre les mains. Elle se souvenait du gar\u00e7on ferm\u00e9 qui refusait de retirer son casque lors de leur premi\u00e8re rencontre. Il lui avait fallu des semaines pour comprendre combien son silence cachait de responsabilit\u00e9s imaginaires et de chagrin. Aujourd&#39;hui, il parvenait \u00e0 exprimer ses sentiments sans les transformer en accusation. Elle savait que ce progr\u00e8s demeurait fragile. Pourtant, elle sentit qu&#39;elle pouvait partir le lendemain sans abandonner ce qu&#39;ils avaient construit. Leur relation n&#39;avait pas besoin d&#39;\u00eatre prouv\u00e9e par une pr\u00e9sence constante.<\/p>\n<p>Le matin du d\u00e9part, la maison s&#39;\u00e9veilla plus t\u00f4t que d&#39;habitude. Antoine pr\u00e9parait du caf\u00e9 pendant que Sophie v\u00e9rifiait les affaires scolaires. Manon avait pos\u00e9 la carte destin\u00e9e \u00e0 Lina pr\u00e8s de son sac. Les jumeaux se disput\u00e8rent bri\u00e8vement pour savoir lequel porterait sa valise jusqu&#39;\u00e0 la voiture. Louise resta pr\u00e8s de la porte, serrant sa poup\u00e9e contre elle. Gabriel descendit le dernier, une partition \u00e0 la main. Lina prit le temps de saluer chacun, sans transformer la s\u00e9paration en \u00e9v\u00e9nement dramatique. Elle expliqua une derni\u00e8re fois quand ils pourraient se parler et comment les nouvelles seraient transmises.<\/p>\n<p>Louise demanda si elle pouvait venir avec elle. Lina s&#39;agenouilla et lui r\u00e9pondit qu&#39;elle devait rester avec son p\u00e8re, ses fr\u00e8res et sa s\u0153ur. La petite baissa les yeux, puis lui tendit son papillon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Lina reconnut celui qu&#39;elles avaient fabriqu\u00e9 apr\u00e8s son retour de l&#39;h\u00f4pital. Elle proposa de le garder pendant sa formation et de le rapporter lorsqu&#39;elles se reverraient. Louise accepta. Hugo et Jules lui rappel\u00e8rent de ne pas perdre leur \u00e9toile en carton. Manon lui demanda de raconter ce qu&#39;elle apprendrait, dans la mesure o\u00f9 cela serait possible. Lina promit de partager quelques anecdotes adapt\u00e9es \u00e0 leur \u00e2ge.<\/p>\n<p>Gabriel attendit que les autres aient termin\u00e9. Il regarda Lina, puis lui demanda si elle avait lu sa lettre. Elle r\u00e9pondit que oui et qu&#39;elle la garderait pr\u00e9cieusement. Il sembla chercher quelque chose \u00e0 ajouter, mais aucun mot ne vint. Lina ouvrit doucement les bras. Gabriel s&#39;approcha et la serra contre lui. Elle sentit ses \u00e9paules trembler l\u00e9g\u00e8rement. \u00ab Tu vas me manquer \u00bb, murmura-t-il. Elle r\u00e9pondit qu&#39;il lui manquerait aussi. Puis elle lui rappela qu&#39;il pourrait continuer \u00e0 jouer du piano, \u00e0 voir ses amis et \u00e0 vivre ses journ\u00e9es m\u00eame lorsqu&#39;elle ne serait pas l\u00e0 pour les partager.<\/p>\n<p>Antoine conduisit Lina jusqu&#39;\u00e0 l&#39;\u00e9tablissement o\u00f9 commen\u00e7ait sa formation. Le trajet se d\u00e9roula dans un silence confortable, interrompu par quelques remarques sur les horaires et les documents n\u00e9cessaires. Lorsqu&#39;ils arriv\u00e8rent, il l&#39;aida \u00e0 sortir son sac du coffre. Lina observa le b\u00e2timent, ses grandes fen\u00eatres et les \u00e9tudiants qui entraient d\u00e9j\u00e0 dans le hall. Elle semblait \u00e0 la fois nerveuse et impatiente. Antoine lui demanda si elle se sentait pr\u00eate. Elle r\u00e9pondit qu&#39;elle ne savait pas exactement ce qui l&#39;attendait, mais qu&#39;elle avait travaill\u00e9 longtemps pour arriver jusque-l\u00e0.<\/p>\n<p>Il lui souhaita bonne chance et l&#39;embrassa doucement. Lina sourit, puis lui demanda de transmettre un message aux enfants : elle voulait qu&#39;ils profitent de leur journ\u00e9e au lieu de passer leur temps \u00e0 compter les heures avant son retour. Antoine promit de le faire. Elle prit son sac et se dirigea vers l&#39;entr\u00e9e. Il resta quelques secondes pr\u00e8s de la voiture, observant sa silhouette dispara\u00eetre parmi les autres \u00e9tudiants. Une inqui\u00e9tude famili\u00e8re remonta en lui. Pourtant, il ne chercha pas \u00e0 la rappeler. Il d\u00e9marra et prit la direction de son bureau, conscient que la confiance exigeait parfois de laisser quelqu&#39;un avancer sans le suivre.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re journ\u00e9e fut plus difficile qu&#39;Antoine ne l&#39;avait pr\u00e9vu. \u00c0 l&#39;\u00e9cole, Hugo avait oubli\u00e9 son cahier de math\u00e9matiques. Jules refusait de participer \u00e0 une activit\u00e9 parce qu&#39;il trouvait son groupe injuste. Manon demanda plusieurs fois si Lina avait envoy\u00e9 un message. Louise se mit \u00e0 pleurer lorsqu&#39;elle ne trouva pas son papillon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, oubliant qu&#39;elle l&#39;avait offert pour la formation. Sophie r\u00e9agit avec calme, mais Antoine dut intervenir \u00e0 plusieurs reprises. Il sentit monter en lui le vieux r\u00e9flexe de chercher une solution imm\u00e9diate. Il prit plut\u00f4t quelques minutes pour \u00e9couter chacun.<\/p>\n<p>Le soir, Gabriel resta silencieux pendant le d\u00eener. Antoine lui demanda comment s&#39;\u00e9tait pass\u00e9e sa journ\u00e9e. Le gar\u00e7on r\u00e9pondit qu&#39;elle avait \u00e9t\u00e9 longue. Il avait pens\u00e9 \u00e0 Lina en passant devant la biblioth\u00e8que et en voyant sa tasse habituelle dans le placard. Antoine reconnut qu&#39;il avait \u00e9prouv\u00e9 la m\u00eame sensation lorsqu&#39;il \u00e9tait rentr\u00e9 \u00e0 la maison. Ils parl\u00e8rent de ce manque sans chercher \u00e0 le supprimer. Puis Gabriel proposa d&#39;aller jouer du piano. Son p\u00e8re accepta. La musique remplit le salon pendant que les plus jeunes terminaient leurs devoirs, et la maison retrouva peu \u00e0 peu son calme.<\/p>\n<p>Lina appela apr\u00e8s le coucher de Louise. Les enfants avaient convenu de se r\u00e9unir quelques minutes autour du t\u00e9l\u00e9phone. Elle leur raconta qu&#39;elle avait rencontr\u00e9 plusieurs enseignants, d\u00e9couvert les salles de formation et commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec d&#39;autres \u00e9tudiants. Hugo demanda si elle avait d\u00e9j\u00e0 appris quelque chose d&#39;extraordinaire. Lina r\u00e9pondit qu&#39;elle avait surtout d\u00e9couvert combien il lui restait \u00e0 apprendre. Jules voulut savoir si les autres \u00e9tudiants \u00e9taient gentils. Manon demanda si elle avait bien mang\u00e9. Gabriel \u00e9coutait sans parler, mais un sourire discret apparut lorsqu&#39;elle lui demanda comment s&#39;\u00e9tait pass\u00e9e sa r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&#39;appel, Antoine accompagna les plus jeunes au lit. Louise r\u00e9clama son histoire habituelle. Il prit le livre que Lina lisait souvent et s&#39;installa pr\u00e8s d&#39;elle. Au d\u00e9but, la petite le corrigea lorsqu&#39;il changea l\u00e9g\u00e8rement la voix d&#39;un personnage. Antoine recommen\u00e7a en essayant de reproduire l&#39;intonation de Lina, mais Louise \u00e9clata de rire. Elle lui demanda finalement d&#39;inventer sa propre voix. Il s&#39;ex\u00e9cuta. Lorsqu&#39;il termina, elle posa sa t\u00eate contre son bras et lui dit qu&#39;elle avait aim\u00e9 l&#39;histoire. Antoine comprit qu&#39;il n&#39;avait pas besoin de reproduire exactement les gestes d&#39;une autre personne pour offrir \u00e0 sa fille un moment rassurant.<\/p>\n<p>Les jours suivants, la famille trouva progressivement un nouveau rythme. Sophie assurait les t\u00e2ches convenues, Antoine demeurait davantage pr\u00e9sent et les enfants apprenaient \u00e0 distinguer leurs v\u00e9ritables besoins des habitudes qui les rassuraient. Lina envoyait de courts messages lorsque son emploi du temps le permettait. Elle ne r\u00e9pondait pas toujours imm\u00e9diatement, mais les enfants savaient quand ils pourraient \u00e9changer avec elle. Gabriel semblait parfois contrari\u00e9 par l&#39;attente, sans retourner pour autant \u00e0 son ancien silence. Il \u00e9crivait des questions dans un carnet pour les lui poser plus tard, transformant son impatience en une activit\u00e9 concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Une semaine apr\u00e8s le d\u00e9but de la formation, Antoine re\u00e7ut un appel du professeur principal de Gabriel. Le gar\u00e7on avait quitt\u00e9 la salle de classe apr\u00e8s une remarque concernant sa m\u00e8re. L&#39;enseignant expliqua qu&#39;un camarade avait \u00e9voqu\u00e9 maladroitement la f\u00eate des parents organis\u00e9e par l&#39;\u00e9tablissement. Gabriel s&#39;\u00e9tait brusquement lev\u00e9, avait repouss\u00e9 sa chaise et refus\u00e9 de revenir avant plusieurs minutes. Antoine sentit son c\u0153ur se serrer. Il craignit que l&#39;absence de Lina ait provoqu\u00e9 une r\u00e9gression importante. Pourtant, lorsqu&#39;il rejoignit son fils apr\u00e8s les cours, il d\u00e9cida de ne pas interpr\u00e9ter imm\u00e9diatement l&#39;incident.<\/p>\n<p>Gabriel expliqua qu&#39;un autre \u00e9l\u00e8ve lui avait demand\u00e9 si Lina venait d\u00e9sormais aux \u00e9v\u00e9nements scolaires \u00e0 la place de sa m\u00e8re. La question n&#39;avait pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e pour le blesser, mais elle l&#39;avait boulevers\u00e9. Il n&#39;avait pas su r\u00e9pondre. Il avait eu l&#39;impression que l&#39;existence de Lina effa\u00e7ait Claire aux yeux des autres. Antoine l&#39;\u00e9couta longuement. Il lui rappela que personne ne pouvait d\u00e9cider de la place occup\u00e9e par sa m\u00e8re dans son c\u0153ur. Lina \u00e9tait une personne importante, mais elle ne rempla\u00e7ait pas Claire. Gabriel acquies\u00e7a, les yeux humides. Il demanda si son p\u00e8re pourrait venir lui-m\u00eame \u00e0 la prochaine r\u00e9union scolaire.<\/p>\n<p>Antoine r\u00e9pondit imm\u00e9diatement que oui. Cette demande lui parut simple, mais elle r\u00e9v\u00e9lait quelque chose d&#39;essentiel. Gabriel ne voulait pas qu&#39;une autre personne prenne automatiquement les responsabilit\u00e9s parentales. Il souhaitait que son p\u00e8re assume pleinement ce r\u00f4le. Antoine lui demanda s&#39;il voulait expliquer l&#39;incident \u00e0 Lina lors de leur prochain appel. Gabriel r\u00e9pondit qu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait d&#39;abord en parler avec la psychologue qui le suivait. Son p\u00e8re respecta cette d\u00e9cision. Il comprit que les enfants n&#39;avaient plus besoin que toute difficult\u00e9 passe par Lina. Ils construisaient peu \u00e0 peu plusieurs appuis.<\/p>\n<p>Le soir, Antoine informa Lina de l&#39;incident sans dramatiser. Elle lui demanda comment Gabriel avait r\u00e9agi apr\u00e8s leur conversation. Antoine expliqua qu&#39;il avait accept\u00e9 de parler \u00e0 la psychologue et qu&#39;il souhaitait sa pr\u00e9sence \u00e0 la r\u00e9union scolaire. Lina sembla soulag\u00e9e. Elle lui fit remarquer que cette demande constituait un signe encourageant : Gabriel cherchait une aide adapt\u00e9e au lieu de s&#39;enfermer compl\u00e8tement dans sa col\u00e8re. Antoine reconnut qu&#39;il avait d&#39;abord craint de ne pas savoir g\u00e9rer la situation sans elle. \u00ab Et pourtant, tu l&#39;as fait \u00bb, r\u00e9pondit Lina. Il sourit, comprenant qu&#39;elle avait raison.<\/p>\n<p>Le week-end suivant, Lina devait rentrer \u00e0 Saint-Cloud pour une journ\u00e9e. Les enfants pr\u00e9par\u00e8rent son retour avec enthousiasme, mais Antoine veilla \u00e0 ce que la maison conserve ses activit\u00e9s ordinaires. Il ne voulait pas que toute leur semaine semble suspendue \u00e0 cette visite. Gabriel continua sa r\u00e9p\u00e9tition de piano. Manon alla \u00e0 son cours de danse. Les jumeaux particip\u00e8rent \u00e0 une activit\u00e9 sportive. Louise accompagna son p\u00e8re au march\u00e9, o\u00f9 elle choisit des fleurs pour le salon. Cette organisation permit \u00e0 chacun de retrouver Lina avec joie, sans consid\u00e9rer les journ\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes comme un simple temps vide.<\/p>\n<p>Lorsqu&#39;elle arriva, Hugo et Jules se pr\u00e9cipit\u00e8rent vers elle avec leur \u00e9toile en carton, qu&#39;ils avaient d\u00e9cid\u00e9 de modifier. Manon lui montra les derni\u00e8res \u00e9tapes de sa chor\u00e9graphie. Louise r\u00e9clama son papillon, que Lina sortit imm\u00e9diatement de son sac. Gabriel attendit que le tumulte se calme avant de lui proposer de l&#39;\u00e9couter jouer. La jeune femme fut frapp\u00e9e par les changements accomplis en une semaine. Les enfants lui avaient beaucoup manqu\u00e9, mais ils n&#39;\u00e9taient pas rest\u00e9s immobiles. Ils avaient continu\u00e9 \u00e0 grandir, \u00e0 se tromper et \u00e0 r\u00e9soudre certaines difficult\u00e9s sans sa pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>En fin d&#39;apr\u00e8s-midi, Gabriel joua la partition destin\u00e9e \u00e0 Claire. Il n&#39;en ma\u00eetrisait pas encore toutes les mesures, mais son interpr\u00e9tation avait gagn\u00e9 en assurance. Lina l&#39;\u00e9couta avec attention, puis lui demanda comment il s&#39;\u00e9tait senti pendant les passages difficiles. Gabriel r\u00e9pondit qu&#39;il avait parfois eu envie d&#39;abandonner, mais qu&#39;il avait continu\u00e9 parce qu&#39;il souhaitait terminer le morceau. Antoine, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#39;eux, reconnut dans ces mots une transformation profonde. Son fils ne cherchait plus \u00e0 \u00e9viter toute possibilit\u00e9 d&#39;erreur. Il acceptait qu&#39;un travail important puisse demander du temps et des efforts.<\/p>\n<p>Le soir, lorsque les enfants furent couch\u00e9s, Antoine accompagna Lina jusqu&#39;\u00e0 la terrasse. Elle devait repartir t\u00f4t le lendemain pour poursuivre sa formation. Ils parl\u00e8rent de leurs journ\u00e9es s\u00e9par\u00e9es, des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es et des progr\u00e8s observ\u00e9s. Lina lui confia qu&#39;elle se sentait parfois \u00e9puis\u00e9e par l&#39;intensit\u00e9 des enseignements, mais profond\u00e9ment heureuse d&#39;\u00eatre \u00e0 sa place. Antoine lui raconta ses maladresses en cuisine et ses conversations avec Gabriel. Ils rirent ensemble. Pour la premi\u00e8re fois, leur relation semblait se construire autour de deux vies qui avan\u00e7aient r\u00e9ellement, plut\u00f4t qu&#39;autour d&#39;une seule maison.<\/p>\n<p>Lina lui demanda s&#39;il regrettait parfois leur ancienne organisation. Antoine r\u00e9fl\u00e9chit avant de r\u00e9pondre. Il regrettait les moments o\u00f9 ils pouvaient parler sans regarder l&#39;heure, mais il ne souhaitait pas revenir \u00e0 une situation o\u00f9 elle portait une part excessive des responsabilit\u00e9s familiales. Il comprenait maintenant que son propre engagement aupr\u00e8s des enfants devait \u00eatre durable. Lina posa sa main sur la sienne. Elle lui dit qu&#39;elle avait longtemps craint de devoir choisir entre son avenir et les personnes qu&#39;elle aimait. Elle commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9couvrir qu&#39;un choix pouvait \u00eatre exigeant sans n\u00e9cessairement d\u00e9truire l&#39;autre possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Au moment de se s\u00e9parer, Antoine remarqua que la lumi\u00e8re de la chambre de Gabriel \u00e9tait encore allum\u00e9e. Il monta frapper doucement. Son fils \u00e9tait assis devant une feuille sur laquelle il avait \u00e9crit quelques mesures de musique. Il expliqua qu&#39;il souhaitait composer une courte m\u00e9lodie pour accompagner le prochain spectacle de Manon. Antoine lui demanda s&#39;il avait besoin d&#39;aide. Gabriel r\u00e9pondit qu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait essayer seul pour le moment. Puis il leva les yeux vers son p\u00e8re. \u00ab Cette semaine, j&#39;ai eu peur que Lina ne revienne pas \u00bb, avoua-t-il. \u00ab Mais elle est revenue, et nous avons fait plein de choses pendant son absence. \u00bb<\/p>\n<p>Antoine s&#39;assit pr\u00e8s de lui. Gabriel ajouta qu&#39;il ne savait pas si cette peur dispara\u00eetrait un jour compl\u00e8tement. Son p\u00e8re r\u00e9pondit qu&#39;elle pourrait diminuer avec le temps, surtout s&#39;il continuait \u00e0 trouver des personnes \u00e0 qui en parler. Le gar\u00e7on acquies\u00e7a. Puis il posa une question qu&#39;Antoine n&#39;attendait pas : \u00ab Quand maman est morte, tu croyais qu&#39;on ne pourrait plus jamais \u00eatre heureux ? \u00bb Antoine resta silencieux un instant. Il reconnut que oui, certains jours. Gabriel regarda la feuille de musique devant lui. \u00ab Moi aussi \u00bb, murmura-t-il. Puis il ajouta qu&#39;il commen\u00e7ait \u00e0 penser qu&#39;ils s&#39;\u00e9taient peut-\u00eatre tromp\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0, Antoine descendit dans le salon apr\u00e8s avoir souhait\u00e9 bonne nuit \u00e0 son fils. La photographie de Claire reposait pr\u00e8s du piano, entour\u00e9e du papillon de Louise et de la petite voiture des jumeaux. Il l&#39;observa longtemps. La maison ne ressemblait plus \u00e0 celle qu&#39;il avait connue avant sa mort. Les enfants avaient grandi, Lina poursuivait ses \u00e9tudes et de nouvelles habitudes s&#39;installaient. Pourtant, il sentit que Claire demeurait pr\u00e9sente dans leurs souvenirs, leurs gestes et leurs conversations. Il comprit qu&#39;il n&#39;avait plus besoin de retenir le temps pour rester fid\u00e8le \u00e0 elle. Il devait seulement continuer \u00e0 \u00eatre l\u00e0, chaque jour, aupr\u00e8s de ceux qu&#39;elle avait tant aim\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8140\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Une invitation inattendue ram\u00e8ne les Delcourt devant le regard des autres, tandis que Lina doit d\u00e9fendre la place qu&#8217;elle construit sans renier ses origines<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 six heures trente, Antoine trouva Gabriel assis dans la cuisine, le calendrier familial ouvert devant lui. 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