{"id":8137,"date":"2026-10-21T10:52:06","date_gmt":"2026-10-21T10:52:06","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8137"},"modified":"2026-10-21T10:52:06","modified_gmt":"2026-10-21T10:52:06","slug":"partie-7-quand-antoine-accompagne-lina-sur-la-tombe-de-sami-une-verite-longtemps-enfouie-les-oblige-a-regarder-autrement-leur-amour-et-leurs-blessures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8137","title":{"rendered":"PARTIE 7 \u2013 Quand Antoine accompagne Lina sur la tombe de Sami, une v\u00e9rit\u00e9 longtemps enfouie les oblige \u00e0 regarder autrement leur amour et leurs blessures"},"content":{"rendered":"<p>Antoine ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement \u00e0 Gabriel. La question avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e d\u2019une voix calme, mais elle touchait exactement ce qu\u2019il essayait encore de comprendre. Devant le piano ferm\u00e9, son fils attendait sans impatience. Antoine s\u2019assit pr\u00e8s de lui et posa les mains sur ses genoux. \u00ab Non, dit-il enfin. Je ne lui demanderai pas de renoncer \u00e0 ce qu\u2019elle veut devenir pour me rassurer. \u00bb Gabriel sembla soulag\u00e9, mais il continua de le regarder. Son p\u00e8re ajouta que les relations \u00e9taient parfois compliqu\u00e9es, et que deux personnes pouvaient s\u2019aimer tout en ayant besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re de construire leur vie ensemble.<\/p>\n<p>Gabriel demanda si son p\u00e8re \u00e9tait certain que Lina l\u2019aimait. Antoine eut un sourire triste. Il r\u00e9pondit qu\u2019il ne le savait pas encore. Elle lui avait demand\u00e9 du temps, et il avait d\u00e9cid\u00e9 de respecter cette demande. Le gar\u00e7on contempla les touches blanches du piano. \u00ab Maman disait qu\u2019on ne pouvait pas forcer les gens \u00e0 \u00eatre heureux \u00bb, murmura-t-il. Antoine se souvenait de cette phrase. Claire l\u2019avait prononc\u00e9e plusieurs fois lorsqu\u2019il essayait d\u2019organiser les vacances jusque dans leurs moindres d\u00e9tails. Elle se moquait gentiment de son besoin de tout pr\u00e9voir. Cette nuit-l\u00e0, le souvenir lui fit comprendre combien il avait encore tendance \u00e0 confondre protection et contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Le lendemain, Antoine modifia une d\u00e9cision professionnelle importante. Il avait pr\u00e9vu d\u2019assister \u00e0 une s\u00e9rie de r\u00e9unions qui devaient le retenir presque toute la semaine \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il demanda \u00e0 ses associ\u00e9s de r\u00e9partir certains rendez-vous et de pr\u00e9voir une participation \u00e0 distance pour ceux qui exigeaient sa pr\u00e9sence. Il ne cherchait pas \u00e0 abandonner son entreprise. Il reconnaissait simplement qu\u2019il ne pouvait plus laisser sa vie familiale d\u00e9pendre des rares heures qui demeuraient libres apr\u00e8s le travail. Son assistante fut surprise, puis l\u2019aida \u00e0 r\u00e9organiser son agenda. Antoine d\u00e9couvrit qu\u2019une partie des obligations qu\u2019il croyait indispensables pouvait \u00eatre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e sans difficult\u00e9 majeure.<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Cloud, cette nouvelle disponibilit\u00e9 modifia rapidement les habitudes. Antoine accompagna les jumeaux \u00e0 une activit\u00e9 sportive, participa \u00e0 une r\u00e9union scolaire et passa un apr\u00e8s-midi entier avec Manon pour pr\u00e9parer les accessoires de son spectacle. Il emmena aussi Louise \u00e0 un rendez-vous de contr\u00f4le m\u00e9dical. La fillette avait presque enti\u00e8rement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de sa pneumonie, mais les m\u00e9decins recommandaient encore de surveiller sa fatigue et de respecter les consignes de convalescence. Dans la salle d\u2019attente, elle demanda \u00e0 son p\u00e8re pourquoi il ne travaillait pas. Antoine r\u00e9pondit qu\u2019il travaillait toujours, mais qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9 de mieux organiser ses journ\u00e9es pour passer davantage de temps avec eux.<\/p>\n<p>Louise sembla r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette r\u00e9ponse. Elle lui demanda s\u2019il pourrait \u00e9galement venir la chercher \u00e0 l\u2019\u00e9cole lorsqu\u2019elle reprendrait ses activit\u00e9s habituelles. Il promit d\u2019essayer de le faire r\u00e9guli\u00e8rement, sans lui assurer que ce serait possible chaque jour. La petite accepta cette nuance avec une simplicit\u00e9 qui le surprit. Sur le chemin du retour, elle lui raconta une histoire confuse dans laquelle une poup\u00e9e malade retrouvait son jardin apr\u00e8s un long voyage. Antoine l\u2019\u00e9couta jusqu\u2019au bout, posant parfois une question pour comprendre les personnages. Il se souvint de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ses conversations avec Louise se limitaient \u00e0 lui demander si elle avait mang\u00e9 ou dormi.<\/p>\n<p>Lina, pendant ce temps, pr\u00e9parait sa rencontre avec l\u2019enseignante responsable du groupe de recherche. Elle avait relu plusieurs publications universitaires et pr\u00e9par\u00e9 des questions sur la formation propos\u00e9e. Elle savait qu\u2019elle ne devait pas pr\u00e9senter ses exp\u00e9riences personnelles comme des preuves scientifiques. La mort de Sami avait nourri son int\u00e9r\u00eat pour le deuil, mais son futur m\u00e9tier exigerait des connaissances, une pratique encadr\u00e9e et une r\u00e9flexion constante sur ses limites. Cette exigence lui plaisait. Elle n\u2019avait jamais souhait\u00e9 devenir la personne qui pr\u00e9tendait comprendre imm\u00e9diatement tous les enfants. Elle voulait apprendre \u00e0 les \u00e9couter sans imposer ses propres r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>La rencontre eut lieu dans un bureau lumineux donnant sur une cour int\u00e9rieure de l\u2019universit\u00e9. L\u2019enseignante, Madame Moreau, parcourut son projet en lui posant des questions pr\u00e9cises. Elle s\u2019int\u00e9ressa particuli\u00e8rement \u00e0 sa r\u00e9flexion sur la diff\u00e9rence entre accompagner un enfant et vouloir r\u00e9parer sa souffrance. Lina expliqua qu\u2019elle avait longtemps cru qu\u2019une pr\u00e9sence attentive pouvait suffire \u00e0 apaiser toutes les blessures. Ses \u00e9tudes lui avaient appris que l\u2019accompagnement n\u00e9cessitait aussi de reconna\u00eetre les situations o\u00f9 une intervention sp\u00e9cialis\u00e9e \u00e9tait indispensable. Madame Moreau approuva cette distinction. Elle lui rappela que l\u2019empathie \u00e9tait une qualit\u00e9 pr\u00e9cieuse, mais qu\u2019elle devait toujours s\u2019accompagner de rigueur.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019entretien, l\u2019enseignante confirma que son dossier pr\u00e9sentait un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat. Elle ne pouvait pas garantir son admission, mais elle l\u2019encourageait vivement \u00e0 poursuivre la s\u00e9lection. Elle pr\u00e9cisa que le programme comporterait des stages exigeants, des travaux supervis\u00e9s et des p\u00e9riodes pendant lesquelles Lina devrait donner la priorit\u00e9 \u00e0 sa formation. \u00ab Vous avez d\u00e9j\u00e0 appris \u00e0 travailler beaucoup, lui dit-elle. Maintenant, il faudra apprendre \u00e0 ne pas vous disperser. \u00bb Lina sentit que cette remarque s\u2019adressait exactement \u00e0 sa situation. Elle remercia l\u2019enseignante et quitta le bureau avec un m\u00e9lange de confiance et de vertige.<\/p>\n<p>En sortant de l\u2019universit\u00e9, elle consulta son t\u00e9l\u00e9phone. Antoine lui avait envoy\u00e9 un message pour lui souhaiter bonne chance. Il ajoutait que Louise avait termin\u00e9 son rendez-vous m\u00e9dical et que les nouvelles \u00e9taient rassurantes. Lina sourit. Elle appr\u00e9ciait qu\u2019il ne lui demande pas imm\u00e9diatement si la rencontre \u00e9tait r\u00e9ussie ou si elle savait d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 elle serait dans quelques mois. Elle lui r\u00e9pondit bri\u00e8vement que l\u2019entretien s\u2019\u00e9tait bien pass\u00e9 et qu\u2019elle lui raconterait les d\u00e9tails le soir. Puis elle resta quelques minutes assise sur un banc, observant les \u00e9tudiants passer devant elle. Elle se sentait plus proche de son r\u00eave qu\u2019elle ne l\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le vendredi suivant, Antoine accompagna Lina au cimeti\u00e8re o\u00f9 reposait Sami. Ils avaient choisi cette journ\u00e9e parce que les enfants seraient \u00e0 l\u2019\u00e9cole et que Lina disposait de quelques heures avant ses r\u00e9visions. Elle avait refus\u00e9 qu\u2019il lui ach\u00e8te des fleurs co\u00fbteuses. Ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent chez un petit fleuriste et choisirent ensemble un bouquet modeste de fleurs blanches et bleues. Lina expliqua que Sami aimait le bleu, mais d\u00e9testait les bouquets trop soigneusement compos\u00e9s. Il pr\u00e9f\u00e9rait les fleurs qu\u2019il trouvait dans les jardins. Antoine sourit en l\u2019\u00e9coutant d\u00e9crire ce petit gar\u00e7on qu\u2019il ne conna\u00eetrait jamais.<\/p>\n<p>Le trajet se d\u00e9roula presque enti\u00e8rement en silence. Lina gardait le bouquet sur ses genoux. \u00c0 plusieurs reprises, elle sembla vouloir parler, puis renon\u00e7a. Antoine ne chercha pas \u00e0 remplir les pauses. Il connaissait d\u00e9sormais cette h\u00e9sitation qui pr\u00e9c\u00e8de certains souvenirs douloureux. Lorsqu\u2019ils arriv\u00e8rent devant le cimeti\u00e8re, Lina demanda quelques minutes avant d\u2019entrer. Elle resta pr\u00e8s de la voiture, observant les arbres qui bordaient l\u2019all\u00e9e. L\u2019air \u00e9tait frais, et une l\u00e9g\u00e8re odeur de terre humide montait des plates-bandes. Elle finit par prendre une inspiration profonde et invita Antoine \u00e0 la suivre.<\/p>\n<p>La tombe de Sami se trouvait dans une partie paisible du cimeti\u00e8re, pr\u00e8s d\u2019un petit mur couvert de lierre. Sur la pierre claire, son pr\u00e9nom \u00e9tait grav\u00e9 au-dessus des dates qui r\u00e9sumaient une vie trop courte. Lina s\u2019agenouilla et d\u00e9posa les fleurs. Elle passa doucement la main sur les lettres. Pendant quelques instants, Antoine resta \u00e0 distance pour lui laisser de l\u2019intimit\u00e9. Il regarda les petits objets plac\u00e9s pr\u00e8s de la tombe : une figurine de football, un galet bleu et une photographie prot\u00e9g\u00e9e dans un cadre. Sami y apparaissait avec un sourire immense, un ballon serr\u00e9 contre lui.<\/p>\n<p>Lina lui demanda de s\u2019approcher. Elle prit la photographie et la lui montra. \u00ab Il avait toujours les genoux \u00e9corch\u00e9s \u00bb, murmura-t-elle. Elle raconta que son fr\u00e8re courait partout, inventait des r\u00e8gles absurdes pour ses jeux et consid\u00e9rait chaque apr\u00e8s-midi comme une aventure. Il aimait les histoires de pirates, les g\u00e2teaux au citron et les chiens qu\u2019il rencontrait dans la rue. Il avait peur des orages, mais refusait de l\u2019admettre. Antoine l\u2019\u00e9couta avec attention. Il remarqua qu\u2019elle souriait parfois en parlant de lui, avant que ses yeux ne se remplissent de larmes. Il comprenait maintenant pourquoi elle avait insist\u00e9 pour raconter des souvenirs heureux plut\u00f4t que de limiter Sami \u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un long silence, Lina \u00e9voqua l\u2019accident. Sami avait \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 par une voiture alors qu\u2019il traversait une rue pr\u00e8s de leur quartier. Ce jour-l\u00e0, elle devait l\u2019accompagner \u00e0 une activit\u00e9, mais un changement de programme avait conduit leur p\u00e8re \u00e0 venir le chercher plus tard. Les circonstances de l\u2019accident avaient fait l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate, et la famille avait obtenu des r\u00e9ponses sur ce qui s\u2019\u00e9tait produit. Pourtant, Lina \u00e9tait rest\u00e9e persuad\u00e9e pendant des ann\u00e9es qu\u2019elle aurait pu emp\u00eacher la trag\u00e9die en organisant autrement son apr\u00e8s-midi. Elle savait aujourd\u2019hui que cette culpabilit\u00e9 ne reposait pas sur une responsabilit\u00e9 r\u00e9elle, mais elle en ressentait encore parfois la force.<\/p>\n<p>Antoine lui demanda si elle en avait parl\u00e9 avec ses parents. Elle r\u00e9pondit qu\u2019ils avaient eux-m\u00eames travers\u00e9 une douleur si profonde qu\u2019elle avait longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 leur confier la sienne. Sa m\u00e8re avait cess\u00e9 de rire pendant plusieurs mois. Son p\u00e8re travaillait davantage et rentrait tard, incapable de supporter le silence de l\u2019appartement. Lina avait essay\u00e9 de devenir la fille parfaite, celle qui ne se plaignait pas et n\u2019ajoutait pas de difficult\u00e9s. Elle avait obtenu de bons r\u00e9sultats scolaires, trouv\u00e9 ses premiers emplois et appris \u00e0 accomplir seule une grande partie des t\u00e2ches quotidiennes. Pourtant, elle se sentait souvent terriblement isol\u00e9e.<\/p>\n<p>Antoine reconnut dans ce r\u00e9cit certains comportements de Manon et de Gabriel. Lina acquies\u00e7a. Elle lui expliqua que cette ressemblance l\u2019avait touch\u00e9e d\u00e8s leur premi\u00e8re rencontre, mais qu\u2019elle devait rester prudente. Les enfants Delcourt poss\u00e9daient leur propre histoire. Elle ne pouvait pas supposer qu\u2019ils ressentaient exactement ce qu\u2019elle avait v\u00e9cu. \u00ab C\u2019est peut-\u00eatre ce que j\u2019ai compris le plus tard \u00bb, dit-elle. \u00ab Le deuil ne nous rend pas tous identiques. Il nous oblige seulement \u00e0 chercher comment continuer sans ceux qui nous manquent. \u00bb Antoine regarda la photographie de Sami et sentit une affection profonde pour cette jeune femme qui parlait de sa douleur sans chercher \u00e0 en faire une v\u00e9rit\u00e9 universelle.<\/p>\n<p>Lina resta longtemps pr\u00e8s de la tombe. Puis elle sortit de son sac une petite enveloppe contenant une lettre qu\u2019elle avait \u00e9crite \u00e0 son fr\u00e8re. Elle expliqua qu\u2019elle avait commenc\u00e9 \u00e0 lui \u00e9crire plusieurs ann\u00e9es auparavant, mais qu\u2019elle n\u2019avait jamais termin\u00e9 le texte. Cette semaine, elle avait trouv\u00e9 les mots qui lui manquaient. Antoine lui demanda si elle souhaitait la lire seule. Elle r\u00e9pondit qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait qu\u2019il reste. Sa voix trembla lorsqu\u2019elle commen\u00e7a. Elle racontait \u00e0 Sami combien elle avait grandi, combien certaines journ\u00e9es restaient difficiles et combien elle aurait aim\u00e9 qu\u2019il connaisse les enfants aupr\u00e8s desquels elle travaillait maintenant.<\/p>\n<p>Elle lui parlait aussi de ses \u00e9tudes. Elle avait choisi de consacrer sa vie professionnelle \u00e0 aider ceux qui traversaient des exp\u00e9riences douloureuses, mais elle comprenait enfin que sa r\u00e9ussite ne r\u00e9parerait pas l\u2019accident. Elle n\u2019avait pas besoin de transformer chaque minute de son existence en preuve qu\u2019elle m\u00e9ritait d\u2019avoir surv\u00e9cu. Elle pouvait travailler, aimer, se reposer et conna\u00eetre des moments heureux sans manquer de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re. Lorsqu\u2019elle arriva aux derni\u00e8res lignes, sa voix se brisa. Elle replia la lettre et resta immobile, les yeux ferm\u00e9s. Antoine posa doucement sa main sur son \u00e9paule.<\/p>\n<p>Lina se tourna vers lui. Elle lui avoua qu\u2019elle avait peur de s\u2019attacher davantage aux Delcourt parce qu\u2019elle connaissait d\u00e9j\u00e0 la douleur de perdre quelqu\u2019un. Elle aimait les enfants, mais elle redoutait parfois qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement impr\u00e9visible les lui enl\u00e8ve. L\u2019hospitalisation de Louise avait r\u00e9veill\u00e9 cette inqui\u00e9tude avec une brutalit\u00e9 qu\u2019elle n\u2019avait pas anticip\u00e9e. Antoine lui r\u00e9pondit qu\u2019il \u00e9prouvait une peur semblable depuis la mort de Claire. Pendant des mois, il avait tent\u00e9 de contr\u00f4ler chaque d\u00e9tail de la vie familiale, croyant ainsi emp\u00eacher une nouvelle catastrophe. Il commen\u00e7ait seulement \u00e0 comprendre que cette vigilance permanente ne pouvait pas supprimer l\u2019incertitude.<\/p>\n<p>Ils parl\u00e8rent longtemps de cette peur commune. Antoine lui raconta qu\u2019il avait h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 laisser Louise retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole apr\u00e8s sa maladie, m\u00eame lorsque les m\u00e9decins l\u2019y autoriseraient. Lina reconnut qu\u2019elle avait elle aussi ressenti l\u2019envie de surveiller la petite \u00e0 chaque instant. Ils comprirent qu\u2019ils devaient distinguer les pr\u00e9cautions raisonnables de l\u2019angoisse h\u00e9rit\u00e9e de leurs deuils. Cette conversation ne les d\u00e9livra pas de leurs inqui\u00e9tudes, mais elle leur permit de les reconna\u00eetre sans honte. Antoine d\u00e9couvrit qu\u2019il pouvait parler \u00e0 Lina de Claire sans craindre qu\u2019elle se sente exclue. Lina pouvait \u00e9voquer Sami sans avoir l\u2019impression de lui imposer un poids.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019ils quitt\u00e8rent le cimeti\u00e8re, le soleil avait commenc\u00e9 \u00e0 descendre. Lina s\u2019arr\u00eata pr\u00e8s du portail et se tourna une derni\u00e8re fois vers l\u2019all\u00e9e. Antoine attendit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle. Elle lui dit qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas venue chercher une r\u00e9ponse d\u00e9finitive \u00e0 leurs questions. Elle avait seulement besoin de cesser d\u2019\u00e9viter certains souvenirs. Antoine r\u00e9pondit qu\u2019il comprenait. Puis il lui demanda si elle accepterait de d\u00eener avec lui un soir, en dehors de la maison, lorsqu\u2019elle aurait termin\u00e9 ses examens. Il pr\u00e9cisa qu\u2019il souhaitait l\u2019inviter comme un homme d\u00e9sireux de mieux la conna\u00eetre, pas comme son employeur.<\/p>\n<p>Lina r\u00e9fl\u00e9chit avant de r\u00e9pondre. Elle savait que cette proposition marquait une \u00e9tape importante. Ils avaient d\u00e9j\u00e0 partag\u00e9 des confidences intimes, mais presque toujours dans le cadre de la famille Delcourt. Un d\u00eener \u00e0 deux les obligerait \u00e0 se d\u00e9couvrir autrement, sans la pr\u00e9sence des enfants. Elle accepta finalement, \u00e0 condition qu\u2019ils prennent auparavant les dispositions n\u00e9cessaires pour clarifier sa situation professionnelle. Antoine approuva. Il ne cherchait plus \u00e0 pr\u00e9cipiter leur relation. Il voulait qu\u2019elle puisse choisir librement. Lina lui adressa un sourire qui contenait davantage qu\u2019un simple accord.<\/p>\n<p>Sur le trajet du retour, ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent dans une petite boulangerie pour acheter le go\u00fbter des enfants. Lina choisit des p\u00e2tisseries au citron en souvenir de Sami. Antoine en prit \u00e9galement quelques-unes pour les jumeaux, convaincu qu\u2019ils appr\u00e9cieraient cette nouveaut\u00e9. Dans la voiture, ils discut\u00e8rent de choses ordinaires : les examens, les prochaines vacances scolaires, les activit\u00e9s de Manon et les progr\u00e8s de Gabriel au piano. Cette simplicit\u00e9 leur parut presque \u00e9trange apr\u00e8s l\u2019\u00e9motion du cimeti\u00e8re. Pourtant, elle leur faisait du bien. Ils d\u00e9couvraient qu\u2019une relation pouvait contenir des conversations graves sans \u00eatre enti\u00e8rement d\u00e9finie par elles.<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Cloud, les enfants les accueillirent avec enthousiasme. Hugo et Jules se pr\u00e9cipit\u00e8rent sur les p\u00e2tisseries, tandis que Louise demanda pourquoi certaines avaient une forme diff\u00e9rente. Lina leur expliqua qu\u2019elles lui rappelaient son petit fr\u00e8re. Manon voulut en savoir davantage sur Sami. Lina raconta quelques souvenirs adapt\u00e9s \u00e0 leur \u00e2ge, notamment son go\u00fbt pour les jeux et les histoires de pirates. Les enfants \u00e9cout\u00e8rent avec attention. Gabriel demanda si elle \u00e9tait all\u00e9e le voir au cimeti\u00e8re. Elle acquies\u00e7a. Il lui r\u00e9pondit qu\u2019il trouvait cela bien, puis ajouta qu\u2019il aimerait peut-\u00eatre retourner bient\u00f4t sur la tombe de Claire avec son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Antoine accepta imm\u00e9diatement cette id\u00e9e. Il comprit que Gabriel avait besoin de construire un lien avec le souvenir de sa m\u00e8re qui ne soit pas limit\u00e9 \u00e0 la lettre et au piano. Manon demanda si elle pourrait venir aussi. Les jumeaux voulurent savoir s\u2019ils pourraient apporter des fleurs choisies par eux-m\u00eames. Louise serra sa poup\u00e9e contre elle sans parler. Antoine leur proposa d\u2019organiser cette visite lorsqu\u2019ils se sentiraient pr\u00eats, en respectant le rythme de chacun. Lina observa la mani\u00e8re dont il r\u00e9pondait d\u00e9sormais aux demandes de ses enfants. Il ne cherchait plus \u00e0 \u00e9viter les sujets difficiles. Il leur permettait de prendre une place dans leurs propres souvenirs.<\/p>\n<p>Le soir, apr\u00e8s le coucher des plus jeunes, Antoine retrouva Gabriel devant le piano. Le gar\u00e7on r\u00e9p\u00e9tait un passage de la m\u00e9lodie que Claire jouait autrefois. Il avait encore du mal avec certaines transitions, mais il pers\u00e9v\u00e9rait. Antoine s\u2019assit pr\u00e8s de lui sans intervenir. Apr\u00e8s quelques minutes, Gabriel s\u2019arr\u00eata et demanda si Lina avait aim\u00e9 retrouver la tombe de son fr\u00e8re. Son p\u00e8re r\u00e9pondit que la visite avait \u00e9t\u00e9 importante pour elle. Gabriel observa ses mains pos\u00e9es sur les touches. Puis il avoua qu\u2019il avait parfois peur de retourner au cimeti\u00e8re parce qu\u2019il craignait de ne pas ressentir ce qu\u2019il devrait ressentir.<\/p>\n<p>Antoine lui expliqua qu\u2019il n\u2019existait pas de mani\u00e8re obligatoire de se souvenir de quelqu\u2019un. Il pouvait pleurer, rester silencieux, \u00e9prouver de la col\u00e8re ou m\u00eame penser \u00e0 autre chose pendant quelques minutes. Aucun de ces sentiments ne diminuait son amour pour Claire. Gabriel sembla r\u00e9fl\u00e9chir longuement. Puis il demanda si son p\u00e8re avait encore envie de pleurer lorsqu\u2019il pensait \u00e0 elle. Antoine r\u00e9pondit que oui, certains jours. Mais il lui raconta aussi qu\u2019il lui arrivait maintenant de sourire en repensant \u00e0 ses chansons maladroites ou \u00e0 leurs premi\u00e8res rencontres. Le gar\u00e7on posa doucement sa t\u00eate contre l\u2019\u00e9paule de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, Lina passa ses premi\u00e8res \u00e9preuves universitaires. Antoine avait organis\u00e9 la semaine pour qu\u2019elle puisse se concentrer sur ses r\u00e9visions. Les enfants avaient pr\u00e9par\u00e9 un calendrier sur lequel ils collaient une petite \u00e9toile apr\u00e8s chaque examen. Manon refusait que les jumeaux choisissent des couleurs diff\u00e9rentes de celles pr\u00e9vues, ce qui provoqua quelques discussions amus\u00e9es. Louise dessinait des papillons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des dates. Gabriel avait inscrit en haut du tableau : \u00ab Courage, Lina. \u00bb Elle d\u00e9couvrit le message un matin avant de partir et resta quelques secondes devant la feuille, \u00e9mue par cette attention collective.<\/p>\n<p>Les examens furent exigeants. Certaines questions lui parurent famili\u00e8res, d\u2019autres demand\u00e8rent un effort consid\u00e9rable. Lina ressortait chaque jour \u00e9puis\u00e9e, mais soulag\u00e9e d\u2019avoir pu travailler s\u00e9rieusement. Elle ne cherchait plus \u00e0 accomplir toutes les t\u00e2ches de la maison pendant ses soir\u00e9es. Antoine avait pris l\u2019habitude de pr\u00e9parer le d\u00eener plusieurs fois par semaine, parfois avec des r\u00e9sultats discutables. Les jumeaux plaisantaient sur ses p\u00e2tes trop cuites. Manon lui expliquait comment mesurer les ingr\u00e9dients. Louise r\u00e9clamait r\u00e9guli\u00e8rement les papillons de fruits. Ces imperfections donnaient \u00e0 la maison un caract\u00e8re vivant qu\u2019elle avait longtemps perdu.<\/p>\n<p>Le dernier jour des examens, Lina sortit de l\u2019universit\u00e9 avec une sensation \u00e9trange. Pendant des semaines, elle avait concentr\u00e9 son \u00e9nergie sur cette \u00e9ch\u00e9ance. Maintenant, il ne restait qu\u2019\u00e0 attendre les r\u00e9sultats et la d\u00e9cision du programme. Elle s\u2019assit sur les marches du b\u00e2timent et appela Antoine. Il d\u00e9crocha presque imm\u00e9diatement. Elle lui annon\u00e7a qu\u2019elle avait termin\u00e9. Il la f\u00e9licita, puis lui demanda comment elle se sentait. \u00ab \u00c9puis\u00e9e, r\u00e9pondit-elle. Et terriblement heureuse. \u00bb Antoine rit doucement. Il lui proposa de rentrer se reposer avant le d\u00eener. Elle accepta, reconnaissante de ne pas devoir se pr\u00e9cipiter vers un autre emploi.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle arriva \u00e0 Saint-Cloud, elle d\u00e9couvrit une petite f\u00eate improvis\u00e9e dans le salon. Les enfants avaient pr\u00e9par\u00e9 des dessins, une banderole et un g\u00e2teau au chocolat. Antoine avait tent\u00e9 de d\u00e9corer la table avec des fleurs du jardin, mais Louise avait insist\u00e9 pour ajouter plusieurs poup\u00e9es autour du plat. Hugo et Jules portaient des chapeaux fabriqu\u00e9s en papier. Manon avait pr\u00e9par\u00e9 un nouveau morceau de danse, tandis que Gabriel attendait devant le piano. Lina resta sur le seuil, incapable de parler. Elle n\u2019avait pas imagin\u00e9 que la fin de ses examens puisse devenir un \u00e9v\u00e9nement aussi important pour eux.<\/p>\n<p>Gabriel commen\u00e7a \u00e0 jouer la m\u00e9lodie qu\u2019il r\u00e9p\u00e9tait depuis plusieurs semaines. Les premi\u00e8res notes furent h\u00e9sitantes, puis sa confiance grandit. Antoine resta pr\u00e8s de lui, attentif mais sans intervenir. Lina reconnut le morceau que Claire aimait jouer. Elle comprit pourquoi Gabriel avait tenu \u00e0 le pr\u00e9parer. Lorsqu\u2019il termina, il se tourna vers elle avec une expression presque timide. \u00ab C\u2019est pour te remercier de m\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 recommencer \u00bb, dit-il. Lina sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle s\u2019approcha, mais attendit qu\u2019il ouvre lui-m\u00eame les bras avant de le serrer contre elle.<\/p>\n<p>La soir\u00e9e se d\u00e9roula dans une joie simple. Les jumeaux racont\u00e8rent plusieurs histoires absurdes, Manon pr\u00e9senta quelques mouvements de danse et Louise r\u00e9clama une deuxi\u00e8me part de g\u00e2teau que son p\u00e8re n\u00e9gocia avec douceur. Lina se sentit entour\u00e9e d\u2019une affection qu\u2019elle n\u2019avait pas pr\u00e9vue lorsqu\u2019elle avait r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019annonce affich\u00e9e dans les bureaux d\u2019Antoine. Elle repensa aux quinze nounous parties avant elle, \u00e0 la peinture sur les murs et aux silences des enfants. Elle ne croyait pas avoir accompli un miracle. Elle savait simplement qu\u2019ils avaient appris ensemble \u00e0 se parler autrement.<\/p>\n<p>Lorsque les enfants furent couch\u00e9s, Antoine proposa de fixer la date de leur d\u00eener. Lina accepta le samedi suivant, si les r\u00e9sultats de ses examens n\u2019exigeaient aucune d\u00e9marche urgente. Elle lui demanda de choisir un endroit simple, o\u00f9 ils pourraient parler sans se sentir observ\u00e9s. Antoine promit de respecter ce souhait. Il avait d\u2019abord envisag\u00e9 un restaurant \u00e9l\u00e9gant, mais comprit que Lina pr\u00e9f\u00e9rait une atmosph\u00e8re tranquille. Ils discut\u00e8rent quelques minutes de leurs attentes, avec une maladresse nouvelle. Pour la premi\u00e8re fois, ils se regardaient comme deux personnes qui envisageaient r\u00e9ellement une relation.<\/p>\n<p>Puis le t\u00e9l\u00e9phone de Lina vibra. Un message de Madame Moreau venait d\u2019arriver. L\u2019enseignante lui annon\u00e7ait que son dossier avait franchi une premi\u00e8re \u00e9tape de s\u00e9lection et qu\u2019elle serait convoqu\u00e9e pour un entretien final. La nouvelle \u00e9tait excellente, mais une pr\u00e9cision accompagnait l\u2019invitation. Le programme universitaire pouvait d\u00e9buter plus t\u00f4t que pr\u00e9vu, avec une premi\u00e8re p\u00e9riode de formation intensive n\u00e9cessitant plusieurs semaines de pr\u00e9sence quotidienne dans un autre \u00e9tablissement. Lina relut les dates, puis les montra \u00e0 Antoine. Le d\u00e9but de cette formation co\u00efncidait avec la p\u00e9riode o\u00f9 ils esp\u00e9raient enfin stabiliser leur nouvelle organisation familiale.<\/p>\n<p>Antoine observa le calendrier sans parler. Lina attendit, inqui\u00e8te de voir revenir la peur qui les avait d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9s. Mais il posa finalement le t\u00e9l\u00e9phone sur la table et lui demanda ce qu\u2019elle souhaitait faire. Elle r\u00e9pondit qu\u2019elle voulait poursuivre la s\u00e9lection, m\u00eame si cela impliquait une absence plus longue. Antoine acquies\u00e7a. Il avait promis \u00e0 Gabriel qu\u2019il ne chercherait pas \u00e0 retenir Lina pour se rassurer. Maintenant, cette promesse prenait une forme concr\u00e8te. Il comprit que leur premier v\u00e9ritable choix commun ne serait peut-\u00eatre pas de se rapprocher davantage, mais d\u2019apprendre \u00e0 supporter une distance n\u00e9cessaire sans remettre en cause leur confiance.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8138\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : \u00c0 la veille d\u2019une s\u00e9paration qu\u2019aucun enfant ne souhaite, Lina d\u00e9couvre que la famille peut apprendre \u00e0 rester unie sans retenir ceux qu\u2019elle aime<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antoine ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement \u00e0 Gabriel. La question avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e d\u2019une voix calme, mais elle touchait exactement ce qu\u2019il essayait encore de comprendre. 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