{"id":8112,"date":"2026-10-21T10:16:54","date_gmt":"2026-10-21T10:16:54","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8112"},"modified":"2026-10-21T10:16:54","modified_gmt":"2026-10-21T10:16:54","slug":"partie-15-a-lapproche-dun-nouvel-hiver-un-reglement-longtemps-attendu-permit-a-marianne-de-mesurer-tout-ce-que-sa-famille-avait-reconstruit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8112","title":{"rendered":"PARTIE 15 \u2013 \u00c0 l\u2019approche d\u2019un nouvel hiver, un r\u00e8glement longtemps attendu permit \u00e0 Marianne de mesurer tout ce que sa famille avait reconstruit"},"content":{"rendered":"<p>Le dernier paiement destin\u00e9 \u00e0 Maurice B\u00e9raud fut pr\u00e9par\u00e9 un matin de d\u00e9cembre, alors que le givre recouvrait les cl\u00f4tures de la ferme. Marianne avait v\u00e9rifi\u00e9 les chiffres la veille, puis une seconde fois apr\u00e8s le petit d\u00e9jeuner. Le montant correspondait exactement au solde pr\u00e9vu dans l&#39;accord sign\u00e9 plusieurs ann\u00e9es auparavant. Elle inscrivit la date dans son registre, joignit la r\u00e9f\u00e9rence du dossier et rangea soigneusement les documents n\u00e9cessaires. Aucun sentiment de triomphe ne l&#39;envahit imm\u00e9diatement. Elle \u00e9prouvait plut\u00f4t une satisfaction profonde, presque silencieuse. Une affaire qui avait menac\u00e9 son h\u00e9ritage puis pes\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement sur ses comptes touchait enfin \u00e0 son terme, sans avoir compromis l&#39;activit\u00e9 qu&#39;elle avait reconstruite.<\/p>\n<p>Oscar entra dans la cuisine pendant qu&#39;elle fermait l&#39;enveloppe. Il remarqua le dossier pos\u00e9 sur la table. \u00ab C&#39;est encore les papiers de monsieur B\u00e9raud ? \u00bb demanda-t-il. Marianne acquies\u00e7a. Le gar\u00e7on connaissait l&#39;existence de ces paiements, m\u00eame si elle ne lui avait jamais impos\u00e9 les d\u00e9tails du conflit financier. \u00ab Il en reste beaucoup ? \u00bb Elle sourit. \u00ab Non. C&#39;est le dernier. \u00bb Oscar s&#39;arr\u00eata, surpris. \u00ab Alors tu n&#39;auras plus besoin de compter tout cet argent chaque mois ? \u00bb Marianne lui r\u00e9pondit qu&#39;elle continuerait \u00e0 tenir ses comptes, mais que cette obligation particuli\u00e8re serait termin\u00e9e. Le gar\u00e7on sembla consid\u00e9rer cette nouvelle comme une excellente raison de pr\u00e9parer une tarte.<\/p>\n<p>Marianne rit et accepta l&#39;id\u00e9e, \u00e0 condition qu&#39;Oscar termine d&#39;abord ses devoirs. Elle savait que son fils associait les difficult\u00e9s financi\u00e8res \u00e0 certaines sc\u00e8nes de leur pass\u00e9 : les billets \u00e9tal\u00e9s sur la table, les discussions \u00e0 voix basse, la remorque venue chercher Capucine. Elle s&#39;\u00e9tait efforc\u00e9e de le rassurer sans lui cacher compl\u00e8tement la r\u00e9alit\u00e9. Aujourd&#39;hui, elle pouvait lui expliquer qu&#39;une dette devait parfois \u00eatre rembours\u00e9e pendant longtemps, mais qu&#39;une organisation prudente permettait d&#39;atteindre le terme pr\u00e9vu. Elle lui rappela \u00e9galement que les neuf mille francs correspondaient \u00e0 un engagement volontaire limit\u00e9, et non \u00e0 l&#39;ensemble de la dette contract\u00e9e autrefois par Laurent.<\/p>\n<p>Le paiement fut envoy\u00e9 le jour m\u00eame. Marianne demanda une confirmation \u00e9crite de la cl\u00f4ture de l&#39;accord et conserva une copie de toutes les pi\u00e8ces. Elle avait appris \u00e0 ne plus consid\u00e9rer un dossier comme termin\u00e9 avant de poss\u00e9der les documents qui le prouvaient. Quelques jours plus tard, Maurice B\u00e9raud lui adressa un re\u00e7u d\u00e9finitif. Le courrier confirmait que les neuf mille francs avaient \u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement r\u00e9gl\u00e9s selon l&#39;\u00e9ch\u00e9ancier et qu&#39;aucune somme suppl\u00e9mentaire n&#39;\u00e9tait due au titre de cet arrangement. Marianne lut attentivement chaque ligne. Puis elle pla\u00e7a le document dans la chemise contenant l&#39;accord initial, les relev\u00e9s de paiement et les pi\u00e8ces relatives \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Elle descendit ensuite dans la remise o\u00f9 son p\u00e8re avait autrefois rang\u00e9 les actes importants. L&#39;endroit avait \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9 et r\u00e9organis\u00e9 depuis les \u00e9v\u00e9nements survenus apr\u00e8s la lettre de B\u00e9raud. Les cartons ab\u00eem\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des bo\u00eetes solides, et les dossiers portaient d\u00e9sormais des \u00e9tiquettes pr\u00e9cises. Marianne rangea la chemise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des documents de succession. Elle s&#39;arr\u00eata un instant devant l&#39;ancienne photographie de son p\u00e8re accroch\u00e9e au mur. Elle aurait aim\u00e9 pouvoir lui raconter que la ferme avait travers\u00e9 les difficult\u00e9s, que les b\u00e2timents \u00e9taient entretenus et que ses terres appartenaient toujours \u00e0 la famille. Elle se contenta de remettre correctement le cadre avant de fermer la porte.<\/p>\n<p>Lorsque Beno\u00eet rentra le soir, Marianne l&#39;attendait avec le re\u00e7u d\u00e9finitif. Il le lut attentivement, puis releva les yeux vers elle. \u00ab C&#39;est termin\u00e9 ? \u00bb demanda-t-il. Elle acquies\u00e7a. Il posa le document sur la table et l&#39;attira doucement contre lui. \u00ab Tu dois \u00eatre soulag\u00e9e. \u00bb Marianne resta quelques instants dans ses bras. \u00ab Oui. Mais je crois que je suis surtout heureuse d&#39;avoir pu respecter cet engagement sans perdre ce qui comptait. \u00bb Beno\u00eet lui embrassa le front. Il se souvenait encore de leur d\u00e9saccord initial, lorsqu&#39;il avait jug\u00e9 ce remboursement inutile. Avec le temps, il avait appris \u00e0 comprendre l&#39;importance personnelle de cette d\u00e9cision pour sa femme.<\/p>\n<p>Ils d\u00e9cid\u00e8rent de c\u00e9l\u00e9brer discr\u00e8tement la nouvelle avec Oscar. Marianne pr\u00e9para la tarte promise, et Beno\u00eet ouvrit une bouteille de jus de pomme conserv\u00e9e pour une occasion particuli\u00e8re. Le gar\u00e7on voulut porter un toast. Il se leva sur sa chaise, son verre \u00e0 la main, et d\u00e9clara solennellement qu&#39;il souhaitait f\u00e9liciter sa m\u00e8re parce qu&#39;elle avait termin\u00e9 \u00ab l&#39;histoire des vieux papiers \u00bb. Marianne \u00e9clata de rire. Beno\u00eet leva son verre avec s\u00e9rieux. \u00ab \u00c0 la fin des vieux papiers \u00bb, r\u00e9p\u00e9ta-t-il. Oscar ajouta imm\u00e9diatement qu&#39;il esp\u00e9rait n\u00e9anmoins que sa m\u00e8re conserverait suffisamment de documents pour continuer \u00e0 faire fonctionner la boutique. Cette pr\u00e9cision provoqua un nouvel \u00e9clat de rire.<\/p>\n<p>La ferme avait beaucoup chang\u00e9 depuis l&#39;\u00e9poque o\u00f9 Marianne envisageait de vendre Capucine. Les b\u00e2timents \u00e9taient mieux entretenus, la production organis\u00e9e avec davantage de m\u00e9thode et les revenus r\u00e9partis entre plusieurs activit\u00e9s. Claire travaillait d\u00e9sormais r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l&#39;atelier et participait \u00e0 certaines t\u00e2ches de gestion de la boutique. Marianne conservait la responsabilit\u00e9 des d\u00e9cisions importantes, mais elle n&#39;essayait plus de tout accomplir seule. Les producteurs associ\u00e9s au commerce se r\u00e9unissaient chaque mois pour discuter des ventes, des prix et des difficult\u00e9s \u00e9ventuelles. Cette organisation collective avait donn\u00e9 au projet une stabilit\u00e9 qu&#39;elle n&#39;aurait jamais pu obtenir en portant seule toutes les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>La boutique \u00e9tait devenue un lieu familier pour les habitants du village. Certains clients y passaient rapidement pour acheter du beurre ou du fromage. D&#39;autres prenaient le temps de discuter avec Claire, de demander des nouvelles des r\u00e9coltes ou de d\u00e9couvrir les produits propos\u00e9s par les exploitations voisines. Marianne appr\u00e9ciait particuli\u00e8rement les jours o\u00f9 un nouveau producteur venait pr\u00e9senter quelque chose qu&#39;il avait fabriqu\u00e9. Elle reconnaissait dans leurs h\u00e9sitations les inqui\u00e9tudes qu&#39;elle avait autrefois \u00e9prouv\u00e9es en apportant ses premiers fromages au march\u00e9. Elle essayait de leur offrir des conditions claires, des r\u00e9ponses pr\u00e9cises et la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper leur activit\u00e9 sans d\u00e9pendre d&#39;une seule personne.<\/p>\n<p>Un apr\u00e8s-midi, une jeune agricultrice vint lui demander conseil. Elle souhaitait vendre des confitures, mais craignait de ne pas produire suffisamment pour int\u00e9resser la boutique. Marianne l&#39;invita \u00e0 s&#39;asseoir et lui demanda de d\u00e9crire son travail. Elles examin\u00e8rent les quantit\u00e9s disponibles, les co\u00fbts et les r\u00e8gles de conservation. Marianne lui expliqua qu&#39;il valait mieux commencer par une offre modeste, puis l&#39;augmenter si la demande suivait. La jeune femme sembla soulag\u00e9e. Avant de partir, elle remarqua que Marianne avait probablement toujours su g\u00e9rer ses affaires avec assurance. Celle-ci sourit. \u00ab Pas du tout. J&#39;ai surtout appris \u00e0 poser les questions avant de prendre des risques. \u00bb<\/p>\n<p>Cette conversation resta dans son esprit. Elle avait autrefois consid\u00e9r\u00e9 ses difficult\u00e9s financi\u00e8res comme la preuve d&#39;un \u00e9chec personnel. D\u00e9sormais, elle comprenait qu&#39;une situation pouvait devenir fragile pour de nombreuses raisons, et que la diff\u00e9rence se faisait souvent dans la mani\u00e8re de r\u00e9agir. Elle n&#39;avait pas sauv\u00e9 sa ferme gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9cision parfaite. Elle avait n\u00e9goci\u00e9 un contrat, accept\u00e9 de l&#39;aide, reconnu certaines erreurs et travaill\u00e9 avec constance. La chance avait jou\u00e9 un r\u00f4le dans sa rencontre avec Beno\u00eet, mais elle n&#39;aurait rien chang\u00e9 sans les choix qu&#39;ils avaient faits ensuite. Marianne trouvait important de ne pas oublier cette part de responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les relations entre Oscar et Laurent continuaient \u00e0 \u00e9voluer. Les appels \u00e9taient devenus plus naturels. Le gar\u00e7on ne passait plus plusieurs heures \u00e0 chercher les mots qu&#39;il souhaitait prononcer. Il racontait ses journ\u00e9es, posait des questions et exprimait parfois sa contrari\u00e9t\u00e9 lorsque quelque chose lui d\u00e9plaisait. Laurent r\u00e9pondait avec une patience nouvelle. Marianne ne savait pas encore jusqu&#39;o\u00f9 cette relation pourrait se d\u00e9velopper, mais elle constatait que son fils semblait moins inquiet avant les conversations. Les rencontres restaient organis\u00e9es progressivement, dans le cadre convenu avec les adultes concern\u00e9s. Aucun changement important n&#39;\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 sans pr\u00e9paration.<\/p>\n<p>Un samedi, Laurent proposa d&#39;emmener Oscar visiter une petite exposition consacr\u00e9e aux machines agricoles anciennes. Le gar\u00e7on manifesta imm\u00e9diatement son int\u00e9r\u00eat. Marianne examina les d\u00e9tails pratiques avec son avocat et discuta des conditions avec Laurent. Ils convinrent d&#39;une sortie limit\u00e9e \u00e0 quelques heures, avec un lieu de rendez-vous pr\u00e9cis et la possibilit\u00e9 pour Oscar de t\u00e9l\u00e9phoner s&#39;il en ressentait le besoin. Beno\u00eet participa \u00e0 la pr\u00e9paration sans chercher \u00e0 influencer la d\u00e9cision. Il proposa simplement au gar\u00e7on de lui pr\u00eater un carnet pour noter les machines qu&#39;il trouverait int\u00e9ressantes. Oscar accepta avec enthousiasme.<\/p>\n<p>Le jour de la sortie, Marianne ressentit une inqui\u00e9tude qu&#39;elle ne parvint pas enti\u00e8rement \u00e0 dissimuler. Elle accompagna son fils au point de rendez-vous et v\u00e9rifia une derni\u00e8re fois les informations n\u00e9cessaires. Laurent arriva \u00e0 l&#39;heure convenue. Il salua Marianne avec politesse, puis demanda \u00e0 Oscar s&#39;il \u00e9tait pr\u00eat. Le gar\u00e7on se tourna vers sa m\u00e8re. Elle lui sourit. \u00ab Profite de ta visite. Nous nous retrouvons tout \u00e0 l&#39;heure. \u00bb Il l&#39;embrassa rapidement avant de rejoindre son p\u00e8re. Marianne les regarda partir, puis resta quelques secondes immobile. Elle savait qu&#39;elle venait de franchir une \u00e9tape importante dans sa mani\u00e8re de faire confiance.<\/p>\n<p>Beno\u00eet l&#39;attendait \u00e0 la ferme lorsqu&#39;elle rentra. Il avait pr\u00e9par\u00e9 du caf\u00e9 et proposa de l&#39;accompagner v\u00e9rifier les cl\u00f4tures. Marianne accepta volontiers. Ils pass\u00e8rent une partie de la matin\u00e9e dehors, profitant du froid sec et de la lumi\u00e8re claire. Elle parla peu de la sortie d&#39;Oscar. Beno\u00eet ne tenta pas de remplir son silence. Lorsqu&#39;ils arriv\u00e8rent pr\u00e8s du ruisseau, Marianne s&#39;arr\u00eata et contempla l&#39;eau qui coulait entre les pierres. \u00ab J&#39;ai peur qu&#39;il soit d\u00e9\u00e7u \u00bb, avoua-t-elle. Beno\u00eet prit sa main. \u00ab C&#39;est possible. Mais tu ne peux pas lui \u00e9viter toutes les d\u00e9ceptions sans l&#39;emp\u00eacher aussi de vivre des choses importantes. \u00bb<\/p>\n<p>Elle savait qu&#39;il avait raison. Pendant des ann\u00e9es, elle avait essay\u00e9 de prot\u00e9ger Oscar en compensant chaque absence de Laurent. Elle avait organis\u00e9 ses journ\u00e9es pour que le gar\u00e7on ne manque de rien, mais elle ne pouvait pas remplacer enti\u00e8rement le lien avec son p\u00e8re. D\u00e9sormais, elle lui offrait la possibilit\u00e9 de construire cette relation \u00e0 son propre rythme, tout en restant disponible pour l&#39;accompagner. Cette position demandait un courage diff\u00e9rent de celui qu&#39;elle avait d\u00e9velopp\u00e9 lorsqu&#39;elle \u00e9tait seule. Il fallait accepter de ne pas ma\u00eetriser tous les \u00e9v\u00e9nements, sans renoncer \u00e0 poser les limites n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Oscar revint \u00e0 l&#39;heure pr\u00e9vue, les joues rougies par le froid et son carnet rempli de dessins. Il raconta imm\u00e9diatement qu&#39;il avait vu plusieurs tracteurs anciens, une machine destin\u00e9e \u00e0 battre les c\u00e9r\u00e9ales et un moteur dont le fonctionnement l&#39;avait fascin\u00e9. Laurent semblait fatigu\u00e9, mais heureux. Il expliqua qu&#39;Oscar avait pos\u00e9 tellement de questions qu&#39;ils avaient d\u00fb revenir deux fois dans certaines salles. Marianne sourit. Elle connaissait parfaitement cette curiosit\u00e9. Avant de partir, Laurent remercia son ancienne \u00e9pouse pour la confiance accord\u00e9e. Elle r\u00e9pondit simplement que cette sortie semblait avoir fait plaisir \u00e0 leur fils.<\/p>\n<p>Le soir, Oscar montra ses dessins \u00e0 Beno\u00eet. Les deux hommes discut\u00e8rent longuement d&#39;un ancien syst\u00e8me de transmission m\u00e9canique. Le gar\u00e7on expliquait ce qu&#39;il avait compris, puis demandait des pr\u00e9cisions. Marianne les observa depuis la cuisine. Elle \u00e9prouva une \u00e9motion discr\u00e8te en constatant qu&#39;Oscar pouvait raconter avec plaisir une journ\u00e9e pass\u00e9e aupr\u00e8s de Laurent sans craindre de blesser Beno\u00eet. Cette libert\u00e9 lui paraissait essentielle. Son fils n&#39;avait pas \u00e0 r\u00e9partir ses souvenirs selon les susceptibilit\u00e9s des adultes. Il pouvait simplement grandir, aimer plusieurs personnes et apprendre progressivement \u00e0 comprendre les relations humaines.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#39;approche de No\u00ebl, la grande maison de Beno\u00eet se remplit d&#39;une agitation nouvelle. Oscar souhaitait d\u00e9corer le tilleul du jardin avec quelques ornements r\u00e9sistants au froid. Marianne pr\u00e9f\u00e9rait installer le sapin dans le salon, pr\u00e8s de la chemin\u00e9e. Beno\u00eet accepta les deux id\u00e9es, \u00e0 condition que personne ne tente d&#39;accrocher des d\u00e9corations trop haut dans l&#39;arbre. Ren\u00e9 vint les aider \u00e0 transporter le sapin et d\u00e9clara qu&#39;il n&#39;avait jamais vu son patron accorder autant d&#39;importance \u00e0 des rubans et \u00e0 des boules color\u00e9es. Beno\u00eet r\u00e9pondit qu&#39;il avait autrefois sous-estim\u00e9 les difficult\u00e9s d&#39;organisation li\u00e9es aux f\u00eates familiales.<\/p>\n<p>Marianne pr\u00e9parait \u00e9galement les commandes sp\u00e9ciales de la boutique. Les clients souhaitaient davantage de fromage, de beurre et de produits \u00e0 offrir. Claire travaillait avec elle pour anticiper les quantit\u00e9s, \u00e9viter les pertes et maintenir des horaires raisonnables. Marianne refusa plusieurs demandes tardives, malgr\u00e9 les recettes suppl\u00e9mentaires qu&#39;elles auraient pu repr\u00e9senter. Elle voulait passer du temps avec sa famille pendant les f\u00eates. Cette d\u00e9cision aurait \u00e9t\u00e9 impensable quelques ann\u00e9es auparavant, lorsqu&#39;elle acceptait presque toutes les occasions de gagner de l&#39;argent. D\u00e9sormais, elle savait que la r\u00e9ussite de son activit\u00e9 devait aussi se mesurer \u00e0 la vie qu&#39;elle lui permettait de mener.<\/p>\n<p>Un soir, alors qu&#39;ils terminaient les d\u00e9corations, Oscar demanda si Laurent pourrait venir leur souhaiter un joyeux No\u00ebl. Marianne \u00e9changea un regard avec Beno\u00eet. La question n&#39;\u00e9tait pas simple. Ils souhaitaient pr\u00e9server l&#39;intimit\u00e9 de leur premi\u00e8re v\u00e9ritable f\u00eate familiale depuis le mariage, mais ils ne voulaient pas non plus transformer Laurent en personne qu&#39;il faudrait tenir \u00e0 l&#39;\u00e9cart. Ils propos\u00e8rent \u00e0 Oscar de pr\u00e9voir un moment distinct pour voir son p\u00e8re pendant les vacances. Le gar\u00e7on r\u00e9fl\u00e9chit, puis accepta. Il expliqua qu&#39;il aimerait montrer \u00e0 Laurent les nouvelles d\u00e9corations de la ferme plut\u00f4t que de l&#39;inviter dans la grande maison.<\/p>\n<p>Cette solution leur convint. Laurent fut inform\u00e9 de la proposition et accepta de venir \u00e0 la ferme quelques jours apr\u00e8s No\u00ebl. Oscar pr\u00e9para pour lui un petit dessin repr\u00e9sentant Capucine devant l&#39;\u00e9table enneig\u00e9e. Marianne remarqua qu&#39;il ne semblait plus attendre chaque rencontre avec la m\u00eame inqui\u00e9tude. Il avait commenc\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer ces visites comme des \u00e9v\u00e9nements possibles, importants mais non indispensables \u00e0 son \u00e9quilibre quotidien. Ce changement lui apporta un soulagement profond. La relation avec Laurent pouvait continuer \u00e0 se construire sans occuper toute la place dans leurs pens\u00e9es.<\/p>\n<p>La veille de No\u00ebl, Marianne se rendit seule \u00e0 sa ferme pour terminer quelques t\u00e2ches. Elle v\u00e9rifia les r\u00e9serves, inspecta les b\u00e2timents et passa un long moment aupr\u00e8s de Capucine. La vache avait vieilli depuis le jour o\u00f9 Beno\u00eet \u00e9tait venu l&#39;acheter. Ses mouvements \u00e9taient un peu plus lents, mais elle demeurait en bonne sant\u00e9 et conservait son temp\u00e9rament paisible. Marianne savait qu&#39;elle devrait progressivement adapter son travail \u00e0 l&#39;\u00e2ge de l&#39;animal. Elle ne cherchait plus \u00e0 obtenir de Capucine une production maximale. La seconde vache et l&#39;organisation de son activit\u00e9 lui permettaient d\u00e9sormais de lui accorder davantage de repos.<\/p>\n<p>Elle posa sa main sur le front de Capucine. \u00ab Tu as bien m\u00e9rit\u00e9 une vie tranquille \u00bb, murmura-t-elle. L&#39;animal souffla doucement, puis reprit son fourrage. Marianne pensa \u00e0 Oscar, \u00e0 Beno\u00eet, \u00e0 Claire et \u00e0 tous ceux qui avaient contribu\u00e9 \u00e0 transformer une exploitation menac\u00e9e en entreprise stable. Elle se souvenait de la peur ressentie lorsqu&#39;elle avait compt\u00e9 ses derniers billets sur la table de la cuisine. Aujourd&#39;hui, elle disposait d&#39;\u00e9conomies, d&#39;un travail organis\u00e9 et d&#39;une famille qui partageait ses joies comme ses difficult\u00e9s. Elle n&#39;avait pas oubli\u00e9 les ann\u00e9es douloureuses, mais elles ne d\u00e9finissaient plus tout son avenir.<\/p>\n<p>En refermant l&#39;\u00e9table, elle aper\u00e7ut Beno\u00eet qui arrivait dans la cour. Il avait devin\u00e9 qu&#39;elle prolongerait sa visite et avait d\u00e9cid\u00e9 de venir la chercher. \u00ab Je pensais te trouver ici \u00bb, dit-il en souriant. Marianne s&#39;approcha de lui. \u00ab Je voulais simplement v\u00e9rifier que tout allait bien. \u00bb Beno\u00eet regarda les b\u00e2timents. \u00ab Et tout va bien ? \u00bb Elle r\u00e9fl\u00e9chit quelques secondes. \u00ab Oui. Pas seulement ici. \u00bb Il passa un bras autour de ses \u00e9paules. Ils rest\u00e8rent un moment dans la cour, tandis que les premi\u00e8res lumi\u00e8res du soir apparaissaient derri\u00e8re les collines. Marianne sentit une gratitude profonde, non pour une vie devenue parfaite, mais pour la tranquillit\u00e9 qu&#39;ils avaient patiemment construite.<\/p>\n<p>Lorsqu&#39;ils rejoignirent la grande maison, Oscar les attendait pr\u00e8s du sapin. Il avait pr\u00e9par\u00e9 trois petits paquets qu&#39;il refusait de laisser regarder avant le lendemain. Ren\u00e9 devait venir partager une partie du repas, et plusieurs voisins avaient promis de passer dans la journ\u00e9e. Marianne retira son manteau, posa ses cl\u00e9s sur le buffet et contempla le salon \u00e9clair\u00e9. Des livres \u00e9taient empil\u00e9s pr\u00e8s de la chemin\u00e9e, des dessins d&#39;Oscar couvraient une partie du mur et une odeur de p\u00e2tisserie venait de la cuisine. La maison autrefois silencieuse de Beno\u00eet \u00e9tait devenue un lieu habit\u00e9. Marianne sourit en comprenant que cette transformation n&#39;avait exig\u00e9 aucun renoncement \u00e0 leur pass\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8113\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 16 : Des ann\u00e9es apr\u00e8s la visite d\u2019un acheteur, une derni\u00e8re promenade r\u00e9v\u00e9la ce que Capucine avait r\u00e9ellement permis de sauver<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier paiement destin\u00e9 \u00e0 Maurice B\u00e9raud fut pr\u00e9par\u00e9 un matin de d\u00e9cembre, alors que le givre recouvrait les cl\u00f4tures de la ferme. 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