{"id":8110,"date":"2026-10-21T10:16:49","date_gmt":"2026-10-21T10:16:49","guid":{"rendered":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8110"},"modified":"2026-10-21T10:16:49","modified_gmt":"2026-10-21T10:16:49","slug":"partie-13-alors-que-laurent-cherchait-a-retrouver-son-fils-marianne-devait-apprendre-a-proteger-leur-bonheur-sans-empecher-les-liens-de-renaitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8110","title":{"rendered":"PARTIE 13 \u2013 Alors que Laurent cherchait \u00e0 retrouver son fils, Marianne devait apprendre \u00e0 prot\u00e9ger leur bonheur sans emp\u00eacher les liens de rena\u00eetre"},"content":{"rendered":"<p>La troisi\u00e8me lettre de Laurent arriva un jeudi matin, au milieu des factures et des commandes de la boutique. Marianne reconnut l&#39;\u00e9criture avant m\u00eame de retourner l&#39;enveloppe. Elle la posa soigneusement \u00e0 l&#39;\u00e9cart, puis poursuivit son travail. Claire pr\u00e9parait les paniers destin\u00e9s aux clients du vendredi, et une livraison de miel devait arriver avant midi. Rien ne justifiait qu&#39;elle abandonne ses responsabilit\u00e9s pour un courrier qui ne lui \u00e9tait pas adress\u00e9. Pourtant, plusieurs fois dans la matin\u00e9e, son regard revint vers l&#39;enveloppe. Elle \u00e9prouvait une inqui\u00e9tude pr\u00e9cise, difficile \u00e0 \u00e9carter : Laurent semblait d\u00e9sormais capable d&#39;\u00e9crire r\u00e9guli\u00e8rement. Restait \u00e0 savoir s&#39;il saurait faire preuve de la m\u00eame constance lorsque les choses deviendraient moins faciles.<\/p>\n<p>Oscar \u00e9tait \u00e0 l&#39;\u00e9cole lorsque Marianne rentra \u00e0 la ferme. Elle d\u00e9posa le courrier sur la table de la cuisine, \u00e0 l&#39;endroit o\u00f9 son fils avait pris l&#39;habitude de regarder en arrivant. Puis elle partit nourrir les animaux. Capucine, toujours aussi paisible, leva la t\u00eate en entendant ses pas. Marianne lui gratta l&#39;oreille gauche et v\u00e9rifia les r\u00e9serves de fourrage. La seconde vache attendait pr\u00e8s de l&#39;abreuvoir. Dans l&#39;\u00e9table, les gestes habituels poss\u00e9daient une simplicit\u00e9 r\u00e9confortante. Quelques ann\u00e9es auparavant, elle aurait probablement pass\u00e9 toute la journ\u00e9e \u00e0 imaginer les cons\u00e9quences de cette lettre. D\u00e9sormais, elle parvenait \u00e0 continuer son travail m\u00eame lorsqu&#39;une partie de son avenir demeurait incertaine.<\/p>\n<p>Oscar rentra peu apr\u00e8s seize heures. Il posa son cartable, aper\u00e7ut l&#39;enveloppe et s&#39;immobilisa. \u00ab C&#39;est encore papa ? \u00bb Marianne acquies\u00e7a. Le gar\u00e7on prit le courrier sans l&#39;ouvrir imm\u00e9diatement. Il se lava les mains, mangea une tartine, puis s&#39;assit pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Cette fois, il n&#39;attendit pas le retour de Beno\u00eet. Marianne resta dans la cuisine, suffisamment proche pour r\u00e9pondre \u00e0 ses questions, mais sans surveiller chaque mouvement de ses yeux. Oscar d\u00e9plia lentement la feuille. Laurent racontait son travail actuel, une promenade effectu\u00e9e pr\u00e8s d&#39;une rivi\u00e8re et quelques souvenirs des ann\u00e9es o\u00f9 son fils \u00e9tait plus petit.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la lettre, il proposait qu&#39;ils puissent un jour se parler au t\u00e9l\u00e9phone, si Oscar en avait envie. Le gar\u00e7on relut cette phrase plusieurs fois. \u00ab Il veut entendre ma voix \u00bb, murmura-t-il. Marianne posa son torchon. \u00ab Oui. Mais tu n&#39;es pas oblig\u00e9 de d\u00e9cider aujourd&#39;hui. \u00bb Oscar r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Et si je ne sais pas quoi lui dire ? \u00bb Elle s&#39;approcha et s&#39;assit en face de lui. \u00ab Tu peux lui dire exactement cela. Tu n&#39;as pas besoin de pr\u00e9parer une conversation parfaite. \u00bb Il baissa les yeux vers le papier. \u00ab Je me souviens de sa voix, mais pas tr\u00e8s bien. \u00bb Marianne sentit son c\u0153ur se serrer. Elle lui r\u00e9pondit qu&#39;il \u00e9tait normal que certains souvenirs deviennent moins pr\u00e9cis avec le temps.<\/p>\n<p>Le soir, Oscar montra la lettre \u00e0 Beno\u00eet. Celui-ci la lut apr\u00e8s lui avoir demand\u00e9 son autorisation. Le gar\u00e7on attendit patiemment, puis posa une question qui surprit les deux adultes. \u00ab Est-ce que \u00e7a te rend triste que je parle \u00e0 papa ? \u00bb Beno\u00eet replia soigneusement la feuille. \u00ab Non. Ce qui m&#39;importe, c&#39;est que tu puisses poser tes questions et que tu sois bien entour\u00e9. \u00bb Oscar le regarda attentivement. \u00ab M\u00eame s&#39;il me demande de venir chez lui ? \u00bb Beno\u00eet ne r\u00e9pondit pas \u00e0 la place de Marianne. Il expliqua que les adultes devraient d&#39;abord discuter des conditions d&#39;une \u00e9ventuelle visite, et que personne ne lui demanderait de partir quelque part sans pr\u00e9paration.<\/p>\n<p>Marianne remarqua combien cette r\u00e9ponse diff\u00e9rait de celles qu&#39;elle aurait donn\u00e9es quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Elle aurait probablement cherch\u00e9 \u00e0 rassurer son fils en promettant que rien ne changerait. D\u00e9sormais, elle comprenait qu&#39;une promesse aussi g\u00e9n\u00e9rale risquait de devenir fausse. Certaines choses changeraient peut-\u00eatre, et ce ne serait pas n\u00e9cessairement mauvais. L&#39;important serait de les accompagner avec prudence. Apr\u00e8s le coucher d&#39;Oscar, elle en parla \u00e0 Beno\u00eet. Ils convinrent qu&#39;un premier appel pouvait \u00eatre envisag\u00e9, \u00e0 condition que Laurent respecte un horaire d\u00e9termin\u00e9 et accepte que la conversation reste courte. Marianne souhaitait \u00e9galement que son fils puisse y mettre fin librement.<\/p>\n<p>L&#39;avocat confirma que cette d\u00e9marche progressive semblait adapt\u00e9e \u00e0 la situation, sous r\u00e9serve de respecter les dispositions familiales applicables. Marianne \u00e9crivit alors \u00e0 Laurent pour lui proposer un appel le dimanche suivant, \u00e0 quinze heures. Elle pr\u00e9cisa qu&#39;Oscar avait accept\u00e9, mais qu&#39;il pourrait changer d&#39;avis. Laurent r\u00e9pondit rapidement qu&#39;il serait disponible. Cette confirmation rassura Marianne sans dissiper enti\u00e8rement ses r\u00e9serves. Un appel \u00e9tait plus simple qu&#39;une visite, mais il pouvait tout de m\u00eame susciter de fortes attentes. Elle d\u00e9cida de ne pas transformer la date en \u00e9v\u00e9nement exceptionnel. Le dimanche resterait consacr\u00e9 aux activit\u00e9s habituelles, et la conversation trouverait naturellement sa place au milieu de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Le matin pr\u00e9vu, Oscar accompagna Beno\u00eet pour v\u00e9rifier la balan\u00e7oire sous le tilleul. Ils graiss\u00e8rent un petit \u00e9l\u00e9ment m\u00e9tallique qui commen\u00e7ait \u00e0 grincer, puis ramass\u00e8rent les feuilles tomb\u00e9es autour de l&#39;arbre. Marianne les observa depuis la fen\u00eatre. Son fils semblait calme, mais elle remarqua qu&#39;il demandait r\u00e9guli\u00e8rement l&#39;heure. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, il rangea son assiette plus vite que d&#39;habitude et alla chercher son livre sur les animaux des montagnes. Il voulait l&#39;avoir pr\u00e8s de lui pendant l&#39;appel. \u00ab Si je ne trouve rien \u00e0 dire, je pourrai lui parler des chamois \u00bb, expliqua-t-il. Marianne trouva cette pr\u00e9caution touchante et parfaitement raisonnable.<\/p>\n<p>\u00c0 quinze heures pr\u00e9cises, le t\u00e9l\u00e9phone sonna. Marianne d\u00e9crocha et reconnut la voix de Laurent. Elle lui rappela bri\u00e8vement qu&#39;Oscar \u00e9tait libre d&#39;interrompre la conversation s&#39;il en ressentait le besoin. Laurent r\u00e9pondit qu&#39;il comprenait. Elle passa ensuite le combin\u00e9 \u00e0 son fils. Le gar\u00e7on le prit des deux mains. \u00ab Bonjour \u00bb, dit-il d&#39;une voix si basse que Marianne se demanda si son p\u00e8re l&#39;avait entendu. Quelques secondes pass\u00e8rent, puis Oscar releva l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate. \u00ab Oui, c&#39;est moi. \u00bb Il \u00e9couta encore. \u00ab Je vais bien. J&#39;ai appris les divisions, mais je pr\u00e9f\u00e8re les additions. \u00bb Beno\u00eet, assis \u00e0 l&#39;autre bout de la pi\u00e8ce, baissa les yeux pour dissimuler un sourire.<\/p>\n<p>La conversation dura moins d&#39;un quart d&#39;heure. Oscar parla de l&#39;\u00e9cole, de Capucine et de la seconde vache. Laurent lui demanda s&#39;il lisait toujours autant, puis \u00e9voqua un livre d&#39;images qu&#39;ils avaient regard\u00e9 ensemble autrefois. Le gar\u00e7on se souvenait vaguement de sa couverture. \u00c0 un moment, il demanda pourquoi son p\u00e8re n&#39;\u00e9tait pas venu \u00e0 son dernier anniversaire. Marianne vit ses doigts se crisper autour du t\u00e9l\u00e9phone. Laurent r\u00e9pondit apr\u00e8s un silence. Il reconnut qu&#39;il aurait d\u00fb \u00eatre pr\u00e9sent et qu&#39;il n&#39;avait pas de bonne excuse. Oscar ne dit rien pendant plusieurs secondes. Puis il demanda s&#39;ils pourraient reparler une autre fois. Laurent r\u00e9pondit que oui, si cela lui convenait.<\/p>\n<p>Lorsque l&#39;appel se termina, Oscar reposa doucement le combin\u00e9. Marianne s&#39;approcha, mais ne le serra pas imm\u00e9diatement contre elle. \u00ab Comment te sens-tu ? \u00bb demanda-t-elle. Il r\u00e9fl\u00e9chit longtemps. \u00ab C&#39;\u00e9tait bizarre. Il avait l&#39;air content, mais je ne savais pas si je devais l&#39;\u00eatre aussi. \u00bb Elle s&#39;assit pr\u00e8s de lui. \u00ab Tu n&#39;as pas besoin de ressentir une seule chose. \u00bb Le gar\u00e7on regarda Beno\u00eet. \u00ab Il m&#39;a demand\u00e9 si je vivais toujours \u00e0 la ferme. Je lui ai expliqu\u00e9 qu&#39;on avait deux maisons. \u00bb Beno\u00eet acquies\u00e7a simplement. Oscar ajouta qu&#39;il aimerait aller nourrir Capucine. Marianne comprit qu&#39;il avait besoin de retrouver ses habitudes et lui proposa de l&#39;accompagner.<\/p>\n<p>Dans l&#39;\u00e9table, Oscar resta longtemps pr\u00e8s de la vache. Il lui raconta une partie de la conversation, comme s&#39;il r\u00e9p\u00e9tait les \u00e9v\u00e9nements pour mieux les comprendre. Marianne travaillait un peu plus loin, v\u00e9rifiant les installations. Elle entendit son fils dire que Laurent se souvenait d&#39;un ancien livre, mais qu&#39;il ne connaissait pas encore la balan\u00e7oire. Capucine remua une oreille. Oscar lui gratta doucement le cou. \u00ab Je crois qu&#39;il faudra lui expliquer beaucoup de choses \u00bb, murmura-t-il. Marianne ne r\u00e9pondit pas. Elle savait qu&#39;il venait d&#39;exprimer une v\u00e9rit\u00e9 importante : un parent absent ne retrouvait pas d&#39;un seul coup les ann\u00e9es qu&#39;il n&#39;avait pas partag\u00e9es.<\/p>\n<p>Les semaines suivantes, les appels se poursuivirent \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Laurent respecta les horaires convenus, m\u00eame lorsqu&#39;il devait modifier ses propres d\u00e9placements. Il envoya \u00e9galement quelques cartes illustr\u00e9es et r\u00e9pondit avec attention aux questions d&#39;Oscar. Marianne ne voulait pas se laisser gagner trop rapidement par l&#39;optimisme, mais elle reconnaissait les efforts accomplis. Beno\u00eet, de son c\u00f4t\u00e9, ne chercha jamais \u00e0 demander le contenu exact des conversations. Lorsque le gar\u00e7on souhaitait lui raconter quelque chose, il l&#39;\u00e9coutait. Lorsqu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait garder certains d\u00e9tails pour lui, il respectait son silence. Cette discr\u00e9tion permit \u00e0 Oscar de comprendre qu&#39;il n&#39;avait pas \u00e0 rendre compte de son affection.<\/p>\n<p>Un soir, apr\u00e8s un appel particuli\u00e8rement long, Oscar demanda \u00e0 Marianne si Laurent pourrait venir voir la ferme. Elle avait envisag\u00e9 cette possibilit\u00e9 sans savoir quand son fils la formulerait. \u00ab C&#39;est quelque chose dont nous pouvons parler \u00bb, r\u00e9pondit-elle. Il ajouta imm\u00e9diatement : \u00ab Je voudrais que Beno\u00eet soit l\u00e0. \u00bb Marianne sentit une \u00e9motion lui monter aux yeux. \u00ab Nous pourrons lui demander. \u00bb Le gar\u00e7on hocha la t\u00eate, puis pr\u00e9cisa qu&#39;il ne souhaitait pas organiser une visite pendant une journ\u00e9e d&#39;\u00e9cole. Il voulait avoir le temps de montrer Capucine, le ruisseau et les endroits qu&#39;il aimait. Cette pr\u00e9cision indiquait qu&#39;il commen\u00e7ait \u00e0 imaginer la rencontre de mani\u00e8re concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Beno\u00eet accepta d&#39;\u00eatre pr\u00e9sent, \u00e0 condition que sa pr\u00e9sence rassure v\u00e9ritablement Oscar et ne transforme pas la rencontre en confrontation. Marianne approuva. Elle savait que Laurent pourrait \u00e9prouver de la g\u00eane en voyant la place occup\u00e9e par son mari. Mais les adultes devaient prendre en charge leurs propres \u00e9motions sans les faire peser sur l&#39;enfant. L&#39;avocat recommanda une premi\u00e8re visite courte, dans un cadre familier, avec la possibilit\u00e9 d&#39;y mettre fin si Oscar se sentait d\u00e9pass\u00e9. Apr\u00e8s plusieurs \u00e9changes, une date fut fix\u00e9e pour un samedi apr\u00e8s-midi. Laurent confirma qu&#39;il viendrait seul et qu&#39;il respecterait la dur\u00e9e convenue.<\/p>\n<p>Marianne pr\u00e9para cette journ\u00e9e avec sobri\u00e9t\u00e9. Elle ne souhaitait ni recevoir Laurent comme un invit\u00e9 d&#39;honneur ni le traiter comme un intrus. Elle rangea simplement la cuisine, pr\u00e9vint Claire qu&#39;elle ne serait pas disponible \u00e0 la boutique et v\u00e9rifia que les travaux de la ferme ne n\u00e9cessiteraient pas d&#39;interruption. Oscar voulut pr\u00e9parer lui-m\u00eame un petit parcours de visite. Sur une feuille, il dessina l&#39;emplacement de l&#39;\u00e9table, du ruisseau et du vieux saule. Beno\u00eet l&#39;aida \u00e0 comprendre qu&#39;il n&#39;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de tout montrer en une seule fois. \u00ab Vous aurez peut-\u00eatre surtout envie de parler \u00bb, lui sugg\u00e9ra-t-il. Oscar r\u00e9pondit qu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait parler en marchant.<\/p>\n<p>La veille de la visite, une inqui\u00e9tude nouvelle apparut. Oscar demanda \u00e0 Marianne ce qu&#39;il devait appeler Laurent. \u00ab Papa, comme avant ? Ou Laurent, puisque je ne le vois presque jamais ? \u00bb Elle comprit que cette question le pr\u00e9occupait depuis longtemps. \u00ab Tu peux l&#39;appeler comme tu te sens \u00e0 l&#39;aise \u00bb, r\u00e9pondit-elle. \u00ab Personne ne doit te forcer \u00e0 utiliser un mot qui ne te convient pas. \u00bb Le gar\u00e7on r\u00e9fl\u00e9chit. \u00ab Je crois que je vais dire papa. Mais \u00e7a me para\u00eet \u00e9trange. \u00bb Marianne l&#39;attira doucement contre elle. Elle lui expliqua que les habitudes affectives pouvaient revenir lentement, sans qu&#39;il soit n\u00e9cessaire de les pr\u00e9cipiter.<\/p>\n<p>Le samedi arriva sous un ciel changeant. Laurent devait \u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 quatorze heures. Marianne termina les derni\u00e8res pr\u00e9parations du d\u00e9jeuner, puis se rendit dans la cour avec Oscar. Beno\u00eet v\u00e9rifiait une charni\u00e8re pr\u00e8s de la grange, comme il le faisait souvent lorsqu&#39;il avait quelques minutes de disponibles. Le gar\u00e7on regardait r\u00e9guli\u00e8rement le chemin. Marianne tenta de lui proposer un jeu, mais il pr\u00e9f\u00e9ra rester pr\u00e8s de la barri\u00e8re. \u00c0 quatorze heures cinq, aucun v\u00e9hicule n&#39;\u00e9tait apparu. Elle sentit une crispation famili\u00e8re dans sa poitrine. \u00c0 quatorze heures dix, Oscar demanda si Laurent avait peut-\u00eatre oubli\u00e9. Elle r\u00e9pondit qu&#39;il pouvait y avoir du retard sur la route, sans chercher \u00e0 lui donner une certitude.<\/p>\n<p>\u00c0 quatorze heures quinze, le t\u00e9l\u00e9phone sonna dans la maison. Marianne se pr\u00e9cipita pour r\u00e9pondre. Laurent expliqua qu&#39;une panne l&#39;avait immobilis\u00e9 sur la route et qu&#39;il cherchait une solution. Il semblait r\u00e9ellement contrari\u00e9. Marianne lui demanda o\u00f9 il se trouvait, puis lui recommanda de ne pas poursuivre le trajet tant que son v\u00e9hicule n&#39;\u00e9tait pas en \u00e9tat. Ils convinrent qu&#39;il rappellerait rapidement pour pr\u00e9ciser s&#39;il pouvait encore venir. Lorsqu&#39;elle retourna dans la cour, Oscar l&#39;attendait. Elle lui expliqua exactement ce qu&#39;elle savait. Le gar\u00e7on baissa la t\u00eate. \u00ab C&#39;est encore une excuse ? \u00bb demanda-t-il. Marianne sentit la douleur de cette question. \u00ab Je ne sais pas encore. Mais il a appel\u00e9 pour pr\u00e9venir, cette fois. \u00bb<\/p>\n<p>Beno\u00eet posa doucement une main sur l&#39;\u00e9paule d&#39;Oscar. \u00ab Nous pouvons continuer notre journ\u00e9e pendant qu&#39;il r\u00e8gle son probl\u00e8me \u00bb, proposa-t-il. Le gar\u00e7on ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement. Puis il demanda s&#39;ils pouvaient aller nourrir les vaches. Tous trois entr\u00e8rent dans l&#39;\u00e9table. Marianne remarqua qu&#39;Oscar accomplissait les gestes habituels avec une pr\u00e9cision presque excessive. Il mesurait le fourrage, v\u00e9rifiait l&#39;eau et refermait les loquets sans parler. Elle connaissait cette mani\u00e8re de se concentrer sur une t\u00e2che lorsqu&#39;il cherchait \u00e0 contenir une \u00e9motion. Beno\u00eet ne tenta pas de le distraire \u00e0 tout prix. Il travailla simplement \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Vers quinze heures, Laurent rappela. Un garagiste avait accept\u00e9 de l&#39;aider, mais il ne pourrait pas rejoindre la ferme avant la fin de l&#39;apr\u00e8s-midi. Il proposa de reporter la visite pour \u00e9viter de perturber davantage Oscar. Marianne lui r\u00e9pondit qu&#39;elle allait en parler \u00e0 son fils. Elle retrouva le gar\u00e7on pr\u00e8s de Capucine et lui expliqua la situation. Oscar resta silencieux, puis demanda s&#39;il pouvait choisir une autre date. Marianne acquies\u00e7a. Il r\u00e9fl\u00e9chit un moment avant de proposer le samedi suivant. \u00ab Mais je veux qu&#39;il m&#39;\u00e9crive pour confirmer \u00bb, ajouta-t-il. Sa m\u00e8re sentit une fiert\u00e9 douloureuse. Son fils apprenait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 formuler les conditions dont il avait besoin pour se sentir en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Laurent accepta cette demande et envoya une carte quelques jours plus tard. Il expliquait bri\u00e8vement la panne et pr\u00e9sentait ses excuses pour la d\u00e9ception caus\u00e9e. Marianne avait re\u00e7u la confirmation du garagiste, mais elle ne jugea pas n\u00e9cessaire d&#39;en faire une d\u00e9monstration \u00e0 Oscar. L&#39;important n&#39;\u00e9tait pas de prouver que son p\u00e8re n&#39;avait commis aucune faute. Il fallait permettre au gar\u00e7on d&#39;observer comment un adulte r\u00e9agissait lorsqu&#39;un engagement ne pouvait pas \u00eatre tenu. Cette fois, Laurent avait pr\u00e9venu, expliqu\u00e9 et propos\u00e9 une nouvelle date. Marianne d\u00e9cida de reconna\u00eetre cette diff\u00e9rence sans effacer les manquements plus anciens.<\/p>\n<p>La seconde tentative eut lieu par une matin\u00e9e claire. Laurent arriva avec quelques minutes d&#39;avance et gara son v\u00e9hicule \u00e0 l&#39;\u00e9cart de la cour. Marianne le vit descendre, regarder les b\u00e2timents, puis remettre nerveusement les manches de sa veste en place. Il semblait moins assur\u00e9 que lors de leur entretien au cabinet de l&#39;avocat. Beno\u00eet se tenait pr\u00e8s de la porte de la maison. Oscar, lui, attendait derri\u00e8re la barri\u00e8re de Capucine, comme au jour o\u00f9 un inconnu \u00e9tait venu acheter la vache. Marianne remarqua cette ressemblance avec un pincement au c\u0153ur. Une fois encore, une rencontre importante se d\u00e9roulait dans cette cour.<\/p>\n<p>Laurent s&#39;approcha lentement. \u00ab Bonjour, Oscar. \u00bb Le gar\u00e7on r\u00e9pondit apr\u00e8s quelques secondes. Il ne courut pas vers lui. Il ne chercha pas non plus \u00e0 se cacher derri\u00e8re Marianne. Il resta debout, les mains pos\u00e9es sur la barri\u00e8re. Laurent lui demanda s&#39;il pouvait s&#39;approcher. Oscar acquies\u00e7a. Pendant un moment, ils se regard\u00e8rent avec une g\u00eane que personne ne tenta de faire dispara\u00eetre par des paroles inutiles. Puis le gar\u00e7on d\u00e9signa Capucine. \u00ab C&#39;est elle dont je t&#39;ai parl\u00e9. \u00bb Laurent tourna la t\u00eate vers l&#39;animal. \u00ab Elle est tr\u00e8s belle. \u00bb Oscar corrigea imm\u00e9diatement : \u00ab Elle est surtout tr\u00e8s gentille. Mais il faut la caresser du bon c\u00f4t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>La visite commen\u00e7a ainsi, autour de la vache qui avait autrefois failli quitter la ferme. Oscar expliqua ses habitudes, pr\u00e9senta la seconde vache et montra le loquet r\u00e9par\u00e9 par Beno\u00eet. Laurent \u00e9coutait avec attention. Il posait parfois une question, puis laissait son fils poursuivre. Marianne les suivait \u00e0 quelques pas, tandis que Beno\u00eet restait suffisamment proche pour \u00eatre disponible sans s&#39;imposer. Le gar\u00e7on conduisit ensuite son p\u00e8re jusqu&#39;au vieux saule. Il lui montra l&#39;endroit o\u00f9 il faisait des ricochets et lui raconta comment Beno\u00eet lui avait appris \u00e0 choisir les pierres les plus plates. Laurent ne manifesta aucune jalousie visible. Il demanda simplement combien de bonds Oscar parvenait d\u00e9sormais \u00e0 obtenir.<\/p>\n<p>Au bout d&#39;une heure, Oscar sembla fatigu\u00e9. Il regarda Marianne, qui comprit imm\u00e9diatement son h\u00e9sitation. Elle proposa de rentrer boire quelque chose. Laurent accepta. Dans la cuisine, ils s&#39;assirent autour de la table o\u00f9 tant de d\u00e9cisions importantes avaient \u00e9t\u00e9 prises. Oscar parla encore quelques minutes, puis annon\u00e7a qu&#39;il souhaitait aller lire dans sa chambre. Marianne lui r\u00e9pondit qu&#39;il pouvait le faire. Laurent ne chercha pas \u00e0 prolonger la rencontre. Il remercia son fils pour la visite et lui demanda s&#39;ils pourraient continuer \u00e0 s&#39;\u00e9crire. Oscar acquies\u00e7a. Avant de monter l&#39;escalier, il se retourna. \u00ab Tu peux revenir une autre fois. Mais il faut me pr\u00e9venir si tu es en retard. \u00bb Laurent r\u00e9pondit doucement : \u00ab Je te le promets. \u00bb<\/p>\n<p>Lorsqu&#39;il fut parti, Marianne resta dans la cuisine avec Beno\u00eet. Aucun des deux ne parla pendant plusieurs minutes. La rencontre n&#39;avait pas r\u00e9par\u00e9 les ann\u00e9es d&#39;absence, mais elle ne s&#39;\u00e9tait pas transform\u00e9e en catastrophe. Oscar avait pu pr\u00e9senter son univers, poser ses propres limites et quitter la conversation lorsqu&#39;il en avait ressenti le besoin. Beno\u00eet prit une tasse et la pla\u00e7a dans l&#39;\u00e9vier. \u00ab Il a \u00e9t\u00e9 courageux \u00bb, murmura-t-il. Marianne acquies\u00e7a. \u00ab Oui. Et je crois que Laurent a commenc\u00e9 \u00e0 comprendre qu&#39;il ne peut pas revenir comme si rien ne s&#39;\u00e9tait pass\u00e9. \u00bb Elle regarda vers l&#39;escalier. Ce jour-l\u00e0, son fils avait ouvert une porte sans renoncer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de sa maison.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/lastestdrama.com\/?p=8111\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 14 : Quand la confiance d\u2019Oscar commen\u00e7a \u00e0 rena\u00eetre, une d\u00e9cision financi\u00e8re rappela \u00e0 Marianne le prix v\u00e9ritable de son ind\u00e9pendance retrouv\u00e9e<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La troisi\u00e8me lettre de Laurent arriva un jeudi matin, au milieu des factures et des commandes de la boutique. Marianne reconnut l&#39;\u00e9criture avant m\u00eame de retourner l&#39;enveloppe. 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